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17 mai 2014 6 17 /05 /mai /2014 20:07

images-copie-37.jpgTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Prêtant l’oreille aux cris d’orfraie d’une presse papier en manque de lecteurs, il semblerait que la panique gagne les rédactions : Kiev, Sarajevo, même combat, l’occasion est trop belle, en cette année de centenaire, de dresser le parallèle et d’ameuter les foules en laissant les prédicateurs à la petite semaine nous annoncer, pour la Noël, la troisième guerre mondiale. Mais si les ingrédients d’un scénario de type conflit planétaire semblent, en bonne partie, réunis, il manque le sel essentiel sans lequel cette soupe restera imbuvable : le désir, chez les peuples, d’en découdre. De se faire déchiqueter pour l’honneur.

     Certes, partout ou presque en Europe la fièvre nationaliste empourpre fronts et joues. Cette engeance est d’autant plus dangereuse qu’en face peu de forces paraissent en mesure de s’y opposer. Pour autant les mentalités depuis cent ans ont évolué, et les baïonnettes endormies dans leurs fourreaux sanglants risquent peu de rejoindre d’aussitôt les canons. En Ukraine comme ailleurs, mêmes les hallucinés rêvant de sang impur abreuvant je ne sais quels sillons ne semblent plus guère disposés à ce que le leur soit versé au nom de la patrie. En un sens, c’est plutôt bon signe. Il n’en demeure pas moins exact que les élections européennes sont assurées de voir le sacre des partis nationalistes fascistes racistes pétris de haine et de rancœurs patriotardes. Les mêmes chants abscons résonneront, de la Norvège à la Grèce, en passant bien sûr par la France, rance patrie des droits de l’homme blanc, où règne désormais une islamophobie d’Etat mêlée de racisme assumé, à tout le moins « décomplexé ». Il faut se rendre à l’évidence : nous vivons désormais dans un pays où une ministre, pour peu qu’elle soit noire et n’entonne pas la Marseillaise du haut de la tribune, se voit conspuée, accusée de traitrise, sommée de démissionner par toute la frange patriotarde d’un personnel politique biberonnant du bleu-blanc-rouge laquelle, loin de se limiter à la droite, embrasse un large spectre courant de Le Pen à Mélenchon. Nous vivons dans un pays où, quand quelques dizaines de lycéens mieux informés que d’autres de l’affligeant sexisme, véritable pilier de notre société,  sous prétexte d’avoir décidé de porter, une journée, une jupe malgré leurs mâles attributs, se voient hués, chahutés, et malmenés par les foutraques de la Manif pour Tous, appelés à Nantes les sentinelles. Un geste simple, et pacifique, de défense de l’égalité entre filles et garçons peut ainsi, dans ce pays, vous vouer aux gémonies. C’est assez dire le nom que portera, ces prochaines années, l’ennemi à abattre. 


                                                                                               Frédo Ladrisse.

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5 mai 2014 1 05 /05 /mai /2014 20:01

images-copie-27.jpgTirant tête hors du trou et revenant de la traditionnelle manif’ libertaire du 1er mai, manif’ bon enfant d’habitude, permettant de sortir les mômes et de retrouver de vieux copains pas vus depuis des mois, de chanter gueuler avec eux, bringzinguant sans encombre de Belleville à Bastille. Cette année, l’ambiance fut tout autre. Au piteux prétexte d’une vitre de Monoprix brisée (la rumeur courant son train il fut de suite question d’un magasin « dévalisé » : je suis passé devant : les rayons allaient bien, merci) une armée de gendarmes mobiles et pas fairplay : mobiles, ont joué la présence de masse, le gazage à outrance et le matraquage à l’aveugle. Quelle bande de trous du cul, pensais-je à part moi, livrant à qui voulait l’entendre mon analyse de l’évènement : en France, dès qu’un ancien ministre de l’intérieur devient prems’ ou pire, président, les bouledogues se lâchent et se croient tout permis. Valls, Sarko, même combat : primauté de la force sur le droit (une des définitions du fascisme). 

     On me murmure dans l’oreillette que la véritable raison de l’agacement policier agrémenté de bombes au poivre serait le passage à tabac d’un membre de la BAC, de cette néo-naze Brigade Anti Civils écumant à l’accoutumée, et nocturnement, les quartiers. Ce n’est pour l’heure qu’une autre de ces rumeurs de fin de manif’. Cependant, si celle-ci devait se révéler exacte, au moins éprouverai-je la satisfaction de ne m’être pas fait gazé pour rien.

     Laissons-là ces péripéties à la petite semaine et revenons à l’essentiel, à notre commune religion notre très-sainte mère à tous : l’économie. Quand il n’est pas à Rome en train de baiser les Très Saintes Chausses de François 1er, Valls concocte sur un post-It un « plan d’économies » dont l’équation est simplissime : où trouver 50 milliards ? La réponse s’abat telle une lame sur nos cous, nous les trouverons, dit-il, dans la poche des petits vieux (retraites), dans celles des fonctionnaires (gel des salaires depuis quatre ans et pour trois années de plus), dans celle des malades (Sécu). « Ce plan est calibré, bien réparti, et juste », estime le premier sinistre. Calibré, kézako ? Bien réparti entre les pauvres, cela à coups-sûrs. Juste ? Pfff…. La xyloglossie (langue de bois), même elle, connait ses limites. Une question rarement voir jamais abordée par les pisseurs de copies et autres journaleux aux ordres est : 50 milliards, pour quoi faire ? S’il n’était pas totalement dépourvu de sincérité, les malfaisants serrant les cordons de toutes les bourses hors les leurs seraient alors contraints de répondre qu’après avoir promis un cadeau de 35 milliards au patronat français, c’est sous nos pauvres matelas qu’ils espèrent bien les dénicher. Voleurs, bandits, brigands, crapules, en un mot : socialistes !

     Pensiez-vous que les maîtres des forges, l’association des exploiteurs ayant pour nom Medef se contenterait de ce cadeau-ci ? Ils l’ont applaudi, clap clap clap, fait péter la thune, Valls ! Le lendemain, ils se sont remis au travail, à cette lugubre tâche consistant à trouver de nouveaux moyens d’augmenter les profits de leurs confrérie au détriment de celui de la masse miséreuse qui, sous régime libéral, n’a qu’à bien se tenir et fermer sa grande gueule sinon c’est la porte le chômage la rue le suicide, et basta. Comme ce ne sont pas des génies, comme ils ne sont pas même ingénieux mais, au mieux, ingénieurs, ils eurent l’idée de recycler une antédiluvienne idée : le « Smic jeune », sous-salaire pour maxi-profits, appelé CIP sous Balladur (la rue l’a dégagé direct), puis CPE sous Dominique Galouzeau de Villepin (même destin). « En France, le salaire minimum est trop élevé », osa Pierre Gattaz, président du Medef. Une phrase à mettre selon moi en regard de celle, répétée à l’envi par Sarko président, affirmant que « lorsqu’on perd son travail, on perd toute dignité ». Dès lors, l’évidence s’impose : rompons une fois pour toutes avec cette idée « ringarde » de salaire, et redonnons leur dignité à ces millions de chômeurs, grâce au travail gratuit. Une idée simple, qui coule sous le sens, et promise à un bel avenir. A condition, bien entendu, que ce travail gratuit soit également obligatoire, car autrement le chômeur, connu pour sa fainéantise et son manque de patriotisme, risquerait de refuser tout retour vers la « dignité ».

     Bon, ça n’a pas marché. En pleine période de cadeaux tous azimuts aux entreprises (ou plutôt aux chefs d’entreprises), cette demande d’autorisation d’exploitation à peine masquée d’une jeunesse en plein désarroi passa pour, disons, une faute de goût. Erreur de timing, sans doute… Pas grave, on attendra, dit le Medef en chœur. En attendant, Gattaz, qui décidemment ferait passer cette raclure de Parisot pour une gauchiste de base, enchaîna sur une demande de « modération salariale » : traduite en langage commun, l’expression signifie le gel des salaires, de tous les salaires, et ceci durant des années. « C’est la condition sine qua non pour que le pacte de responsabilité ait des effets bénéfiques », menace Gattaz. Nouvelle traduction : merci pour les 35 milliards, bon ok on s’est engagé à créer des emplois mais finalement non, on le fera que si on peut encore moins payer la plèbe. Autrement ? Allez vous faire foutre, et merci pour le chèque. 

     30 ans que ça dure, que le « monde de l’entreprise » nous chie dans la bouche sans jamais provoquer la moindre réaction d’un pouvoir politique aux ordres du porte-monnaie mondial. Le « travail coûte trop cher » (alors qu’en réalité il n’a jamais tant rapporté), ce sont les entreprises (les « chefs d’entreprise ») qui créent l’emploi et donc, c’est eux qu’il faut aider, soutenir, au détriment des salariés… Calembredaines, billevesées…  Depuis l’ère mitterrandienne jamais aucun plan destiné à engraisser le patronat via la baisse des charges, les exonérations d’impôts, les chèques de 35 milliards, n’ont fait reculer le chômage en France. Jeu de dupes, foutaises. Car en réalité le patronat n’a aucun intérêt à lutter contre le chômage : c’est son meilleur allié. En permettant de maintenir une « modération salariale » laquelle, n’en déplaise au Medef, est devenu la règle depuis deux décennies, en permettant de maintenir la pression sur des salariés lesquels préfèrent gagner peu que ne rien gagner du tout ; en jouant constamment sur les menaces de fermeture, de dépôt de bilan, de délocalisations comme d’armes de destruction massives d’un bassin local, d’une ville, le chômage et le prétendu «coût du travail» nourrissent un chantage permanent auquel le personnel politique, de gauche comme de droite, cède moins par lâcheté que par goût pour le dogme libéral.

     Autre rengaine entendue cent fois, et qui en ce moment entame un retour comme en douce : non content d’être trop payé, le salarié français ne travaillerait pas assez. D’où la nécessité, pour quelque chose comme « maintenir notre compétitivité » (autre tarte à la crème que cette « compétitivité »), de revenir aux 39 heures naturellement payées 35. Le patronat, qui a assez mouillé la chemise, comme on a vu, sur d’autres sujets, laisse cette fois la droite labourer le terrain. Ainsi a-t-on pu entendre Eric Woerth, de sinistre mémoire, affirmer que « cette fois, je crois que les Français sont prêts. » Après s’être fait travaillé par de la mauvaise vaseline durant de longue années, nous serions aptes à tendre le cul ? L’énormité de la chose est que Woerth au nom de rot n’a peut-être pas tout à fait tort.

     Partage des richesses : les 67 personnes les plus riches du monde possèdent à elles seules autant que la moitié de l’humanité. Voilà des gens « compétitifs ». Adn : la totalité de la gente masculine d’un lycée de La Rochelle a vu son Adn prélevé, dans le cadre d’une enquête pour viol. Un seul des élèves a refusé « une forte tête » selon le proviseur, « un anarchiste. » Bien entendu le voici dans le collimateur de la police qu’on dit scientifique, malgré l’oxymoron. Dernière bonne nouvelle, pour la route : Finkielkraut le patriotard, l’islamophobe notoire ultraconservateur fanatique de la Marseillaise, entre à l’académie française. Soral et Dieudonné n’étaient pas disponibles ?

 

                                                                                                 Frédo Ladrisse.

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6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 20:09

 

xi-jinping-en-visite-en-france.jpgTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Pierre Gattaz, le patron des patrons, medefien hérissé en diable dès qu’on vient lui causer du pacte dit de « responsabilité ». « Arrêtons de dire qu’en France on fait des cadeaux aux patrons, ça me hérisse le poil ! »,  a lâché le matou. Pov’ chat, il est vrai que 30 milliards d’allègement de charges ne saurait, par le patronat français, être considéré comme un cadeau dans la mesure où son exigence flirtait avec les cent milliards. Par ailleurs, citoyen contribuable salarié travailleur (qui ainsi subira quadruplement le coût de l’insane mesure), on te prie en les salons de ne pas oublier l’énormité des concessions concédées par le patronat en échange de cette pluie de biffetons : désormais les chefs d’entreprises seront mollement invités à faire ce qu’ils peuvent pour créer quelques emplois, si la conjoncture le permet, si le marché s’y prête et si il ne pleut pas. On comprend que cette contrepartie puisse être jugée par le Medef extrêmement contraignante. Pour les caciques du CAC40, y’a pas à tortiller : c’est le retour du goulag, sous la houlette d’un Hollande pur produit du stalinisme.

     Que la « main invisible du marché » finisse par serrer le cou de cette bande de voleurs patentés !

     Malgré les sales coups fomentés par ces ultragauchistes que sont Montebourg, Michel Sapin, François Bayrou Alain Juppé (autant de fanatiques utopistes prétendant « réguler le marché »), le capitalisme démocratique (selon la formule de Eric Hazan) avance, de par le monde, et partout se présente comme l’horizon indépassable d’une Histoire qu’on dit achevée, quand bien même ce capitalisme contient en lui et comme en germe la disparition, l’extinction, définitive, de l’humanité. Un peu de factuel ? Allons-y.

     Il y a quelques jours, un accord signé en l’Ukraine et la Communauté européenne stipulait que le nouveau régime ukrainien « s’engage à respecter les droits de l’homme ET l’économie de marché. » Les majuscules sont de moi, la mise sur le même plan des deux domaines est du ressort des signataires. Que le libéralisme ait l’outrance d’inscrire désormais son idéologie dans le marbre des accords internationaux, qu’ainsi il conditionne tout aide financière (dont l’Ukraine, entre autres pays, a cruellement besoin) à cette façon d’allégeance aux lois intangibles du marché ; que de cette façon il décrète irrecevable et se plaçant hors la loi toute expression démocratique visant à s’émanciper de ses entraves, n’est jamais qu’une nouvelle étape dans la guerre en question. Prise entre le marteau de la menace russe et l’enclume d’un endettement frisant la banqueroute, la pauvre Ukraine n’est jamais que la victime idéale, n’a d’autres choix que celle d’un servage consenti face à la puissance financière d’une Europe dont elle attendait, à coups sûrs, autre chose. Plutôt que la démocratie et la protection vis-à-vis de l’ogre russe, le premier accord Europe-Ukraine aura eu pour objet le menottage de son économie, désormais fatalement, exclusivement libérale. Les Ukrainiens ne l’oublieront pas, et nous ne l’oublierons pas non plus.

     Autre exemple, pour la route ? Elles furent bloquées, les routes, les avenues, les rues, lors de la venue de celui qu’on nomme vulgairement « le numéro 1 chinois », autrement appelé Xi Jinping, autrement appelé par ses potes du parti « Président de la République Populaire de Chine, Secrétaire Général du Parti Communiste Chinois et Président de la Commission Militaire Centrale du Parti Communiste Chinois ». Comme ça fait un peu long sur une carte de visite, même imprimée en Chine, on l’appellera Xi.

     Xi s’est donc baladé su les Champs Elysées, pavoisés de drapeaux chinois : un honneur auquel même le colonel Kadhafi, pourtant copain comme gorets avec Sarkoléon-le-petit, n’avait pas eu droit lors de sa parisienne visite. Les étendards de la pire des dictatures encore en exercice furent donc déployés, sans vergogne, les tapis nécessairement rouges étalés au seuil des palais de notre bananière république. L’enjeu était de taille : « dix-huit milliards d’euros de contrats, c’est de l’emploi » a résumé Hollande entre deux nems aux crevettes. Ce qu’il s’est gardé de préciser c’est que c’est de l’emploi surtout en Chine, et c’est du fric en France, pour filer aux patrons dans le cadre des « pactes » (voir plus haut). On a donc baissé son froc, on s’est laissé sucer l’anus par des dignitaires chinois venus constater sur place notre mollesse, notre lâcheté en matière de « droits de l’homme », dès lors qu’on agite un chéquier devant nos museaux. Indécis, timorés, faciles à acheter : tels sont les Européens aux yeux de Xi comme de Poutine, dont le récent anschluss sur la Crimée n’a suscité que mièvres réprobations de la part de l’Europe, première puissance mondiale, ah ah, laissez-moi rire avant de pleurer.

     Des avenues, des quartiers entiers de Paris furent bloqués durant la visite de Xi, par crainte qu’il ne soit confronté au moindre drapeau tibétain. 16 stations de métro furent fermées une après-midi, provoquant l’incompréhension du voyageur parisien : « il prend le métro, Xi ? Alors pourquoi on nous fait chier ?» Ledit Xi s’est fini au château de Versailles, concert privé, fastes sans furious, jusqu’à la dernière seconde Hollande et ses ministres jouèrent les escort girls pour Xi le dictateur. Mais on a vendu des Airbus. Lors de sa venue à Paris, Hitler n’en avait il est vrai commandé aucun.

      Droits de l’homme ET lois du marché : les unes primant sur les autres au titre d’une realpolitik n’ayant de réelle que le nom (si la réalité primait la survie d’une humanité condamnée par le capitalisme commanderait d’entamer, contre lui, sans tarder, une lutte au couteau), on ne sera pas étonné de voir les droits de l’homme reculer partout où le marché avance. Mais une telle réflexion, même frappée au coin du bon sens, risque de « hérisser le poil» du matou du Medef, donc chut.

     Tiens, au moment de conclure, je m’aperçois que j’ai oublié de parler des dernières élections. Curieux… C’est peut-être qu’à force de voir qu’on garde le même bocal et qu’on change juste de cornichons, j’ai perdu le goût des condiments ?


                                                                                                  Fredo Ladrisse.     

 

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6 mars 2014 4 06 /03 /mars /2014 19:23

index-copie-4.jpgTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Le bruit de la révolution résonnant depuis l’Ukraine. D’aucuns, de la droite dite républicaine jusqu’à l’extrême-gauche, se pincent le nez et font la fine bouche. Cette révolution-là ne serait pas tout à fait politiquement correcte, puisque s’y mêleraient, de ci de là, quelques groupuscules d’extrême-droite. Ces fins observateurs qui ne voyaient, il y a trois semaines, rien d’autres que des « troubles » à Kiev (quand bien même ce mouvement populaire de longue durée devait, à l’évidence, conduire soit au renversement de Viktor Ianoukovitch et de son régime corrompu soit à un véritable bain de sang), ces borgnes se pensant rois au pays des aveugles, n’ont désormais plus d’autre alternative que de, uno, reconnaître l’aspect révolutionnaire du mouvement, secundo essayer de minorer sa portée. Ce qui ne sera pas une mince affaire, vu la réaction de Poutine, autrement surnommé Pou-Pout’-les-pectoraux, lequel est à un cheveu de déclencher une guerre mondiale tant le dégoûte, l’écœure et l’effare le spectre d’une révolution menée par le peuple lui-même. Le seul fait que Poutine montre ses muscles et ses chars d’assaut suffirait à prouver la légitimité de cette révolution.  

     Cependant, il aura fallu quatre mois à ces politicards et autres salonards dénués de tout sens analytique pour admettre qu’en Ukraine se déroulait non pas un « affrontement » avec « risques de guerre civile », mais une révolution issue du peuple, voulue par lui. Encore n’y souscrivent-ils qu’une fois mis devant le fait accompli, un président en fuite, une assemblée défaite, les palais de l’ancien pouvoir envahi par la foule et la nomination d’un gouvernement provisoire, en attendant la Constituante. C’est que le constat ne peut être que lourd de conséquences : les mêmes qui, hier, expliquaient que les révolutions arabes avaient pour origine un contexte spécifique, politique et géographique, sont contraints aujourd’hui d’admettre qu’un mouvement populaire finalement assez proche de ceux qui balayèrent Tunisie, Egypte et Lybie, vient de pareillement réussir dans un pays se situant en plein cœur de l’Europe. Au cœur de cette Europe soi-disant « pacifiée » où les peuples, rendus atones croyaient-ils, étaient de long temps placés dans l’incapacité de se soulever et, finalement, de l’emporter sur un appareil d’Etat, quel que soit sa nature. D’où : stupéfaction, incompréhension, et bêtise. « Oui mais l’Ukraine, c’est l’Ukraine », nous explique-t-on à longueur d’ondes. Spécificité, là encore, qui ferait que ce qui se passe à Kiev ne saurait se produire à Londres, à Madrid, à Paris ?

     Les mêmes fins « observateurs » dont la spécialité semble tenir en ce qu’ils ne voient jamais rien venir, tomberont de l’armoire quand Paris, Londres, Madrid seront pareillement le théâtre où s’exprimera, en actes, la colère populaire.            

     Tandis que la police de Kiev tirait à balles réelles sur les manifestants (75 morts en deux jours… Des gens seraient-ils encore capable de mourir pour la liberté ? Il faut croire que oui, s’étonnent nos observateurs), les Pussy Riot, elles, libérées avant les JO, se rendaient en douce à Sotchi, pour une intervention nommée « Poutine va vous apprendre à aimer la mère patrie. » Après que les deux Pussy présentes se soient fait matraquées par des cosaques (on rêve…) et bien casser la gueule par eux, elles ont été arrêtées, « brièvement » nous dit-on. Ouf. Pas de retour en camp de travail ? Ça viendra, quand les caméras de l’occident « apaisé » seront rangées dans les camions. D’ici là, gloire à elles au plus haut des cieux de l’anarcho-punk déluré !

 

     Autres cieux, autre punk : Copé. Car comment ne pas dénommer ainsi l’agité de l’Ump, lequel se trémousse sur tous les fronts ? Après nous avoir gratifié d’un happening qui restera dans les mémoires (« la maîtresse… à poil, le voisin, à poil !... Papa à poil, maman à poil ! »), le voilà qui nous rejoue la grande scène du six, pris la main dans le pot-de-vin : « Depuis quelques jours, ma personne, mes proches sont l'objet d'une véritable chasse à l’homme », a-t-il estimé, avant de dénoncer des «méthodes dignes de l’Inquisition », dont se seraient rendus coupables des «Tartuffe bouffis d'orgueil», ou une «vendetta» qui le mènerait au «bûcher médiatique». Bigre. Mais où sont les bûches, le petit bois, les allumettes ? Où sont les instruments de torture « dignes de l’Inquisition », si ce n’est dans la tête de ce grand malade ne supportant pas d’être suspecté de magouilles ? Copé, où la continuité de cette tradition toute française de l’impunité garantie, de l’immunité de salon. D’autres malfaiteurs et bidouilleurs auraient fait le choix du silence. Pas Copé, cet ultrasensible. Tout le blesse, tout !, à l’instar de tous les mégalo.

 

     Et pendant que ce pauvre diable gémissait sur son pauvre sort, ses amis du Medef s’apprêtaient à tout bonnement supprimer le régime des intermittents du spectacle. Trop cher, trop d’abus, la rengaine… Que les abus en question soient l’œuvre, pour une grande part, des patrons de l’audiovisuel ou des grosses boîtes de production ne semble pas déranger plus que ça le Medef. Que soit jetés dans le même sac l’animatrice de chaîne câblée touchant 6000 euros mensuels au titre d’intermittente et le saxophoniste de jazz galérant pour trois cachets ne les interpelle pas davantage. Trop chers, trop peu rentables, pas assez… Y en a-t-il, parmi vous, pour douter encore que le monde de l’entreprise, de l’argent facile, de la bourse, soit l’ennemi de la culture ?

     Dans l’univers même  de la culture, on trouve de furieux adversaires au régime des intermittents : ainsi, lors de la toujours funeste et dormitive cérémonie des Césars, pas un seul artiste présent, récompensé ou non, ne trouva une fraction de minute pour signaler ce scandale évident, et la mort programmée de la création de proximité. Pas un, pas une. Ils s’en tamponnent le coquillard, eux sont sorti de là, ce n’est plus leur problème. Conclusion : cette bande de cons aux egos surdimensionnés sont juste en train de se tirer une balle dans le pied. Sans intermittents, pas de théâtre. Pas de cinéma. Pas de concerts. Point, malheureusement, final.

     Dans ce pays gouverné par une « gauche libérale»  (le bel oxymoron que voilà), dans cette France rance aux relents de pétainisme revendiqué, de FN policé et de « manif pour tous », règne une certaine logique qui autorise à lier rejet du culturel et rejet des populations : selon un rapport de la LDH (ligue des droits de l’homme), l’état a procédé en 2013 à deux fois plus d’évacuations de campements Roms que l’année précédente. Autant le terme « d’évacuation » lequel implique une solution de relogement, est douteux, autant il convient de retenir que sous le règne de Hollande-Valls, et d’une année sur l’autre, les destructions de campements ont simplement doublé, affectant 20 000 personnes sur la seule année 2013. Selon les auteurs du rapport, « ces évacuations forcées sont l’expression d’une politique de rejet des Roms, qui a empiré sous la gauche. »  CQFD.

     Quel lien, me direz-vous ? Il est à mon sens évident. Quand un pays décide de mettre à bas des pans entiers de la création vivante au prétexte qu’elle est jugée, selon le patronat et ses critères, « trop chère », il ne faut pas s’étonner que l’état, de son côté, rejette certaines populations et ses apports éventuels. Les normes qui président à ces décisions ne sont plus désormais que d’ordre économique, saupoudrées d’un zeste de racialisme lequel autorise, par exemple, le ministre de l’intérieur à décréter une fois pour toutes que les Roms ne sont pas « intégrables ».

     Et c’est ainsi que, sur les ruines de ce qui fut naguère une terre d’accueil pour tous, prolifèrent les quenelles de Dieudonné et consorts, et les nationalismes de droite comme de gauche. Le pire est assurément qu’il est déjà trop tard pour pleurer.

 

                                                                                                 Frédo Ladrisse.   

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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 19:37

images-copie-12.jpgTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Tandis que François-le-maudit traversait l’Atlantique en compagnie d’Yvon Guattaz, son poteau du Medef, tandis qu’il s’en allait en quelque ville western claquer la bise à Carlos Diaz, meneur des Pigeons, mais si, souvenez-vous : cette clique entrepreneuriale sans reproches mais animée de peurs ancestrales, l’impôt pas bien, le code du travail beurk, rétablissez-nous l’esclavage, le taillable et le corvéable, ou sinon nous fermons boutique… tandis que Hollande-de-pute offrait sa langue habile aux culs des connétables et autres « forces vives » dont on ne sait que trop la mollesse en matière salariale, mollesse inversement proportionnelle à l’appétit qu’ils montrent pour les aides publiques… tandis que François, cancre mou et chancre aux multiples prurits libéraux, tandis que la présidentielle girouette vantait le vent de Palo Alto on apprenait, de ce côté ci du vieux monde, qu’un gel du salaire des fonctionnaires, ces fainéants, ces profiteurs, ces nantis payés à rien foutre, dormait dans le carton à projets d’un gouvernement socialiste lequel, ayant promis 30 milliards d’euros de cadeau au patronat français, se devait désormais dans l’obligation de les trouver. Pourquoi, dès lors, ne pas aller en chercher une partie dans les poches des fonctionnaires, de ces millions de privilégiés qui balaient nos trottoirs, trimballent des kilos de lettres et colis à vélo, accueillent nos enfants en classe, nous soignent dans les hôpitaux, rétablissent l’électricité là où a soufflé la tempête, font vivre des théâtres, cinémas ou bibliothèques, … Il serait donc question de « geler » tout ce petit monde. Pour un gain d’environ 1 milliard d’euros par an. Fonctionnaire, mon frère, mon camarade et mon ami, attends-toi donc à demeurer à 1600 euros mensuels durant une trentaine d’années, le temps pour l’Etat d’honorer son engagement auprès du Medef, cette engeance, cette bande organisée.              

     Du reste, il ne s’agit jamais en l’espèce que d’un nouvel épisode d’une saga sans fin qui voit triompher, de part en part, deux gangs, patronat et état liés par un pacte de bon aloi et collectionnant les victoires au détriment du peuple, dindon d’une farce éculée. Un petit patron français installé aux USA vantait ainsi, à l’occasion de la visite de Hollande, la « liberté d’entreprendre » en vigueur au pays de Wild Bill Hickok. «Ici, je peux embaucher sans me demander si j’ai besoin de ces coûts, parce que je sais que je peux licencier sans problèmes dès le lendemain. » Liberté, quand tu nous tiens… On notera, dans cette sortie, une nouvelle tentative d’associer salariés et coûts, au mépris d’une loi première de l’économie du travail qui veut que le travailleur soit source de profit, tout simplement parce qu’il produit. Le travailleur ne « coûte » pas : il rapporte. Dans le cas contraire jamais il ne serait embauché, étant bien entendu que nul n’est plus éloigné du philanthrope que le patron. On aurait presque honte que de devoir rappeler ces évidences, mais on ne peut que constater que la propagande associant salariés et « coûts»  ne fonctionne que trop bien.

     La honte, toujours elle, n’étouffe pas non plus les habitants de la Confédération Helvétique, lesquels viennent de se prononcer lors d’une votation pour une limitation, via quotas, de l’immigration. Quelques Noirs et Arabes aperçus à Genève auront donc suffit à apeurer les yodeuleurs et autres porteurs de culottes en peau de vache Milka véritable. Cependant, prenons gare aux simplifications : une très courte majorité l’a emporté sur le sentiment  général, qui en Suisse demeure que l’immigration est une chance et non un problème. J’en connais qui ont honte, et marche tête baissée depuis cette votation, en mode « je n’y suis pour rien ». Qu’ils se rassurent, on évitera de mettre tous les Helvètes dans le même panier, ce qui nous contraindrait sinon à regarder de plus près les sondages montrant que près de 40% des Français déclarent partager les idées du Front National.

     La honte ne ronge pas davantage autorités locales, gouvernementales, ni même Valls, alors qu’une petite fille vient de périr dans l’incendie d’un campement Rom, à Bobigny. Pire, il ne faudra pas attendre longtemps avant que ce décès soit instrumentalisé dans le registre «  on ne peut pas laisser se propager ce genre de bidonvilles, nous les raserons pour le bien de leurs habitants». Sans qu’aucune solution de relogement bien évidemment ne se profile à l’horizon. Le trottoir ou les baraques ? Lesquels d’entre vous choisiraient le trottoir ?


                                                                                                   Frédo Ladrisse.

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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 21:48

Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Vociférations dans les rues et vociférations de salon, étant bien entendu que les unes rejoignent les autres, ne s’en démarquent, et à grand peine, que par les méthodes employées et les espaces où se déploient une haine, elle, partagée. Commençons par la rue, avant d’emprunter le couloir conduisant aux salons. Dimanche 26 janvier, dans les avenues parisiennes, on a vu se déployer un cortège conséquent et logique, sous le titre générique de « jour de colère ». Sous cette appellation se sont réunis, coude à coude, les fébriles marionnettes du « printemps français », les agités de la chasuble, Civitas et consorts, main dans la main les intégristes et les néonazis au premier rang desquels le Bloc Identitaire, dissous mais reconstruit. Etaient évidemment présents les « dieudonnistes » adeptes de la quenelle à tout crin, un geste « pas antisémite, mais antisystème » selon monsieur Dieudonné M’bala M’bala. Un geste qui, cependant, récupéré par l‘extrême droite, semble avoir pour le moins échappé à son créateur. A moins que ce ne soit volontaire ? Bref, entre Bastille et Invalides, ce dimanche 26 janvier les choses furent enfin clarifiées. On voit mal désormais comment les thuriféraires de « la manif pour tous », ayant accepté de défiler avec l’ultra droite et les représentants de la pire engeance catho traditionnaliste, pourraient encore se réclamer d’un apolitisme bon teint. Idem pour les pro-vies, présents en masse : « arrêtez de nous avorter », proclamait une banderole infecte, sous entendant que l’IVG ne pouvait être une affaire de choix.

      Quoi qu’il en soit, merci à eux. Merci de s’être acoquinés et de fournir enfin, à ceux qui en doutaient, une photographie moins floue de la France rance, de la France d’hier et d’avant-hier, de cette France mâchant ses cadavres et s’obstinant à les cracher sous la forme de « printemps français » à la face de tout ceux pour qui l’Histoire ne s’est pas arrêtée en 1954. L’ennemi change d’apparence, il n’en demeure pas moins l’ennemi. Traditionnalistes catho, identitaires, manif pour tous, même combat. On le savait, de long temps : ce dimanche, dans la rue, ils n’ont fait qu’apporter la preuve, irréfutable cette fois, d’une idéologie extrême-droitière partagée.

     Pendant ce temps, en les salons de cette république bananée nommée par commodité « France », Gattaz number one du Medef comme avant lui son père (n’est-elle pas splendide cette transmission filiale du bâton de maréchal ?), Gattaz, donc, double la mise : heureux gagnants d’un lot de trente milliards d’euros octroyé par l’état dans le cadre d’un « pacte de responsabilité » n’ayant de pacte que le nom, les patrons exigent désormais que leurs gains soient doublés. « L’économie française est asphyxiée, ne fonctionne pas », avance le margoulin. Et ta sœur, elle est asphyxiée, et ta mère elle fonctionne pas ? « Il n’y aura de créations d’emplois que si rapidement des mesures fiscales et sociales se mettent en place », poursuit Gattaz, sûr de son fait, poussant son avantage. On ne saurait lui donner tort : le fils de son père Gattaz est payé pour défendre le patronat, extorquer à l’état c'est-à-dire vous et moi le plus de pognon possible. On lui refile 30 milliards ? Il en demande le double. Et prévient : « n’attendons pas de mesures presse-bouton pour créer de l’emploi demain. La clef de voûte de tout le dispositif, ce sont les dépenses publiques. » Décodage : ne comptez pas sur nous pour respecter le pacte, des emplois nous n’en créerons pas, nous demandons le double de ce qui nous fut octroyé en matière d’aide par Hollande et sa bande chiffes molles, nous demandons surtout qu’on privatise ce que les ringards continuent d’appeler « services publics », nos cartons sont blindés d’idées permettant de se faire un max de thunes dans le registre de la santé, de l’éducation, du troisième âge, de la police, des prisons,…

     Il semble que le répéter, de mois en mois, d’année en année, ne serve à rien. Cependant recommençons. Trente ans de cadeaux faits aux entreprises et aux patrons n’a pas une fois, pas une seule, permis de faire baisser le chômage. C’est que l’entrepreneur n’a rien d’un philanthrope. Il n’aime rien tant que le pognon, la fraîche, l’oseille, l’argent. Il prend la thune d’où qu’elle vienne, le reste ne le concerne pas. Et de la thune, du pognon, il n’en a jamais assez. Aussi est-il assez doué pour chialer se morfondre et menacer : je vais vous payer moins, les gars, sinon je ferme et basta. Le chantage lui rapportera quelques centaines d’euros, toujours bons à prendre pour payer l’école privée des gosses ou le séjour à Meribel.

     En un mot comme en cent : ce pacte dit « de responsabilité », n’impliquant aucune sorte de contrepartie pour le patronat lequel bénéficiera, à minima, d’un cadeau de trente milliards d’euros, ce pacte ouvrant la porte aux loups ayant désormais tout loisir de croquer les agneaux, n’est rien moins qu’un définitif baissement de culotte du pouvoir devant le patronat. Ce que Sarkozy n’a pas osé, certainement par faute de temps, Hollande l’a accompli. Nous ne l’oublierons pas.

     Autrement ? Dans le registre des clowneries on me murmure dans l’oreillette que les anciennes « zones d’éducation prioritaire » seront, sous peu, rebaptisées « réseau d’éducation prioritaire ». On imagine sans peine ce que ce changement d’appellation impliquera comme bouleversements dans la vie de Mamadou M’baye, élève de troisième au collège Jean Jaurès, 93400  Saint-Ouen.

     C’est que d’autres existences, bien que moins chamboulées sur le fond, réclament davantage l’attention des médias : on nous tartine ainsi depuis des jours et des jours avec la Trieweiller, dont on se fiche au même titre qu’une Carla Bruni. Ou d’une Bernadette Chirac, laquelle, pathétique, s’essaie encore à exister sous le mode de la solidarité entres femmes trompées, apportant ainsi son soutien à l’ex-meuf de Hollande. Et Bernadette Chirac, née Chodron de Courcel, d’ajouter tout à fait fielleuse qu’elle pensait, en 2012, que « François Hollande n’avait pas le gabarit d’un président de la république, mais maintenant il a changé. » Trompez votre compagne, montrez-vous bien macho : vous aurez le gabarit.

 

                                                                                                   Frédo Ladrisse.

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30 décembre 2013 1 30 /12 /décembre /2013 19:34

frederic-lopez-elu-homme-tele-de-l-annee_13591342.jpgTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? La chasse au Dieudonné est cette fois bien ouverte : il fut assez dit sur ce blog tout le mal qu’on pensait ET de ce malfaisant fascistoïde antisémite, aussi comique en vérité qu’une porte de bunker, ET de la chasse à l’homme quelle qu’en soit la proie désignée, pour que l’autruche évite les commentaires de mal-comprenants l’accusant de n’être qu’un quenelleur à la petite semaine (récemment le volatile se trouva lourdinguement insulté par quelqu’une ne l’ayant pas lu mais l’accusant de défendre Cantat et donc d’être une grosse conne machiste). Passons… S’occuper du cas Dieudonné n’est pas une mauvaise chose (quoiqu’on ait préféré le voir confronté à des salles quasi vides, ce qui l’aurait condamné à disparaître de lui-même). Mais, dans l’ordre des nuisibles, deux catégories se font jour : celle qu’on s’acharne à faire taire, et celle qu’on aime à faire causer, s’étendre en des rubriques tout aussi nauséeuses. Exemple type : Zemmour. De semaine en semaine, de billet en billet, cette engeance déploie ses haines personnelles dans la presse grand public, à la télévision, sur certaine radio sans que cela n’émeuve Valls. Jouant de ses passe-droits tel un as du poker menteur, le Zemmour peut ainsi, dans une séquence de I-Télé, décrire Taubira comme « icône d’une bobocratie féministo-antiraciste », qui « mène la guerre au peuple français ». Il peut, pareillement, cette fois dans le Figaro dénoncer la « misère sexuelle des jeunes prolétaires blancs qui, éduqués dans l’univers du féminisme occidental, ne peuvent rivaliser avec la virilité ostentatoire de leurs concurrents noirs ou arabes, qui séduisent nombre de jeunes femmes blanches, blondes de préférence. » Brunes ou rousses, rhabillez-vous : vous n’excitez en rien les « concurrents, noirs ou arabes »… Face à ce tombereau de clichés et de fantasmes haineux que même Le Pen, la fille, aurait du mal à assumer, aucune voix ne s’élève. Des rédactions de I-Télé, de Paris Première, de RTL, du Figaro (employeurs patentés de Zemmour), pas une protestation ne s’est fait entendre après ce énième dérapage paranoïdoracialiste. Qu’un ennemi déclaré du multiculturalisme, qu’un Drumont à la petite semaine se voit ainsi offrir tant de canaux d’information à seule fin d’extension de sa xénophobie tout à fait personnelle, prouve assez à quel degré nous nous trouvons en termes de lepénisation des esprits.

     Ils sont heureusement quelques uns à le combattre, à lui faire face, arguments contre arguments. Bien sûr, ils ne sauraient avoir la même audience : Zemmour, se rêvant en Céline, est désormais une star, non de la littérature (ce type écrit avec ses coudes), mais des plateaux télé. Tant que ses détracteurs se refuseront à faire dans l’outrance, dans l’injure gratuite, dans l’abus de capillotraction ils n’ont aucune chance d’accéder aux réseaux squattés par la bande à Zemmour. Peut leur chaut. Ils n’en continuent pas moins à démonter leur cirque. Par exemple Philippe Corcuff, dans une chronique de Rue89 : « de vrais bourgeois du monde politique, technocratique, journalistique et/ou patronal peuvent aujourd’hui taxer de « privilégiée » l’institutrice, vivant dans un quartier populaire ou dans un petit pavillon périurbain[…] Membre de l’establishment, Zemmour est ainsi imaginairement campé dans cet espace pseudo-subversif mais authentiquement indigne que d’aucuns nomment "politiquement incorrect". »  Ainsi, comme à l’accoutumée, les dominants s’octroient le monopole de la parole, du commentaire au sujet de ceux qu’ils dominent. Ainsi Zemmour dégueule d’expressions comme « la France réelle », « le vrai peuple », « les petites gens », n’en jetez plus… Sur le blog du Gay Tapant, fut crée à l’intention de Zemmour et de tous ceux causant des quartiers populaires sans jamais y mettre un orteil, l’excellent terme de Bourbour : après le bourgeois-bohème, voici le bourgeois-bourrin. Dont Zemmour est le roi.

     Autre Bourbour : Frédéric Lopez. Ce type se prétend journaliste, anime une émission mensuelle sur le service public de la télévision Françoise, par ailleurs bénéficie d’une heure et demi de quotidienne sur les ondes de France Inter. Il y a peu, Lopez recevait Lavilliers. Dialogue :

Lopez : vous jouez souvent à la fête de l’Huma, mais c’est vrai que vous êtes proche du parti communiste.

Lavilliers : non non. Je suis plus à gauche que ça.

Lopez : heu….

Lavilliers : disons que je suis plutôt proche des anars. Anarchosyndicaliste, quoi.

Lopez : oh, c’est bien trouvé comme formule !

 

     Pour Frédéric Lopez, « journaliste », petit-fils de républicains espagnols, « anarchosyndicaliste » n’est qu’une formule, bien trouvée, un néologisme, quoi… Qu’une telle ignorance crasse n’ait pas fait sortir de ses gonds le camarade Lavilliers ne peut, à mon sens, s’expliquer que par le poids de l’habitude. Quarante années de fréquentations des bourbours de la presse, et plus rien ne vous étonne.


                                                                                                    Frédo Ladrisse.          

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5 septembre 2013 4 05 /09 /septembre /2013 22:35

 

rentree-scolaire.jpgTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Dans un premier temps je voulais appeler cette rubrique «y aller ou pas ? Syrien ne se passe… » : Une facilité, jeu de mots à deux balles dans la tête, une façon de dire aussi que oui, on peut rire de tout, et même avec n’importe qui. Puis, l’évidence s’est imposée : c’est la rentrée des classes. C’est là, aussi, loin d’Alep, la mort.

     « Je vous fais part de ma décision de ne pas faire la rentrée 2013 », commence sobrement Pierre Jacque, enseignant à Marseille. S’ensuit une longue litanie d’amères constatations, « le métier tel qu’il est devenu au moins dans ma spécialité ne m’est plus acceptable en conscience. » Pierre, âgé de 55 ans, eut tout le loisir de le voir « évoluer », ce métier, c’est-à-dire se diluer dans l’accessoire, le tape-à-l’œil, s’éloigner chaque année un peu plus des fondamentaux, une réforme chassant l’autre mais toutes, animées de la même volonté d’en demander davantage aux profs tout en réduisant les moyens, le matériel, le temps de cerveau disponible à l’égard des élèves, le cancrelat du libéralisme dévorant pied à pied le corps de l’éducation nationale. Ce qui aurait pu n’être qu’une lettre de licenciement (les premières phrases employées pouvaient le laisser croire), s’achève sur ceci : « quand vous lirez ces lignes, je serai déjà mort ». Pierre Jacque s’est tué, le jour de la rentrée des profs. « J’aurai pu m’immoler par le feu au milieu de la cour le jour de la rentrée des élèves, mais je ne suis pas assez vertueux pour cela », écrit-il, comme en une ultime pirouette, un dernier signe de respect envoyé à celles et ceux qu’il avait, d’année en année, accompagné, formé, et qui selon lui formait le cœur de son métier : les élèves. Pierre Jacque, selon ses proches, n’était pas dépressif. Il n’était aucunement condamné par le Crabe ou autres maladies de court terme. Il avait, simplement, commis l’erreur de prendre son travail trop à cœur, de s’y investir totalement. Elèves, ne travaillez jamais.

     Cet été, dans les Vosges, aux portes de la Forêt Noire haut lieu s’il en est de la production de planches et choses diverses en bois, une petite fille à couettes, du haut de ses six ans, demandait à son père pourquoi « le président, il veut bombarder la scierie ? » Elle s’inquiétait des bombes, d’autant que son grand-père, à ce que j’en ai saisi, travaillait dans ladite scierie. Elle avait raison de s’inquiéter. De la scierie à la Syrie, tout bombardement est, par nature, inquiétant.

     Oui, je sais, il y eut emploi de gaz Sarin, et cela, on nous dit que c’est inacceptable. Je sais aussi que les traités internationaux interdisent l’usage de ces gaz, mais non leur détention : ce qui constitue, avouons-le, un formidable contre-sens, tout en « diplomatie » puante. Oui oui, il conviendrait d’intervenir, tout de go, en Syrie, à condition que ce soit de loin par la grâce des missiles sol-sol, lesquels généralement explosent au petit bonheur la chance. Oui oui, je comprends bien, trois ans de guerre dite civile nous dit-on, alors qu’il s’agit d’une guerre CONTRE les civils, plus de 100 000 morts : avant le gaz Sarin, aucune raison de bouger ni même de se fâcher avec nique-ta-race Poutine. Mais là… Houlala, là, on va y aller, les biffins !

     Ces petits bras qui avancent, puis reculent, me font doucement rigoler. Qu’ils s’enfoncent leurs missiles dans le cul sera le gage, au moins, qu’aucun innocent ne périra sous leurs frappes à l’emporte pièce.

     Savez-vous ? Dassault a des Rafales à vendre, mais l’armée française n’en veut pas et l’opération de com’ au Mali n’a pas porté ses fruits en terme de vente de l’avion : une  nouvelle guerre s’impose. Savez-vous ? A chaque fois qu’il endosse le treillis Hollande gagne 0,5 points dans les sondages, et dans l’état de détestation où il se trouve c’est loin d’être négligeable. Le petit doigt sur la couture de son pantacourt des vacances, Hollande pérore et menace. Le chômage, la misère, la précarité attendrons : l’urgence est en Syrie. Finalement, cet homme, ne sait rien mieux faire que la guerre. A se demander même si il ne saurait faire que cela.

     Compte-t-il, de par ses rodomontades guerrières, nous faire oublier l’autre front ? Celui-ci est intérieur, et largement ouvert. Avec leur imbitable et pénultième réforme des retraites, Hollande et ses sbires semblent jouer sur du velours : les syndicats, pauvres pigeons,  lui mangent dans la main, et même si le grain est d’ivraie ils sauront tenir leurs troupes. Nous défilerons, bien entendu. Pour le principe, et pour la galerie. Au-delà du 10 septembre? Rien. Peanuts. Nada. Nous sommes éteints, et à merci.

     C’est que la mobilisation, quel qu’en soit le sujet, n’est guère d’actualité. Les enfumeurs sont au pouvoir, les « partenaires sociaux » sous l’éteignoir comme jamais, et le sarkozysme, entendu comme philosophie politique, règne en maître dans les esprits —avec la complicité de celles et ceux s’étant fait élire en nous laissant penser qu’ils allaient rompre avec lui.     

     En février 2003, alors même que la France avait décidé de ne pas y participer nous étions un million et demi à défiler dans les rues de Paris, contre la guerre en Irak. Aujourd’hui, alors que se dessine une guerre en Syrie pas une seule organisation politique ne propose ne serait-ce que l’esquisse d’une manifestation… Les temps changent, c’est clair. Ils virent au gris, au brun. Au kaki.


                                                                                           Frédo Ladrisse.

 

 

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12 juillet 2013 5 12 /07 /juillet /2013 16:15

images-copie-37.jpgParlons peu, parlons de moi : ok, j’ai quelque peu failli à mes devoirs ces derniers mois, aux abonnés absents, cependant, c’était pour la bonne cause : l’écriture de l’autruche, le livre, à paraître fin 2013, recueil de dix ans de fadaises et autres billevesées, sans compter coquecigrues, sornettes, et faucutismes variés. Cette plongée tête la première en le trou de ses archives perso fut pour l’autruche un genre d’apnée non dénuée de nausées diverses. En un mot comme en mille, il n’est pas jusqu’au nom de Raffarin qui ne puisse, désormais, me faire rendre le petit déjeuner. Il y a comme ça des noms qui sont comme autant de mottes de beurre sur une bouillabaisse épaisse.

     Ce fut donc tout, sauf des vacances. A peine une mise en congé. D’aucuns de mes amis se sont inquiétés de voir ce blog en sommeil, mais n’ont pas passé un coup de fil (on peut toujours crever…), d’aucunes râlèrent, bouh le fainéant ! Et c’est à moitié faux.

      En y réfléchissant, c’est bien misayre ces mois-ci passés à placer sous boisseau de furieuses afayres, tiens : Cahuzac. Raté ! Tiens, Tapie : encore raté ! Batho virée, ratée idem, et ce pauvre Pierre Mauroy, l’André Verchuren du PS… Tous cannés, à leur façon, et pas un qu’on ne regrette ni qu’on pleure.

     Dans le registre de la mort, celle de Clément Méric occupa assez notre esprit. Habiter non loin de l’endroit où logeait Esteban, son tueur, savoir qu’on a très certainement croisé ce porc un jour, suffit à nous faire regretter de ne pas l’avoir noyé, gosse, dans le bassin du square. Ce n’est que partie remise, me glissent les antifas du cru, suffisamment ardus pour rayer cette engeance de la carte d’une humanité à laquelle, finalement, elle continue d’appartenir contre sa volonté.

     Ni oubli, ni pardon, ni sociologie à deux balles : on ne discute pas avec les fachos, on les combat c’est tout. Alors, ami, camarade, mon frère, ferme ta grande gueule et sort la batte !

     En cette période de mutisme on a loupé aussi la Turquie, le Brésil, l’Egypte, le furieux carnaval des enragés de tous pays, tous continents, tus par chez nous tant que possible : il s’agit, au premier chef, de ne pas nous donner trop d’idées, à nous qui avons si bien intégrés que la rue ne gouverne pas, qu’elle se remplit, se vide c’est tout, au gré des rendez-vous syndicaux, sans conséquence aucune. Rien ne fait frémir autant les soi-disant maîtres du monde qu’une remise au goût du jour, qu’une actualisation de l’idée de révolution. Or, les révolutions sont là. Ou pas bien loin. Aux portes. Comme elles ont le bon sens de ne jamais se produire là où on les attend, elles sont pour demain, en Europe, dans nos pays rances gangrenés de crédits revolving, de pavillons à finir de payer et autres laisses nous tenant, comme des chiens, en niche. Il suffirait d’un rien. Il suffirait de se rendre compte que justement, nous ne sommes pas des chiens. Ce n’est pas pour demain ? Va savoir.

     Selon la dernière enquête de l’INSEE, le nombre de SDF en France serait de 141 500 personnes. Dont 30 000 enfants. Cette info vous fait froid dans le dos ? Massez-vous le avec celle-ci : en avril 2013, les prisons françaises ont battu le record du nombre de détenus : près de 68 000, pour 57 000 places. 12 établissements affichaient une densité supérieure à 200%. Et, bien entendu, pas question de libérer le moindre voleur de poules ou faussaire en billet de loterie. Ceux qui méritent la tôle (pour peu que quelqu’un la mérite), n’en frôleront même pas les murs, par la grâce de leur golden card : par exemple, ça vous dirait, vous, une augmentation de près de 25% de vos revenus, en l’espace d’une seule année ? Faites le calcul, que ne font même plus les blindés de caillasse du classement annuel de Challenges, les « 500 premières fortunes de France ». C’est pourtant, en moyenne, ce que ces fondus ont ramassé durant l’an 2012 : 25 %, rien que ça. Sur le dos de qui ? Grattez-vous, gare aux courbatures !

     Rien n’est pourtant perdu puisque que Europe-Ecologie-Les-Verts-De-Gris ne sont pas débarqués du bateau Hollandais, et rament : je déconne… Nos gentils z’écolos, force supplétive du PS, ne sont plus à la manœuvre, si tant est qu’ils y fussent un jour, et l’essentiel des journées de Duflot est occupé à se ronger les ovaires en se demandant quand, et sous quel prétexte, elle sera sèchement remerciée. Pendant ce temps une autre verte, Barbara Pompili dont le nom ne s’invente pas, taclait les élus socialistes qui, comme c’est curieux, viennent de refuser, en ce qui les concerne, le principe de la transparence en matière de revenus. « Certains ont voulu faire reculer les avancées », maugréait pom-pom-pili. Ce qui, vous en conviendrez, est une gageure d’envergure.

     Mais Barbara, rappelle-toi : en matière de reculades grimées en avancées tu sauras toujours compter sur notre vieille ganache de Giscard sans destin, moribond demeuré à tout jamais bloqué en 1974. Selon lui, tous nos maux viendraient de ce qu’on est « un pays qui ne travaille pas, qui passe son temps à aller d’une vacance à une autre [sic], d’un jour férié à un pont. » De la rivière Kwaï, le pont, pépère ? « En France, il n’y a pas ce respect du travail qu’il y a en Allemagne », surenchérit le grabataire. Ah… L’Allemagne, le bon vieux temps… Nous étions jeunes et beaux, hein Valéry, on sentait bon le sable chaud et Maréchal, nous voilà !

          Une ultime bêtise, avant de s’en retourner au silence, pour un temps ? Laissons alors le champ de l’imbécilité à cette pétasse de Boutin, dont l’ultime changement de cap ne lasse pas de surprendre, du moins de surprendre les habituels ravis de la crèche et gogos de la Saint-glinglin. Non contente de s’être vendue à son seigneur et maître, j’ai nommé Sarko-le-guignolo, lors des dernières présidentielles, voilà-t’y pas qu’elle remet ça en terme de putasserie, s’offrant cette fois corps et âme à Jean-Claude Martinez, ancien fort en gueule du FN. Et les deux tourtereaux de convoler en justes noces (tout le contraire, bien évidemment de l’horribilis mariage homo !), puis déposant dans la corbeille de la rombière un genre de nouveau parti— encore un ! Son nom ? « La France, l’Europe, la famille.» N’auraient pas oublié en route le travail, ces trous du cul ? Et quand un journaliste demande à dame Boutin si elle n’est pas un peu gênée de s’acoquiner ainsi avec l’extrême-droite la plus pure, toute à ses noces la bagasse répond que « non, non, et non, pas gênée mais alors, je vais vous dire, pas DU TOUT gênée. »  Qui s’en étonnera ? Ce n’est, pour elle, finalement, que retour au bercail. L’avait-elle, un jour, quitté ?


                                                                                                   Frédo Ladrisse

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30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 17:15

 

images-copie-34Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? La Parisot, toute tristouille d’avoir pas pu manipuler son petit monde à l’envi ! Dégoutée, elle jette l’éponge,  l’eau du bain et le bébé avec. « Je ferais en sorte que la campagne soit intéressante, stimulante », chouine alors la gourdasse en matière d’adieu. Quoi, ladite campagne l’aurait été, intéressante, si ta pomme l’avait menée ? Un qui n’a pas eu besoin de la battre, la campagne, c’est François Ier, élu pape sans coup férir: il se murmure en les vaticanes travées que Henri IV ferait la gueule, tandis que Louis XIV serait carrément super vénère. Cependant, nous retiendrons du très Saint Père François qu’il a, miracle, déjà pris le bus, a été amoureux durant sa folle jeunesse, et a acheté un parapluie à 14h17. La meute journalistique nous a ainsi gavé de ces anecdotes à deux balles, passant quasiment sous silence que le même François était : contre le mariage gay, contre le port du préservatif et, bien sûr, contre l’avortement. Des « détails », certainement, pour les pisse-copie.

     Autrement ? Si le travail tue, le non travail n’en est pas moins également létal: selon les associations d’aide, le taux de suicide chez les chômeurs serait six fois plus élevé que dans le reste de la population.  Un emploi d’avenir : dépendeur de cadavres.

     Puisqu’on parle de cadavre, arrêtons un temps sur celui de Victorin Lurel, ministre des Outre-mer, et qui n’en a plus pour longtemps à supporter le poids de son ministériel maroquin. Penché sur la dépouille de l’embaumé Chavez, Victorin l’a trouvé « tout mignon ». Ne dites pas au ministre que les bisounours n’existent que dans sa tête un peu vide, vous risqueriez de le rendre « tout triste ». 

     « Faites-moi confiance, je suis celui qui sait » : ainsi parlait Michel Sapin, ministre du travail, qui, devant les députés Ps, défendait l’accord signé entre, principalement, la Cfdt et le Medef. Faites-lui confiance, à Sapin : il va nous le mettre en bière, le code du travail. Et ce sera avec la bénédiction du patron, Hollande, qui semble décidé à achever le travail de sape entamé par Sarko. De nouveau, comme en 2003, en 2010, ça pue la réforme des retraites, l’allongement du temps de travail, la hausse des cotisations, funeste florilège contre lequel, en désespoir, nous lutterons une fois encore. Avec, dans les sondages, une cote de popularité frisant celle du docteur Petiot, le président supranormal doit se dire que, foutu pour foutu, autant reprendre sa vraie nature et donc multiplier les cadeaux aux marchés, au patronat, aux fonds de pension et à l’engeance. « Les mesures que nous avons prises ne sont pas entrées dans l’atmosphère », confiait, il y a peu, un conseiller de l’Elysée en tentant d’expliquer l’impopularité du chef. Et si la cause réelle du désamour provenait de la stratosphérique suffisance des élites, lesquelles jamais ne renoncent à nous prendre pour des buses ?

 

                                                                                                 Frédo Ladrisse.     

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