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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 22:35

index-copie-6.jpegTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? L’ont-ils bien fêté, la galette, les poulagas de Montpellier ? Tout porte à croire que oui, qu’elle fut grandement arrosée la policière frangipane, la fève revenant sans nul doute à celui d’entre ces guignolos qui lança, l’autre jour, un avis de recherche relatif à un homicide, avis décrivant « une personne jeune, de petite taille, mince et habillée d’une capuche. » Sic, car désormais, savez-vous ? Une capuche vous habille. Dès lors, quand bien même une personne sur trois pouvait se sentir concernée par l’avis en question, la parano n’a pas gagné le chef-lieu de l’Hérault, mais le fou rire, forcément.  Par ailleurs, on me glisse dans l’oreillette qu’à l’heure où s’écrivent ces lignes, Tom Pouce court toujours.

     Elle court pareillement, quoi qu’encore plus vite, la jeunesse de Tunisie, confrontée lors de larges émeutes aux tirs à balles réelles. On parle de dizaines de morts. On parle de centaines d’arrestations, et d’une situation, en pratique, insurrectionnelle. C’est assez inquiétant pour qu’Obama himself s’en émeuve et convoque l’ambassadeur tunisien, à Washington. Paris, lui, ne pipe mot. Ben Ali est un pote, ami de qualité qui, paraît-il, sait recevoir. Les socialos eux-mêmes en demeurent, depuis des semaines, bouche bée. Idem les medias, qui auront attendu de ne plus pouvoir faire autrement pour enfin évoquer, comme du bout des lèvres, ces émeutes. C’est que pour l’ami Ben Ali ces événements furent « l’œuvre de bandes masquées qui ont attaqué la nuit des édifices publics » en se rendant ainsi « coupables d’un acte terroriste. » Le gros mot est lâché, tout est dit, rompez les rangs fermez vos bouches, puisqu’on vous dit, m’enfin, qu’il s’agit de terrorisme !... Bandes masquées, hum,  et agissant la nuit, re-hum… D’où viennent alors ces images, rares, de manifestations diurnes, sans capuches ni foulards, de « bandes » réunissant plusieurs milliers de personnes et s’affrontant durement à des forces de l’ordre, qui tirent ? De la Hongrie à la Côte d’Ivoire, en passant par la Tunisie, le Pouvoir a loupé une marche, qui musèle les journaux, cogne les journalistes, pendant que pléthore de lycéens, téléphones portables à la main, filment, courent, rentrent à la maison et balancent sur la toile autant d’images interdites. Parfois, s’ils ont le malheur de croiser la police ou les chiens de l’armée, ils en meurent, tout simplement. Mais l’information passe, grâce au courage de quelques-uns nous avons accès au réel. Et ça les fait bien chier, les chiens.             

      Ils ne sont pas les derniers, les chiens, à célébrer la, parait-il, seule vraie bonne nouvelle de ce début d’année. Elle viendrait de l’édition, de la vente, par plusieurs centaines de mille, du livret de Stéphane Hessel, intitulé « indignez-vous !». Mouais. Bonne nouvelle, vraiment ? Non seulement, à la lecture, la mollassonne brochurette vous glisse des mains pire qu’une motte, mais aussi il s’avère assez désagréable de comme ça recevoir une leçon d’indignation de la part d’un garçon dont l’activité principale consista, durant quarante ans, à traîner ses guêtres en peau de bouc sur les parquets cirés des ambassades de haut vol, non sans complimenter Madame pour la qualité du service et ses parures de choix. Figure de l’indignation, ça ? « Cherchez et vous trouverez », commande l’auteur, par trop biblique. Il lui aurait pourtant suffit de lever les bouts de peau flasque qui lui servent de paupières — j’allais écrire : d’œillères — pour apercevoir, partout, l’insanité d’un monde au sein duquel les motifs d’une indignation véritable ne sont plus à chercher puisque, justement, tout trouvés. Au final, chaque époque ayant les apôtres qu’elle mérite, Hessel le dispute à Nicolas Hulot ou à Bernard-Henri Bidule dans le registre de la révolte de salon, de la colère posée là, telle une ultime décoration, acte de bravoure à deux francs soixante-douze centimes.

     S’indigner ? Sous prétexte de fraude, les parlementaires durcissent l’accès des sans-papiers à l’aide médical d’état (AME). Selon le rapport de l’Inspection des Affaires sociales, ces mesures seront à coup-sûr contre-productives, « financièrement inadaptées, administrativement complexes et porteuses de risques sanitaires. » Mais l’idéologie lepénosarkozyste commande, une nouvelle fois, de pointer d’un doigt brun de bouse les étrangers venus manger le Doliprane des Français. Contre toute logique, fut-elle essentiellement comptable, est privilégiée la lutte contre « un certain tourisme médical », lequel n’existe pas, ou reste extrêmement marginal. L’essentiel, ici comme ailleurs, ne saurait être le réel. L’essentiel est de ramener en le sarkozyste giron les voix des xénoparanos lesquels, à ce qu’il semblerait, s’apprêteraient à voter pour la très nationale Marine. S’indigner, quoi encore ? On ne remerciera jamais assez Manuel Valls, amuseur public, d’avoir à sa manière ramené sur le tapis et comme de derrière les fagots l’antédiluvienne question des héroïques 35 heures, qui d’ailleurs sont enterrées, mortes, tombées au champ d’honneur de la guerre des classes, il y a des années déjà. Merci Valls, vraiment, d’empêtrer comme ça le PS, lequel prouve si besoin était qu’il est, plus que jamais et définitivement et jusqu’à la caricature, un putain de parti de droite. Merci également de contraindre l’UMP et le patronat à pousser plus loin le bouchon, à avancer, à découvert, en entonnant l’antienne de la suppression, pure et simple, de la durée légale du temps de travail. « Au profit d’accords négociés, branche par branche », précise Novelli, qui nous prend vraiment pour des cons. Soit des poules. Soit un renard : enfermez-les ensemble, ensuite laissez-les négocier. Indignés ? L’êtes-vous davantage que le brave Thibault qui, au nom de la CGT et vu l’année qu’on vient de passer, décida, carrément !, de boycotter les vœux de notre sublissime président — lequel, n’en doutons pas, en pleure encore de tristesse et de honte, toute bue ? Cependant, Bernard Thibault, en hurlant sur les toits son refus de se rendre à l’Elysée, avouait du même coup y avoir été invité. Indignation peut-être, indignité assurément? Me revient en mémoire la sortie d’Erik Satie à propos de la légion d’honneur: « la refuser, c’est bien. Mais le mieux eut été de ne pas  la mériter. »  

 

                                                                                                Frédo Ladrisse.

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1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 19:44

Sans-titre-1.jpgTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? On ne dit pas un enfoiré, on dit une autre année de foutue, me révélait l’autre soir ma fille, du haut de ses douze ans et les yeux comme collés au papier Carambar dont elle avait, pleine, la bouche. Aussitôt dit, sitôt défait, partons de là me dis-je, livrons-nous, si vous le voulez bien, au traditionnel exercice du coup d’œil dans le rétro, et ne nous privons pas d’un nouveau pot ripoux, en cette fin d’année à la mord-moi le gnou.


     En janvier, Georges Frêche toujours vivant trouvait que Fabius avait « une tronche pas très catholique. » D’aucuns s’en offusquaient rue de Solferino, depuis, le vieux est crevé et le problème est donc réglé.  On défilait déjà, dans les rues, le 21 janvier, on était déjà 2 millions à battre le pavé pour rien. Tandis qu’on passait devant le théâtre Saint-Martin où se jouait « la cage aux folles », un drôle, bien que cégétiste, lança au mégaphone: « libérez nos camarades ! » On savait encore rigoler, en manif, en janvier. On ignorait qu’on allait se faire à se point balader.


     Février nous cueillit à froid, lorsque nous apprîmes qu’en huit ans les garde-à-vues avaient triplé, atteignant le chiffre hallucinant de 900 000 par an. La poulaille se donnait donc à fond, et laissait libre court à ses tendances paranoïaques : j’en étais là de mes réflexions lorsque que la camarade Isabelle crût bon de me rappeler que « la paranoïa n’est jamais que l’expression d’un altruisme déçu. » Sur le coup, j’en restais, quoi, comme vous, coi. Et tandis que l’autruche se fouillait le cerveau (qu’elle a moins gros que l’œil) Sarko survolait Haïti, ses décombres et ses camps, sans jamais quitter l’hélico et prendre le risque de souiller ses mocassins à glands. Selon son chef d’état-major, le non-déposage, sur le sol,  de La Présidentielle Personne, s’imposait « pour des raisons évidentes de logistique. » Plus un palace assez classieux pour sa crassieuse majesté ?

 

     Mars, dieu de la guerre des boutons, fut donc le mois des élections, régionales celles-ci, et l’occasion d’une titanesque, magistrale déculottée pour la droite aux affaires, laquelle ne conserva alors en son giron que l’Alsace : l’Alsace, ah ah, laissez-moi rire, l’Alsace, autrement dit, nada, peau de balle, ce territoire néo-naze où sévissent neige, glace et verglas, l’Alsace, dont nous savons tous qu’elle devrait avoir été rendue, voir bradée, de long temps, aux Allemands. N’empêche : Ségolène Royal profitait de ce succès pour, dépoitraillée à outrance, prendre la défense de son ami Bernard-Henri Lévy (philosophe, essayiste, homme d’affaires français), en prétendant que « le voudrait-il, il n’échappera pas au feu qui le brûle : il a déjà dans le regard, ce dandy, de la cendre. » Bigre. Diantre, et morbleu. Manque néanmoins le charbon pour démarrer cette chaudière-ci. Pendant ce temps, Le Pen dénonçait « les mosquées qui poussent comme des champignons », et se présentait en rempart de « cette France blanche et chrétienne, menacée de disparaître. » Une France que l’ami Ferrat, qui s’en étonnera ?,  décidait en mars de quitter, définitivement, et la vie par la même occase. La montagne, depuis, est moins belle.

 

     En avril, historique instant: le couple Sarkozy était reçu à dîner par le couple Obama, et les journaleux se désolaient de ne même pas avoir accès au déroulé du menu ! Peu de chance que ces tristes sires et néanmoins maîtres du monde aient, entre la poire et le cheeseburger, trouvé le temps d’aborder le sujet de Siné Hebdo, lequel mettait la clef sous la porte et revendait jusqu’au paillasson. « C’est pas la fin des haricots », rappelait Siné, qui en a vu d’autres. N’empêche : cela sonnait comme la victoire, par ko et au dernier round, de cette crevure de Philippe Val, Val, directeur de France Inter et de Charlie-hebdo associés, pour pas souvent le meilleur et pour, toujours sûr, le pire, Val, pseudonymé dans les couloirs de la maison ronde Philippe Laval, ou L’avale, selon l’orientation du vent. Val, ami intime de Carla B. et qui en plus s’en vante, Val qui n’allait pas tarder à virer Didier Porte et Stéphane Guillon de l’antenne, par pure complaisance caviardeuse envers l’agité de l’Elysée. En avril, il y avait cependant plus grave. Il y avait Baconschi, ministre roumain et fasciste déclarant devant Pierre Lellouche, envoyé là-bas par Sarko, qu’il y avait« des problèmes physiologiques, naturels, de criminalité parmi les groupes d’ethnies Rom. » Autant de propos préparant la vaste chasse aux bohémiens qui allait déferler sur la France, jusqu’à se dérouler sous nos fenêtres même.

 

     Mai vit François Baroin, tout frais ministre du budget pas encore émoulu, et son homologue Luc Chatel s’opposer fermement à l’idée, jugée saugrenue, d’une baisse du salaire des ministres, puisque « baisser celui-ci reviendrait, par ricochet, à baisser les salaires de tous les agents de la fonction publique. » A peine eut-on le temps de se souvenir que lors de l’auto-augmentation de Sarkozy en 2008 (près de 143%) le salaire desdits agents n’avait pas augmenté d’autant, que la nouvelle tombait, brûlante : « l’anarchie règne dans les rues de la capitale grecque, Athènes est à feu et à sang ! », titraient les papelards promus à la tâche, noble, de réservoir à épluchures les soirs de pommes de terre. Profitant de ce que cette pseudo-guerre civile menaçait jusqu’aux marches du Parthénon, Fillon enfonçait le clou et voyait dans « la crise grecque un révélateur, qui doit nous persuader que nous avons le dos au mur. » Aussi était-il, tout à coup, « urgent de geler les dépenses de l’Etat, de 2011 à 2013 », et de « poursuivre la politique de non remplacement dans la fonction publique. » C’est Sarko ou le chaos, quoi… Lequel Sarko, pendant ce temps, sucrait concrètement les fraises, rendant visite aux producteurs de Tagada, dans le Lot-et-Garonne, et en profitait pour livrer sa très personnelle vision : « il faut cesser de dire que vous êtes des agriculteurs, vous êtes des entrepreneurs, voilà. »  Une façon de penser le métier très moyennement partagée par les premiers concernés.

 

     Lorsqu’en Juin de nouvelles manifs contre la réforme des retraites rassemblaient, à nouveau, plusieurs millions de personnes, nous fûmes nombreux à nous demander ce que foutaient les Thibault, les Chérèque et autres Daltons des grosses centrales, ce qu’ils attendaient nom de dieu pour appeler, cette fois sans ambages ni circonvolutions, à la grève générale et reconductible, nom de dieu ! Le fait est que, l’appel, bin on l’attend encore. Sous couvert d’anonymat (c’est à cela qu’on reconnait le courage des bergers qui nous dirigent, tel un troupeau), un ministre affirmait tout de go que la réforme, quoi qu’il en coûte, se ferait, car « l’important c’est le jugement que portent les marchés sur notre gestion. » Dès lors, et en l’absence de réponse à hauteur de cette provocation, il était aisé de deviner que la messe était dite. Cependant, en ce mois pluviard, il n’y eut pas que de sales nouvelles : le général Bigeard cassait sa pipe comme un con, au fond d’un pieu tel un tocard, et l’équipe de France de fouteballe se ridiculisait en Afrique du Sud, montrant son réel visage, bande de gamins surgâtés, boudeurs, hâbleurs, insupportables, sales petits cons blindés de pognon et, qui, du ballon, ne voient que l’or qu’il peut leur rapporter. En juin, tandis que Porte et Guillon étaient donc remerciés par Philippe (La-)Val, Dieudonné, le comique pas drôle, lâchait que « l’Histoire, c’est pour les cons, c’est un nid à problèmes. » Les humoristes, c’est comme les gosses : on a ceux qu’on mérite.

 

     Le 6 Juillet fut expulsé le campement Rom du Hanul, à Saint-Denis. 150 hommes, femmes et enfants, jetés à la rue de bon matin, avant la destruction totale de leurs habitations. « Le 93 ne tolérera plus aucun campement Rom » prévenait, martial en diable, le préfet du département, ancien directeur du Raid. On ne se doutait pas encore que derrière la rodomontade se profilait un projet dépassant, de beaucoup, les frontières de la Seine-Saint-Denis, projet de rafles et démantèlements de campements de fortune qui bientôt seront, partout, détruits, et leurs habitants arrêtés, jetés dans des bus en partance pour Bucarest, la Bulgarie,... Au milieu de l’été, et profitant d’un fait divers s’étant par ailleurs conclu par la mort non d’un gendarme, mais celle d’un jeune issu de la « communauté du voyage » — comme on dit dans les préfectures —, profitant de quelques émeutes du côté de Grenoble et agglomérant le tout, le populisto-pétaino-caricaturo-excitiste siégeant à l’Elysée donnait le coup d’envoi d’une « guerre à la délinquance », dont la visée première était évidemment la reconquête, aléatoire, d’une popularité réduite à peau de couille. Ainsi Brigitte Julien, directrice de la sécurité publique à Grenoble, se laissait aller à expliquer que « la nuit, dans les quartiers, le premier objectif des policiers est de faire des prisonniers. » De là à bombarder les cités, il n’y a qu’un pas que nous ne sommes pas loin de les voir franchir. Pendant ce temps, Eric Woerth commençait à sentir les poils de son cul roussir, et trouvait que, vraiment, « ça commence à bien faire ! » Son copain de cambriolage, le gros Xavier Bertrand, prenait sa défense main au flingue, dénonçant, dans la presse, des « dérapages très graves », «une stratégie de l’abject » et « des méthodes fascistes », rien de moins. Toutes choses étant à rapprocher de la façon dont furent, au plein cœur de l’été, menées les opérations à l’encontre des Roms.

 

     En août, rafles, expulsions, destructions de campements se poursuivirent, sur un rythme soutenu, jusqu’à franchir le cap de l’intolérable pour quelques-unes des belles voix de la conscience nationale, promptes à entonner l’air du « y sont pas comme nous, mais tout de même y’a des limites. » Les journaux débordaient de cette sale conscience, qui, tout en condamnant les méthodes employées, faisaient assaut d’ignorance crasse et de condescendance concernant l’histoire, la situation, et l’avenir du peuple Rom. Dans la torpeur de vacances gâtées par ces nouvelles qui, de jour en jour, exprimaient assez la souffrance et la résignation de ces gens une fois de plus stigmatisés, bouquémissairisés par pure facilité, nous parvenaient la voix ordurière d’Eric Besson lequel, rencontrant ces homologues roumains, n’avait « pas entendu le quart d’un demi grief de leur part », celle, aussi, d’un Hortefeux-nec annonçant sans faillir « une hausse de 138 % de la délinquance roumaine, sur Paris. » Délinquance roumaine, kézako ? Aucun chiffre, à ce jour, ne nous est parvenu au sujet de la délinquance australienne, ou belge, sur Paris. A la fin des congés d’été, un mois à peine après « l’appel à la guerre » de Sarko, le ministre de l’intérieur annonçait, rouge de plaisir, avoir mené à terme l’expulsion de 300 campements Roms. Nul doute que ce type-là mérite la croix de fer.

 

     Au début de septembre c’est tout naturellement qu’on défilait encore, cette fois contre la politique sarkautoritaire du moment. « Manifestations hétéroclites », selon Hortefeux-à-volonté, « où se sont retrouvés une mosaïque de partis traditionnels mais aussi des groupuscules gauchistes et anarchistes. » Autrement dit, personne ? Cependant, ce rassemblement-ci en annonçait bien d’autres, tant furent liés, en cet automne, revendications politiques et exigences sociales. Et tandis que le PS, comme à l’accoutumée, peinait à s’opposer à une réforme des retraites avec laquelle ses ténors se trouvaient, fondamentalement, en accord, l’improbable Eric Woerth se félicitait, un soir de manif’, de constater qu’il y avait « moins de monde dans les rues. » Observait-il les cortèges des fenêtres de la Bettencourt ? Quoi qu’il en fut, l’encore ministre se trompait lourdement, enterrant un peu tôt un mouvement dont septembre ne fut jamais que la bande-annonce.

 

      Octobre commençait bien mal, puisque Finkielkraut ouvrait le bal d’une xénophobie élevée au rang de doctrine d’état, dénonçant à l’antenne de Radio-Paris-Inter « ce sentiment qui monte, en France, qui est une francophobie bien présente. » Bin voyons. Ce serait pas tant, voyez-vous, qu’on aimerait pas les étrangers, se serait que les étrangers ne nous apprécieraient guère. Si tel était le cas, inutile de préciser qu’on ne pourrait que leur donner raison. Mais tandis que se perpétuait la valse puante des charters en direction de Bucarest, la grève prenait (enfin !) corps, dans l’enthousiasme général. Ça débrayait ici ou là, ça bloquait des raffineries, des supermarchés, des lycées, ça manifestait tous les jours, tant et si bien que le pouvoir, fouettant grave des aisselles, faisait donner la troupe. Bastons à Paris, Lyon, Marseille, tirs de flashball à l’aveugle et autres joyeusetés, blessés, arrestations… Ça n’était pas encore le grand soir, mais les petits matins, entre AG et piquets de grève, fleuraient bon la contestation. Au final et avec le recul, nul n’est dupe : la réforme des retraites n’a jamais été qu’un prétexte à l’expression d’une colère, d’un désir de pourrir les terres du Sarkozystan, autrement plus large, plus profond, et dépassant de loin les maigres revendications des centrales syndicales. Le Sarkozystan a tenu bon ? Bien. Nous verrons la fois prochaine.

 

     Nous verrons, car pour l’heure, nous n’avons encore rien vu : novembre fut le mois de toutes les solidarités, des partages à tout rompre, des rencontres improbables et des expériences de luttes, concrètes, collectives, assumées. Ce que nous avons appris là, ce que nous avons vécu, la clique des Woerth et autres Besson ne saurait nous l’enlever. « Fury is palpable, radicalism is fashionable », titrait la presse britannique comme, pendant qu’on retournait au taf, la jeunesse, outre-manche, commençait à s’agiter grave. Oui, c’est bien de furie qu’il s’agit, et la mise en veilleuse, en France, du mouvement de revendication ne signifie en rien son arrêt. Et ce n’est un piteux remaniement ministériel qui peut être susceptible de calmer nos ardeurs.

 

     En décembre, ça remuait également en Grèce, en Italie, en Irlande, en Espagne... De la rage, oui, face au concassage absolu de tout ce qui s’apparente au modèle de protection sociale, aux services publiques, à la solidarité, à l’accueil, à l’ouverture à l’autre. Bousillage en règle des conquêtes et des droits acquis de haute lutte, bousillage à laquelle la fumeuse « crise mondiale» continue de servir d’alibi trop facile. Le radicalisme est dans l’air, oui, et la jeunesse, une fois encore, puisqu’elle n’a plus rien à perdre concocte, dans les caves, des bombes. Autre bombe : en cette fin d’année Wikileaks explosait à la face des petits barons de la diplomatie internationale, éclairait ses dessous, autrement plus sales que chics. Evidemment ça eut hurlé, ça eut éructé au scandale, durant les réceptions de Monsieur l’ambassadeur. « On ne parle pas aux enfants comme on parle aux grandes personnes », résumait Hubert Védrine, ex ministre des affaires étranges. Inutile de préciser qui sont, pour ce glabreux, les « enfants ». Lui et ses coreligionnaires semblent cependant ignorer que, si enfants nous sommes, il y a tout de même belle lurette que nous ne croyons plus au père noël, ni à ses cadeaux par milliers. Et tiens, puisqu’on en parle, cette année le foutu vieillard a encore oublié l’autruche : elle avait demandé à ce que ce soit déposé dans son petit soulier un Beretta modèle CO2. Et bin, nada. Peu importe, elle se vengera ! 2010, année Casanis ? En 2011 je coule un bronze !

                                                                                               Frédo Ladrisse.

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19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 22:56

index-copie-5.jpegTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Hortefeux  bramer tel le pas beau veau nouveau né, en appeler, galéjade, à la présomption d’innocence, lui qui, à l’instar de son seigneur et maître, s’assoit dessus plus qu’à son tour. C’est qu’Hortefeux-nnec fait appel de la condamnation qui le frappe, entend donc par ce tour de passe-passe être encore et pour quelques mois tenu pour innocent. Cette condamnation, c’est rien moins que la seconde en six mois. Fut un temps cela aurait suffit à le rayer des cadres : autre époque, autres mœurs, dans l’empire (du Milieu) du Sarkozystan-pour-mille-ans, l’inconditionnel soutien du chef de l’état fait office d’hypra-passe-droit. Aussi Hortefeux-nouillard peut sans vergogne ni souci continuer de se livrer à ses sports favoris, l’injure à caractère raciste et la défense des flics véreux, comme il y a peu à Bobigny. « Ce ne sont pas les policiers qu’il faut mettre en prison, ce sont les délinquants. » C’est cela, oui, et inversement.

      Mais comment reprocher au rouquin ces quelques faux pas délétères, alors qu’il est, de jour, de nuit, en première ligne, sur tous les fronts ? Non content de devoir lutter contre cette saloperie de neige, plutôt, contre ces râleurs de Français refusant de se retrouver coincés pour la nuit dans leur bagnole par cinq petits centimètres de poudreuse, et alors même que le ministre pérore à la radio, non, « il n’y a pas de pagaille », il doit, par ailleurs, mettre les bouchées doubles quant aux expulsions de sans-papiers. C’est que, horreur !, les objectifs, cette année, risquent de ne pas être atteints. Aussi a-t-il dû exhorter les préfets à « accentuer l’effort », car d’ici le 31 décembre il leur faudra coûte que coûte trouver 2489 charterisables, afin de franchir la barre des 28000 expulsés et sabrer le champagne. « Communiquez sur les opérations », leur a-t-il conseillé, « pensez à la presse régionale, mais aussi à la radio et aux réseaux sociaux. » Les préfets ont ainsi été incités à créer des pages Facebook, et ont, à cet effet, reçu un petit manuel d’utilisation… Pour Noël, surprenez : offrez à vos proches un préfet comme ami sur TêtedeLivre.

      On déconne on déconne, et pendant ce temps-là d’aucuns, autrement plus lucides et graves, pavent l’enfer qui nous attend de leurs mauvaises intentions. Fillon : « nous incarnons pour les Français des heures difficiles. » On ne saurait mieux dire, pauvre Elvire. Le pire étant toujours pour demain, on aurait encore rien vu. Et Fillon de conclure, à l’adresse de sa majorité mais assez mystérieusement « bref, nous ne sommes pas dans la situation du jeune premier. » Baisse de régime, en ce moment, chez les fournisseurs « d’éléments de langage » ?  Peu importe, pour lui, au moins, les choses sont claires : « ils seront tous contre nous et tous contre le président de la république, il faudra donc former un bloc autour de Nicolas Sarkozy. » Ah oui ? Il serait donc candidat ? On nous cache tout…

      On nous cache tout mais on nous dit qu’on bouge encore, « je ne suis pas mort », tient à faire savoir Eric Woerth, « même si je décroche un peu aujourd’hui. » Woerth… C’est bizarre, c’est un nom qui me dit quelque chose. C’était pas quelque chose comme une marque de casseroles allemandes ?

      On nous cache tout mais on avoue que « naturellement, la réforme des retraites consiste à travailler deux ans de plus sans gagner plus. » Qui parle ainsi ? Sarko en personne, oui madame, et oui, non content de nous l’avoir mis grave, le voilà qui se moque, se paraphrasant sans vergogne. Au vu du peu de réaction émanant, en octobre/novembre dernier, des ectoplasmiques franchouilleux pleutres goitreux non grévistes à la masse voir à la ramasse, l’excité de l’Elysée aurait tort de se priver. Vous en voulez encore, du sarkopétainisme à la petite semaine, de la bonne vieille France bien rance à base de patrie, de famille ? Eh bien, voilà le travail : « si la vraie vie est en dehors du travail, c’est toute la société qui s’effondre. Le travail, c’est ce qui libère l’homme, ce n’est pas ce qui l’aliène. Quand on va au travail en se disant « je n’aime pas mon travail », je ne crois pas que les weekends soient très épanouissants. » Ainsi parla Sarko, dans une usine Snecma, le 13 décembre dernier. A quand la suppression pure et simple des weekends, « pas très épanouissants», au profit du travail qui, lui, « rend libre » ?

       Cependant, ce n’est pas parce que s’approche Noël, ce malfrat, qu’il faut déprimer à outrance — les boules de l’autruche sont de toutes saisons. Pas de dépression sous la neige, non, d’autant qu’apparaît là-haut, dans les cieux tel un aigle, Royal, dont le vol gracile domine toute morosité. « Je me suis mise en mouvement », délivre Ségolène. Puis, bougeant son corps mais lentement, la voilà qui devise : « nous ne sommes pas au service de la gauche, nous sommes au service de la France. » Hum. « Mon programme n’est pas socialiste », disait en 2002 Jospin… Enfin, moi, je dis ça je dis rien…

      Je dis d’autant rien que d’ici leur grand’messe 2012, il risque de s’en passer des choses, de s’en dérouler des coups de balai dans une Europe, rêvons un peu, résonnant au son des casseroles et des « que se vayan todos » et Mélanchon et Besancenot, pareils, oui, qu’ils se cassent TODOS. Je m’emballe ? A Londres la jeunesse ne lâche rien, ce ne sont pas, proprettes, nos manifestations de vieillards, ce sont, oui monsieur, pures émeutes. Athènes, Rome, connaissent pareillement en leurs centres historiques de ces feux de jeunesse, « du jamais vu », à ce qu’on en dit. En Espagne ça s’énerve aussi, de partout cela monte, ministre molesté (Rome), prince Charles pissant de frousse dans sa Rolls en plein Londres, lieux de pouvoir, partout, pris d’assaut, pouvoirs déconsidérés bien que très sidérés, les cons, militants, dans la rue, cette fois prêts à en découdre,… je m’emballe ? Non, pas de cadeaux, je déballe à froid : ça chauffe. Renseignez-vous.

      Jeudi 16 décembre, l’état de l’Oklahoma est drôlement embêté : il doit exécuter le condamné John Duty, par injection létale. Mais le produit habituellement utilisé se trouve être en rupture de stock. Qu’importe : l’ingéniosité, la débrouille, étant des valeurs bien connues de la grande nation étasunienne, on eut tôt fait de se procurer une dose d’anesthésiant vétérinaire, lequel fit parfaitement l’affaire. Joyeux noël à tous, et paix.

 


                                                                                                Frédo Ladrisse.

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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 18:54

stukaTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Holà, mais quel cirque ces derniers jours, c’est Bouglione et Zavatta à toutes les pages, les amis ! Ce sont, partout, phrases de haut vol, voltige cependant circoncise à l’horizon des pâquerettes, quand bien même les formules grondent, certaines tout en piqué, Stuka lancés sur des cibles néanmoins repérées avec ce qu’il convient de méticulosité : c’est qu’ils s’appliquent, les nouveaux, et, pareil, les repêchés du remaniement. Sous leurs fards les clowns blancs cachent mal la nécessité dans laquelle ils sont de faire leurs preuves. Il n’est qu’à écouter le petit Baroin-oin, tout frais moulu ministre, pichenetter et descendre en torche l’énorme, l’incontournable, l’excellentissime phare de la pensée contemporaine qu’est Eric Cantona, et sa révolution bancaire : « monsieur Cantona, on le sait, est un très bon joueur de football », commence Baroin-le-chafouin. « Cependant, à chacun son métier, et les vaches seront bien gardées. » Je ne sais pas vous mais moi, j’en ai d’un coup perdu mes plumes, jusqu’à me sentir subitement bêtement ruminant.

     A peine avais-je eu le temps de mâchouiller l’herbe des prés qu’un dénommé Védrine, Hubert, repassait une couche dans le registre de l’outrecuidance, genre l’hautain qui s’assume. Ce type, dont on nous dit qu’il est né dans la Creuse, et qu’il fut ministre de la France des affaires étranges sous le règne de Jospin — toutes choses qu’on veut bien croire, mais bon… —, ce type, était interrogé à propos des révélations fournies par Wikileaks à la presse internationale — on y revient, plus bas. S’agissant de la pertinence, ou non, de l’application du principe de transparence, Védrine crut bon de préciser qu’ «on ne parle pas aux enfants comme on parle aux grandes personnes. » Je ne sais pas vous, mais moi, j’en suis comme sur le coup retombé en enfance, jeune autruchon pubère s’ébrouant dans la brousse, innocent, ignorant : un con. C’est assez ce que nous sommes, pour ces gens, vous ne croyez pas ? Des vaches, des enfants. Autrement dit des cons, qu’on promène en troupeau.

     Il est d’autres troupeaux, pour les Védrine, Baroin et consorts, au hasard : l’Afrique et ses peuples. Il n’est qu’à lire les commentaires concernant, en ce moment, la situation ivoirienne, pour mesurer dans quel mépris ces peuples continuent d’être tenus par cette espèce d’instituteur père fouettard profiteur mégalobarbouzard qu’on appelle l’occident. « Gbagbo, Ouattara, en tout cas la communauté internationale a fait son choix », claironnait l’autre soir ce trouduc de Delahousse, journaleux au brushing parfait, sorte de Baroin mais en blond. Kézako ce machin, la « communauté internationale » ? Est-ce le Swaziland, la Serbie, l’Argentine, le Kazakhstan ? Que nenni mon copain, nous savons tous ce que recouvre cette appellation contrôlée — de près, de très très près—, comme nous savons ce que signifie l’information selon laquelle elle aurait fait « son choix ». Reste à vous y plier, les nègres, parce que pas question que vous nous emmerdiez plus longtemps avec vos histoires locales, les affaires sont les affaires et donc, vos affaires sont nos affaires, le bizness attend pas, compris?                                                                                                             

     Cependant, et pour la grande joie des enfants-vaches-autruches que nous sommes, un petit caillou vient parfois se glisser dans les Rangers de cette « communauté internationale », gourgandine à deux sous la passe. Ça la grattouille, la pauvre, puis ça lui blesse le talon, ce qui est déjà ça. Le caillou du moment se nomme Wikileaks. En voilà du wiki sympa, du comme on l’aime, du bon petit web 2.0 prompt à semer sa zone, du craquage top niveau aussi, de celui qui fait suinter les gouvernementales aisselles ! Wikileaks balance tout azimut depuis deux semaines, et si par lui on apprend que Sarkozy est jugé par la diplomatie américaine comme « autoritaire, susceptible et imprévisible»  — allons donc… — ce n’est pas, et de loin, l’essentiel : d’autres secrets d’alcôves autrement plus embarrassants furent également publiés, d’où les cris d’orfraie émanant de tout ce que les réceptions de monsieur l’ambassadeur compte comme langues bien fourchues, cependant habituées à ne s’agiter qu’en loucedé. Et d’où l’arrestation, hier, du fondateur du site, lequel avait aux fesses rien moins qu’Interpol, s’il-vous-plaît. Depuis, ça gueule moins, cependant ça eut gueulé. Pour Sarkozy, évidemment, vu qu’il est dit trop de vilain et du pas beau sur lui, Wikileaks a atteint « le dernier degré de l’irresponsabilité. » Et c’est rien de dire qu’en la matière, Sarko maîtrise le sujet. Quant à son valet de pied, par ailleurs ministre de l’intérieur, il estime que « parfois, la transparence est une forme de totalitarisme. » Bigre! Il faut croire que dans l’esprit malade et quelque peu schizo d’Hortefeux-de-Bengale, tout doit dépendre à qui cette transparence s’applique. Car enfin, n’est-ce pas lui et ses complices, partisans du fichage, de l’adn-isation de la population, de la vidéosurveillance et du flicage sans restrictions qui demeurent, il me semble, les premiers supporters, et ô combien farouches, de ladite transparence ? Mais il suffit que quelqu’un vienne renifler leurs chaussettes pour que, subitement, ces baltringues s’en offusquent…

     Leur pire cauchemar? Un Wikileaks « à la française ». Aussi vont-ils, dans l’affolement, revoir la sécurisation de leurs communications. D’ici là, on aura sûrement l’occasion de rigoler encore, en lisant le contenu de notes fuitées comme on dit, car vu le retard pris en matière de « sécurisation », elle est pas pour demain la veille : selon un conseiller de not’président, « il faut trouver notre Samuel Morse. » Et pour l’envoi des pneumatiques, c’est Géo Trouvetou qui s’y colle ?

     Une, qu’il conviendrait de « sécuriser » de toute urgence, c’est la Royal Ségolène. Elle n’a pas pu se retenir, la voilà donc candidate à la candidature, et ceux qui la pensaient quelque peu sous contrôle en sont tout retournés. Pour autant, l’allumée poitevine n’a pas agi sur un coup de tête, ni même de menton, non non. Il s’agit là, qu’on se le dise, d’une décision réfléchie, et pas seulement par son miroir. « J’ai beaucoup consulté », précise ainsi Ségo, sans dire si le psy prenait cher. Ni s’il avait Montebourg, également, comme patient, Montebourg, à qui un journaliste demandait l’autre jour la nature de son programme, et qui eut cette réponse, abracadabrantesque en diable : « tout est dans le livre que j’ai écrit il y a quelques mois, etd’ailleurs, on me dit qu’il est lu. » Les mauvais esprits demanderont le nom et le prénom du lecteur, nous, on en restera là concernant le Ps, étant bien entendu qu’un kilomètre à pied, ça use, ça use. Après une campagne d’un an et des brouettes sans roues, faudra voir l’état des souliers.

     S’il convenait de rassurer les marcheurs en chaussures à clous du Parti socialiste — mais, en ce qui concerne l’autruche, il convient rien du tout, queue dalle, que les sociaux-traîtres s’embrouillent, se débrouillent, continuent de s’empêtrer, de s’emmêler, de s’emmerder au sens premier du terme, peu lui chaut, ah ah, peu lui chaut !— s’il fallait, donc, leur fournir quelque chose comme une lueur, un espoir, un truc genre sortie de tunnel sur l’A86 eh bien, oui, nous avons ceci en magasin : le 30 novembre dernier Sarko avouait à des parlementaires : « je suis là pour deux mandats, pas plus. Après, ce sera plus tranquille, ce sera la dolce vita. » Plus tranquille pour nous ? Peut-être. Dolce vita pour lui c’est sûr, à la mode Berlu hein, son modèle dans la vraie vie : du fric, de la came et des putes.

       Quoi qu’il en soit les fiers candidats du PS, qui ainsi risquent fort de devoir attendre cinq ans de plus, doivent voir là leur salut : Nicolas Sarkozy ne sera pas candidat en 2017 —il l’a promis à sa greluche. Cinq ans, ça passe vite. Non ?

     La dolce vita, disait-il : elle ne saurait être à l’ordre du jour pour les smicards et smicardes, au nombre de près de 4 millions, soit 16 % des salariés au pays du « gagner plus ». Le traditionnel « coup de pouce » du premier janvier se limitera, une fois de plus et pour la cinquième année consécutive, au minimum légal, soit 1,6 %. Bonheur d’entre les bonheurs, le Smic devrait donc franchir, au matin de la nouvelle année, la barre symbolique des 9 euros bruts de l’heure. Merci qui ? Merci mes couilles, oui, en net ça donne un fier salaire de 1080 euros. Vous avez dit bonnes fêtes ? Bonnes fêtes pour qui, au juste?

     Il y a pire, il y a toujours pire : il y a plus gravissime encore, il y a qu’on continue à tuer dans ce pays, il y a que les flics, quand ils ne flashballent pas, tasent. Dépêche de l’agence Reuters, le lendemain du drame de Colombes: « le Malien victime du Taser est décédé par asphyxie. » Il serait donc mort d’avoir cessé de respirer, merci pour cette info cruciale. Par ailleurs, et selon le parquet de Nanterre, « il n’y a pas, à ce stade, de cause certaine et absolue » concernant son décès. Il était sans papiers. Il avait la flicaille au cul. Il s’est pris deux décharges. Ça nous fait déjà, ça, trois causes, aussi absolues que certaines.


                                                                                                 Frédo Ladrisse.

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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 18:14

38827388[1]Tirant tête hors du trou, mais qu’ois-je ? Est-ce assuré, les oilles, qu’il Papa en personne autoriserait désormais le port du préservatif ? Alléluia mes frères, le Vatican se réveille et sort de trente ans de sommeil, belle au Benoît dormant, de (sans jeu de mots) mauvaise foi et de criminelle posture concernant le sida !... Ah, on me glisse dans l’oreillette que ça ne serait pas aussi simple, et que la position du missionnaire dirigeant la curie romaine n’aurait, finalement, que peu varié : la capote pourquoi pas, mais « dans certaines circonstances. » D’accord, donc, quand on baise ? Ah non ça non et trois fois non!, non, le préservatif peut être autorisé par exemple « dans les cas de prostitution masculine », Benoît 16-64 considérant alors que « cela peut être un premier pas vers une moralisation, permettant de prendre conscience que tout n’est pas permis et que l’on ne peut pas faire tout ce que l’on veut. » Satané Pape, va, on se disait aussi… Mais t’as pas changé, vieux crouton, et tu sais quoi : moi ça me rassure. C’est  qu’emberlificotement et compagnie, ta prose, devant laquelle une palanquée de jeunes cathos dits de gauche ne manqueront pas de s’extasier sur l’air du « l’Eglise a changé. » Queue dalle, mon cher Cristobal, le dogme reste le dogme, qui jamais ne varie. Plus loin, dans l’ouvrage signé Sa Sainteté, on peut lire que « beaucoup de gens considèrent le sexe comme une drogue, qu’ils s’administrent eux-mêmes. » Eloge de la branlette ? On ne sait. On sait par contre que le bouquin porte le titre de « lumière du monde », en toute humilité. De quoi donner envie d’éteindre, et de galipetter dans le noir.

     D’autres, qui aimeraient assez voir se détourner d’eux les sunlights, c’est la bande de malfrats mouillés dans les eaux troubles de l’affaire Karachi. D’état, l’affaire, comme on sait. L’heure n’est plus à savoir qui a touché, ni même combien. La seule question qui vaille encore, vu l’énormité de la chose, est de savoir quelles méthodes le pouvoir va utiliser pour enterrer ces chauds dossiers, avant que l’incendie ne s’étende au-delà du raisonnable. La fosse risque, à cette occasion, d’être assez peu commune : déjà, on ne compte plus les visites nocturnes et autres vols de matériels dans les rédactions des médias montés en première ligne, Mediapart, le Monde, récemment Rue 89, lequel s’est fait braqué rien de moins que vingt ordinateurs. Tous, enquêtent sur Karachi et/ou sur l’affaire Bettencourt, mais ces cambriolages ne seraient, bien évidemment, que pures coïncidences. Il n’empêche : à Lisbonne, interrogé sur le sujet, Sarkozy en perd son calme et semble-t-il son latin, qui répond concernant certains soupçons à son égard « mais enfin, est-ce que c’est pas [sic]difficile de vérifier, quand même ? » Oui, ça l’est devenu, difficile, vu les moultes entraves à la liberté de la presse que les tenants du Sarkozystan, ces temps-ci, multiplient. Ce qui l’est moins, difficile, c’est de tracer, en ses lapsus, les pensées et désirs profonds du beauf logé à l’Elysée, se montrant impuissant à dominer sa langue et laissant ainsi s’exprimer un inconscient malade. C’est à Lisbonne aussi que le même eut cette saillie, face à un autre journaliste, « vous, je n’ai rien contre vous, mais il semblerait que vous soyez pédophile. J’en ai l’intime conviction.». Pour le balourd à tics, ce n’était qu’une façon d’imager ce que peut être un soupçon sans preuve. Façon, une fois encore, de tout mélanger et de montrer en quelle estime il tient les gens de presse : il aurait pu tout aussi bien user d’un autre exemple, vol de voiture — d’ordinateurs ? Non. Journalistes=pédophiles, c’est une chose entendue, quand bien même il ne l’a pas dite.

     Cependant, on comprend son agacement : agitant les grelots d’un remaniement fantochard, Sarko pensait bénéficier d’une accalmie fut-elle légère sur le front des affaires et des pétards qu’il a au cul. D’autant qu’il avait pris soin de lourder cette casserole percée d’Eric Woerth — il devient quoi, au fait, Woerth ? Las ! Le remaniement a fait pschittt, baudruche à gogos désoeuvrés, sujet de conversation, peut-être, dans les contre-allées du marché des Sablons sise à Neuilly-sur-Seine, mais au-delà : on s’en tamponne. Ils ont remanié, et après ? Révolution dit mère Lagarde, que le mot n’effraie plus. Révolution mais oui, puisqu’un tour à 360 °, pouffe la pouffe : non seulement ces gens-là, qu’ils soient de Bercy ou d’ailleurs, se moquent de nous à outrance, mais, cerise sur l’étron, ils n’ont aucun humour. Pour le reste, c’est à croire qu’on ne change pas une équipe qui perd, qu’on se contente, en douce, d’en affuter les crocs. Dans cette optique, mettre entre les papattes d’Hortefeux-d’artifice la question de l’immigration n’est pas un signe neutre. Immigré=délinquant=place Beauvau : l’équation, pour être logique, n’en est pas moins à pleurer de rage, ou de honte, selon. « Je m’inscris très directement dans les pas d’Eric Besson », a précisé Hortefeux-nouille, ce qui, sans étonner, ne lasse pas d’inquiéter. D’autant qu’à la question de savoir si, du coup, le maroquin ne risquait pas d’être comme qui dirait par trop lesté et la tâche, donc, immense, Hortefeux-à-volonté a répondu que non, bien sûr, que c’est une simple « question d’organisation ». Brrr… Cela vous a, n’est-ce pas, un petit côté… planificateur, à la mode Eichmann, finalement.

     Le remanie ment, le remanie ment, le remaniement est allemand ? Il fut néanmoins l’occasion d’un télésarkoshow d’un comique achevé. Sur la prochaine réforme : « en matière de fiscalité, je voudrais qu’on harmonise nos assiettes. » No comment. Sur la politique monétaire : « la Chine m’a donné son accord pour l’organisation d’un séminaire à ce sujet. » Diantre, la Chine, vous savez, ce pays d’un milliard quatre-cent mille habitants, dont pas un sur trois cent ne connait l’existence d’un vague canton nommé France, eh bien, la Chine, la voilà donnant « son accord » à Sarko. Et son accord sur quoi ? Sur un séminaire… On en tremble, puisqu’à n’en pas douter, ce jour-là, la face du monde en sera changée. Plus loin, concernant la remise du prix Nobel de la paix au chinois Liu Xiaobo, le préfet Sarkozy s’empresse de botter en touche — à moins qu’il ne se mélange les nouilles, dès qu’il s’agit de l’Asie : « Aung Saan Suu Kyi a appelé Carla pas plus tard que ce week end ». Ben oué mon pote, comme je te le dis… Outre qu’on ne voit guère le rapport entre l’opposante birmane et le Nobel chinois —les yeux bridés, peut-être? —,  on imagine mal Aung Saan, en résidence surveillée depuis plus de sept ans, se précipiter le jour de sa libération sur le téléphone le plus proche afin d’appeler Carla Bruni. Bref, ceci n’était jamais qu’une séquence de plus du Big Nawak sarkozien, basé sur le principe Je raconte ce que je veux, je m’en fous, allez-y prouvez que je mens. Est-ce que c’est pas difficile, hein ?

                                                                                              

                                                                                                    Frédo Ladrisse.

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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 22:24

Tiru-2-copie.jpgTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Ils ont remanié, et après ? Sentiment partagé par nombre de quidam, que le tango des ministères laisse de pierre et sans voix. Poules confrontées au couteau du néopétainisme, nous voici démunis, en même temps qu’indifférents au jeu d’ombres chinoises censé nous ensuquer. Car enfin que nous chaut la reconduction de Fillon, celle de Mitterrand ou Mam, et les jetages d’un Borloo, d’une Yade, d’un Woerth ? Méfiance, cependant : au creux de ce remaniement-songe se planque un message, sournois, en forme de nouvelle claque adressée à nous autres. C’est qu’il se disait, comme en creux, que la nomination de Borloo au poste de premier ministre serait la réponse de Sarko aux millions de manifestants battant pavé rouge en octobre, en novembre, quatre semaines durant. Un virage social, quoi, à la sauce droitière soit, mais tout de même : un virage, un genre de pause dans la casse de nos droits. Eh bien, même pas ça. Ce n’était pourtant qu’une façon de minimum légal, très insuffisant, très futile — car enfin nous ne fîmes pas grève pour exiger que Borloo rejoigne Matignon. C’était rien, pratiquement de l’insignifiance : dans ce contexte, reconduire Fillon devient par contre très signifiant. Il n’y aura pas de pause, les bulldozers antisociaux ne laisseront pas, une seconde, reposer leurs moteurs. Non seulement les tenants du Sarkozystan-pour-mille-ans ne nous entendent pas, mais aussi, surtout, nous méprisent. Le seul et unique message de ce remaniement : Français, on vous emmerde, et on va continuer.       

      Pendant ce temps, en provenance du pays où, à ce qu’on nous rabâche, nul ne manifeste jamais chacun restant chez soi à gober les couleuvres néoconservatrices comme autant de fourchetées de panse de brebis farcie, monte un cri tout à fait de saison : « tous ensemble, tous ensemble, general strike ! », hurlaient, en français dans le texte s’il-vous-plaît, près de 50 000 étudiants dans les rues de Londres le 10 novembre, avant de s’affronter durement aux robocops locaux, puis de les déborder et de s’en aller ruiner le siège du parti au pouvoir. La raison de cette colère ? Rien, une broutille, le triplement des frais d’inscription à l’université, à hauteur de 10 000 euros. Pas de quoi s’énerver, n’est-ce pas, cependant ces soi-disant stoïques sujets britanniques semblent, cette fois et durablement, dégondés. « Le radicalisme est dans l’air, la rage est palpable », prévient ainsi Zoé Pilger dans The Indépendant. Ah, que Bakounine fasse que les outre-manchots prennent la relève de la colère !, puisqu’en France elle se calme, s’assoupit, se renfrogne sous le bonnet de nuit. Au pied de l’incinérateur d’ordures en la ville de Saint-Ouen, nous avons, par exemple, dans la matinée de samedi, plié gaules et calicots. Les cheminées réintoxiquent, et le vieux nazi faisant office d’agent de sécurité jubile sous son casque à la con, tout est rentré dans l’ordre patron, valsent les camions-poubelles sous les quolibets des grévistes. Pour autant, tout n’est pas perdu : on a surtout beaucoup gagné en dix jours sous les tentes à bloquer ces ordures, certaines humaines. Gagné du temps, de l’échange et du sens, de l’énergie, du partage, de la solide solidarité, de la bien concrète, de celle qu’on touche du doigt et qu’on sent dans la bouche. Certes on est retourné au taf sans que l’avorton du palais n’ait consenti à abroger cette loi inique et promulguée — tout un symbole — lors d’une nuit sans lune, mais, au-delà du fait qu’on l’attend au prochain tournant, lui et son gang mafioso, nous voilà requinqués comme jamais, les batteries à bloc, tout à fait prêts à en découdre. Si les autorités s’en moquent, à l’abri de la plèbe pensent-ils, protégés par une forêt de centaures oblitérés Police, les bureaucraties syndicales, de leur côté, s’inquiètent à juste titre de cette hargne soudaine, qu’elles savent incontrôlable. Ça flippe dans les permanences car un mouvement tel celui que nous venons de vivre, agit comme un révélateur des farces et attrapes que nous bradent à longueur de temps ces rabougris marchands d’opium et autres professionnels du syndicalisme de salon. Lorsqu’au bout de dix jours de blocage, nuit et jour sous pluie et vent, le délégué local — celui-là, qui accoure quand se pointent les caméras, et qu’autrement on ne voit jamais —, quand il n’ose plus pointer son museau en AG, moi je dis que c’est plutôt bon signe. S’ils ne sont plus ici c’est qu’on avance, vous ne trouvez pas ?

     Ce sentiment, je ne doute pas qu’il soit aujourd’hui partagé par certains producteurs de viande, totalement enfumés par leur propre syndicat, l’innommable FNSEA, lequel, après signature d’un accord sous les ors du ministère de l’agriculture, appelait ses militants à lever le blocage des abattoirs. Or les gars, aux abois, demandaient 60 centimes de plus sur le kilo de bidoche. Le syndicat a lâché, et signé avec les patrons pour 2 à 5 centimes. « C’est le premier pas de la marche en avant pour la hausse des prix et les 60 centimes », déclarait Pierre Chevalier, un de ces fourbes à la si prompte signature. Ce ne sont pas les branches hautes qui manquent, en nos riantes campagnes. Reste à trouver la corde.     

       Mais chut, tais-toi ô ma rancœur, l’essentiel est ailleurs. Il est, paraît-il, dans le projet du Parti Socialiste. Non je déconne. N’empêche, ils ne sont pas tristes ces pitres, à l’instar de François Hollande qui, se positionnant en vue de 2012, se campe en fin stratège : « j’ai laissé passé le coup d’avant pour être maintenant dans le coup du jour. » Bien vu mister Flamby, laisse passer les coups, laisse… Concernant le projet lui-même, l’ex-premier secrétaire estime que « le risque, c’est l’indifférence. » Le problème est de taille, dans la mesure où même de cette indifférence, finalement on s’en tape. Pour le métrosexuel Manuel Valls, « l’exigence de vérité et de crédibilité s’impose » en cette année, manière de dire sans le dire que, depuis Jaurès au moins, mensonge et grand n’importe quoi sont les deux faces d’une même (fausse) monnaie qui a pour nom Parti Socialiste. Valls tient cependant à mettre en garde ses camarades contre une « mélanchonisation des esprits. » La formule serait bien trouvée qu’elle resterait ardue à prononcer. Gageons que Ségolène Royal lui préférera quelque chose comme la mélanchonnitude.

 

                                                                                            Frédo Ladrisse.

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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 16:39

101104-SO-Tiru-DM--39-.JPG Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Devisant l’autre soir avec l’ami Maunoury —  foisonnant barbu délicat livrant parfois, sur ce blog même, ses photographies telle celle illustrant cet article —, on se disait comme ça qu’Obama, on s’en tape. C’est qu’en cette nuit de novembre à la douceur étrange nous nous trouvions au pied de l’incinérateur d’ordures, sise en la bonne ville de Saint-Ouen, 93400. Incinérateur bloqué par d’irréductibles farouches pour qui, décidemment, le combat ce n’est pas tant qu’il continue, c’est qu’il ne s’arrête jamais. La cheminée crachait encore, mais plus pour très longtemps, ses volutes de dioxine, et la presse venait de nous être livrée, à domicile s’il-vous-plaît: les copains de la plateforme NMPP, toute proche, passaient, de tournée en tournée, refiler aux bloqueurs de la nuit du papier encore chaud, à l’encre mal séchée. Pour tenir sans dormir je vous assure, les amis, que ça vaut les croissants. Or donc, à la Une, Obama. « Nous avons pris une dérouillée », glapissait le maître du monde. Oui je sais: aucun intérêt. Le Parisien titrait lui sur « le troc sexuel », en gavait ses pages 2 et 3, c’est dire si le sujet est hautement gravissime. Plus tard et vainement, nous avons cherché dans Libé trace de la continuation du mouvement actuel : un entrefilet et à peine, faisait écho aux deux pleines pages consacrées à la grève qui agite… la BBC. Interview à l’appui, et tout. Tu vois pourquoi je lis pas Libé, me lança alors l’ami. Bin t’es en train de le lire, lui répondis-je, goguenardant.

      Dans la presse du jour ou plutôt, de cette nuit, il était également question en long et en traviole, du remaniement à venir, soporifique feuilleton servi aux laborieux, histoire qu’ils pensent à autre chose qu’à venir, par exemple, soutenir les piquets. Raffarin, à ce sujet, raffarinait à qui mieux-mieux : « ce qu’il faut à notre pays, c’est une rupture dans la rupture. » Maunoury, pour le coup, ça l’a rendu tout chose, perplexe quoi, limite embarqué dans un genre de vortex à haute teneur philométaprotosophique. De mon côté —solidarité volatile oblige—, j’étais plongé dans Le Canard, déchainé. Alors comme ça il paraîtrait que les journalistes bossant sur des dossiers sensibles sont fliqués à outrance, pistés, écoutés, visités ? Quelle nouvelle, belle Hélène ! On le savait depuis Clovis, cependant ces pratiques ne seraient plus d’actualité : c’est ce qu’en dit Squarcini, chef de la patrouille des barbouzes : « la DCRI n’a rien à voir avec ces carabistouilles. » N’ayant pas apporté sur le piquet mon dictionnaire, je décidai sur-le-champ de ranger l’expression dans la section patois ancien du Nord-Vesoul, et passai à autre chose. Tiens, Dsk est au régime, m’informa Maunoury, tout en se fendant d’un bâillement. De mon côté j’apprenais, parcourant Les Echos, si si, que Martine Aubry avait offert à Michel Rocard, pour ses 80 ans, une édition originale de l’œuvre de Proudhon. « Un cadeau en forme de clin d’œil », précisait le journaleux. Devant ce genre de révélation, pour ce qui était de cligner moi j’y allais des deux yeux. Soudain, un cri : autour du brasero la chorale des filles des cantines, en grève depuis quatre semaines, hurlaient du Renaud en se bougeant pour se réchauffer un brin: cinq heures du mat’ j’ai des frissons, c’est vrai que c’est déjà l’automne. François Copé, lui, ne tremble pas, qui déclare dans Le Figaro vouloir créer à l’assemblée un groupe de travail aux visées antigrèves : « bloquer les ports et les dépôts de carburant, c’est toucher aux fonctions vitales du pays, et ça ce n’est pas supportable. Il y a des choses qu’on ne peut pas laisser faire », menace-t-il, avant de reprocher au corps syndical d’utiliser « des méthodes d’un autre temps. » Hum hum, a lâché  Maunoury. Il a levé les yeux au ciel avant de rajouter: j’ai l’impression qu’il va pleuvoir.

 

                                                                                                 Frédo Ladrisse.

 

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 21:57

index-copie-4.jpegTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Alors comme ça il paraîtrait que les anarchistes grecs auraient tenté de faire imploser notre Sarkoléon ? Le porte-parole de la police d’Athènes a benoîtement déclaré « ignorer les mobiles de cette attaque. » Pas nécessairement au fait de l’état de délabrement, de délitement, de dégoût et colère dans lequel Sarko a plongé le pays, le chef de la police d’Athènes peut compter sur notre aide : on peut sans peine lui fournir une liste de « mobiles » et d’excellentes raisons d’éprouver le désir de voir enfin disparaître cette présidentielle engeance. Pour autant, serait-il confettisé par la grâce du TNT que ne seraient pas, on sait bien, résolus nos problèmes énormes. Le sarkozysme survivrait bien évidemment à son chef, comme n’importe quelle idéologie de mort. Ce n’est pas à l’homme qu’il convient donc de s’attaquer, mais aux idées qu’il véhicule et met en acte. On sait tous cela. Mais c’est plus difficile, n’est-ce pas ?

      La tâche est d’autant plus ardue que tous, depuis quelques années, tous, citoyens, militants ou non, nous avons fait un pas de côté, autrement dit un pas à droite. Tous, nous nous sommes droitisés, la petite musique de la contre-révolution néoconservatrice s’étant insinuée, l’air de rien, dans les cerveaux, en quantité, et ceux des anars y compris : il y a quelques années Le Monde Libertaire m’avait refusé un article, intitulé La marche du crabe (en archive sur ce blog), et qui défendait cette thèse. Au motif que certains faits qui y étaient rapportés étaient, parait-il inexacts, il n’avait pas été publié. Au-delà de la tentation, toujours bien présente chez certains camarades, de réécrire l’Histoire dans le bon sens, j’avais vu dans ce refus une condamnation, confuse. C’est que j’avais dépassé les bornes : une chose est de relever que la Cfdt n’a plus grand-chose à voir avec la Cfdt historique, ou de rappeler la tentation, de plus en plus évidente, qu’éprouve la droite traditionnelle pour le nationalisme pur jus. Une autre est de noter que, dans certains cortèges libertaires les services d’ordre s’opposent aux prétendus casseurs, voir les livrent aux flics. Pareillement, c’était blasphème de relever l’ambigüité des camarades lors des émeutes de 2005, quelques uns se permettant de les condamner sans les comprendre, sur le mode « on ne brûle pas une école ! » Blasphème encore que de rappeler que certaines organisations à visées révolutionnaires ont appelé à voter Chirac en 2002, ou Besancenot en 2007. Mais ça chut, faut pas le dire, ce n’est pas libertairement correct… . Un pas à droite donc, pour tout le monde, et sans distinction d’étiquette. Or, dans le même Monde Libertaire, dans l’éditorial de cette semaine, on peut lire ceci : « plutôt que de lancer un appel incantatoire entre toutes les luttes, j’aurais l’audace, certes naïve, d’appeler ces flics, ces patrons, ces hommes politiques (tous ne puent pas, tous ne sont pas des pourritures, tous ne sont pas des ordures), à tout lâcher et à nous rejoindre. » Sic. Re-sic. Et étranglement. Traditionnellement, l’éditorial de ce journal n’est pas signé. On ne saura donc sans doute jamais qui est ce « je », à « l’audace certes naïve ». Cependant, un souci : si l’édito n’est pas signé c’est qu’il est censé exprimer le point-de-vue, collectif, de la Fédération anarchiste, dont Le Monde libertaire est l’organe. Conclusion : la Fédération anarchiste appelle désormais policiers, patrons, hommes politiques, à nous rejoindre dans les cortèges. On n’est plus, ce faisant, dans la simple naïveté, laquelle sur ce coup a bon dos. On est, tout simplement, dans la bêtise du type « des flics, y’en a des biens » (voir la vidéo de Didier Super ci-dessous ), pire, dans la collaboration de classe, et au-delà encore concernant cet hallucinant appel à la poulaille. Défiler avec les condés ??... Si c’est pas, de la part des anars, faire là un gros pas à droite, si c’est pas renier l’air de rien quelques fondamentaux, que les plumes et le bec, alouette, m’en tombent illico !         

 

 

      Les journalistes, les baveux — tous ne puent pas, tous ne sont pas des ordures ? —, les chieurs de copie y en aurait des bien aussi ? Si tel était le cas, improbable, il est certain que ne serait pas rangée dans cette catégorie Marie Drucker, incalculable présentatrice du journal de La 2 qui, jeudi 28 octobre, jour de manifestation, n’y allait pas, c’est le moins qu’on puisse dire, avec le dos de la cuiller en bois: « malgré quelques irréductibles qui pensent encore pouvoir faire reculer le gouvernement, l’esprit des manifestants étaient à l’amertume. » Tiens donc, et rien que ça ! Les « irréductibles », par millions, ne semblaient pourtant guère se sentir isolés et d’amertume, pas un chouia. De la colère c’est clair, de l’inquiétude assurément, mais de l’amertume, nenni. Pensent-ils nous impressionner, ces porte-paroles de la Sarcloserie-des-Lilas, à comme ça reprendre les mots d’ordre d’un Woerth par exemple, pour qui « ça ne sert à rien de faire grève aujourd’hui contre la réforme des retraites », pour qui « dans une démocratie, on doit respecter les institutions, on doit respecter la loi de la majorité, la majorité issue des urnes. » Fermez le ban et l’arrière-ban, et rendez-vous en 2012 ! La belle fable que voilà, étayée, s’il en était besoin, par un certain Marc-Philippe Daubresse (retenez bien ce nom, car vous n’en entendrez plus jamais parler). Ce Daubresse, donc, ci-devant ministre de la jeunesse, tançait l’autre jour en direct des représentants de syndicats lycéens et étudiants : « on maintiendra cette réforme, y’a un président de la république, il s’appelle Nicolas Sarkozy, que ça plaise ou pas, c’est comme ça ! » Et plus tard de justifier la réforme en question par, je cite, « la météorite de la crise. » Contrairement à ce qui se dit, on peut voir que les dinosaures n’ont pas tous disparu : bien vivant est le daubressorus, dont la tonalité de ses adresses à la jeunesse fait très 1970. Mais tandis que ces monstres à tête plate dévorent goulument nos espoirs d’une société égalitaire et solidaire, le pachydermique Ps propose lui, eh bien, euh… Rendez-vous en 2012 ! En attendant, comme pour tuer le temps, les voilà qui s’amusent à réécrire l’Histoire, tel l’histrion Cambadelis, pour qui « en 2003, une majorité de syndicats a signé l’accord Fillon. » Se rendant compte de sa bévue, le gars s’empressa d’ajouter « enfin, sauf la Cgt, Fo et Sud. » Ce qui, en matière d’ «irréductibles », fait un peu de monde, non ? Les socialos les gagneront-ils, au moins, ces foutues élections pour lesquelles ils vendraient père, mère et belle-sœur ? Ce n’est même pas certain, d’autant que, depuis la mort de Paul-le-Poulpe, dernier grand analyste de la vie politique (juste devant Lalanne il est vrai), on a plus aucune certitude. Les Molex, pour leur part, en ont une : celle d’avoir tout perdu, de s’être fait dézinguer dans les grandes largeurs, abuser (euphémisme), voler, arnaquer, enfumer,… par les mafiosi de la finance pour lesquels si, à cinquante ans, t’as pas fermé d’usine Molex c’est que tu as raté ta vie. Ces crâneurs croiseront-ils un jour le chemin de nous autres, « irréductibles » ? Ce serait intéressant…

 

                                                                                                  Frédo Ladrisse


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25 octobre 2010 1 25 /10 /octobre /2010 20:55

1421611_3_c144_un-homme-expulse-d-un-camp-de-roms-pres.jpgTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? En raison d’un mouvement de grève impliquant une certaine catégorie de volatiles dont l’autruche, cette rubrique sera consacrée en totalité à… la grève (nous prions nos lecteurs de bien vouloir éviter de nous en excuser.) Ah, la grève… Au Sénat, la semaine dernière,  régnait un suspense intenable avant qu’y soit votée la loi portant réforme du système des retraites, comme ils disent. L’enculade générale en somme, comme nous disons, nous. En même temps, on s’en tamponne, de leur vote, mais à fond. On s’en bat l’occiput, mais grave : que nous chaut l’avis de la chambre dite haute, en vérité gérontostère, anté-mouroir aux relents de triques viagrées et de boules à la naphtaline? Qu’une poignée de sénilologues vantent le courage des croulants ne change rien à l’affaire : le vote du sénat n’a, au sens strict, aucune espèce d’importance. Sans importance aucune non plus, les propos de Fillon, qui, dimanche dernier, prévenait : « je ne laisserai pas bloquer le pays, je ne laisserai pas étouffer l’économie de la France. » Par économie, entendez : Total, Lagardère, Pinault Dassault et leurs amis. Les salariés, par contre, peuvent bien étouffer tant qu’ils veulent, c’est une chose, n’est-ce pas, dont les médéfiens ont appris à ne pas tenir compte.

     Pareillement sans conséquences, les dits d’un certain Vial, Olivier, président d’un certain collectif Stop La Grève — lequel n’est jamais qu’une ramification, je te le donne en mille Lucille, de l’UNI, syndicat étudiant issu de la plus rance France. « Nous voulons faire entendre la voix  de la majorité silencieuse, des opprimés victimes d’une prise en otage par les grévistes », assure le garçon qui, dans le même temps, juge que les sondages donnant une majorité de Français favorables à la poursuite du mouvement, eh bien ces sondages « ne sont pas justes. » Si tu le dis« Je peux vous promettre que, quand on se rend sur le terrain, on voit bien que… » Bon ça suffit, ferme ta bouche, petit bourgeois sans peine, sans chagrin et sans joie : c’est quoi pour toi, le terrain ? Le marché des Sablons à Neuilly-sur-Seine, le dimanche matin?  Néanmoins et comme il se doit, ce Collectif bénéficie du soutien des grands prêtres officiant, chaque jour, dans les officiels medias, amen. Curés d’entre les curés, l’increvable brailleur mais toujours dans le sens du vent Gérard Carreyrou, déclarait la semaine dernière qu’ « on a le droit de faire grève, on a le droit de manifester, on a aussi le droit de circuler : c’est une liberté fondamentale. » Reste à inscrire le droit de faire le plein de SP98 dans la Constitution. Pour ce baveux, de toutes façons, « c’est fini, c’est terminé, Nicolas Sarkozy a gagné la bataille. » En voilà, de la belle analyse journalistique, objective, non-influencée ! Au même moment Copé jouait, comme à son habitude, sur le registre La grève, c’est ringard. « Je comprend que certains soient grognons », osait-il au plus fort des manifestations, au moment même où Hortefeux envoyait sa flicaille aux trousses de la jeunesse et des ouvriers, tous pareillement révoltés, « mais bloquer des dépôts, c’est d’un autre temps ! » N’écoutant que son courage, front en sueur et micro tremblant, le journaleux qui lui faisait face osa tout de même lui demander à quels temps Copé faisait ainsi référence. « Au temps où on bloquait les usines, c’est-à-dire il y a plusieurs siècles ! » Les personnels de Filtrauto, de Nutrea, de Jacob Delafon j’en passe et des dizaines, apprécieront.

      Apprécieront également les 400 dockers venus, ce lundi à Marseille, prêter main forte aux camarades bloquant le dépôt de Fos-sur-Mer. « A l’aide de pelleteuses, les manifestants ont notamment déversé de la terre devant les camions des compagnies républicaines de sécurité », rapporte le Figaro. Que croyez-vous qu’elles firent, les compagnies fameuses ? Elles ont fermé leur claque-merde, et les ont laissé faire. C’est une chose que de flashballer quelques gamins devant un lycée, c’en est une autre, hein les Rambos, que d’affronter 400 dockers venus avec leurs pelleteuses…

      A propos des lycéens, tiens : une élève de Lyon a écopé, la semaine dernière, de cinq mois de prison ferme, oui j’ai bien écrit : ferme, pour avoir incendié une benne à ordures. Camille, toujours à Lyon, fera elle trois mois fermes encore, pour la dégradation d’un panneau JC Decaux, et refus de se soumettre au prélèvement d’ADN. Son avocate : « ce n’est pas une fille d’Action Directe, ce n’est pas une anarcho-libertaire ! » Ah. Elle aurait mangé quoi, sinon, perpète? Lou, Villeurbannais de 18 ans, contrairement à ses camarades croupissant en dépôt, comparaissait libre : accusé d’outrage et de violence à agent, il a reconnu avoir adressé quelques doigts d’honneur aux flics, mais, contrairement à leur version, nie leur avoir jeté un sac plastique rempli de feuilles mortes. Sic. On croit rêver ? Non. Verdict : il ramasse à la pelle deux mois de prison avec sursis et 700 euros d’amende.

     Dockers marseillais, marin-pêcheurs bretons, viticulteurs du sud-ouest et autres chauds bouillants devant lesquels gendarmes mobiles, position de la tortue ou pas, tremblotent et flippent des dents pire que les romains d’Astérix ; viticulteurs, marins, dockers,  ne pouvant malheureusement pas être de toutes nos manifs, c’est à nous de trouver les moyens d’impressionner les robocops, de figer leurs rires gras et faire taire leur blagues à deux balles (il faut voir, au moins une fois, le mépris que ces fonctionnaires de police affichent et sans vergogne envers, par exemple, un cortège de lycéens), à nous de les faire pisser de trouille dans leurs coquilles protège-coucouilles. Comment s’y prendre, dites-vous ? Parole d’autruche, en manif, enfouir la tête dans le sable n’est pas une bonne stratégie. Vive le feu, dites-vous ? J’attends donc vos propositions.

 

     Et Cependant que la justice embastillait à tour d’écrou la jeunesse de ce pays, le seigneur du Château, lui, réfléchissait tranquillou au futur remaniement, tout en croquant dans sa brioche. Borloo, pas Borloo ? Hum… Nous verrons si le gueux, au final, lui sied. Sa Royale Suffisance, absorbée tout entier par ses soucis de périnée — lequel, le fourbe, se relâche dès qu’il a le dos tourné —, n’a pas fait preuve, ces temps-ci, d’un exemplaire courage. En pleine crise impromptue tout au plus a-t-il, en passant, « ordonné le déblocage de tous les dépôts de carburants », ce qui eut pour effet de renforcer encore la détermination des camarades, sur les piquets. Il a prévenu, aussi, que « certaines limites ne doivent pas être franchies. » On n’en saura pas plus, mais comme en matière de franchissement c’est un connaisseur qui parle, on suppose que Sarko se comprend. Lâchant sa brioche pour une moule, il s’est tout de même offert une ballade à Deauville, en compagnie de Merkell — précision d’importance : ce n’est pas le nom de son labrador, mais celui de la chancelière allemande. Merkell la fidèle, Merkell au museau propre et à l’indéfectible soutien : « en Allemagne comme en France, la population ne pourra pas éviter de regarder la vérité en face, et la vérité c’est que les gens vivent plus vieux. »  Merci, chère Angela, de cet éclairage précieux. D’autant que les gens, avant, ils naissaient plus jeunes.

                                                                                               Frédo Ladrisse.

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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 23:25

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(photo : notre ami Simplet Frappant à la Porte de la Révolution)

Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Ah mais qu’elle fut jolie, à défaut d’être sanglante, la semaine passée ! Ah mais, jours de grève après jours de grève, de défilés en tractages, de cortèges lycéens en euphoriques assemblées, ce fut pur bonheur pour le volatile lequel, par ailleurs, n’a pas vu son bureau ni son chef ni une agrafeuse depuis maintenant huit jours : comme tout gréviste qui se respecte, l’autruche apprécie ce qui n’est pas qu’un temps de colère, mais aussi un vrai temps de pause, un temps où on s’arrête et où on réfléchit et, comme disait l’autre, c’est pas triste. Certes, dans les mois à venir, on bouffera des nouilles et encore, sans même un brin de beurre salé, et sans même être certain de s’être pas battu pour rien : à l’heure où nous mettons sous presse, comme on dit chez France-Dimanche, impossible de savoir quelle sera, demain mardi, le niveau des mobilisations, si elles iront s’amplifiant où au contraire retombant tel un pitoyable soufflé à la cancoillotte éventée. Impossible de savoir non plus si tout s’arrêtera, mercredi ou jeudi, si nous renoncerons ou forcerons la marche, vers plus de radicalité. Mais routiers, étudiants, sont entrés dans la danse, douze raffineries sur douze sont désormais bloquées, et Superdupont  a ressorti les jerrycans remisés depuis 1968. Lagarde, ministre des finances, a beau assurer qu’ « il n’y a pas pénurie, mais un sentiment de pénurie » — la bonne blague ! Sur le même modèle, il n’y aurait pas de chômage, mais un sentiment de chômage, pas d’inégalités, mais un sentiment de… ?  —, il n’empêche que les queues automobiles n’en finissent pas de s’allonger devant les rares stations-services  qui ne sont pas encore à sec, et malgré les rodomontades de la sentimentale Lagarde Sarkozy himself a, ce matin, activé un genre de machin nommé Centre Interministériel de Crise, lequel est piloté par devinez qui ? Notre ami Hortefeux-nouille ! C’est assez dire comment ça panique sous les lambris, au point de refiler la direction du Centre de Crise à rien moins que monsieur le flicaillon-en-chef, comment ça décide, dans le même temps, de se raidir façon chouette empaillée : « je ne laisserai pas bloquer le pays, je ne laisserai pas étouffer l’économie de la France », s’ulcère Fillon-le-Maudit, qui préfère nous voir crever tels pauvres poissons hors de l’eau plutôt que ne s’étouffent  ses sponsors, les patrons, comment ça se pose en matador envoyant ses chiens de gardes uniformés aux jeunes, en même temps que ça fait sous soi, merdassant l’habit de lumière d’un pouvoir qui aboie, mais qu’on entend moins que jamais. Sarko a beau prier en l’église Sainte-Pétronille, Fillon a beau jouer de ses méchants sourcils, d’essence il n’y a plus, nous serons bientôt tous à vélo : quel bel automne, vraiment !

     Pendant ce temps, combien de lycéens seront tombées sous les balles de la mobile gendarmerie lesquelles, bien que caoutchoutées, sont à même de blesser gravement, comme à Montreuil, les enfants ? On ne plaisante plus : ce matin encore, à Nanterre, à Lyon, dans d’autres villes, ça a frité devant les lycées. Depuis plusieurs jours la police y est présente, chaque matin, multipliant les provocations, à croire que les consignes sont d’alimenter les violences, à seule fin de disqualifier, pour cette fois et pour longtemps, toute mobilisation émanant de la jeunesse. Or, Luc Châtel a beau, allant, ânonner à l’adresse des jeunes qu’il « est dangereux de manifester sur la voie publique », l’opération « rentre chez toi ou on te casse les doigts» semble devoir faire un flop auprès des lycéens.

     Fonctionnera-t-elle davantage auprès de leurs parents ? On peut se poser la question, notamment quand on voit la CFDTraîtres, comme à son habitude, entamer une de ces danse-du-recul dont elle a le secret. Dès aujourd’hui et sans nul doute, pour Chérèque c’est plié, l’essentiel étant désormais de trouver, comme ils disent, une « porte de sortie honorable. » Honorable, mes fesses, l’honneur n’a rien à voir là-dedans et comme disait maître Zou-Bi, une porte doit être fermée, ou ouverte. Sarko tente, pour sa part, de la verrouiller à double tour : « dans une économie mondiale qui bouge, nous ne pouvons pas rester immobiles. » De là à reculer, il y a un, deux, trois quatre pas que l’azimuté de l’Elysée ne rechigne pas à exécuter. Plus loin, le prophète au Karcher prévient : « nous ne pouvons pas mettre la poussière sous le tapis. » Ménagère métaphore, dont on se demandera longtemps ce qu’elle vient faire dans un discours concernant les retraites. Mais, en fin connaisseur de l’enfilage de perles, Sarkoléon poursuit, sans se préoccuper le moins du monde du ridicule qui, paraît-il, ne tue plus : « la réforme des retraites est un objectif de justice sociale : songez au sort des petites retraites, et des petits retraités. » A coup sûr et sur le coup, Timide, Atchoum, Grincheux ont reconnu en lui un frère.  N’empêche, et puisque nous parlons de nains : le numéro des Thibault-Chérèque, les Grosso et Modo de l’embrouille à la mode « on arrête tout », lasse. Si, une fois de plus, une fois de trop, et alors même que les conditions d’un mouvement social de grande ampleur semblent enfin réunies, si, une fois encore, ces comiques s’arrangent pour le faire avorter, il est clair que c’en est fini, pour un sacré bout de temps,  de leur crédibilité, voir de leur légitimité. Alors, cul dans le rocking-chair et pieds dans la bassine d’eau tiède (met du sel, camarade, ça soulage les oignons), le brave populo attendra tranquillou le printemps 2012 et le saint-sacrement des urnes. « Le rapport du FMI dit qu’il faut augmenter la durée de cotisation : c’est exactement ce que nous, socialistes, nous disons », avouait l’autre soir Martine Aubry. C’est assez dire quel petit soir nous attend, en ce printemps maudit.

     Les socialistes, puisqu’on en parle, étaient encore présents, dans le cortège parisien, samedi. Présents, c’est vite dit : selon une habitude désormais bien ancrée dans leurs têtes d’ampoule, ils s’incrustent en milieu de manif’, font un petit tour et puis s’en vont. Au journal télévisé du soir, à chaque fois c’est gros plan sur le big ballon du Ps. Il s’agit, à tout prix, de caler le troupeau, autrement dit les électeurs, dans les rails de l’alternance. Sauvegarder l’essentiel, en somme, en laissant penser qu’un Strauss-Kahn, une fois à l’Elysée, pourrait, je sais pas moi, par exemple changer la vie ? Je vous entends rigoler d’ici, mécréants que vous êtes ! Vivement le grand soir qu’on se couche ? On ne saurait vous donner tort, si ce n’est que demain, debout, car demain c’est manif’ !

 

                                                                                                    Frédo Ladrisse.

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