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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 20:16

 

nez-odeur-illustration_14015_w125.jpgTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Fichtre et mazette de chez mazette, quelle époque et quelle salve ! Dans le désordre, nous avons : un chef flic arrêté pour deal, un juge traîné devant les juges pour avoir trop ouvert sa gueule, un magistrat pas loin d’être mis en examen, des valises de pognon circulant sans souci entre la France et la Françafrique, sans oublier quelques barbouzeries relevant de la haute voltige, telles celles relatives à l’attentat de Karachi, dans lesquelles se révèlent mouillés jusqu’aux coudes rien moins qu’un ex-premier ministre, quelques ministres en exercice et pléthore de potentats, piliers du Sarkoland. Dans le désordre, oui : on ne saurait mieux dire. Brice Horte-contre-feux a beau, suant et postillonnant, s’atteler à calmer l’incendie, il semblerait que ça brase grave. Certes, il n’a pas tout à fait tort de dénoncer «cette avalanche de boules puantes qui se déversent tous les jours», mais le bougre prend néanmoins soin d’oublier sciemment d’où nous vient ce vent sentant la merde. C’est qu’il émane de sa maison, bleue, qui a pour nom Ump et de quelques antiquités, dont le momifié Ballamou.

     Soyons justes : ça ne pue pas qu’à droite. Ils datent, les gémissements de DSK à la téloche chez sa copine chacale Chazal, mais méritent qu’on revienne dessus, qu’on les surligne une fois encore tellement c’est énorme, tellement ça reflue. « J’ai eu peur, j’ai eu très peur », souffle-t-il pour commencer. Et nous donc, ahlala… « Quand vous êtes pris dans les mâchoires de cette machine, vous avez peur d’être broyé. » Ah oui ? Ces mâchoires s’appellent police, justice, prison, vois-tu petit, ça fait bizarre, n’est-ce pas, fait peur. Pas un mot, cependant, de la part du repris de justesse, à l’égard de celles et ceux croupissant dans les geôles. Non, ce soir-là, sous les sunlights, DSK est content : « je suis content, ce soir. » L’ombre d’un regret, pour finir : « j’ai raté mon rendez-vous avec les Français. »  Ensuite, et sans un mot pour celle qui demeure sa victime, le bonhomme s’envola en compagnie de sa pouffe pour quelques jours de vacances dans son palais de Marrakech — oui, le renverseur de ces dames possède un palais au Maroc, un « Riad » comme on dit. Il avait rendez-vous, le pacha, avec les Français ? A titre personnel, j’ai beau fouiller mon agenda, je retrouve pas la date.

     A quelque chose malheur est bon, me direz-vous, même pour lui: le fait d’avoir lâché son sperme sur une femme de chambre  aura au moins permis à Dominique Strauss-Kahn d’éviter le ridicule de devoir concourir lors des primaires socialistes. Je m’explique : ma malsaine, insatiable et cruelle curiosité m’ayant poussé à rechercher, sur le net, les endroits où, en ma bonne ville, allait se dérouler cette consultation, j’ai trouvé : un resto, deux bars louches et deux pizzerias. Pas une école, pas l’ombre d’une sobre salle municipale, dans une ville où pourtant les élus socialistes font partie de la majorité. Mieux : questionnés à ce sujet, deux patrons de troquets concernés m’ont avoué ne pas être, mais alors pas du tout, au courant de l’opération. Ça commence bien, leur affaire, on n’a pas fini de se marrer, à aller se taper un jus en terrasse, le 9 octobre, histoire de se foutre un brin de leur gueule. Mais il y a meilleur encore, il y a le « stylo anti-fraude. » Le bidule est un genre de Bic, dont la particularité est d‘être équipé d’une mini-caméra, se déclenchant dès qu’on s’en sert, même si c’est pour se gratter l’oreille. Au-delà des lobes crados, ça filmera les signatures, ça les transmettra illico vers un genre de plateforme media, vous voyez le genre, et l’intention ? L’autre particularité de cet objet high tech est son prix, tant exorbitant que le PS refuse de le communiquer. Mais pourquoi un stylo si particulier? Pour éviter la triche, qu’ils disent. Pas de doute, au Ps, le maître-mot est : confiance.

Alain Minc lui au moins, n’utilise ni stylo magique ni mini-caméra ni autre James Bonderies de ce genre : sa langue, seule, dès qu’elle s’agite dans sa bouche pour produire quelque chose comme un son, un mot, une phrase, suffit à le dédouaner de toute ambiguïté : le gars est d’une niaiserie cash. «Je suis un nucléocrate, pas un nucléophile, non, un nucléocrate, hein », avoue-t-il, tout à son plaisir. « Je souhaite que la France devienne le grenier à neutrons de l’Europe », gourgandine, pour finir, le Minc. L’homme est bronzé, mais plus très jeune. Dès qu’il ouvre la bouche ça remugle les UV, et la fin de vie sous forme de cancer de l’urètre. Qu’un Fukushimatron l’achève !

     Autre purin aux effluves pour le moins vomitives, celui remué par les parlementaires de l’Ump, sous la conduite de Copé. Les voilà qui proposent rien moins que d’imposer aux jeunes un « serment d’allégeance aux armes », durant lequel ils devront promettre de « combattre pour leur pays. » Le serment concernerait toute personne demandant sa naturalisation, mais aussi, et selon la formule bien glauquissime de Copé, « les Français de toujours. » Spécialiste des ballons d’essai et des provocations — interdiction du droit de grève dans les transports au moment des vacances, redevance télé appliquée aux ordinateurs, extension du statut d’auto-entrepreneur aux agents de la fonction publique,… —, Copé s’est bien évidemment empressé d’enterrer ce projet de serment, dès qu’il eut été annoncé. C’était pour voir, n’est-ce pas, comment « cela » réagirait. C’était, surtout, un nouvel appel du pied à ces « Français de toujours » s’apprêtant à voter Le Pen. C’était, enfin, une façon de remettre l’armée en selle, de la placer au cœur des débats, surfant sur la pseudo victoire militaire en Lybie — la France est ce pays ne gagnant que les guerres qui n’en sont pas —et la soi-disant bonne image dont bénéficierait l’armée, auprès des électeurs. La même semaine, Sarko réactivait l’expérience d’internats pour jeunes délinquants, dirigés par des militaires. Pour mémoire : suite à quelques essais en 2007-2008, l’idée avait été abandonnée à la demande des… militaires. Selon eux, ça ne marchait pas. On se demande bien pourquoi.

     On se demande aussi pourquoi on nous a tant soulés avec cette histoire de Sénat qui aurait, soi-disant, basculé à gauche. La bonne blague. Pour un oiseau tel l’autruche, pour qui le NPA se situe au centre-droit, on comprendra que l’élection d’un membre du parti socialiste à la présidence du Sénat soit un non-évènement, un courant d’air, une flatulence.

      On se demandera, pour finir, pourquoi le jour où un squat brûle à Pantin — sept morts, de nombreux blessés, Tunisiens, Libyens, Egyptiens —, le jour où l’usine chimique de Rouen, sœur jumelle de l’AZF de Toulouse, explose et connait de sévères fuites d’ammoniaque — inévitable scénario décrit par le copain Levaray, ouvrier là-bas à Rouen, dans son bouquin « Putain d’usine » qui date de 2001 !, pourquoi, oui, on se demande, les journaux radios et téloches ouvrent tous sur Strauss-Kahn et sa confrontation avec Tristane Banon. A quelle heure est-il arrivé, dans quel type de voiture ? Portait-il son costume bleu Calvin Klein, était-il coiffé raie à droite ? On se demande, vraiment.

 

                                                                                                Frédo Ladrisse.                  

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12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 22:04

 

geronimo.jpgTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? « Dieu est notre refuge et notre force », psalmodie ce cureton d’Obama. « Le souvenir est toujours vivace, comme l’est la douleur », surenchérit le bedeau Bush. N’en jetez plus, la messe est dite, et fut pénible comme le furent ces commémorations du 11 septembre, pauvres images vues 2001 fois tournant en boucle sur toutes les chaînes, arrosées de-ci de-là de grossières justifications au sujet des guerres qui allaient suivre, guerres qui, l’ignorez-vous ?, sont perdues mais toujours en cours. C’est vainement qu’on aurait guetté ne serait-ce qu’une séquence télévisée montrant le bombardement d’un village afghan, irakien, peuplé d’enfants et de vieillards par une escadrille yankee. En vain, également, qu’on aurait attendu ne serait-ce qu’un soupçon de regret, de la part de ce peuple si fier, hautain, fort en gueule et cependant couard, au plus haut point. Non contente de s’être construite sur des amoncellements de cadavres et rien moins que deux génocides, l’un Amérindien l’autre Noir, cette Amérique-là n’en finit plus de se vanter de défendre la, quoi déjà ? Ah oui, la « civilisation ». Qui, comme chacun sait, est l’envers de la guerre.

     Guerre un jour, guerre toujours, changeons de terrain d’opération mais sans quitter les champs de mines. Sarkozy, en rase campagne, vient de se découvrir un ennemi en la personne du chômage. Houlala, qu’il s’est dit, je l’avais oublié lui. Dès lors, contre le chômage, il « promet une bataille aussi titanesque qu’à Tripoli ». Mazette, ventre Saint-Gris, ça va chier grave, c’est promis ! Certes, les esprits chafouins rappelleront qu’à Tripoli, il n’y eut guère de bataille, en tout cas nullement titanesque. Certes, les mêmes souligneront l’incongruité de cette comparaison, étant bien entendu que si quelques missiles bien placés pouvaient comme ça créer 4 ou 5 millions d’emplois on les aurait, de long temps, tirés. Mais c’est ainsi, pour Sarkozy, il convient désormais de capitaliser sur cette guerre en Lybie, qui n’était que pur investissement. Aussi en rajoute-t-il : « on y serait pas arrivé en Lybie sans ténacité. » La bonne blague, mais qui est ce « on » dont il parle ? « Eh bien, on va mettre la même ténacité sur l’emploi. » Compte-t-il sous peu bombarder les agences de Pôle Emploi ? Sarkozy, il ose tout. C’est même à  ça qu’on le reconnait.

     Mais c’est aussi qu’il est décevant, ce pays où rien ne va à la va comme je te pousse —dans le vide. Exemple, la croissance. La sacro-sainte et trois fois reine et bénie d’entre les marchés, Croissance. Sans être tout à fait en baisse, on ne peut pas non plus dire qu’elle grimpe. Chiffre officiel pour juin : 0,00 %. Voilà qui a le mérite d’être clair, aussi le commentaire de ce cul de notaire de Baroin, ministre du budget, se veut tout pareillement limpide : « c’est un peu décevant. » Ah bon ?

     Malgré le marasme égonomique où se débattent banquiers, ministres et boursicotiers en tout genre affolés telles des truies la veille de la foire au boudin, il convient de raison garder : certes et comme dit Pierrot le bonheur, c’est toujours pour demain. Mais demain, mon copain, c’est les primaires socialistes ! Joie, pavoisons, amis, le poing et la bite en avant les voici, nos sauveurs, qui, cataclop cataclop, galopent vers l’avenir, radieux ! J’en discutais l’autre jour avec un copain militant du parti socialiste —oui oui, j’ai ça en magasin. Comme je lui demandais la raison pour laquelle il fallait payer pour voter aux primaires —ah, vous n’étiez pas au courant ? —, l’homme à la rose m’expliqua sirupeusement qu’il fallait bien « équilibrer les comptes. » Autrement dit, l’opération ne doit pas coûter l’ombre d’un kopeck au parti, pourtant gavé de millions d’euros du fait de la loi de financement des partis. Nous fûmes alors deux à lui faire remarquer qu’il s’agissait, en douce, d’un retour au suffrage censitaire, que par ailleurs ça commençait bien si, avant même d’avoir désigné leur candidat, les socialos commençaient déjà à nous faire les poches. Là, le socialiste a, si je puis dire, pris le temps de la réflexion, avant de tenter un uppercut sur le mode « de toute façon vous les anarchistes z’ êtes pas concernés, votez po, et puis vous êtes 10, ahahah. » Bisbis la carotte-heu !, serait-on tenté d’ajouter. Un court moment, l’envie me prit de lui narrer la dernière bataille opposant les apaches de Geronimo, soit 16 valeureux guerriers ne craignant pas de s’affronter aux 5 000 soldats bien nourris, surarmés de l’US Army, lancés à leurs trousses depuis des mois sans réussir à les choper. De lui rappeler qu’aujourd’hui le nom de Geronimo claque aux oreilles de tout un chacun, alors que sont, de long temps, oubliés ceux des généraux s’étant sur deux siècles épuisés à détruire les tribus. J’aurai pu également susurrer à l’oreille de ce puceau en politique qu’une guérilla zapatiste, laquelle comptait il y a vingt ans et selon le sous-commandant Marcos, 7 ou 8 hommes, oui, 7 ou 8, pas un de plus, que cette guérilla, donc, changea le cours de l’Histoire. J’aurai pu surtout souligner l’absence, systématique, du Parti Socialiste et de ses affidés lors des dernières grandes luttes sociales, son non-positionnement sur la question des sans-papiers ou de l’immigration, son message volontairement trouble, comme on dit d’une eau imbuvable, au sujet de l’école, du système de santé, du partage des richesses,… Non, j’ai fermé ma gueule. C’est que, depuis quelques années, j’économise temps et salive en évitant de m’adresser aux membres du parti socialiste français, cette engeance. Qu’ils aillent se faire foutre en Espagne. Pourquoi en Espagne, direz-vous ? Parce que Zapatero.

     Et, traversant les Pyrénées, qu’ils n’oublient pas d’embarquer dans leurs malles le père Guéant, ça nous fera des vacances. Ça en fera, surtout, aux Roms, lesquels décidemment sont bel et bien les juifs du Sarkozystan-pour-mille-ans. Stigmatisant la « délinquance d’origine roumaine » (en effet pour l’instant la loi n’autorise pas ce Goebbels d’opérette à parler de « romanichel », de « tzigane », de « mangeur d’enfants »), le voilà qui prend des mesures, ah mais oui, pas plus tard que tout de suite ! C’est que le Maréchal Chef-des-Logis Cruchot  installé place Beauvau veut « changer le visage de Paris », rien que ça. A défaut de nudistes, c’est aux Roms qu’il déclare la guerre. On pointe son Luger sur qui on peut, hein Maréchal ? Nous y voilà. On en est rendu là, à se fader les forfanteries d’un ministre de l’intérieur chargé de ramener vers le Chef les ouailles égarées au FN. « Les délinquants roumains représentent 1 déféré devant la justice pour 10, dans la capitale. » Eh beh. Ça fait du monde, se dit m’ame Michu. Il suffit cependant de demander à Guéant, pourtant chef des flics, comment il explique ce chiffre, et le voilà qui bêle : « nous n’avons pas d’explication particulière. » Bravo Charlot, tu sais dont rien ? Tu sais pas que plus on cible une population donnée, plus on la contrôle, on la traque, et plus on peut ainsi gonfler les chiffres de la délinquance relatifs à icelle ? Pfff, faut tout lui apprendre… Ce qui est valable pour les Roms le serait également pour les habitants de Vesoul, dont il serait aisé de prouver qu’ils larcinent en masse dans le métropolitain. Mais un Vésulien ça vote, hein. Autre tour de passe-passe, bien de chez nous : interdire, de manière très officielle (et la législation en cours l’autorise parfaitement), à une population donnée tout accès au travail et à toute ressource, ensuite décider de « reconduire chez eux les gens qui se maintiennent sur notre territoire sans ressources régulières. » La boucle est bouclée, quoi, qui forme un nœud même pas gordien, car tranché depuis longtemps. On notera, pour finir, la subtile expression « reconduire chez eux ». Par définition, un Rom est chez lui là où il a décidé de s’installer, et point. Dans la charte du congrès mondial des Roms, adoptée en 71 et reconnue, sur le papier, par l’Union européenne, ils se définissent, entre autre, comme « un peuple sans territoire compact. » Sans frontières, quoi. Sans « chez eux » où les renvoyer. Il n’en faut pas plus pour empêcher Guéant de dormir, comme en son temps son pote Brice Hortefeux-nouillard. On leur souhaite de longues, de perpétuelles insomnies.


                                                                                            Frédo Ladrisse.   

 

      Ah tiens, dernière minute, qu’on a bien failli oublier : explosion d’un four de retraitement de déchets nucléaires. Mais pas de fuites, non non. Ouf, nous voilà rassurés, on va, nous, dormir tranquilles.        

 

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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 22:36

 

fetard.jpgTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? C’est la rentrée mes bons, c’est la rentrée des cons, au premier rang voyez, droit comme un i et petit doigt sur la couture de la culotte courte, le cheveu ras l’oreille en berne mais blouse grise repassée de frais : voyez ce garçon, Luc Chatel, ministre de l’éducation. « Oui, je fais revenir la morale à l’école », plastronne le bouffon, et « dès la primaire », s’il-vous-plaît : « pas forcément tous les matins, mais le plus souvent possible, le maître [sic] va maintenant consacrer quelques minutes à un échange sur la morale. » Le maître, qu’on appelle depuis des années professeur des écoles (glissement sémantique que Chatel impute certainement à mai 68, donc au diable), abordera des thèmes variés tels « le respect des règles, le courage, la franchise. » Hum, variés, vraiment ? Il semblerait plus justement que la sarkozystérie de fin de règne ait décidée de déverser le produit du caniveau qui lui sert de pensée sur les cerveaux enfantins, aussi malléables et poreux que celui de ces grands enfants qu’on nomme les électeurs. N’empêche, que d’aucun de la garde rapprochée du sarkoland-pour-mille-ans en soit rendu à essayer de manipuler les têtes blondes, apporte une nouvelle preuve de sa déconfiture. Le sarkoland dévisse grave ? Raison de plus pour le pousser dans le tas d’épluchures et glaires où nous ne doutons pas de le voir barboter incessamment sous peu , en compagnie de ses amis du Parti Socialiste. Ainsi la tentation est grande de lui suggérer, par exemple, quelques sujets de morale absolument contemporains, susceptibles d’être abordés « quelques minutes par le maître »: le chef d’entreprise est-il supérieur au porc, et si oui, expliquez comment. Est-il réellement nécessaire de marcher sur les SDF, a-t-on l’obligation de tutoyer un sans-papier ? Ou celle-ci, pour finir : votre épouse a-t-elle raison de gentiment vous réprimander sous prétexte que vous avez violé la femme de ménage.

 

     SDF, porc, réprimande : pas de doutes, on parle de Strauss-Kahn. L’homme est libre et se tâte, pas encore décidé à revenir en France. Entre deux domiciles, l’homme pavane dans New York — New York, vous savez, cette ville baroque qu’on évacue dès lors qu’une averse menace : ah ah !, Irène, l’ouragan, le Cataclysme du siècle, la bonne blague ! Au final : une ondée, et l’Amérique une fois encore parfaitement ridiculisée. Mais de quoi parle-je ? De New York, merci. Depuis New York, DSK s’excuse. Pas auprès de sa victime, non, ce serait trop lui demander. Il s’excuse devant les employés du Fmi, ce qui est autrement plus classe. Et devant ce parterre d’aficionados  à la masse, l’homme s’est excusé de ce qu’il  nomme « a mistake. » Miss steack, miss Diallo ? C’est à peu près cela, pour lui. De France, les Valls, les Cambadélis et consorts se sont alors empressés de beugler sur toutes les antennes que voici le héros blanchi, débarrassé de ce harnais, puis qu’eux-mêmes étaient «persuadés  depuis le début de son innocence, jamais nous ne l’avons cru coupable », etc etc. Or, l’homme, s’il est libre, n’est pas innocenté. Pour cela, il lui aurait fallu avoir le courage d’affronter un procès. L’homme, ne sera jamais jugé, ne sera donc jamais blanchi. Et c’est à dessein que ses sbires feignent de mélanger absence de procès et preuve de son innocence. Alors, comme eux, et en l’absence de toute preuve à charge j’affirme haut et fort que Strauss-Kahn est coupable, que je l’ai toujours su, que j’en suis, depuis le début, persuadé. Strauss-Kahn est un violeur. Je le sais. Ça devrait suffire. Strauss-Kahn est un menteur, surtout Strauss-Kahn est un malade, comme l’affirme Michel Rocard, « un malade qui ne sait pas contrôler ses pulsions. » Mais pour une fois que Rocard nous dit la vérité, bien entendu personne ne le croit…

     Vraiment, ce serait à en désespérer de la classe politique s’il n’y avait, ici ou là, de ces Vigies Républicaines qui, lorsqu’ils ne se déclarent pas comme Sainte-Ségo-priez-pour-elle,  « tout à fait pour l’apprentissage de la Marseillaise dès l’école primaire » (pauvres gosses, décidemment, en cette rentrée les cartables se font lourds, très lourds),de ces phares de la pensée rance qui veillent nuit et jour à ce qu’aucune pollution issue de mai 68 (le diable !) ne vienne perturber le repos des bambins. A la pointe de ce combat d’arrière-cour de récréation nous retrouvons de vieux habitués, Christian Vanneste, Lionnel Luca, bref les hérauts patentés de la désormais célébrissime Droite Populaire de mes deux. La raison de leur chagrin du jour ? Une page, dans un manuel destiné aux élèves de 1ère, expliquant que l’identité sexuelle n’est pas qu’affaire de biologie, mais également de construction, s’appuyant en partie sur le contexte socio-culturel. Infamie ! Vilainie ! Blasphème ! Et les vieux homos refoulés de s’écrier d’une seule voix que « selon cette théorie, les personnes ne sont plus définies comme hommes ou femmes, mais comme pratiquants de certaines formes de sexualités. » Et donc ? Et qu’est-ce que ça peut vous ficher, pauvres barbons à poils retors, qu’un manuel scolaire redécouvre l’eau chaude ? Parce que, cela, on le sait n’est-ce pas, et de toute éternité. On le sait, mais faut pas le dire ? Non, faut pas. Aussi s’adressent-ils en ces termes à Chatel, le ministre : « nous comptons sur votre action afin de retirer des lycées les manuels qui présentent cette théorie. » Théorie mon cul, oui, il s’agirait plutôt de pratiques… Cependant ils peuvent à coups-sûrs compter sur le père-la-morale-et-dès-le-cp, s’il-vous-plaît, pour commander l’autodafé.

     Un autre de ces trouducs dont on a, heureusement peut-être, oublié jusqu’au nom (on se souvient néanmoins qu’il s’agit d’un député encarté Ump), eut cette remarquable sortie, le jour où fut versée l’allocation de rentrée : « comme son nom l’indique, cette prime est destinée à faciliter la rentrée des élèves, pas de leurs parents. Elle n’est donc pas faite pour acheter de la bière, ou des écrans plats. » Le gars, depuis des années, défend seul dans son coin un projet de loi visant à transformer en bons d’achat les quelques centaines d’euros versées chaque année aux familles. C’est son obsession, sa lubie, son Austerlitz à lui. A chaque rentrée, il remet ça : c’est dire si le gars ne fait pas confiance aux pauvres, et d’ailleurs il a bien raison : en ce qui me concerne, cours de morale ou non, entre le cartable et le pack de Kro, franchement, y’a pas photo.

 

                                                                                           Frédo Ladrisse.               

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 17:45

 

LeprestJe me doutais qu’un jour il allait falloir vivre dans un monde sans Leprest. Dans un monde sans air, sans chanson. Aussi extravaguant que cela puisse paraître, ce monde est advenu. Plus d’amour, plus de guitariste, une solitude, seule en piste. C’est peu dire qu’à la suite de son départ suicidé ne reste qu’un gouffre, un abîme. Elles vont continuer de voler les sympathiques ritournelles, les chansons sans le sou, sans le souffle, où trouverons-nous les mots qui restent, ceux-là qui, en deux mots, s’en têtent ?

     Leprest ? Connais pas. J’ai entendu vingt fois dans la bouche de gens sincères cette formule, ces derniers jours. Lui qui plaisantait d’être « le plus connu des chanteurs inconnus », ne serait pas étonné de cette non-gloire post-mortem. Et puis, comme de son vivant il mit un soin particulier à refouler le succès, à le tenir à distance tel un chien dérangé, il serait surprenant qu’il s’en préoccupe désormais. « Quand je serais mort, juste un bouquet rouge, des chansons et des gens qui bougent », chantait Allain, avec deux « L ».

     Peu porté par les foules, et peu porté sur elles, Leprest était un homme de rencontres. Les yeux dans les yeux, là, on parle. On boit un coup ? Ce coco-là serrait la main à l’anar quand on se croisait, se marrait en m’embrassant les joues : fraternité, copains. S’il avait le sang rouge, accroché au folklore Thorez et fête de l’Huma, il n’était pas de ceux qui kolkhozent l’espoir. Je l’aimais, aussi, pour ça : la fulgurance avec laquelle il avait su saisir qu’on était, lui et moi, allongé sur le même versant de la même barricade. On a pourtant passé ensemble pas beaucoup de temps, quoi, quatre ou cinq soirées, nuits ? C’est peu, c’était il y a longtemps. Seulement, il vous faut savoir ceci : on apprenait bien davantage en passant quelques heures en compagnie d’Allain Leprest, qu’en la fréquentation multi-décennale d’abrutis.

     « Ni dieu, ni maître, ni contremaître ! », aimait-il à me balancer de façon régulière. Depuis ce foutu quinze août et l’assomption athée d’Allain (« assomption piège à cons ! », aurait-il sûrement rigolé), nous n’avons plus que ses chansons, sa retraite, sa franginette, ou son café d’Omaha Beach. De ces chansons qui permettent de ne pas tout à fait étouffer dans un monde sans air. Lui s’en fiche, de savoir à quel point il manque, comme il fait nuit, déjà, sur un monde sans Leprest.  

     Et je l’entends d’ici gueuler « oh l’anar, eh oh, hein… Ça suffit bien maintenant, tu vas pas te mettre à chialer! ». C’est pas l’envie qui manque, Allain.

                                                                                                 Fredo Ladrisse.     

Ci-contre l'interview, paru dans le monde libertaire en 2005, à l'occasion de la sortie de son  album "Donne moi de mes nouvelles"   Interview d'Allain Leprest en 2005    

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16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 20:55

 

pourchapeau.jpgTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Longue litanie bondieusarde en ce 15 août, ils ne nous lâchent plus, journaux, téloches, radios, entre JmJ de Madrid et autres assomptionnites aigües : à vous dégoûter, tiens, des weekends prolongés ! Ces têtes de cons tonsurés sont pas loin de nous gâter la joie d’un lundi pas bossé, tellement ça renifle la bure, ça schlingue grave la curetaille à l’hygiène peu sûre. Le service public n’est pas en reste, qui, vivant de nos fifrelins, n’en décida pas moins de déprogrammer Fort Boyard au profit, si j’ose dire, d’une retransmission live de la dernière niaiserie béni oui-oui de ce renfroqué d’Hossein, Robert. Vie de Marie et Evangiles, en direct de Lourdes, s’il-vous-plaît. Scandale ! Qu’on me rende mon chèque ! Au moins, qu’on envoie les mygales et autres cafards baveux au cul des apôtres, merde, qu’on balance la Marie au bout d’un câble, au-dessus des tigres adipeux! Mais rien de cela, non, rien qu’une messe, à dégouliner, et de trois heures et sur F3, un samedi soir à 20h30 ! Vous me direz : faut vraiment se faire chier pour mater la téloche le samedi soir à 20h30. Certes. Et donc ? J’ai pas le droit, peut-être, un 15 août, de m’emmerder ? La religion l’interdit ?

     Ce que, visiblement, n’interdit pas la religion, ce sont les expulsions. Elles frappent, cet été, indistinctement sans-papiers, sans-toit, squats, campements, dont certains dits non sans humour « de fortune ». Exemple parmi d’autres, et au risque d’instaurer une habitude durable, il semblerait que les préfectures aient décidé de faire du mois d’août le mois d’ouverture de la chasse aux Roms. A Marseille, une centaine d’entre eux fut ainsi brutalement jetée sur le trottoir par… une centaine de Crs. Un flic par expulsé, pas moins, on sait jamais des fois qu’ils mordent. Mais qu’on se rassure, selon Gaudin, des solutions de relogements seraient à l’étude. Outre qu’on aurait pu attendre que ces « solutions » se concrétisent avant de balancer à la rue hommes, femmes et enfants, qu’il nous soit permis de douter de la bonne volonté du maire de Marseille, peu connu pour son empathie à l’égard des « estrangers ». « Tout ce qu’on nous a proposé est un terrain inhabitable, en bord d’autoroute, au fin fond d’une impasse », résumait le vice-président de la ligue des droits de l’homme. Belle générosité, Gaudin !

     A l’autre bout de la France, non loin de la riante ville de Lille, le maire de La Madeleine (59110) n’y va pas par quatre chemins de ronde. Sébastien Leprêtre, c’est son nom —décidemment on en sort pas, de dessous la soutane —, vient de signer deux arrêtés municipaux résumés en ces termes : « interdit de mendier et de fouiller les poubelles. » Avant de les afficher aux quatre coins de sa ville, et histoire de bien se faire comprendre, il a pris soin de traduire les affichettes municipales en roumain et en bulgare. Et d’évoquer une « fouille systématique et organisée des poubelles », que ne supporteraient plus ses administrés. Lesquels administrés semblent soutenir l’élu dans sa noble croisade. Une habitante : « ils éventrent les poubelles et nous on paie les taxes la peau des fesses ! » La même dame, au langage fleuri, avoue ne pas aimer croiser «des femmes qui donnent le sein sur le trottoir. » Encore vous éviterai-je les longues jérémiades des habitants « exaspérés », « écoeurés », en un mot : au bord du pogrom. Seul le directeur d’une association locale d’aide aux Roms parait garder un peu de calme, et apporte un bémol de taille, rappelant que « 90% des Roms ne savent pas lire. » Bien vu, monsieur le maire, le coup des affichettes !

     Voilà où nous en sommes, en la France rance de 2011, ce Clochemerle merdeux ne tolérant aucun écart eut égard au schéma du face de craie de souche. Mais qu’on se rassure, sous peu nous serons en 2012, année de la Libération, de la rupture avec la bouse, par la grâce des élections et d’un candidat (d’une candidate ?) socialiste, Espoir de la Nation Glorieuse. Prenons, tiens, au hasard, Hollande. Que dit-il des expulsions et de la chasse aux Roms, que dit-il de la crise du capitalisme, des cadeaux faits aux banques, du plan d’austérité qu’on va se manger grave dans les dents pas plus tard qu’à la rentrée ? François Hollande dit : « les Français sont en vacances, ce n’est pas le moment de les harceler. » Pfff. Vas-y, gars, continue à nous causer comme à des demeurés notoires, t’es en bonne voie, continue.

     Sur la rive droite du fleuve de la politicaillerie boueuse on trouve, cette semaine, Balkany, campé droit dans ses bottes et moquant quelques détracteurs. Cette année, le maire-voyou de Levallois (92300) est arrivé premier du classement des députés les moins présents dans l’hémicycle. « Pointer la présence ou non des députés, comme celle des enfants à la maternelle, relève de l’enfantillage », plaisante le mauvais élève. C’est vrai, nous sommes des enfants. La preuve : nous continuons de voter et d’accorder notre confiance à de fieffés voleurs, fainéants de surcroît.

     Restons un temps chez les voyous, et parlons de Broussard, vous savez : le vieux commissaire. Je dois au bougre un bon gros rire, lequel m’a secoué quand Broubrou-la-gâchette avoua sur les ondes aimer tout particulièrement l’émission démago-poujado-ringarde « Faites entrer l’accusé », et surtout « Navarro. » Wao. La preuve est faite, c’est par un beauf convaincu que fut abattu Mesrine —qui en était, peut-être, un autre. Un regret, cependant : Broussard n’a rien avoué de sa passion pour « Derrick ».

     Je te l’enverrai faire un stage en Angleterre, le Broussard, moi, que ça trainerait pas ! Il pourrait y rendre des services, assurément s’y sentirai comme un poisson dans l’eau bien glauque de la pisseuse Albion. « Tolérance zéro pour les rats à capuche », lit-on en Une d’un tabloïd, à la suite des émeutes. Une autre de ces feuilles à merde titre, tout en nuance : « payez-vous un de ces salopards », formule accompagnée d’un numéro de téléphone spécial délation. Ça se déchaîne, donc, la populace lâche ses chiens avec l’assentiment d’un David Cameron pour qui « ce phénomène n’a rien à voir avec un quelconque problème de pauvreté, il s’agit d’une jeunesse qui ne sait plus distinguer entre le bien et le mal. » Amen, tout est dit, fermez le ban. Non, pas tout  fait. Car il se dit, ici et là, que la désintégration sociale frappant de plein fouet certains quartiers — fermeture des centres sociaux, des services publics, des crèches, des bibliothèques,…—, ne seraient pas pour rien dans cette flambée soudaine. Ainsi, puisqu’un benêt collègue français lui demandait si il voyait une relation de cause à effet entre l’extension de la pauvreté et le phénomène en question, un journaliste anglais répondit, so british, que «c’est rarement les riches qui déclenchent les émeutes. » CQFD, n’est-ce pas. 

     Mais stop. Je viens d’apprendre le suicide de Leprest, d’Allain, avec deux ailes. Tout ce qui précède parait soudain… accessoire, déplacé, sans intérêt. Rien à dire sur Leprest, pour l’heure. Trop difficile, silence. On verra plus tard, certainement, ou on ne verra rien. Pour l’heure, silence, nuit en plein jour. Leprest s’est tué un 15 août. Tout en assomption, quoi.

                                                                                           Frédo Ladrisse.               

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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 19:36

 

voisins_vigilants.jpgTirant tête hors du trou du sable des congés, qu’entends-je ? Sale temps dehors, sale temps pareillement sur le capitalisme financier qui n’en finit plus de faire sous lui, puisque fut dégradée, disent-ils, la « note des Etats-Unis » — jusqu’à lors, naïf, j’ignorais qu’une nation bâtie sur trois siècles de guerre et deux génocides, par ailleurs concomitants, mérita quelque chose comme une façon de triple A ! —, chiasseux donc puisque s’affolent les bourses et que les Chinois, à ce qui se murmure, seraient en passe de s’installer au poste de commande de la Phynance Mondiale. Diantre, ça en fouette donc dans les slips, et puisqu’on en parle, tiens, ils ont un peu de la chance : en camping le 14 juillet je suis tombé de ma chaise sans même être bourré me suis fêlé une côte et, sous antidouleur puissant durant près de trois semaines, me retrouve bide déglingué. Depuis, je ne connais la selle que par ouï-dire, ou quasi. On s’en tamponne, dites-vous ? N’empêche, tout est lié : même la perspective d’une récession mondiale ne m’a pas évacué l’intestin, c’est prouver à quel point me touche un peu, beaucoup, pas du tout, la perspective d’un éventuel effondrement boursier. Et mes contemporains idem : où sont-ils, les flots de vacanciers rejoignant précipitamment leur F2 de banlieue à l’annonce d’une baisse historique du CAC40 ? Si constipation il y a, c’est peu dire qu’elle est nationale.

      « Si l’Italie saute, nous sautons », alarme pourtant Minc-le-Maudit. « Les spasmes qui agitent les marchés, eux, sont irrationnels. » Le très rationnel Minc, politicoéconomicoflatologue préféré des classes dirigeantes toutes tendances confondues, est connu pour s’être trompé à peu près neuf fois sur dix depuis 1954 — « si ce type présentait la météo à la télé, il y a belle lurette que les Français l’auraient pendu », aurait eu coutume de plaisanter le président Coty.  Pour autant, il convient de tenir compte des prévisions bidons de cet oiseau de mauvaise augure, car elles annoncent toujours l’orage qui, plus tard et dans pas longtemps, nous tombera sur le coin du pif: « tout l’enjeu est de définir une politique de rigueur socialement juste et acceptable », conclue Minc au sujet de la France. Autrement dit de poursuivre voir d’amplifier la casse des régimes sociaux, mais sans pour autant susciter de ces poussées de mécontentement telles qu’on en voit en Grèce, en Espagne et ailleurs. Quadrature du cercle, pour le Sarkozystan : comment profiter de la crise, formidable fenêtre de tir permettant de parachever la contre-révolution conservatrice et libérale, sans pour autant, l’année prochaine, perdre les élections. Abusus non tollit usum*, comme disent les cons.

     Mais puisqu’elles sont encore loin, ces foutues élections, édiles et représentants de l’Etat peuvent encore, et comme chaque été, déchaîner leurs passions en matière d’expulsions de squats, de chasse aux sans papiers et autres fermetures de centres d’hébergement. L’été n’est pas en pente douce, pour les populations visées. Mieux, profitant de la torpeur des cerveaux ramollis par l’eau, voilà-t-y pas qu’on s’en reprend au Rap. Le bien nommé Michel Raison, député Ump de Haute-Saône — un département dont on sait qu’il demeure le bastion des rappeurs les plus ultras —, compte s’en prendre à, je cite « certains groupes de musique Rap issus de l’immigration. » Puis demande, sans sourciller, au ministère de la culture quelles « mesures ont été prises pour censurer ces chansons et mieux contrôler leur diffusion. » Entendons-nous bien : ne sont visées ici que les œuvres de créateurs « issus de l’immigration » : Raoul Boulard, MCRobert n’ont donc pas à craindre les foudres de ce monsieur Raison. Qu’il faut savoir garder : n’est-il pas le dernier rempart avant la déferlante rappeuse et « immigrée » qui, à coups-sûrs, menace Vesoul de ses gros mots?

     Si la peste Hip-Hopesque devait, malgré ses efforts, s’abattre sur la préfecture, le député pourra toujours s’en remettre aux « Voisins Vigilants ». Kézako ? Les VV sont des regroupements de citoyens vertueux circulant dans certaines villes, ayant pour objectifs de « faire diminuer les cambriolages, les escroqueries, les dégradations et les incivilités. » Evidemment ces braves voisins sont non seulement formés mais également sont en contact permanent avec la police locale. Mieux, et malgré quelques expérimentations qui sont loin d’avoir fait leur preuve —faut croire qu’on n’est pas, pas encore, près à se fliquer les uns les autres —, une circulaire du ministère de l’Intérieur prévoit d’étendre le dispositif à l’ensemble du territoire. Les volontaires seront alors officiellement transformés en « collaborateurs occasionnels du service public », un statut qui ouvre droit à rémunération… On les imagine d’ici se ruer sur le formulaire, tous les SuperDupont de canton ! Puis, « collaborateurs », comme dit dans la circulaire, ça en jette n’est-ce pas, ça rappelle de furieux souvenirs. M’est avis que si la Milice avait porté le doux nom de Voisins Vigilants, elle n’aurait pas connu le funeste sort qui fut le sien.

     Puisqu’on traîne chez les néo-nazes, restons-y un instant : en voilà qui ont le vent en poupe, les DP. DP, pour Droite Populaire. Autant le dire tout de suite, ces gens sont aussi populaires que le NSDAP était, par exemple, socialiste. Ce ramassis de frontistes contrariés et/ou honteux, a naturellement trouvé refuge au sein du Sarkozystan-pour-mille-ans. A la droite de l’Ump, donc. Et c’est rien de dire que la poignée de furieux qui l’anime profitent des vacances des Juppé Copé et consorts pour squatter les Unes et les ondes. Voyez Mariani, le ministre, l’homme qui entend déchoir de la nationalité française « les auteurs de certains crimes » (sans autres précisions, bien sûr) : le voilà désormais qui défend l’idée d’un fichage généralisé des allocataires sociaux, « pour lutter contre la fraude. » Il n’en dort plus, le bougre, depuis qu’il a appris que « les profiteurs peuvent toucher indûment le RSA dans plusieurs départements. » Que la fraude aux allocations ne concerne qu’une infime partie de leurs bénéficiaires, cela Mariani s’en tape. De même, que des dizaines de milliards d’euros, impôts dus par les entreprises et de très riches individus, échappent chaque année au fisc, ne trouble guère son sommeil. Non, il ne doit ces insomnies qu’à ces satanés « profiteurs », ces salopards du RSA. Il y a urgence, donc, si tant est qu’on veuille relever les Phynances de la France, à ficher tout ce beau monde. En attendant de les voir dénoncés, avec diligence, par quelques Voisins Vigilants.

     Autre dingo de la Droite Populaire, Lionnel Luca, député, commentait en ces termes l’attentat d’Oslo : « le premier responsable de ce climat délétère [sic !], c’est l’islamisme. C’est lui qui a crée l’islamophobie. » Dans l’esprit perturbé de celui qui, naguère, fut un des premiers membres du RPF de Pasqua-Villiers, nul doute qu’islam se confond avec islamisme. Né quelques décennies plus tôt, ce populo-droitiste nous aurait sans doute expliqué que les premiers responsables du « climat délétère » qu’on appelle Shoa, c’était les juifs eux-mêmes.

     Pour finir, revenons un moment sur Thierry Mariani. C’est que l’interview est cocasse, et le bonhomme non moins. Après avoir défendu le projet de ficher 85% de la population —comme si ce n’était pas déjà fait —, il termine par cette sottie, concernant les présidentielles : « Hollande n’a pas la carrure d’un chef d’Etat. Quand il se montre sur sa mobylette… Un président de la république ne peut pas être quelqu’un de normal. » S’il n’y avait que lui.

                                                                                                 Frédo Ladrisse.

 

«L’abus n’empêche pas l’usage » 

 


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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 18:12

mur-mur-n-0-022.jpg(ci-contre les Tongs de l'Auteur) 


Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Manquait plus qu’elle, tient, pour que le spectacle soit complet, que la parade des monstres puisse enfin commencer, La Boutin, la Titine, candidate aux présidentielles.   « Aujourd’hui la France m’oblige », se justifie-t-elle, sans qu’on comprenne vraiment à quoi elle est obligée, la rosière. Puis, madame la présidente du parti Chrétien-Démocrate (40 militants au compteur), invita « les Français à résister à leurs peurs, à construire sans crainte leur avenir. » Vaste salmigondis de déconnades s’ensuivit, mêlant hausse du taux de suicide, délocalisations et défenses des valeurs famille, patrie, et je sais plus quoi. « La France est belle, malgré tout », selon Christine Boutin. Mouais… Et que ça t’entonne la Marseillaise avant de se carrer en ses appartements telle la dinde dans son dindonnier. 17, ils sont actuellement 17, sur la ligne de départ de ces élections en peau de lapin — haut les mains. Rien que des perdreaux pas de la veille, ça piaille, de ci de là, et ça voudrait qu’on glousse de joie? Tas de cons. Pétasses également, à l’image de l’Aubry qui, grave, rêche, râpeuse à souhait, s’avance en costume de bal et râle que « ce pays, qui a fait les Airbus et les TGV, est en train de décliner. » Productivo-industrio-bêtassisme, quand tu nous tiens… Car ce pays a également « fait » les centrales nucléaires, « fait » les usines d’armements que le monde entier nous envie —le monde militaire, s’entend — et autres petites sucreries dont Martine ne pipe mot. Sur le reste ? Rien, ou si peu. Il s’agit de « redresser la France », de « montrer aux Français ce qu’on a dans le ventre », bref, d’avoir les plus grosses voies, toutes intestinales qu’elles soient. Les boules, par contre, c’est assurément ce pauvre Hulot qui les a, devancé par Eva Joly aux primaires écolos. Une « méga-surprise », selon les potes de l’Ushuaia boy, au premier rang desquels l’ineffable Bové. N’empêche, exit, Hulot le bouffon. Les Verts, cette année, semblent sérieux.

      Mais tandis qu’on s’amusait au chamboultou des pré-primaires-pré-présidentielles pré-2012 etc, il se produisit ceci d’à peu près extraordinaire, je parle, bien entendu, de la libération de Stéphane Tarpénié et de Hervé Guêpière. Nos otages, à nous. Les nôtres, d’otages, enfin libres ! Qu’ont-ils à dire ? Rien. Mais il est essentiel que ce « rien » tourne en boucle sur les chaînes et boulets de la télévision, qu’il occupe l’espace, occupe le temps et les esprits, de manière à ne plus permettre de parler du début de révolution se dessinant en Grèce ou en Syrie —Syrie où, étrangement, les journalistes occidentaux semblent avoir décidé de ne jamais se rendre—, de cette guerre en Lybie, qui selon Juppé n’était « qu’une affaire de jours, au pire de semaines » (déclaration daté d’il y a maintenant quatre mois). Ainsi les « riens » s’enchaînent, mariage à Monaco — le Rocher décisif, pousse garçon pousse, ça roule ! —, tour de France rance et autres Annecy Jeux Olympiques plantés pour notre plus grande joie, autant de lamentables « riens ». L’essentiel, bien sûr, n’est pas là. Il est dans les garde-à-vues qu’ont subies les  copains ayant commis cette faute, grave, de chanter Brassens devant la préfecture de Police, l’essentiel est aussi dans les expulsions, massives et violentes, de Tunisiens venus en France dans l’espoir  d’une vie décente. L’essentiel est, comme souvent, dans ce qui est tût : dans la bibliothèque où je travaille est organisé pour l’été un tournoi de jeux vidéo. Chouette. Souci : il est sponsorisé par Nintendo himself, et la marque est partout, même sur les maillots que portent mes collègues. L’essentiel, n’est jamais loin : dans la bibliothèque où je travaille il se trouve que les bibliothécaires se font de plus en plus rares, et de plus en plus nombreux les gens se trouvant là par défaut, après avoir raté le concours d’agent de police municipale. D’où : Nintendo, en force.

      L’essentiel, croyez-m’en, est souvent dans les tongs. Aussi Dame Pécresse, nouvelle porte-parole de Sarko, empruntant la voix de son maître a rappelé que pour le Président « un ministre n’est jamais en vacances, il a seulement le droit de se reposer. » Tongs, donc, pour les ministres. Où iront-ils cet été ? Je crains que les destinations classiques, Tunisie, Egypte, Grèce, soient pour eux un peu compromises. Vesoul, Maubeuge, Montargis en tong ? Pourquoi pas, mais je n’aime pas les tongs. Ça scie le pied entre les orteils, les tongs, c’est moche et rien moins que confortable, et si jamais le bourrin de service vient à  te marcher sur le pied tu es bon pour les urgences. La tong,  à bien y réfléchir, est le symbole par excellence de la contre-révolution néolibérale sarkozyste. Inconfort, fragilité —le pied, comme l’emploi, est fragile, pourrait avancer Parisot —, fausse insouciance affichée là, au niveau de l’orteil, comme crânement : la chose est entendue, tout porteur de tong est, définitivement, un sarkozyste convaincu. Quand bien même il l’ignore encore.

      Bonnes vacances cependant, sans tongs hein !, je compte sur vous. 

                                                                                                Frédo Ladrisse.

(l’autruche part bronzer dans son trou mais sera de retour début août)

 

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15 juin 2011 3 15 /06 /juin /2011 00:09

 

images-copie-25.jpgTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Les voix de nos Saigneurs, à l’assaut de nos poches de guenillards, de salopiots d’assistés et autres bénéficiaires, si l’on peut dire, du Rsa. Il s’agirait cette fois encore de nous mettre au boulot, nous, dégénérés profiteurs. Une exception, cependant : selon Marc-Philippe Daubresse, numéro deux de l’Ump — une façon de Poulidor, quoi—, « les cas les plus lourds seront exclus de la mesure. » Lourds, c’est-à-dire ? Et pèsent-ils tant ? Pas si sûr. Car c’est 150 000 foyers qui se verront, au final, condamnés au travail obligatoire, service oblige. Et le même Daubresse d’évoquer en un rauque final le mirifique « complément de revenu » que toucheront ces privilégiés, soit, pour 40 heures mensuelles, et puisque l’alloc’ de base baissera, 60 euros de plus, par mois.  Je laisse à vos calculettes le soin d’afficher le taux horaire relatif à cette aumône.

     Tout en cognant sur le lumpen —  caution crasse, électoraleuse, cousue de fil bleu marine —, Sarkozy rentame sa complainte à destination des pov’gens, et se présentait l’autre jour, devant les députés Ump, comme « le président du pouvoir d’achat. »  Elle serait presque drôle, celle-là. Le pas encore candidat s’est ensuite laissé aller à définir la stratégie du candidat qu’il est déjà. Faisant référence aux socialistes, à l’agressivité dont ils feraient soi-disant preuve à son égard: « je ne me laisserai pas entraîner dans un combat de rue. » Street fighter 2, ça le fait pas ? Dommage. Puis, plus étrange, ceci : « il ne faut pas prendre le vent dans la plaine, moi, j’attends la montagne. » Métaphore cycliste, qu’on nous dit, tourdefrancesque à souhait, signifiant qu’il se déclarera le plus tard possible, à la mode Mitterrand cuvée 88. Dans la catégorie des « il faut, y’a ka qu’on », il eut enfin cette fulgurance : « il faut avoir une parole rare, car la parole use. » Si c’est un bavasseur qui le dit...

     Sinon quoi, sous la dent ? Creuse, autruche, mais creuse donc !, quand bien même, en ces temps, le sable pue la pisse ou le sperme, selon. Strauss-Kahn, en sa cage dorée sur tranche (de lard ? dollars !), plaide not guilty comme convenu, tandis qu’en métropole ses amis suent, s’activent, tel Cambadélis : « Il est extrêmement triste, mais extrêmement combatif. Je souhaite qu’il puisse revenir », dit-il de l’ami Dominique. D’autres avancent avec, à la main, le chapelet des excuses aussi bidonnées qu’habituelles. Dominique souffrirait d’une pathologie relativement répandue, dite du « troussage de domestiques » (Jean-François Kahn, dans le texte). Gros porc malade, en somme. Vivement le prochain album.

     Mais laissons-là ces billevesées indignes d’un lecteur ou lectrice averti, tel celle ou celui parcourant, à l’instant, ces pages — la pommade, ma gueule, c’est gratuit, et sans augmentation du prix de l’abonnement —, revenons plutôt à la vraie vie, c’est-à-dire au Sida. Selon les conclusions du sommet international mené sous l’égide de l’ONU, 6 milliards de dollars permettraient d’éviter les 12 millions de nouvelles infections attendues d’ici 2015. Vous me direz, smicards que vous êtes : six milliards, c’est une somme. Certes. Sachez alors que le coût mensuel, oui j’ai bien dit mensuel,  de la guerre en Irak est de 4 milliards de dollars. Aussi ahurissant que puisse paraître ce rapprochement, il n’en reste pas moins tout à fait vérifié. Et j’en suis, comme vous, sur le cul.

     Sur le cul, d’autant plus que les conclusions onusiennes préconisent dans le même temps aux pays développés « d’arrêter de mettre en œuvre des stratégies visant à bloquer la production, l’exportation, le transit et l’importation de médicaments génériques. De nombreuses nouvelles infections pourraient être ainsi évitées.» Sur le cul, j’y suis : j’y reste.

      Il me faut du Brassens pour, un peu, me redresser : mercredi 8 juin, à Toulouse, 29 joyeux drilles l’ayant chanté à pleine voix furent conduits au poste par le Cruchot local. Les voilà convoqués au tribunal, de surcroît. On attend, avec impatience, de connaître l’intitulé du chef d’accusation.


                                                                                                 Frédo Ladrisse.

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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 22:38

 

pieds2003.jpgTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Après le DSK circus voici, en piste, le Tron show, du nom de ce secrétaire d’Etat qui, selon ses employées, aimait à caresser leurs pieds. Mazette, quelle affaire ! Et les pisse-copies de se jeter sur le podophile en position de démissionnaire, comme la misère (du journalisme) sur le pauvre monde politique. N’écoutant que son courage et aussi, un peu, son penchant pour les perversités de toutes sortes, l’autruche s’est renseignée au sujet de la podophilie. Elle a ainsi appris que cette pratique s’inscrivait dans le cadre, plus large, des « paraphilies ». Bien. Kézako cette chose, l’amour des parachutes ? Ladite podophilie n’en concerne pas moins des milliers de gens dans ce pays, et connait nombre de variantes telles le « footjob », acte qui, comme son nom l’indique, consiste à masturber le sexe du partenaire avec ses pieds, ou le « trampling » : se faire marcher sur le corps, par quelqu’un de chaussé ou non,  plus subtil encore, le « crushing », qui revient à écraser sous ses talons, aiguilles ou non, des insectes, à défaut de petits animaux — des bisons, non : trop compliqué. Au détour du blog « Onanisme and Co » (oui monsieur, quand l’autruche enquête elle le fait avec sérieux), on apprend également que « dans l’argot des maisons closes, sucer les pieds d’une prostituée était appelé « faire petit-salé. » Ça donne soif. Mais comme si Tron ne suffisait pas au bonheur des journaux du soir, voilà t-y pas que le philosophe au nom de bateau moche s’y met. Ferry, Luc, balance. Lâche tout de go le cas « d’un ancien ministre qui s’est fait poisser dans une partouze à Marrakech avec des petits garçons. » Son nom ? Là, silence. « Quand on n’a pas de preuves, on ferme sa gueule », précise très élégamment le présumé philosophe. C’est surtout que la transparence a ses limites, n’est-ce pas, des limites imposées par le code implicite de la caste à laquelle appartient Luc Ferry. Il risque des poursuites, dit-il, s’il cite le ministre pédophile. M’est avis qu’il risque bien pire, de son point-de-vue du moins, s’il brise l’omerta : la pure et simple mise au ban. Quoi qu’il en soit, au cœur même de ce Sarkozystan en totale capilotade, les affaires de cul risquent fort de s’accumuler durant l’année qui vient, au point que les solides armoires du ministère de la justice verront leurs gonds céder sous le poids des dossiers. Ce n’est plus le pays des droits de l’homme, mais celui de sa langue, de son sexe, de ses doigts. Le pays du touche-pipi.

     Même le concombre s’y met, cuisiné à la mode serial killer ! A l’observer, comme ça, comme à la dérobée sur l’étal du concombrier, il nous paraissait jusqu’à lors parfaitement inoffensif. Que nenni, le voilà qui tue, en rafale, bien qu’aux dernières nouvelles ça ne serait pas lui mais la laitue, mais les radis, mais les tomates tueuses !... Cinq fruits et légumes par jour, qu’ils disent. Pas de doute, ils veulent notre peau.

     Elles devaient ne valoir pas chère, la peau des 250 passagers disparus en mer et au large de la Tunisie. Bougres et braves et courageux, embarqués de fortune, qui jamais ne verront ces côtes européennes rêvées comme accueillantes. Selon d’aucuns, aux macabres comptes, depuis 1988 il y aurait eu dans cette région, le détroit de Sicile, environ 12 000 noyés. « Ce qui en fait le plus grand cimetière marin, au monde », indique le journaliste en queue de reportage. Cimetière des espoirs, cimetière des illusions. Les murs de la forteresse Europe sont dressés droits, solides, imperméables, inflexibles. Et l’Europe, depuis longtemps, ne rêve plus.


                                                                                            Frédo Ladrisse.

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29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 13:36

 

images-copie-46.jpgTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Deauville, sa plage, son G8. Son Dsk qui, finalement, n’est pas venu puisque retenu pour affaire, mais sa Carla Bruni en tunique blanche telle une oie, gavée, là, engrossée. Deauville : un festival. Pas de cinéma cette fois, ces jours-ci c’est rien moins que la fête à Neuneu. L’agglomération se retrouve, comme à l’accoutumée, placée sous haute surveillance : 14 000 flicaillons pour une population de 4 300 habitants. Il semblerait que les 8 nains régnant sur le bas monde aient légèrement la frousse aux trousses. Sinon Blanche-Neige, comment elle va ? « La première dame, tout sourire, jetait des regards sur son ventre bien en évidence, posant ses mains croisés dessus », nous rapporte, à l’envi, les pages roses du Figaro. Tricotait-elle des chaussons pendant les réunions, cela, la presse ne nous le dit pas. De même qu’elle ne souffle mot, ou quasi et depuis des jours, de la Syrie, du Yémen, de la Libye, ou de ce qui se trame du côté de Fukushima. Aujourd’hui comme hier, l’engeance journaleuse, seule maîtresse abhorre ce qui doit être tu, ce qui doit être su, l’adore. Et nous le fait subir en boucle.

     Même quand elle s’essaie à l’écart, on la voit trébucher sur ses lacets et se vautrer, piteuse, dans les poncifs d’arrière-salle. Exemple, Daniel Mermet, célèbre animateur officiant sur les ondes de Radio Paris-Val. Enregistrant l’autre jour du son en provenance du campement de la Puerta Del Sol à Madrid, le bougre s’est lâché. « Oh, on nous offre une pomme, et en plus c’est gratuit ! Et même de l’eau, hein, c’est gratuit ! Merci, gracias mucho ! » Sic. L’homme ne s’en remettait pas, d’autant de gratuité. Plus tard, le même : « les jeunes Madrilènes, ils ont inventé un langage, lors des assemblées générales ils font des moulinets ou bien des marionnettes avec leurs mains si ils sont d’accord ou non, c’est génial, c’est génial ! » C’est d’autant plus génial que ça existe depuis vingt ans… Vous me direz : pouvait-on attendre autre chose d’un type qui va jusqu’à Madrid pour ensuite nous asséner quarante minutes d’entretien avec des membres d’ATTAC Espagne, quarante longues, très longues minutes d’insipidité dormitive tendant à prouver que, oui, ATTAC a eu raison avant tout le monde? Vous me direz aussi, bavards comme vous êtes, que Mermet se trouve être un des membres fondateurs d’ATTAC, ce qui bien entendu n’est que coïncidence. Vous me direz, pour finir : y-a-t-il, pour le moment, autre chose à narrer au sujet de ces  indignados ? Il paraît que ça se construit, et que ça risque d’être énorme. Je ne demande pas mieux, mais je suis comme vous, j’attends de voir. Au reste, entre indignados calibrés à la mode Mermet/Hessel et désesperados autrement plus remontés —et dont bien sûr on parle moins —, bien malin qui peut dire lesquels prendront le dessus. Pour l’heure, le mouvement semble se bercer d’illusions Bisounours. Mais, pas plus tard qu’aujourd’hui c’est à coups de matraques bien sentis que fut dégagée manu, surtout militari, la Plaça Catalunya, à Barcelone. « La police est là pour faciliter le travail des services de nettoyage », expliquait un condé local, « on enlève tout type d’objets qui peut être dangereux, comme des casseroles. »(voir vidéo ci-dessous) Bien. Dans ce cas, veillez à enlever les tourniquettes à vinaigrette. Mais à quelle fin, déjà, ce grand nettoyage de printemps? C’est que ce soir a lieu la finale de la coupe d’Europe de foutebol, et que si Barcelone l’emporte une vaste fête est prévue à l’emplacement même du campement. En un mot comme en cent, toutes les excuses sont bonnes, et tous les coups semblent permis. Soyons justes : si une telle opération à gros coups de tonfas dans la gueule peut contribuer à déniaiser ceux d’entre les campeurs qui s’acharnent à penser qu’il suffit de s’asseoir par terre pour que la police devienne gentille, ça sera toujours ça de gagné. En Grèce aussi ça bouge, dans d’autres capitales européennes, idem. Paris ? Bof, ça frémit, c’est mol, c’est bouche bée. Or, une place de la Bastille ne se prend pas en silence, les gens. Allons-y gueule ouverte, les gens, et l’été sera chaud. Canicule !

 

                                                                                                    Frédo Ladrisse.

 


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