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arton3810-a0e8b.pngPister « l’homme aux semelles de vent » n’est pas une mince affaire. C’est pourtant le défi que s’est imposé Patrick Schindler. D’autres, avant lui, s’y sont frottés, qui furent légion, si bien qu’on dénombre aujourd’hui pas moins d’un millier de biographies consacrées à Arthur Rimbaud, et plus du double d’analyses. Malgré cet essaim scrutateur, le mystère Rimbaud reste entier. Patrick Schindler le sait, et nous prévient d’emblée qu’on ne trouvera, dans ses pages, nulle révélation tapageuse, qu’on n’y apprendra pas si, au petit déjeuner, Arthur se beurrait la tartine. Non. C’est un roman policier, plutôt qu’un roman de police que nous offre l’auteur. Cela se lit en une traite ou deux, et c’est sans lâcher le bouquin qu’on vagabonde avec plaisir aux côtés de l’Arthur, éternel fugueur. Schindler, bien qu’à ses trousses, sait de long temps que le poète, fuyard halluciné, lui échappera toujours. Il ne s’en attaque pas moins, avec un optimisme qui, personnellement, me cloue, à Rimbaud l’inachevé.

      Dans la première partie de l’ouvrage, consacrée à l’enfance, Patrick Schindler réussi le tour de nous rendre presque sympathique « la mother », comme l’appelait Arthur, la Vitalie Rimbaud, qui n’a pas eu la vie facile et puis servit, après sa mort, d’explication toute faite aux psychologues de comptoir, voir de souffre douleur aux biographes du poète. Méchante, acariâtre mother ? C’est un premier poncif, démonté par l’auteur. D’autres suivront, à volonté, comme celui du mythe post-mortem et grossier d’un Rimbaud mystique ou chrétien, et, tant qu’on y est, catholique ! Claudel aura beau vouloir vendre son Arthur en peau de Christ, Jean Cassou aura beau se ridiculiser devant l’éternité en comparant le poète à Bernadette Soubirou (sic !), il n‘empêche que la haine de l’Eglise, l’anticalotanisme sont chevillés au corps du très jeune Rimbaud — à ce sujet comme à d’autres, Schindler convoque lettres, écrits divers et poèmes, ne souffrant aucune discussion. Puis, le poète grandi, surdoué, fort en thème, en version, et laissant s’exprimer une maturité tout simplement extravagante. Vient ensuite le temps des fugues, des chemins, le temps du chemineau Rimbaud, à peine âgé de seize ans. Il se transporte à Paris, et en chemin de fer s’il vous plaît, mais sans billet : prison, épisode connu. Et le voilà, plus tard, qui y retourne, ou pas, nous ne savons : La question de la présence ou non de Rimbaud dans la capitale durant la Commune de Paris, occupe la partie centrale de l’ouvrage. Une « armée de biographes aux tendances souvent versaillaises » (dixit Patrick Schindler) auront beau s’échiner à prouver le contraire, cette présence n’en demeure pas moins attestée par certains témoins oculaires. Au final, impossible de décider. Un Rimbaud communard, cela arrangerait bien les anars, tout comme d’autres s’arrangeaient d’un Rimbaud de bénitier: récupération, on voit le piège, et l’auteur l’évite — comme il évite pareillement les pieuses images de la Commune, consacrant de longues pages à l’hypothèse selon laquelle, engagé volontaire chez les Francs-Tireurs parisiens, Rimbaud aurait subi de la part de « ces soudards, brutes avinées », un viol collectif. Quoi qu’il en soit, il y a peu de chance qu’un jour on sache si Rimbaud se trouvait à Paris, quelques jours, durant la Commune, et quand bien même Patrick Schindler semble penser qu’il s’y trouvât, l’essentiel, pour lui, est ailleurs. Il est dans les poèmes qu’écrit alors le jeune garçon, il est dans l’empathie à l’égard de la Commune, dans « ces colères folles [qui le] poussent vers la bataille de Paris » (lettre à son ami Izambard) et dans les textes postérieurs, tels que « l’orgie parisienne » ou « les mains de Jeanne-Marie », des mains qui « ont pâli, merveilleuses, au grand soleil d’amour chargé, sur le bronze des mitrailleuses, à travers Paris insurgé ! » Aussi Schindler a-t-il raison de rappeler que « si Rimbaud ne participa pas directement à la Commune, il  en a longtemps véhiculé la mémoire. »

      La dernière partie de l’ouvrage, « vers l’individualisme et la fuite du Tout », n’est pas la moins intéressante. On retrouve Arthur à Paris, cette fois hébergé par Verlaine, Arthur le sale gosse, bientôt persona non grata dans les cercles littéraires comme dans les tavernes à pinard, « un effrayant poète » selon Léon Valade, lequel donnera de Rimbaud une définition lui allant comme un gant : « le diable au milieu des docteurs ! » Le gamin picole, fume et baise, surtout il provoque, il insulte, se sert de ses poings. Il choque le bourgeois tout autant que la putain bref, c’est un emmerdeur. De talent, mais un emmerdeur (il faut lire, sur cette période, les « mémoires de madame ex-Paul Verlaine », éditions Champ Vallon : candide jusqu’à la bêtise, la dame y raconte les frasques du Rimbaud de l’époque, ce qu’il lui arrivait par exemple de faire d’un crucifix ôté au mur de sa chambre, ensuite proposé aux prostituées nocturnes…) Le poète se fait donc jeter de partout, il en fait décidemment trop. Il part alors pour Bruxelles, avec l’amant Verlaine, qui a lâché maman. Puis c’est Londres. Puis l’Afrique, et « la fuite du Tout ». Mais ceci est une autre histoire.

 

                                                                                          Frédo Ladrisse.            

« Arthur Rimbaud, l’anarchiste inachevé », Patrick Schindler, éd. du Monde Libertaire, 2011 (210 pages, 10 euros.)  Disponible en librairie.      

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