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22 décembre 2009 2 22 /12 /décembre /2009 09:43

images-copie-36Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? « Notre maison brûle, et nous regardons ailleurs », pleurnichait le gars Chirac en 2002, à Kyoto. 7 ans plus tard, au vu du fiasco de Copenhague, le moins qu’on puisse dire est que le brasier bat son plein. Pour autant, évitons de nous couvrir la tête de cendres. Ce n’est pas parce que la planète est guidée par une bande de pleutres totalement largués et pour lesquels le monde s’arrête à la porte du bureau, que nous devons accepter d’être, jour après jour, presque heure par heure, culpabilisés à outrance. Nous savons tous qu’éteindre l’ampoule du sapin de noël risque peu de nous prémunir contre le réchauffement climatique, que faire le choix de prendre une douche plutôt qu’un bain ne saurait résoudre le problème de l’eau, au Soudan ou en Palestine. Nous subissons pourtant, depuis maintenant plusieurs années, une propagande offensive visant à faire de nous les responsables principaux du désastre annoncé. Tandis que les industries polluantes continuent d’arroser, entre autre, les eurodéputés à seule fin de pouvoir poursuivre le massacre de la planète, on nous abreuve de messages mongoloïdes concernant la bonne manière de faire la vaisselle, quand on ne nous sert pas des diaporamas mous navrants (« Home », ou « le syndrome du Titanic ») dont le seul objectif , finalement, est de nous convertir à l’écologisme d’urgence. Cet écologisme là, est-il utile de rappeler qu’il signe le retour de la pensée  magique, pour ne pas dire religieuse ?


     P
areillement magiques furent les déclarations au sortir de Copenhague, « le meilleur accord possible » selon l’impayable Sarko, et « une avancée importante » d’après Obama, l’homme par qui tout devait arriver, qui était censé sauver le monde à l’occasion de ce sommet. Notre Sauveur se révèle, ici, tel qu’en lui-même : sans volonté réelle et sans pouvoir aucun, figurant macabre se dandinant tentant de faire, face aux caméras, contre mauvaise fortune bonne figure. Un pitre, en somme, silhouette fraîchement nobélisée et servant de paravent aux puissances économiques qui, elles, gouvernent réellement la planète. Confronté au spectacle d’une si pitoyable parade, on ne peut que penser qu’il s’agirait, d’abord, de se débarrasser d’Obama et de ses congénères. Dehors, clowns, bouffons, grotesques ! Puis on s’attaquerait réellement au problème, à cette équation qui, en fait, est d’une simplicité tout à fait enfantine: sans remise en question, radicale et définitive, du système capitaliste, l’humanité est condamnée. Le capitalisme est en guerre contre l’espèce humaine, il menace sa survie, et la rapide destruction des ressources naturelles n’est jamais que la dernière d’une série d’agressions. Va-t-on le laisser plus longtemps, tel le Moloch de la légende, dévorer notre avenir? Une fois n’est pas coutume, ce dangereux gauchiste à cheveux longs de Nicolas Hulot a, il me semble, formulé au plus juste les conséquences de l’échec de Copenhague : « nous venons de tirer une balle dans la tête de nos enfants. » Tout est, à peu près, dit.


     M
ais pendant que les grands de ce monde jouaient à faire semblant de se soucier de notre sort, de petits barons, en campagnes, se concentraient sur une tâche autrement plus urgentissime : repenser, avec Roger, redéfinir, avec Casimir, ce schmilblick très étranger qu’est l’identité nationale. La machine à produire de la haine étant maintenant alimentée quasi quotidiennement par les propos faisandés des représentants locaux du Sarkozystan-pour-mille-ans, certaines voix, même à droite —Alain Juppé pour ne pas le citer, et Raffarin, idem, tirés d’un coma très profond —, commencent à demander tout haut qu’on annule l’opération, et qu’on en reste là. Ce serait mal connaître Besson qui, en Iznogoud de comptoir, préfère mourir au bar plutôt que de reconnaître sa gaffe: le débat dérape, et donc ? « A force de déraper, je pense qu’il est maintenant revenu sur la piste », lâche le fourbe, le traître, le félon. Ce qui, admettons-le, prouve une méconnaissance certaine de la conduite en temps de verglas. Exemple ? Au plus profond des Vosges, doublement verglacées étaient, en début de semaine, les routes de l’intelligence. Morano  la rombière s’y engagea tout de même, puis glissa telle une triple dinde jusqu’au fossé Fn, jusqu’à, comme on le sait, publiquement reprocher aux jeunes musulmans de parler le verlan — vocabulaire codé qui, selon les sémiologues, était employé dès le  XVIIe siècle —, leur reprochait aussi de porter casquette à l’envers —comme le faisait pourtant le très National Roi Dagobert. Surtout, elle leur demandait de « trouver du travail. » Elle est bien bonne, au fait, tiens, puisqu’on en parle : eh, la môme Amara, t’en es où de ton plan banlieue ? Je préfère te prévenir : ça se gondole de rire, dans les quartiers, rien qu’à l’évocation d’un plan dont on aura jamais vu l’once d’un début de commencement. Aussi, on ne saurait trop te conseiller, à l’image de ton Seigneur et Maître Sarkozy-prem’s-du-nom, d’éviter, en période de fêtes, la dalle d’Argenteuil et consœurs.  « Ce que je veux, c’est qu’il se sente Français lorsqu’il est Français », achevait Morano, venue d’on ne sait quel Saint-Cloud de souche. Façon comme une autre d’asséner, de rabâcher encore et encore, le mot d’ordre central de ce gouvernement xénophobe : un jeune pas tout blanc se doit de faire plus d’efforts qu’un autre, se doit de prouver, jour après jour, son attachement à la France, à l’hymne national, au drapeau et à la famille, à la patrie, au… (complétez vous-même). Le tout, au nom de la sacro-sainte « intégration ». Dans les années 90, traînait sur les platines ce morceau du groupe Zebda, dont le refrain disait « intégré je le suis, où est la solution ? »


     T
out porte à croire que pour certains, de solution il n’y a pas, autre que le retour en terre de misère et de guerre. Prenons, au hasard, les Afghans. Qui a dit cette semaine : « mon estime va aux jeunes Afghans qui ont fait le choix de rester dans leur pays pour lutter contre les Talibans aux côtés des soldats français, plutôt qu’à ceux qui le fuient. » Marine Le Pen? Que nenni. Ces mots sont de Thierry Mariani, député Ump.  C’est vrai ça, depuis quand les populations civiles fuient les champs de bataille ? Quelle lâcheté, quel manque de courage ! Pour le chanoine du Latran, ci-devant seigneur des Gaules et du Sarkozystan,  l’essentiel est ailleurs : « renvoyer un Afghan en Afghanistan, alors qu’il ne souhaite pas rester en France, je ne vois pas où est le problème », a déclaré Sarko dans le poste. Il ne manque pas d’air, non ? Plus c’est gros plus ça passe, devrait être la devise inscrite aux frontons des mairies de France. D’ailleurs, dernière minute : on me souffle dans l’oreillette la version officielle selon laquelle les 9 expulsés n’étaient que des touristes, égarés du côté des Champs Elysées, et qui demandaient poliment à être raccompagnés chez eux. Merci qui ? Merci mon Besson, lequel ne voit pas non plus où serait le problème, puisque « la France a mis en œuvre des mesures de retour contraint vers l’Afghanistan chaque année depuis plus de dix ans, y compris au cours de la période 1997-2002. » Conclusion : comme Jospin lui-même a fait, dans ce domaine, à peu près n’importe quoi, je ne vois pas pourquoi on viendrait nous reprocher de continuer pareil.

 

     Lors, ce qu’on peut souhaiter de moins pire aux exilés afghans c’est de se voir expulsés dans un machin tel l’Eurostar. Quatre trains tombés en panne, une nuit dans le tunnel pour 2000 passagers, sans chauffage, sans eau et sans nourriture ; une évacuation qualifiée de bordélique au possible, une moyenne de 15 heures de retard : pas de doute, dans le registre de la galère, ce fleuron de la technologie postmoderne et bien-de-chez-nous, est en passe de battre quelques records. Pour quelle raison, ce bocson ? Parce qu’il a neigé. « La panne résulte de la différence de températures entre l’extérieur glacial et l’air plus chaud, à l’intérieur du tunnel », explique, un peu gêné, Bram Smets, porte-parole de la compagnie. Eh bin. Pauvre bidule, not’TGV, il a chopé frisquette ? Dans quelques bistrots de Navarre on se lâche alors et on rappelle qu’il a déjà neigé, dans le nord de la France, que ce n’est pas la dernière fois. Aussitôt dit aussitôt frais, sur son site internet Eurostar « recommande à l’ensemble de ses voyageurs de reporter leur voyage à une date ultérieure. » En Juillet, quand il fera plus doux ? Quoi qu’il en soit, lundi, le trafic n’avait pas repris, et un responsable français  confiait : «il s’est passé quelques chose qu’on ne comprend pas.» Ont-ils au moins pensé à fouiller du côté de la bande de Tarnac ? Comme aurait dit Michel Audiard, les terroristes, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnait.

 

                                                                                                  Fredo Ladrisse.
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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 18:49

images-copie-35.jpgTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? On est loin d’en être sorti, de cette auberge espagnole qu’est devenu le délirant débat sur l’identité nationale. Le grand n’importe quoi étant quotidiennement nourri par d’étranges débats locaux,  où quelques anciens d’Algérie font part de leur rancœur à de jeunes militants fascistes — le tout sous l’œil sommeillant d’un sous-préfet sorti, pour l’occasion, de la naphtaline —, le populisme bessonien tournant à l’aigritude telle une vinaigrette foirée, voilà-t-y pas que le Chef s’en mêle, et tente de, comment dit-on ? Recadrer. Selon Sarkozy, donc, ce débat serait un genre d’ «antidote au tribalisme et au communautarisme. » Dans tes rêves, coco. A vrai dire le communautarisme, on nage en plein milieu, et c’est un chouia grâce à toi. Un exemple, parmi tant d’autres : dans la même tribune de Le Monde, tu vantes « un islam de France », appuyant en cela ceux qui, instrumentalisant le débat, ont réussi à le cantonner à la seule question de la présence musulmane. Dans le registre de la lutte contre le communautarisme, on a déjà vu mieux. Au reste, il n’y a pas jusqu’aux cadors de ta propre majorité qui ne s’inquiètent de ces dérapages non-contrôlés. Sous couvert d’anonymat, bien sûr, un ministre trouve cela « tout à fait catastrophique », tandis qu’un autre juge que Besson « a monté cela comme un coup politique, et c’est en train de lui revenir dans la figure. » Pan sur la gueule ? A voir. « Besson tire Sarkozy vers sa mauvaise part, le côté réac’ », estime un autre de ces anonymes. La question est alors de savoir à quoi ressemble la bonne part de not’président. Son côté baba cool, cheveux au vent et bédo au bec ? Plus loin, l’anonyme ministre conclu que « ce débat a réveillé le Fn. » Jolie réussite, en effet. Faut-il rappeler qu’en prévision des prochaines régionales, le Front national, dans les sondages, frise désormais les 10% ? Cavalez donc, gens de droite, au cul des électeurs frontistes, ça revigore Le Pen !

 

     Cependant, n’écoutant que son sens inné et profondément bien ancré du nationalisme de plume, l’autruche ne saurait laisser plus longtemps le patriote Besson dans le caca. Aussi, on trouvera ci-dessous sa modeste contribution au débat sur l’identité de ce que c’est quoi, déjà, qu’être Français et gnagnagna. Tiens, commençons par les drapeaux. Je les aime pas, les drapeaux, même le noir, qui reste un drapeau (oui je sais, celle-là je l’ai piquée à Léo). Mais voilà qu’à Orange, ville bleu-blanc-rouge bien connue du sud de la France éternelle, on a décidé d’interdire la présence de drapeaux ETRANGERS lors des mariages en mairie. Le dir’ comm’ de là-bas le justifie en termes choisis :   « Le scénario est toujours le même. Le jour du mariage, ils arrivent dans un convoi d'une dizaine de voitures. En retard. Généralement, la voiture des mariés est un de ces modèles que personne ne peut se payer. Ils bloquent la circulation à dessein. Ils agitent leurs drapeaux marocains. Une fois qu'ils ont bien emmerdé tout le monde, c'est la troupe de musiciens en djellaba qui joue du tam-tam. » Du tam-tam, oui, on a bien lu. Des sauvages, on vous dit. Bref, les drapeaux agités ne sont pas le seul problème soulevé par les ex-frontistes d’Orange. Ne serait-il pas plus simple, dès lors, d’interdire les mariages autres que celui de monsieur Jean avec mademoiselle Huguette ? Plus simple encore, d’interdire les mariages ? Parce qu’avec les Français de souche, c’est toujours le même scénario : ils arrivent dans leurs bagnoles déguisées en poupées, le klaxon bloqué, la mariée se trimballe une robe à traîne d’un goût douteux, ils balancent des poignées de riz qui excitent les pigeons et font se gameller les vieux et, une fois qu’ils ont bien emmerdé tout le monde, ils filent à l’église recommencer leur souk ! Pourtant, Elie Aboud, député de l’Hérault, acquiesce à l’interdiction prononcée par Jacques Bompard, maire d’Orange : « les invités arrivent dans ces cabriolets ou ces voitures que je ne pourrais pas me payer », pleurniche-t-il. On voit à quel niveau, pour ces gens, se situe le débat sur l’identité : Bmw ou Audi ?


     Ce n’est pas en cabriolet que quelques Afghans rejoindront mardi leur pays. C’est en charter, par la grâce du, décidemment, inévitable Eric Besson. Détenus à Calais depuis le démantèlement de la Jungle, ils sont neuf, qui devraient faire l’objet d’un retour groupé. « Mais avec des précautions quant aux lieux », a précisé Besson. Traduction : on ne les larguera pas en pleine zone de combat, promis. Gare à vous m’sieur le ministre : autant de générosité finira par vous nuire. Fort heureusement, votre administration veille au grain national, quitte à utiliser des méthodes héritées du banditisme de grand chemin. En effet, selon la Cimade, « trompés par plusieurs de leurs interlocuteurs, persuadés qu’ils seront libérés dans quelques jours, les exilés afghans, malgré leur crainte du retour, estiment inutile d’entreprendre une quelconque procédure pour s’opposer à ces renvois. » On leur aurait fait croire qu’ils étaient les heureux gagnants d’un billet pour Kaboul? Au final, tout est bon, du moment que les renvoyés se tiennent peinards pendant le vol, et si le mensonge fait ses preuves en matière de retour contraint, nul doute qu’il va devenir la règle. Et qu’on ne vienne pas me dire que de tels procédés n’entrent pas en correspondance avec la question de l’identité nationale. Car pour les exilés liberté rien du tout, égalité peau de balle, fraternité ? Mensonge.


     Citons, en conclusion, l’imbitable madame de Fontenay, laquelle s’invite dans le débat et ne lasse pas de surprendre, déclarant que « l’élection d’une miss France prénommée Malika constitue un bon coup de pied aux fesses d’Eric Besson. » Pauvre type, qui, contre lui, semble faire l’unanimité. Vite, un renégathon ! Mais cesse de rêver, Hervé, passe-moi une clope, Pénélope : il n’aura pas fallu deux jours à la miss en question pour préciser qu’elle est « Française de souche », son prénom n’étant que l’effet du « goût pour l’exotisme »  de ses parents, un peu bizarres. Brave fille. Elle est bien de son temps.

Un temps qui voit le Front National prospérer et, fatalement, se projeter dans l’avenir. La troisième génération de Le Pen s’avance, sous les traits de Marion Maréchal-Le Pen, petite-fille du führer de Saint-Cloud. 19 ans, étudiante en droit à la fac d’Assas (ça ne s’invente pas), la petite n’en est pas moins number two sur la liste pour les régionales, dans les Yvelines. Portant un véritable culte à sa tante Marine —ce n’est pas une contrepèterie—, elle n’en espère pas moins que le Fn « restera fidèle » aux  idées de papy. Elle devrait pas tant s’inquiéter. 


      Un qui ne s’inquiète guère, et ne s’embarrasse pas non plus des précautions d’usage, c’est le dénommé Justhom. Dans le Monde Libertaire, estimable organe cinquantenaire de la Fédération Anarchiste, le gars signait, il y a quelques semaines, un article titré « vive l’anarchie ! » Cri du cœur d’un militant investi dans les luttes? Las ! Il ne s’agit jamais, sur une page, que de casser du Michel Onfray. C’est un sport assez répandu, dans les milieux anars, que de lui cracher à la gueule. Cependant, pour critiquer Onfray — ce que l’autruche ne s’est pas privée de faire, sur ce blog, à plusieurs reprises —, encore faut-il le lire un peu. Or, d’emblée, Justhom prévient qu’il «ne connait ce monsieur qu’à travers les articles » que M. Onfray a fait paraître dans Siné Hebdo. Qu’il n’a donc, jamais, eu la curiosité d’ouvrir un de ses pourtant nombreux livres. Etonnante posture, bien dans l’air du temps elle aussi, revenant à démolir (ou encenser, selon) un film qu’on a pas vu, un auteur qu’on a pas lu,… Mais, au reste, que lui reproche-t-il, à Onfray ? « Je pense qu’il n’est en rien libertaire », nous dit Justhom, mais « libertarien. » Libertarien, c’est-à-dire anarchiste de droite. Si Justhom pointe ensuite quelques contradictions flagrantes dans les propos d’Onfray, c’est pour ne retenir qu’elles, s’attarder sur le secondaire, en passant sous silence l’essentiel de la pensée de celui qu’il appelle un « prétentieux, imbu de sa personne, donneur de leçons, un monsieur Je-sais-Tout. » Rien de moins. Sous l’invective gratuite —car elle n’explique ni ne prouve rien—, se dissimule maladroitement un anti-intellectualisme quelque peu Pol-Potien, qu’on s’étonne de retrouver  dans la presse anarchiste, du moins contemporaine. En déniant à Michel Onfray la qualité de philosophe —ce qu’il est, indéniablement, qu’on l’apprécie ou non —, en l’accusant de « créer volontairement le trouble et la confusion dans les esprits » —dans quel but ? Celui, bon dieu mais c’est bien sûr !, nous explique Justhom, de « tromper le peuple et de le maintenir sous le joug de l’exploitation capitaliste » : sic, c’est, à n’en point douter, l’objectif de Michel Onfray ! —, en tenant des propos tout aussi péremptoires qu’injustifiés, l’auteur de l’article se révèle tel un Khmer Noir du pire tonneau, de ceux qui décrètent qui est pur, et qui ne saurait y prétendre. Le serpent se mord grandement la queue lorsqu’il reproche à Onfray d’avoir décrit certains anars comme « des dogmatiques, des curés, des croyants plongés dans leur catéchisme. » Il se la mord, oui, furieusement, car Justhom, par son texte, donne raison à celui qu’il prétend condamner. Si la lecture de Siné Hebdo lui laisse quelques loisirs, nous ne saurions trop conseiller au Noir Torquemada la lecture, par exemple, de Politique du rebelle. Ça ne lui prendra pas plus de temps que pour la rédaction de son article, et ainsi, la prochaine fois, il saura mieux de quoi il parle.

 

                                                                                               Frédo Ladrisse.               

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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 23:41

Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Ça dérape, ça vrille, ça déchausse bref : ça part en couille. Quoi donc ? Mais le débat, Vaugelas ! Sur l’identité, mon Rabelais ! Tel un Golem racialiste, la Bête échappe à son insane créateur, et le ministre Besson se retrouve Grosjean par derrière. Notez : l’est pas le seul. Le petit manipulateur trônant en Présidence est tout autant refait. Mais lui a le pouvoir et donc, comme il nous y a habitué, envoie ses caciques au casse-pipe et planque ses fesses sous le tapis. N’empêche : maintenant qu’est ouverte la boîte de Pandore (ni vu ni connu, je t’endors), il ferait beau voir que ce boulet-là ne frôle pas d’un brin les oreilles du petit Nico las. On a tous entendu, ou vu, le maire de Gussainville (département de la Meuse, 40 habitants à vue de pif), élu du sarkoland et icône beaufisante bien rougeaude, adipeuse à souhait, râler qu’ « on va se faire bouffer », qu’ils seraient «déjà dix millions, et payés à rien foutre. » Les meuglements d’un con ordinairement raciste n’ont aucun intérêt. Plus éprouvantes, selon moi, sont les réactions de ses coreligionnaires en haine et en détestation : Lefèbvre, Frédéric, qui jusqu’à preuve du contraire est encore ici et maintenant porte-parole de l’Ump, estime pour sa part que le bouseux « n’a fait qu’exprimer une inquiétude de la France profonde. » Ouf, Il ne s’agissait que de ça, nous voilà rassurés. L’édile cul-terresque aurait le mérite de dire tout haut ce que la plupart pense tout bas, comme dans le slogan de Le Pen. Intéressant, n’est-il pas ? Mais Besson, qu’en pense-t-il, des délires du bouseux? « Les conversations de comptoir font partie de l’identité nationale », tranche le ministre de l’exclusion et du Beaujolais réunis.  Au commencement, on a pensé que c’était une boutade à la gomme de noix. Rien du tout. C’était du sérieux, du bien dur, de l’assumé. Merde alors, le comptoir comme symbole de l’identité nationale, ça on s’en serait douté, mais les conversations autour du 7e pastis tiède ? Et puis voilà que même Fillon, d’ordinaire plus calme dans le concert des surexcités de la carte d’identité, y va de sa bessonnerie : "on nous a soupçonné d'instrumentaliser la question nationale, comme si cette question n'était pas lancinante, et cela depuis longtemps." Lancinante, ah ah. Et pourquoi pas tarabustante, tant qu’on y est ? Fatiguante, agaçante, sûrement, d’autant que depuis l’histoire des Suisses et de leurs minarets qui donnent même pas l’heure, ladite question n’a pas cessé de s’envenimer salement. J’en veux pour preuve la sottise de l’inénarrable Bertrand, secrétaire général de l’Ump, pour qui « on a pas forcément besoin de minarets en France. » Ça, pour une nouvelle… Lui emboîtant le pas tel un percheron gavé de foin, Dominique Paillé, porte-parole du même Ump, affirme lui que « les minarets ne sont pas indispensables », enfin opère un distinguo relativement aux clochers qui eux, « sont un héritage historique. » Historique, mes fesses : des églises, des clochers, on en construit chaque mois en France, sans qu’ils n’aient rien d’historiques. Bref, cessons-là avec les Suisses, ça commence à bien faire. Nous ne sommes guère mieux lotis de ce côté-ci des Alpilles, et si un tel referendum devait se dérouler en France, le Front National ferait de belles économies en terme de campagne, puisque cette campagne, les sarkozystes s’en chargeraient (1).

 

     Choc des civilisations, clochers contre minarets, épisode second: l’Afghanistan. En début de semaine, on apprenait que le (laissez-moi rire) « prix Nobel de la paix», décidait de jeter dans la guerre 30 000 hommes supplémentaires. Une paille. « Je ne prends pas cette décision à la légère », précisa the Master of World. C’est bien le minimum. « La guerre n’est pas perdue ! », a cru bon d’ajouter notre Rambobama. Bien sûr qu’elle l’est, perdue, et Barack O. le sait, mais chut. Surtout, ne pas désespérer Wall Street, laquelle applaudi à deux mains ce si sympathique président, so cheap et top glamour, qui a plus que doublé, en un an, le nombre de militaires engagés en Afghanistan. Bush Obama, même combat ? Evidemment, vous croyiez quoi ?

 Faut vous dire, les amis, que la realpolitik —autre nom de l’enflurage de masse — a ses raisons que nous, pauvres bougres, ne pouvons qu’ignorer : aussi, et comme en douce, le Sarkozystan de base, américano-idolâtre, s’en va emboîtant le pas du puérile guerrier Obama demandant, de manière très officieuse, qu’on envoie en renfort, dans les montagnes d’Afghanistan, 1500 troufions bleu-blanc-rouge. « La demande est forte », minaude Kouchner —auquel, soi-dit au passage, on ne demandait rien puisque ça ne le regarde pas. De son côté Henri Guaino —le conseiller très spécial de not’président, et au salaire pareillement très spécial : là-dessus, on reviendra —, a estimé que « ça n’a pas de sens de dire d’emblée à tout non, non, non, jamais. » Dites oui oui, toujours, à Ze Younaïtid Staitss, les gars, léchez les éperons des cow-boys, et tant mieux si vous y laissez la viande de votre langue.

 

     Guaino, nous disions donc : Guaino. Henri de son prénom. Le Canard enchaîné a balancé l’autre mercredi le montant des émoluments de ce Mazarin postmoderne. Près de 300 000 euros annuels, pour pondre le discours de Dakar, la place est bonne, n’est-ce-pas? « Je vois dans cette divulgation une espèce de transparence totalitaire, mesquine », a taclé le Guaino. Sacré bonhomme, ah ah, qui jamais n’hésitera à dénoncer ce « fascisme qui vient », dès lors qu’est mis en cause le chiffre en bas, sur sa fiche de paie. Au fait, qui paie Henri ? Bin toi René, comme il se doit. De même que tu rémunères les conseillers même pas spéciaux des ministères, dont le nombre a augmenté de 17 % cette année, et les salaires de 12. De quoi René, tu dis quoi ? C’est pas la crise pour tout le monde ? Soit pas totalitaire dans ta transparence, René, ni mesquin, s’il-te-plaît ! Tiens, prend donc exemple sur Raoult, le doucereux député qui, après avoir réclamé un devoir de réserve de la part des écrivains, tente de se racheter une virginité en prenant la défense de Fadela Amara, cette gourde. Parait qu’elle serait plus proche de la porte de sortie que de l’augmentation, la secrétaire d’Etat à on sait même plus quoi. Raoult, lui, « souhaite que Fadela reste, parce c’est une chic fille. » Tiens tiens. Et Boutin, c’était du boudin ?  

 

     Tandis que ces tristes drilles s’envoient des fleurs, s’offrent mutuellement le café et le pousse-café tout en se foutant de notre gueule, la Terre est convoquée, manu militari, dans le Grand Nord, à Copenhague. Malgré le froid, les baltringues qui nous servent de Gps politiques — entendez : sans boussole aucune — n’hésiterons pas à s’en payer une bonne tranche sur le dos de qui ? Bah de René, encore lui. Rasmussen, premier ministre, a, si on peut dire, ouvert le bal : « la planète place ses espoirs en vous pendant un court temps. » Très court, le temps, oui. Elle dit quoi la planète ? Elle dit rien la vilaine, et surtout pas merci.

 

                                                                                     Frédo Ladrisse.         

 

(1)    Note à l’usage du gars qui ici-même posta, la semaine dernière, un commentaire m’accusant de, je cite « bouffer du curé mais lécher de l’imam » : si tu confonds, mon gars la lutte contre les religions et l’islamophobisme —au point de tomber, pieds et poings liés, dans le piège pourtant grossier tendu par les nazillons suisses —, au final c’est ton problème, et je m’en bats les plumes. Mais pour ce qui est de lécher ça va être plus difficile : si tu la lisais de plus près tu saurais que l’autruche est totalement dépourvue de langue. A bon entendeur : merde.      

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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 00:12

Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Un certain Frédéric, sur Tf1, témoigne : « franchement, j’y croyais plus. » Nouveau gagnant du loto foot, le Frédéric ? Mieux : le gars a décroché un job ! En voix off, ça explique qu’ « il y a trois jours encore, Frédéric était au chômage. » Diantre. Qui rendit possible ce miracle par temps de criiiise mondiaaaale ? «Grâce au site de Tf1, il vient de trouver un emploi. » Nous voilà bien. C’est maintenant la téloche qui fait office de bureau de placement. Même Pole Emploi s’y met, qui sponsorise, sur France4, une émission daubante dont le titre apparaît comme pur foutage de tronche, « je commence demain. » Ce soir-là, on tire le portrait d’un type, un autre de ces Frédéric, lequel, donc, commence demain autrement dit le jour où, jadis, on rasait gratis. Son job : serveur, dans la restauration de masse. Payé au Smic, naturellement. Je sais, ça fait planer, mais on a pas tardé à rejoindre la terre ferme: le jour où l’autruche découvrait ces télévisuelles galéjades, tombaient également les chiffres du chômage. +25 % d’inscriptions, sur un an. Rien que pour le mois d’octobre, 52000 chômeurs de plus. Pas de quoi pavoiser, d’autant que, selon certains, les chiffres seraient tronqués (ah oui ?), qu’au lieu des 3,7 millions de demandeurs d’emploi officiels, on s’approcherait des 5 millions. Même Benoît Hamon, le très glabre et poli porte-parole du Ps, parle de « manipulations des statistiques » et va jusqu’à traiter de « canaille » le directeur de Pole Emploi. Canaille ? Euphémisme, quand tu nous tiens…


      Du point-de-vue d’un exécutif qui n’a jamais aussi bien mérité son nom, peu importe, au final, la bataille des chiffres et ce qu’elle dissimule de misère, de dégringolade sociale, de fins de droits et mises à la rue. Ce qui compte, les enfants, c’est notre com-pé-ti-ti-vi-té ! Sarkozy l’a rappelé, qui refuse de revenir sur le bouclier fiscal ou sur la baisse de la Tva dans la restauration, « parce que la compétitivité de la France ne le supporterait pas. » Par ailleurs Marcel, le patron du Gai Narvalo, ne le supporterait pas non plus, lui qui, de derrière son comptoir, n’en finit pas de vanter les mérites de not’président. Ça, en période électorale, en termes de soutien c’est proprement inestimable.

    
      C
ompétitivité, donc, qu’ils disent. On serait curieux d’entendre s’exprimer à ce sujet les quelques 6000 travailleurs sans-papiers et en grève depuis la mi-octobre. Mais voilà, c’est pas très souvent qu’on leur tend le micro. L’autre jour cependant, dans l’émission de Mermet, un de ces sacrés veinards ayant obtenu aux forceps une pauvre carte de séjour d’un an, expliquait qu’il allait pouvoir « passer de la lumière à l’ombre. » Comme la journaliste s’étonnait, prenait ça pour un contresens, une inversion des termes, le type a précisé. Il bosse sur les chantiers or, sur les chantiers, quand le soleil tape, les ouvriers sans-pap’ sont envoyés en pleine chaleur, et n’ont que rarement droit à l’ombre.


     Q
uoiqu’il en soit, grâce à Besson et à sa « circulaire sur l’intégration par le travail », quelques centaines d’entres ces grévistes seront peut-être régularisés. Encore les critères en sont-ils à ce point drastiques que ce n’est même pas sûr. Seuls ceux étant présents en France depuis plus de cinq ans, travaillant depuis plus d’un an dans la même entreprise et pouvant faire preuve de leur « capacités d’intégration », pourront y prétendre. Capacités d’intégration : une formule vague, floue à souhait, qui autorise le traitement subjectif de chaque cas. Quand le quota sera atteint, intégration ou pas, les candidats pourront toujours aller se faire voir au soleil.

 

      Au reste, le père Besson a d’autres chats à fouetter que ces pauvres hères de sans-pap’, lesquels votent même pas, c’est dire. Un flic, par contre, ça vote. Et un  raciste aussi.  Se mêlant de ce qui ne le regarde pas, Besson soigne la police, prend, cette semaine, sa défense. Répondant à Anyss Arbib, un citoyen pris à parti par une clique de Crs sur le mode « dégage, sale Arabe ! » — cet étudiant de Sciences-po eut ensuite l’audace d’aller le raconter aux médias —, le ministre des bessonades a rappelé  qu’ « on ne peut pas accuser la police sans preuve. » Certes. Et avec des preuves ? Pareil, on peut pas, et pourquoi ? Parce que c’est pas bien. D’ailleurs, on pourra de moins en moins : Hortefeux-à-volonté, ministre de la poulaille, annonce qu’il compte non plus seulement « muscler la nouvelle loi sur la sécurité intérieure, mais la bodybuilder. » Musclor est dans la place, à moins que ce ne soit Monsieur Propre ? Plus loin, il précise, d’un air entendu : « c’est comme ça que l’opinion et puis les personnes concernées comprennent ce qui peut se produire. » Ne nous y trompons pas : les personnes concernées, c’est toi, c’est moi, c’est nous.

    
     Tous concernés, pareillement, par le H1n1 et sa toute dernière mutation au doux nom de 222. Après avoir boudé les gymnases qui sentent la chaussette, le Français de base les prend d’assaut. Cela, c’était tellement prévisible que même l’autruche le voyait venir. Pareillement, comme de bien entendu, c’est le bordel intégral. Face à l’affluence impliquant une difficulté à se faire piquouzer devant certains centres ça éructe, ça se houspille, voir ça se bat à mains (pour l’instant) nues. Pas de panique, les gens ! Appelée en renfort, l’armée va, par la voie de son service de santé, venir prêter main forte au personnel médical. Se faire piquer par un gradé sentant la Gauloise et l’alcool? Pouah… Plutôt le virus que la variole !

 

     Une autre variole a, semble-t-il, envahi ce dimanche la riante Helvétie. Au référendum proposé par  l’extrême-droitiste UDC, et dont l’unique question était « êtes-vous opposés à la construction de nouveaux minarets sur le territoire de la Confédération ? », les Suisses ont voté massivement, et ont répondu oui, à plus de 57%. Nombre de minarets érigés à l’heure où nous parlons, en Suisse ? Quatre. Waou, ça fout la trouille ! On s’attend à ce qu’une prochaine consultation exige leur destruction. Par la même occasion, ces racistes de Suisses se prononceront pour l’expulsion de toutes celles et ceux qui ne savent pas yodler correct, ne s’appellent pas Heïdi ou Adolf, ne portent ni tresses, ni culottes en peau de cochon. En attendant, l’autruche songe à des amis d’outre-Alpes, qui doivent ce soir crouler sous le poids de la honte, hein, Doris, Bern, Bienne ? Mais aussi, s’associe pleinement à la vision de Didier Wampas, lequel, dans le pur morceau baptisé I hate Switzerland, voyait des renards traverser la bourgade de Lausanne. Les renards, ce soir, sont devenus des loups. Ils nous comptent, nous, piteux moutons.     

 

                                                                                                    Frédo Ladrisse. 
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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 23:07

Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Mariages gris, kézako ? Bessonnante expression que le ministre de la carte d’identité nationale utilise désormais pour évoquer ces « mariages de complaisance conclus lorsque l’un des deux époux est sincère, et est trompé par l’autre. »     S’agit-il d’adultère ? Nenni ! « L’escroquerie sentimentale » dénoncée par Besson consiste, pour l’escroc, à abuser l’autre dans sa « confiance amoureuse », au seul but d’obtenir la nationalité française. Quelle infamie! D’autant qu’ils seraient légions, ces mariages en demi-amour. Très nombreux, c’est-à-dire ? Vite, des chiffres, des statistiques ! Et le ministre de créer un groupe de travail, en vue de proposer, à terme, une nouvelle loi. Inutile de souligner qu’on nage là en plein délire xénophobonationaliste, mais un délire non-gratuit, en partie maîtrisé, s’intégrant à merveille dans l’actuelle stratégie de récupération/recyclage des thèses de l’extrême-droite, et par la-même de ses électeurs. Besson s’en va donc créer une machine à mesurer l’amour, une sorte d’échelle du sentiment aux critères douteux. Les couples mixtes ont intérêt à ne plus oublier de fêter la Saint-Valentin et, s’ils croisent les flics, à se rouler un gros patin.

     Pendant ce temps, c’est à Camus que Sarko roule des pelles. Cette semaine, il lui a déclaré sa flamme avec un bel entrain. Mais ce n’est pas dans son lit qu’il entend coucher l’écrivain, c’est au Panthéon, carrément,  entre Sadi Carnot et Jean Monnet, beuark ! « Ce serait un symbole extraordinaire de faire entrer Albert Camus au Panthéon », s’excite l’agité de l’Elysée. En terme de symbole, il est clair que ça se poserait là. Symbole de cette manie furieuse de la récup’ à tout va, symbole de l’ignominie consistant à instrumentaliser un mort, tout en niant honteusement ce qu’il fut de son vivant, ses engagements, ses choix, ses prises de position. Le chantre des « bienfaits de la colonisation » oserait donc panthéoniser l’homme de la Révolte ? L’affaire n’est pas entendue, car elle suppose l’accord des descendants de l’écrivain. Si Catherine Camus, sa fille, affirme ne pas avoir d’opinion tranchée sur la question, elle rappelle non sans humour que son père « était claustrophobe, et n’aimait pas les grands honneurs. » (Camus avait ainsi refusé la légion du même nom.) Quant à son fils, Jean Camus, il s’y oppose catégoriquement, puisqu’il s’agirait pour lui d’une « récupération », doublée d’un « contresens. » On ne saurait mieux dire. La Présidentielle Volonté d’agréger et dissoudre en son Sinistre Règne les mannes de ce qui fut naguère une gauche de combat, trouvera-t-elle ici ses limites ? Pour l’heure, rien n’est certain. Nom d’un Bakounine, quel suspense!


     Camus au Panthéon, qu’en pense le parti socialiste ? Rien, il n’en pense rien, il n’a pas le temps de penser, tout occupé qu’il est — comme on dit d’un pays en guerre — à se boxer la face. Peillon versus Royal, on ne compte plus les rounds, mais le combat n’est pas achevé. Dixit sainte Ségo : « ceux qui pensent pouvoir m’abîmer aux régionales en seront pour leurs frais. » Qu’on se le dise… Et Peillon de commenter, avec un tact emprunt de (relative) fraternitude : « on est en psychiatrie lourde, là. » Folle du Poitou, la Royal ? Pensez-vous ! « Les gens se ressoudent de façon inimaginable. Dimanche dernier, tous les élus étaient autour de moi. » Habillés de blouses blanches et armés de solides piquouzes ? Moquerie facile, je vous le concède, inutile de trop tirer sur l’ambulance, d’autant que les Urgences psy, ces temps-ci, sont bien débordées. Ainsi, Delanoë  envisage de retirer la plainte de la mairie de Paris à l’égard de Chirac. Et comment se justifie une si soudaine mansuétude ? Parce que Monsieur le Maire « n’en veut pas particulièrement à l’ancien président. » Ah bon, d’accord. Ça se passe comme ça, alors ? Oui.


     Un que les bastons socialos et autres buzz à deux balles arrange, c’est le gros Raoult, Eric. Du coup, on entend plus parler de son « devoir de réserve » appliqué aux artistes. Ça reviendra, soyez-en certains. Mais pour l’heure le Raoult d’égout se contente de se répandre en lamentations : « J’ai eu l’impression, la semaine dernière, que la peine de mort avait été rétablie pour moi. » Fallait l’oser, celle-là.  Plus loin, le bonhomme se révèle tel qu’en lui-même, et sans s’apercevoir de la censurante lourdeur de ses propos au français approximatif: « j’ai eu l’impression que tout le monde peut dire ce que l’on veut. » C’est ce qu’on appelle aussi liberté d’expression, autrement dit le cauchemar…


     La liberté, à l’étranger, ne se porte guère mieux. On vient d’apprendre qu’Obama avait une nouvelle fois repoussé la date de fermeture du bagne de Guantanamo. Prévue pour janvier prochain, elle n’aura finalement lieu qu’en… Bin on en sait rien, le prix Nobel de la paix s’étant bien gardé, cette fois, d’avancer un délai. Tout juste a-t-il indiqué que « cela dépendra de la coopération avec le congrès. » Nous voilà bien avancé. A deux encablures de Washington, du côté de Rio, la cour suprême du Brésil s’est prononcée en faveur de l’extradition de Cesare Battisti. A Lula, désormais, de donner son accord, ce qui, selon Ignazio La Russa, ministre italien de la défense, ne serait « qu’une simple formalité. »  On craint que, sur ce coup, le gars ne se trompe guère.  Que Battisti, en grève de la faim, ait d’emblée prévenu qu’il ne « retournera pas vivant dans son pays natal », risque peu d’influer sur la décision de Lula lequel, après quelques rodomontades de circonstances, se pliera, comme d’habitude, au diktat de la realpolitik.


     Retour aux Etats Unis, à New York plus exactement, où, à ce qu’il paraît, la liberté éclaire le monde. Alors il serait temps qu’elle change les piles de sa lampe torche, parce que le faisceau faiblit : dans les couloirs de l’Onu, il s’en trame de sévères, qu’on risque de devoir avaler même si ça ne pourra que nous rester en travers de la gorge. L’OCI, l’organisation de la conférence islamique, y mène un lobbying furieux afin que soit reconnue, par exemple sous la forme d’un traité international, l’accusation de blasphème, voir d’insulte envers les religions. Un document propose d’interdire ainsi « toute insulte à ce qui est tenu pour sacré par la religion » — comme on voit, l’éventail est large —, et l’OCI déclare juger que « l’attaque des croyances sacrées et la diffamation des religions, des symboles religieux, des personnalités et des dogmes, contrarie la jouissance des Droits de l’Homme des adeptes de ces religions. » Invoquer les droits de l’Homme pour s’en prendre au blasphème: ou comment combattre l’ennemi avec ses propres armes. On précisera, au passage, que la joyeuse bande de l’OCI compte pas moins de 56 pays, au premier rang desquels de riantes prairies telles que le Pakistan, l’Iran, les Emirats arabes unis, la Tunisie et autres défenseurs acharnés des droits de l’Homme.   Non contents d’appliquer, chez eux, la condamnation pour blasphème, ils tentent désormais de l’imposer à l’ensemble de la planète. C’était notre rubrique « moi, les croyants ne me gênent pas, du moment qu’ils m’emmerdent pas », et autres fadaises de concierge sur « la religion, sphère privée, et gnagnagna. » Le but des engoupillonnés et autres enturbannés a été, restera toujours, de nous contraindre et de nous soumettre. A l’image de leurs dieux, qu’ils aillent se faire foutre.

 

                                                                                          Frédo Ladrisse.

 

ps : comme, en compagnie de Besson, nous parlions tout à l’heure d’amour, l’autruche ne saurait trop vous conseiller la lecture du dernier petit livre d’Alain Badiou, fort à propos intitulé « éloge de l’amour » (Flammarion, 94 pages, 16 euros). On y apprend, par exemple, que l’amour peut être considéré comme « un communisme minimum. » Peu de chances, donc, que Besson le lise.             
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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 22:09

Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Pas de doute, dans ce pays, la démocratie est en marche. J’en veux pour preuve que Patrick Sébastien lui-même, maître de cérémonie du Petit Bonhomme en Mousse et d’On Fait Tourner les Serviettes, va d’ici peu créer son propre parti politique. Plaisanterie, pensez-vous ? « Coluche avait commencé comme une farce [sic], puis s’est pris au sérieux. Moi, ce n’est pas une farce », prévient l’amuseur public. En terme de programme, le garçon dit tout haut ce qu’il pense avec force gueule, sur nos écrans depuis vingt ans : « mon côté clown, beauf, j’ai pas envie de les renier. Moi, j’ai les qualités et les défauts du peuple. » On relèvera, au passage, en quels termes le futur candidat à la présidentielle du plus grand cabaret du monde, nomme ce qu’il appelle « le peuple » sans, bien entendu, le connaître. Beauf et clown, le peuple ? Autant de propos qui méritent, dès que nous en aurons l’occasion, de botter les fesses du bouffon. Gare, cependant, car d’ici peu nous seront révélées ses visions : « je vais, dans les mois qui viennent, écrire un manifeste idéologique. » Sic de chez sic. N’y-a-t-il personne autour de lui pour signifier à Sébastien qu’un pareil manifeste implique d’avoir des idées, pas seulement une équipe de nègres ? Mais qu’importe, au final, ce que nous pondra ce faisan. Nous sommes rendu si bas, en terme de détestation de tout ce qui peut s’approcher de l’idée de culture, que le petit bonhomme, fusse-t-il ou non en mousse, peut correctement faire office de programme politique. Je serai Frédéric Mitterrand, je tremblerai pour mon poste. Patrick Sébastien ministre de la culture : une certaine logique serait, ici, respectée.

     Quittons le monde des bouffons pour celui des bretteurs de foire, à moins que ce ne soit l’inverse. Vincent Peillon l’aurait mauvaise, qui s’est vu, ce weekend à Dijon, gâté sa fêfête à Neuneu.  Ségolène Royal, pas invitée par son copain, a joué sa fée Carabosse. Elle s’est pointée, la bossue, et, pas avare de mauvais sorts, a promis le pire à ceux censés être encore ses camarades. Aussi a-t-elle menacé : « à tous ceux qui ont lancé une campagne sur ma solitude, qu’ils sachent bien que les seuls qui sont [re-re-sic] experts ès solitude, ce sont les militants et les électeurs. » Fichtre ! Plus loin, elle se lâche et tonne : « je n’ai pas fait vingt-cinq ans de vie politique pour me réfréner ! » Oui, on l’aura compris, la réfrénitude chez Ségo n’est pas à l’ordre du jour. Peillon, pour sa part, complètement dépassé, a lancé tout de go : « si nous avions été deux hommes, je crois qu’on en serait venu aux mains. » Fraternitude, camarade ! Il a ensuite précisé, comme si nous ne nous en doutions pas, que la présence de Ségolène « n’était pas désirée. » Ah, le désir… Pas partagé, visiblement, par la maîtresse-femme qui sommeille en Royal, et qui rétorqua : « c’est un avertissement. Vincent a commis une faute qui ne doit pas se reproduire. » Woua, elle plaisante pas, Cruella ! Plus tard, dans la journée, la Dame Blanche fit le choix de renouer avec ses habituelles tonalités messianiques, coups de fouet et, ensuite, distribution d’hosties, en vérité je vous le dis : « que tout le monde revienne dans le troupeau », lança la bergère socialo, avant de connement préciser « au sens positif du terme. » C’était un peu tard, et, en matière de rattrapage aux branches, totalement raté. D’autant que sainte Ségo  conclu sans faillir «chaque fois que j’estimerai ma présence nécessaire, je viendrai parmi les miens. » Amen. Et qu’il est grand le mystère de la Foi en le parti socialiste, hein. Au point que Pierre Bergé, pourtant mécène notoire de la tendance ségoléniste, a lâché devant le merdier samedi à Dijon : « elle est là, c’est bien, elle n’est pas là c’est pareil. » A un moment j’ai cru qu’il parlait de ma mère. « Je reviens travailler dans mon courant », a répondu Royal. Preuve que ce n’est pas ma mère, mais un genre de saumon pâle, malade, en quête de ses œufs anadromes.
   

     Cessons-là, voulez-vous ? Laissons les guignolos et autres guignolettes se trémousser sous les castelets, et préoccupons-nous des vrais personnes, voulez-vous ? Tiens, Toni Musolin, le héros de toute une nation n’aimant rien tant que les renards. Il vient de se rendre, apprends-je. Dommageable petit coup de mou chez le convoyeur de fonds ayant endormi onze millions ? Peut nous chaut, au demeurant, son sort, mais on lui saura grée d’avoir fourni l’occasion à Brice Hortefeux-de-Bengale, ci-devant ministre des keufs, d’une sortie mémorable : « cette arrestation prouve qu’en France, il n’y a pas de Robin des Bois. » Eh non, mais par contre, que de shérifs… Et d’ajouter, péremptoirement : « la preuve est faite qu’en France, pour gagner plus, la solution n’est pas de voler mais de travailler plus. » On a retrouvé le monsieur Plus des pubs de ma jeunesse ! Il dort désormais place Beauvau… Dans le registre des hommes les plus recherchés du royaume, il ne reste plus que Treiber, lequel court les bois depuis trois mois sans pourtant jouer les Robin. Hortefeux-à-volonté : « pareillement, j’ai la conviction qu’il sera arrêté dans les jours qui viennent. » Oui oui, les convictions, c’est comme l’espoir hein, ça fait vivre.

     Vivre, ou faire comme si : ennemi public number one ou petit shiteux de cité, c’est dans la même tôle qu’ils devront s’y essayer. Des tôles soumises au régime de la « gestion mixte », mi-publique mi-privée, laquelle fête ses vingt-et-un cette année. C’est dire si, de gauche comme de droite, tous les gouvernements ont laissé les Bouygues, Sodexo, Eiffage et autres méga boîtes investir dans le commerce de la geôle. Faut croire que ce bizness est assez lucratif. De nos jours, des entrepreneurs privés qui ont assuré le financement, la construction puis l’exploitation de la prison, touchent en retour, de la part de l’Etat, des loyers qui sont de l’ordre de soixante euros par jour et par détenu. Rentable, non ? Dès lors, point besoin de se demander qui a grand intérêt à bourrer les cellules. Mais comme on peut toujours faire mieux, Bouygues vient de se voir attribuer le marché relatif à trois nouvelle prisons, censées être livrées l’année prochaine, clefs en main si on ose dire. La nouveauté : l’entreprise gérera cette fois tous les « services à la  personne », autrement dit la restauration, le transport des détenus, l’accueil des familles, le travail pénitentiaire,… lequel, comme on sait, est un marché fort lucratif. Une bonne nouvelle, cependant, émerge du sordide galimatias de la privatisation des tôles : certaines, bâties par ces philanthropiques entreprises, se révèlent si mal foutues que même un Patrick Sébastien sous traitement morphinique finirait par s’en évader. A Corbas, dans le Rhône, la jolie prison toute neuve connait quelques dysfonctionnements : des grilles qui, par exemple, s’ouvrent de façon intempestives plusieurs fois par jour… Si, comme le prétend Hortefeux, « il n’y a pas de Robin des Bois en France », il nous reste, fort heureusement, quelques Géo Trouvetou aux neurones grillées. Pourvu que, d’ici peu, ceux-là conçoivent également  les plans des futurs commissariats.

 

                                                                                    Frédo Ladrisse.
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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 17:30

Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Il y était, bien sûr. Avec ses petites pognes, il a fait tomber le mur de Berlin. De même, le premier homme sur la lune, c’était lui. Et qui a découvert l’Amérique, Christophe Colomb, dites-vous ? Que nenni ! Nous savons désormais que SuperSarko tenait la barre. Sur sa page Facebook —initiée, selon les mauvaises langues, par sa compagne du moment —, rien n’est dit cependant de sa présence à Austerlitz ou sur le site d’Alesia, aux côtés de Vercingétorix. Ça viendra. Pour l’heure, on y apprend seulement que, le 9 novembre 89, Sarkozy était à Berlin, « en train de donner quelques coups de pioche dans le mur. » On imagine que ces coups furent assez vigoureux pour être fatals au Bloc de l’Est et, pendant qu’on y est, au communisme mondial. Pourtant, dans la semaine, les grognons de l’internet —lesquels, décidemment, ne manquent jamais une occasion de gâter la fête à chouchou— eurent l’audace de remettre en question la Présidentielle Présence, à Berlin, ce jour-là. Non, y était pas, dirent certains. Immédiatement les petits soldats du Sarkozystan réuni montèrent en première ligne, et on ne comptait plus les membres du défunt Rpr jurant, main sur le cœur, avoir croisé leur maître au pied du mur, ce fameux 9 novembre. Puis, le fantasme élyséen s’effilochant de jour en jour, certains furent contraints de mettre un peu d’eau dans leur schnaps. Juppé, censé avoir fait le voyage avec Sarko il y a vingt ans, précisait, si on peu dire : «j’étais à Berlin le 9 au soir —ou quelques jours plus tard, ma mémoire est imprécise sur la date exacte. » Quand l’Alzheimer précoce sert de faux-fuyant… Alors, quoi, y était-il, Sarko? En réalité, on s’en tape. On relèvera juste en passant cette tentation assumée de réécriture de l’Histoire, fut-elle toute autobiographique, tentation qui souligne et signe, si besoin en était, le caractère psychopathologiquopétainiste du petit Nicolas.

     De l’anniversaire de la chute du mur, l’autruche regrette qu’il ne renvoie pas à la chute de cet autre mur, le capitalisme, dont il faudra attendre encore avant que de la célébrer. Aussi conserve-t-elle le souvenir de cette Une de La grosse Bertha, substitut eighties du pas encore ressuscité Charlie Hebdo : on y voyait Giscard, Chirac, Le Pen, danser bras dessus-bras dessous sur une statue de Lénine, mise à bas. Légende : « ces têtes de cons nous gâchent notre joie. » C’était signé Cabu, et ça résumait parfaitement mon sentiment d’alors. Depuis, Cabu a faibli. Au point qu’il n’est pas exagéré de dire que cette Une était son dernier grand dessin.


     Une tendance, que dis-je : une ligne philosophique, se dessine donc de jour en jour, accréditant l’idée d’une accélération en matière de néopétainisme. Cette tendance, Eric Raoult l’illustra parfaitement, en début de semaine. Député de la Seine-Saint-Denis, il goûta moyennement la remise du prix Goncourt à l’écrivaine Marie NDiaye qui, malgré ce que pourrait laisser entendre son patronyme, est née à Pithiviers. C’est dire si elle est Française, comme vous et moi, enfin… surtout comme vous. Mais pour Eric Raoult, il ne suffit pas d’être Français, il faut également faire preuve de respect, c’est-à-dire plier l’échine. Aussi dénonça-t-il, de la part de la lauréate, « des propos d’une rare violence, peu respectueux, voire insultants. » Diantre, qu’avait-elle  osé dire ? Qu’elle trouvait « monstrueuse » la France de Sarkozy, qu’elle ne supportait plus cette « atmosphère de flicage et de vulgarité. » C’est de l’ordre du constat, ça, c’est objectif, non ? On appréciera par ailleurs, de la part de Marie NDiaye, cette qualité devenue rare et qui consiste à joindre le geste à la parole : en 2007, après l’élection de Sarko, elle a déménagé, quitté la France, et s’est installée à… Berlin. N’empêche, pour Raoult, « une personnalité qui défend les couleurs littéraires de la France se doit de faire preuve d’un certain respect à l’égard de nos institutions. » Voilà donc lancé le concept aberrant de devoir de réserve, à l’égard des créateurs. Mais où a-t-il vu, Raoult, que le lauréat d’un prix était tenu de défendre les couleurs de la France ? Celles de son éditeur, certes, et les siennes propres, évidemment, mais au-delà ? Que l’on sache, le prix Goncourt a pour principal objectif de vendre du papier, pas de planter des cocardes au sommet des piles de bouquins ! Peu importe, Raoult en rajoute une couche: « le message délivré par les lauréats se doit de respecter l’image de notre pays. » Si c’est pas du joli Maréchal nous voilà, ça… « Je demande à Marie NDiaye d’être moins militante », ose-t-il, pour finir. On conseillera au député de créer, de sa propre initiative, un prix littéraire spécifique, répondant par exemple au doux nom de Prix Robert Brasillach pour la Défense de la Littérature Nationalisto-Franchouillarde. Ça vous aurait une de ces gueules…

 

     Autre exemple du fougueux glissement vers un nationalisme bêlant ? Le débat sur l’identité nationale, bien sûr, cette espèce de bidule initié par Eric Besson. Des débats, un site web, le tout bâti à la hâte. Mais pourquoi jouer la carte de la précipitation, sur cette question jugée centrale par nos apparatchiks de droite ? Pour éviter, justement, que le débat n’ait réellement lieu, pour parer à toute tentative d’approfondissement du problème. Si tel était le cas, on devinerait bien vite que, de problème, il n’y a pas, que peu d’entre nous se soucient de savoir ce que signifie être Français aujourd’hui, tant la dimension nationale de notre identité est totalement dépassée, renvoyée aux poubelles de l’Histoire. On en organisera pas moins, un peu partout dans le pays, des débats, des causeries, autant de défilés de SuperDupont de canton, de Marcels et de bérets basques. Déjà, le Front National s’engouffre dans la brèche, ouvre un site web parallèle, à destination, certainement, des Derniers Vrais Français. Déjà, Claude Greff, député Ump, promet d’organiser dans sa circonscription des réunions avec « les parents d’élèves, les jeunes, et les anciens combattants. » Y’a pas à dire, ça promet. Mais pendant qu’on y est, pourquoi ne pas imaginer que ces rencontres aient lieu dans la cour de la gendarmerie la plus proche de votre domicile, avec, en préambule,  entonnement obligatoire des 12 couplets de La Marseillaise ? Bref, on surnage comme on peut en plein délire nationaliste, frôlant par moment l’ubuesque: la bibliographie mise en ligne sur le site officiel voit par exemple se côtoyer Victor Hugo et Luc Ferry… De même, les questionnaires auxquels les internautes sont invités à répondre, sentent le rance et la racaille milicienne en puissance. Exemples : « pourquoi la question de l’identité nationale génère-t-elle un malaise chez certains intellectuels ? » Aussi : « pourquoi accueillir des ressortissants étrangers ? » Là, nous est carrément proposée une série de réponses, allant de l’apport culturel aux emplois non pourvus…  Plus loin, cette perle de bêtise crasse : « est-il désormais impossible ou inutile de parler de nation, de patrie ? » On devine aisément comment, sur de telles questions, viendront se soulager tout ce que la France compte de xénophobes adipeux et autres graisseux lepénistes. Mais c’est un peu le but, non ? Si Besson, cornaqué par son seigneur et maître, entend mener tambour battant son national débat, n’est-ce pas un peu pour replacer le curseur politique à la droite de la droite ? C’est que les Régionales approchent. Et il ne s’agit pas que les électeurs frontistes, qui ont assuré le succès de Sarkozy en 2007, manquent cette fois à l’appel. Lamentable, dites-vous ?

 

                                                                                                 Frédo Ladrisse.

 

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1 novembre 2009 7 01 /11 /novembre /2009 22:29

Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Râles autruchiens en masse glavieuses, montant des bronches engoudronnées, ça crache, ça tousse, ça éructe, je l’ai eu, oui, me voilà grippo-dépucelé ! C’était la semaine dernière, et, du haut de mes 40 degrés j’étais foutrement alité. Grippe A dites-vous ? Même pas certain. En réalité les toubibs ne se donnent plus la peine de faire passer le test, de sorte que jamais vous ne saurez ce que vous avez vraiment choppé. Pas pratique mais, finalement, je m’en cogne un chouia. Le modèle en dessous, moins cher, la banale grippe de base m’a suffit, croyez- moi. Assez méchante comme ça.


     Méchante, au point de me tenir à l’écart des actualités, c’est tout dire. Incapable que j’étais de me concentrer sur rien, à peine ai-je jeté un œil à la presse qui m’était livrée au pied de mon lit de douleur par ma chérie, c’est re-tout dire — livrée, la presse, jusqu’au jour où ladite chérie s’enfiévra à son tour, et que la chambre se transforme en sanatorium minimal, aux couleurs du toussent ensemble, toussent ensemble, eurk, eurk ! Cependant, étalés aux Unes, les titres claquaient comme autant de délicieux coups de grisou, et rassérénaient mon vieux cœur : Chirac, renvoyé en correctionnelle, 18 mois avec sursis requis contre Villepin, Pasqua Charles condamné à un an de prison ferme… Qu’est-ce qui s’était passé tandis que je délirais sous les assauts viraux ? Quoi, la justice se réveillait et faisait enfin son travail ? Las ! A y regarder de plus près, il ne s’agissait une fois encore que de rodomontades et gesticulations de prétoire, destinées à  donner le change, à encourager la croyance populaire et bonasse en une justice qui, on ne sait par quel miracle, aurait cessé d’être de classe. Nous verrons, d’ici quelques mois, ce qui restera de ces bravades. M’est avis qu’avant que Chirac ne goûte à la paille des cachots, les autruches auront des molaires.


     Tout ce foin aura eu comme vertu, certes mineure, de réveiller l’ogre Pasqua. Ce n’est pas tant qu’il nous manquait, c’est plutôt qu’on le pensait politiquement mort. Dont acte. L’affreux bouge encore. « Vous croyez que j’ai peur ? », brame Shrek. En vérité le bonhomme exhibe ses crocs burinés au Ricard on the rock mais il ne mord plus guère et : oui, tout laisse à penser qu’il a peur. Pourquoi, sinon, se répandre ainsi, tonner, menacer et gémir ? « Je m’emmerde un peu d’habitude, alors, quand on m’agresse ça me réveille », plaisante Fernand-des-Hauts-de-Seine. Au-delà de la galéjade, perce néanmoins, chez le parrain, une fébrilité certaine. « Vous savez comme moi que les gens sont méchants », geint-il. Méchants avec Fernand, oui, pour la simple et bonne raison que Fernand ne représente plus rien.   


     Et Chirac, me direz-vous ? Silence radio du grand Jacques, qu’on imagine cependant pour le moins accablé. La vieillesse a beau être le naufrage que l’on sait, certains de nos gâteux rechignent à sombrer corps et bien en les eaux saumâtres et cradingues de la corruption avérée. Chirac, est assurément de ceux-là. Son orgueil est comme son foie : passablement atteint. Mais, aux pasquaïennes pitreries, il préférera  toujours l’absence de réaction. Parce que ça vous campe un bonhomme, parce qu’il n’aime rien tant que faire un peu son De Gaulle, le Jacques. Une stratégie de défense qui risque malgré tout, dès la première convocation devant le premier tribunal, de faire, comment dit-on ? Ah oui… Pschiiiit.


     De Villepin, pour sa part, est content. Quasi condamné, mais content. Il pense même se présenter aux présidentielles de 2012, en tant qu’«alternative républicaine. » Hi hi. Quitte à ricaner de plus belle, conseillons-lui de faire un stage chez son pote Ben Ali, lequel s’y connait en matière de suffrage. Réélu pour un cinquième mandat avec le score brejnévien de 89,62 %, le patron de la Tunisie s’est vu « félicité pour sa victoire », et « assuré d’un total soutien » par Sarkozy himself. Un modèle, pas de doute, ce Ben. Reste à savoir pour qui. Mais en attendant de, peut-être, et pour la première fois de sa petite vie, se présenter aux élections, Galouzeau de Villepin s’occupe en pondant des bouquins. Puis, à l’instar de tout ceux qui comptent ou espèrent bien compter un jour, il s’est mis en tête, le petit homme, de sauver la planète. « L’écologie me préoccupe. D’ailleurs, ces derniers mois, j’ai écrit un livre qui raconte l’histoire d’un arbre. » Waow, vite, son titre ! Des racines et des glands ?


     Chut chut, ce n’est pas le moment de dire du mal du végétal ! Sarkozy, encore lui, a redécouvert ses vertus et, enfourchant son grand dada de pétainophile impénitent, s’en va défendre le Sol, valeur ultime s’il en est. « Le mot terre a une signification française, et il ne me fait pas peur. » Oui, et ? Envolée à ce point obscure qu’on en est réduit à se dire que Sarko, désormais, écrit lui-même ses discours. Qu’importe, au demeurant, la terre, l’essentiel dans cette sotie n’est-il pas de nous rappeler que supersarko même pas peur ? Peur de rien, sans reproches aucuns, quand bien même selon l’aboyeur royal j’ai nommé Frédéric Lefèbvre, « le monde médiatique cherche par tous les moyens à détruire le président de la république. » Rien de moins. Jean-François Copé, pour sa part, sifflotant le même refrain, a vu ces derniers temps se dérouler dans les médias « des campagnes d’une violence absolument inouïe. » Pourquoi soudain ce cœur de pleureuses, léchouilleuses de talonnettes ? Parce que fut blackboulé  prince Jean ? Vous verrez qu’un jour ces gens-là, pour peu que leur héraut perde les élections, viendrons dénoncer la violence absolument inouïe des électeurs ayant cherché à le détruire. Par tous les moyens, s’il vous plaît. 


     Pour rester dans le registre du martyrologue appliqué au cloaque sarkopétainiste, écoutons Eric Besson expliquer le succès de sa politique de puant : « si il y a un pays où les thèses de l’extrême-droite ne relèvent pas la tête, c’est bien en France. Demandons-nous pourquoi. » C’est ça, oui, demandons le nous. D’autant que se le demander, c’est déjà y répondre. Si le Front National, pour ne parler que de lui, peut sembler ces temps-ci comme mis sous le boisseau, c’est précisément car ses thèses constituent l’ossature politique et philosophique du sarkozystan au pouvoir. Quoi, qu’est-ce qu’il y a, Besson ? « Moi aussi, je suis de sang-mêlé ! », beugle le ministre à l’intention de l’un de ses contradicteurs, d’origine maghrébine. Sang-mêlé… Comme en termes élégants le racisme ordinaire, en cet instant, s’exprime…

                                                                                             
                                                                                      Frédo Ladrisse.

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21 octobre 2009 3 21 /10 /octobre /2009 17:00

Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Cris et lamentations du côté de Poitiers, ville aux commerces « saccagés, au centre-ville  dévasté » par des hordes de Huns venus mener en la bourgade habituellement paisible « une véritable guérilla. »  Ça se déchaîne dans la presse, le téléphone rouge reliant les rédactions à la place Beauvau connait, les jours suivants, une surchauffe quasi historique. Tandis que France-Soir titre en Une sur « l’énigme anarchiste », cette, sic !, « mouvance floue très difficile à mesurer », pendant que Le Parisien se goberge de « violentes émeutes » à tout-va,  au ministère de l’Intérieur on se frotte les pognes et gamberge durement sur les bénéfices à tirer de cet inespéré raffut. C’est qu’on a, sous le coude, des dossiers à placer, et l’occasion est belle. Deux temps, quelques mouvements — dont celui d’Hortefeux-de-brousse accomplissant le pèlerinage sur le lieu du saccage —, la stratégie est arrêtée. Uno,  discours musclé, secundo mis aux fers immédiate et sans conditions de quelques glandus ramassés au petit bonheur la (mal) chance. Troisio, à la tribune, Hortefeux-de-paille claironnant que si les Arabes de la mouvance anarcho-autonomo-floue n’ont pas, comme nous y a habitué l’Histoire, été repoussés à Poitiers, c’est parce que la Police d’Etat a failli. Qu’elle n’a pas su prévenir l’invasion, par les fourbes, du bel hameau. Conclusion ? « Il faut qu’on progresse dans la recherche du renseignement. » Tu l’as dit bouffon. Conclusion de la conclusion : « Il y aura à l’avenir des bases de données plus précises. »


     Bases de données ! Le mot est lâché, les fous aussi. Ne dites plus « fichiers de police », dites « bases de données. » La novlangue, décidemment, tout comme la LQR si justement décrite par le compagnon Hazan (*), connaissent, en ces jours vert-de-gris, d’inattendus développements.  Quoi qu’il en soit, ni une ni deux : 8 jours après le saccage du centre-ville de Poitiers, paraît au Journal Officiel un décret instituant la création de deux nouvelles « bases de données. » C’était un dimanche matin, et dès potron-minet. C’était également le jour de la sainte Edwige.


     A celles et ceux qui y verraient comme un subtil rappel au soi-disant défunt fichier nommé Edvige l’an passé, à ces mal embouchés qui interpréteraient le choix de cette date  comme une nouvelle provocation, le ministère de l’Intérieur conseille d’aller se faire voir ailleurs. Vous vouliez pas d’Edvige ? La revoilà, mais en double. Elle a, c’est vrai, perdu en route quelques boulons tout à fait secondaires, tels que la mention des orientations sexuelles, mais elle y a gagné en efficacité et, pour tout dire, en profondeur. Ainsi, c’est maintenant dès 13 ans que les futurs Saccageurs et autres Allumeurs de Poubelles pourront être fichés, avant même d’avoir cessé de sucer l’oreille de leur doudou. Objectif : la « prévention des atteintes à la sécurité publique. »


      Prévenir, c’est punir un peu, aimait à répéter Goebbels. Aussi, nous ne ferons pas l’économie d’un rapprochement entre, d’une part, le fichage préventif des minots, d’autre part la volonté de les embastiller dès l’âge de 12 ans (projet de loi discuté au parlement cet hiver même.) On savait que la jeunesse apeurait les vieillards-rois de nos sociétés grabataires. On s’aperçoit qu’en plus elle fait trouillarder les gendarmes et autre petit caporal à maigres talonnettes.


     Et tandis que la France qui se lève tôt et qui se réveillera trop tard vomit la jeunesse, cette engeance, le petit commerce pictavien panse ses plaies et ses devantures, lesquelles ont résisté tout à fait glorieusement mais n’ont pu que tomber sous les assauts de la horde. Une horde, laquelle ? Quelques courageux journaleux osèrent alors s’aventurer dans Poitiers dévasté, véritable Grozny-en-Charente. Bah nan, qu’ils dirent, on a rien vu. Trois tags, une vitrine de banque, un abribus tout cassé. A part ça, rien, ici c’est calme. Vraiment pas de quoi se mettre Charles Martel en tête, ah ah ah. Dès lors, un doute nous étreint, qu’on osa à peine formuler. Qui étaient les « 200 casseurs » dont parlaient une flicaille incapable d’en choper un seul en flagrant délit, ce jour-là ? Qui a donné l’ordre d’investir, la nuit venue, le 23, lieu où devait se tenir un concert plus que pacifique, et d’y faire une razzia parmi les bénévoles, dont la plupart n’étaient même pas présents à la manif’ ? Qui a décidé d’imposer l’image de Poitiers, ville-martyre (je m’en gondole de rire), livrée aux autonomes ivres de violence et de vin ? Qui a laissé Alain Bauer expliquer sur Radio-Paris que « bien évidemment, il s’agissait de la même mouvance que celle représentée par le groupe de Tarnac, la mouvance qui lit « l’insurrection qui vient », le livre écrit par Coupat. » Alain Bauer, vous connaissez ? On y revient de suite. Auparavant, deux précisions : rien n’est jamais venu prouver que Julien Coupat soit l’auteur de « l’insurrection qui vient » —quand bien même il le serait… Par ailleurs, comment Bauer sait-il ce que lisent où ne lisent pas les petits agités de Poitiers ? Ce gars-là doit avoir ses propres fichiers, bien soignés…


     Ce gars-là, donc, Bauer : criminologue de haute volée, nommé par Sarkozy président de l’observatoire national de la délinquance, il l’a quitté en 2007 pour prendre la présidence de la commission nationale de la vidéosurveillance. Dans le tout petit monde de la criminologie, le garçon est connu pour ses statistiques douteuses, ses analyses contestables et diverses supercheries lui permettant de vendre sa camelote sécuritaire, en soufflant sur les braises. Il a par exemple publié un ouvrage traitant des banlieues, et joliment intitulé «la guerre ne fait que commencer. » Dans ce livre, il décrit les cités comme « des zones de non-droit  inaccessibles aux forces de l’ordre et grouillant d’armes de guerre »Bref, le Rambo qui dort en lui ne sommeille jamais que d’une oreille, et tout cela donne très envie d’être, par exemple, sa femme, son fils, sa concierge. N’empêche : au risque d’en surprendre quelques uns —mais sérieusement, ça m’étonnerait—, malgré cette accumulation de pathologies pathétiques ce gars-là, le Bauer, est très en odeur de sainteté auprès de sa Sérénissime bien que Talonnettante Altesse. On l’écoute fort, à l’Elysée. Et comme, là-bas, on est pas sourd, on s’est empressé de lui demander de mettre ses talents au service des nouvelles bases de données policières. « Il s’agit de fichiers de renseignements sur des personnes qui n’ont pas encore commis d’acte répréhensible, mais sont susceptibles de le faire », a expliqué Mad Bauer. A peine avais-je terminé de lui lire cette phrase hallucinée que la femme que j’aime s’exclamait : « Minority Report ! » Oui, c’est bien ça, en plein dedans même, qu’on y est. Ensuite, mon amoureuse se dégourdit légèrement le cortex en déclinant à pleins poumons différentes situations justifiant le fichage, exemple : j’entre dans le métro. Qui peut dire si je ne vais pas, dans un instant, frauder ? En un clic, l’affaire est réglé : en mai 1974, j’ai pris le bus à Pontoise sans avoir acheté de ticket, par ailleurs je suis syndicaliste et je reviens de Tizi Ouzou: embarquez-moi ça, vite !

  

     Moquez-vous, semble dire Bauer, rigolez, vous pouvez encore. N’empêche qu’on vous chie dans la bouche, on fait passer ce qu’on veut et le dimanche, encore ! Ça passera pas? Laissez-moi rire. Les Français sont des lâches, ils font tellement sous eux à propos de tout et de rien, de la crise, du chômage, du terrorisme de la main de ma sœur dans la culotte d’un cave qu’ils goberont tout, vous verrez. Bien sûr, que l’opinion est de notre côté ! « Personne ne comprendrait qu’on attende qu’un groupe extrémiste commette un attentat pour intervenir », dit Bauer. Et le pire est qu’il a raison. D’où l’urgente nécessité de ficher les mômes de 13 ans avant qu’ils ne dérobent une poignée de roudoudous.


                                                                                                Frédo Ladrisse.


(*) "LQR : la propagande du quotidien" Eric Hazan. Ed. La Fabrique 2006

     

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11 octobre 2009 7 11 /10 /octobre /2009 22:18

Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Obama, acceptant le prix Nobel de la paix avec « une profonde humilité. » C’est bien le minimum, pour le chef d’un pays en guerre. Qu’est-ce qui a bien pu se passer dans la tête des membres de l’Académie, mystère. Ils ne manquent pas, tout de même, les éventuels lauréats méritant le Nobel au moins autant que Barack. Paraît qu’il s’agissait surtout de l’encourager. Un prétexte qui, à coups sûrs, ira droit au cœur des centaines de milliers de GI’s engagés en Afghanistan, en Irak et ailleurs, et plus encore de leurs victimes. Il n’y a guère que Sarkozy, américanophile jusqu’à la maladie, pour penser que « ce prix consacre le retour de l’Amérique dans le cœur de tous les peuples du monde. » Tous, vraiment ?  

      Sarkozy, justement, parlons-en, mais du fifils, Jean. A 23 ans, ça plane pour lui. Le voilà bombardé à la tête de l’Epad qui gère le quartier de la Défense, et ses 2000 sièges sociaux. Autant dire, une manne. « L’hyperprésident nous a refilé le superfiston », ironise — sous couvert d’anonymat —un élu local Ump. Plus drolatique, plus rationnel aussi, Christophe Grébert, conseiller municipal Modem de Puteaux, vient de lancer une pétition invitant le jeune Jean à « reprendre ses études de droit et à faire quelques stages en entreprise. » Douterait-il des capacités gestionnaires du bambin ? Qu’il se rassure, ce dernier sera bien entouré, et on ne lui demandera pas grand-chose si ce n’est, évidemment, de passer un coup de fil à papa quand ce sera nécessaire. Le népotisme, dans les Hauts-de-Seine, vient de franchir un nouveau cap.

     Et si Jean Sarkozy suivait un stage au ministère de la culture ? Il paraît que les jeunes garçons y sont fortement appréciés… Non, décidemment non, l’autruche ne parvient pas à plaisanter à ce sujet, et ne suivra pas la cohorte des flingueurs mitterrandophobes, non par charité, ni même respect pour le ministre, mais par dégoût pour l’escalade moraliste dans laquelle se sont engagés les mollahs hygiénistes, de droite comme de gauche, et qui vient de connaître là un nouvel épisode. Ces Verteux se sont lâchés en meute comme on sait, pas tant contre un ministre, mais surtout contre un écrivain. Lequel se montra pitoyable, et d’une incroyable mollesse lorsqu’il tenta de se justifier alors que, justement, s’agissant de littérature, il n’avait pas à le faire. « Les citations tronquées, ce n’est pas bien. C’est même vraiment très mal », nous apprit-il ainsi. Du livre incriminé, Frédéric Mitterrand précisa que, pour lui, « c’est un tract, c’est-à-dire une manière de raconter [sa] vie. » Ah. Une certaine confusion semble régner dans son esprit, car de tract, ici, il ne saurait s’agir. Et l’intéressé de conclure « je n’ai jamais fait de mal à personne, dans ma vie... »  Bref, on imagine aisément les gloussements grailleux de la grosse Le Pen à l’origine de l’hallali, devant la pauvreté des arguments de Mitterrand. Certes, l’exercice consistant à devoir défendre ce qui n’a pas à l’être, est difficile, voir périlleux. Mais de cet exercice, l’auteur s’en est si mal sorti qu’il s’exposa plus encore  aux critiques de tous bords. Contraint de se débattre à hauteur de caniveau, Frédéric Mitterrand ne pouvait pas ne pas y croiser l’imbitable Vanneste, de l’Ump, homophobe notoire. Au sujet de la pratique du tourisme sexuel, reprochée à Mitterrand : « je me demande si quelqu’un qui a ce genre de comportement peut encore être ministre. » Et donc, et quand bien même le fait était avéré, où serait la contradiction ? Vanneste, grand casseur de pédés devant l’éternel-son-dieu, est bien, lui, député ! Jacques Myard, autre député, de la même bande : « c’est vraiment très grave, et c’est au président de la République d’en tirer toutes les conséquences. » Sans s’étonner plus que ça que se payer un Mitterrand soit devenu un sport couru chez les politicards toutes obédiences confondues, qu’il nous soit permis de relever la collusion des opinions qui, de Marine Le Pen au parti socialiste, à partir de la lecture de quelques lignes d’un livre, entend que soit prononcée la mise au ban de son auteur. Toute l’époque est là, comme signée, le retour au règne de l’interdit et à l’ordre moral se porte bien, merci, l’excommunication des Gide, Sade et autres Breton est en cours de réalisation, en avant pour de grands, de beaux, de sensuels autodafés ! Tandis qu’on brûlera Proust, qui eut le malheur d’aimer se réfugier à l’ombre des jeunes filles en fleur, d’autres hygiénistes chevronnés mettront toute leur énergie au service de la vaccination des masses, sous prétexte de H1N1. D’autres, simples piétons mais braves petits soldats de l’ordre hitlérosanitaire, s’emploieront à convaincre le peuple de l’urgence dans laquelle il se trouve de consommer au moins cinq fruits et légumes par jour, tout en mettant un point d’honneur à insulter ce délinquant, vraie graine de terroriste, ayant l’audace de s’allumer une clope sur le trottoir — c’est du vécu d’autruche, ça. Aucun lien, dites-vous ? Bien au contraire, tout se tient, et chaque fil de la toile idéologique dans laquelle nous nous débattons sans espoir, est lié à son ensemble.

     Mais fi des idées, même noires ! Les bonnes nouvelles, en cette semaine, pleuvent comme bombes à fragmentation dans le ciel d’Afghanistan ! Au hasard, l’impayable Darcos, ci-devant ministre du travail : le gars a décidé de s’attaquer au fléau de la souffrance au travail et à une de ses causes ultimes, le suicide. Cependant, selon lui, « c’est très difficile d’établir une nomenclature claire à ce sujet. » Une quoi ? « Le suicide, poursuit-il, c’est beaucoup plus sophistiqué que ne l’étaient naguère les accidents du travail classiques. » Ah ça, dès que l’employé se met à faire dans la sophistication, tout de suite, c’est le bordel. Pouvaient pas continuer, les types, à se faire manger un bras par la presse à ferraille, comme dans le bon vieux temps ? Pensez-vous, les voilà maintenant qui se suicident ! Vraiment, tout pour emmerder le monde ! Reste, pour le gouvernement, à espérer que la démission-sacrifice de Wenes, numéro 2 de France Telecom, suffise à limiter la casse.

 

      Cependant, si les gens s’entêtent à continuer de vouloir se balancer par la fenêtre, il faudra y mettre des barreaux : surveiller, est le maître-mot. Détecter, encore et toujours. En la matière, on a pu voir ces temps derniers naître de bien beaux outils, tel Indect, programme informatique de « détection, d’observation et de collecte des informations sur le web, en vue de prévenir les menaces. » Ah, les menaces… Que ferions-nous sans elles ! Déjà, la Commission Européenne a investi dans le développement de ce nouveau mouchard une dizaine de millions d’euros. Le but avoué? « Surveiller de près les sites web, les serveurs de fichiers, les forums de discussion et les réseaux sociaux. » Les informations collectées seront traitées par des programmes capables de « comprendre les relations entre les individus et les organisations diverses auxquels ils semblent rattachés. » Véritable nouveauté, cerise sur le gâteau orwellien : la « constitution automatique de dossiers relatifs à ces individus. » Je fume, je bois, j’aime pas les légumes et un jour, j’ai même dit du bien de Frédéric Mitterrand… Je suis mal barré, je vous le dis !

 

                                                                                                                                           Frédo Ladrisse.
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