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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 22:56

images-copie-10Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? L’inénarrable Morano qui, pour les trois ans de l’arrivée de son mentor Sarko au pouvoir, est bien seule à chanter ses louanges. Mais la petite Nadine, comme la surnomment ses pairs, ne s’économise guère : la « Vrp chantante du sarkozysme » (dixit Le Monde)  s’époumone et tire de sa lyre une ode assez surréaliste. « Lorsque j’entends le président en conseil des ministres, il a une telle vision géopolitique… Il faudrait que tout le monde puisse voir ça. On a de la chance, il faut le dire. C’est dingue ! » Dingue, oui, tout à fait, d’accéder à de tels sommets en matière de lèche. La petite a ainsi été jusqu’à distribuer de ses mains le livret consacré à la gloire du chef, et sobrement intitulé « trois ans d’action ». Oyé, en voilà un titre bien glamour. Nadine avait auparavant pris soin de surligner les passages importants de l’officiel bréviaire. « Mais je connais tout ça par cœur », s’exclamait la gourdasse, « et je peux vous dire, ce livret, c’est bien, mais il en manque ! » On n’en doute pas, Nadine : difficile, en effet, d’énumérer en soixante pages les noms de tous les expulsés, de toutes les garde-à-vue abusives, des salariés privés d’emploi, des chômeurs en fin de droit… Sarko, dans les sondages, plonge à près de 70% d’opinions négatives — battant ainsi le record du plus mauvais score de l’histoire de la cinquième république ? Qu’importe, pour le soldat Morano, il ne s’agit que d’un « malentendu. » « Il faut mieux expliquer ce qu’on fait aux Français », estime la pasionaria. Non contente, au passage, de nous prendre au pire pour des cons, au mieux pour des malentendants, Morano oublie par ailleurs une réalité simplissime: si les Français rejettent en bloc Sarko et son système, c’est justement parce qu’ils ont parfaitement compris ce qu’ils font.

 

     Sa permanence, à Toul, est paraît-il ornée d’une photo dédicacée : « à notre Nadine Morano, inégalable et dont je suis fier. » Qui signe l’éloge, Sarko himself ? Que nenni. Il s’agit de Bigeard, le général, qui en plus pose en treillis, bardé de son bazar à médailles. Ces gens-là ont de ces amis…

 

     Chez les fidèles d’entre les fidèles, le Sarkoland, heureusement pour lui, ne compte pas que la petite Nadine. On y trouve du plus lourd, en la personne d’Hortefeux-nec. Plus ultra, que lui (ah ah), y’a pas. Aussi en est-il remercié très chaleureusement par le Patron lui-même, pour qui « dix générations de journalistes ne pourront pas nous fâcher. » Nous voilà bien, tiens, si Sarko se met à croire en sa propre immortalité, ainsi qu’en celle de son ministre de l’intérieur… On en reparlera, dans dix générations d’autruches.

 

     Mais laissons de côté un temps les remugles putrides des marécages sarkolandais, pour revenir à l’actualité, la vraie. La Grèce, en l’occurrence. Cette Grèce à qui ses « partenaires » de la zone euro s’apprêtent à prêter de l’argent selon un circuit bien arrêté : ils l’emprunteront à 3%, et le prêteront aux Grecs, à hauteur de 5% d’intérêt. Bénéfice net pour les prêteurs, en particulier pour les banques ? Je vous laisse calculer, je n’en ai pas le cœur. Pour le reste, tout va pour le mieux, le peuple est en colère, les spéculateurs spéculent, les gouvernants attisent les braises d’un feu auprès duquel ils comptent bien réchauffer leurs vieux os puants, un feu qui a pour nom dérégulation à outrance. Bref, chacun est dans son rôle, au sein d’une tragédie digne de Démosthène — je dis ça c’est juste pour flamber, je sais pas qui est ce gars. N’empêche : suite à la manif’ de mercredi, avec ses trois morts à la clef, les médias franchouillards ont mis les bouchées doubles. Florilège : « la Grèce à feu et à sang », « Athènes livrée à la violence », et bien sûr l’inévitable « l’anarchie règne dans les rues de la capitale grecque. » Ceux qui, en 2005, se plaignaient du traitement réservé à la France lors des émeutes en banlieue — quand le Times titrait « Paris is burning », avec un montage photo et en couverture s’il-vous-plaît, montrant la tour Eiffel en flamme —, les mêmes, en font donc des tonnes sur la Grèce. Ce qui sert, comme on sait, un discours très identifié, que nos maîtres se sont empressés de nous délivrer, en fait, le jour-même. « La crise grecque est un révélateur, elle doit nous persuader que nous avons le dos au mur », affirmait Arthuis le sénateur. L’opportunité était trop belle, de faire passer dans l’urgence et en force leurs saloperies de mesures d’austérité. Aussi, pour éviter à notre pays de basculer dans la violence, le sage Fillon a décidé de « geler les dépenses de l’état de 2011 à 2013 », de « poursuivre la politique de non  remplacement dans la fonction publique » et autres joyeusetés ressortissant clairement d’un projet libéral, arrêté de long temps. Encore ne s’agit-il que d’une première offensive — laquelle tombe, comme c’est étrange, en plein débat sur les retraites —, et sous peu on nous expliquera qu’afin de ne pas « sombrer comme les Grecs dans l’anarchie », il est impératif d’enterrer la Sécu, urgent de supprimer ce qu’il reste de l’ISF, et de privatiser les égouts de Paris. C’est ça ou le chaos, c’est tout. Dans le même temps on pérennisera le bouclier fiscal, on évitera d’inquiéter les banquiers et autres traders lesquels, comme on sait, sont les forces vives de la nation, de ces forces qui, elles, comptent — ça, pour compter… Mais cessons-là : de semaine en semaine, le sarkozysme confirme sa volonté malade d’appliquer, coûte que coûte, le schéma de la contre-révolution néoconservatrice telle qu’elle fut formulée il y a quarante ans par Thatcher et consorts. Les conséquences ont beau s’amplifier sur le terrain social, aucune réaction ni résistance d’envergure ne semble vouloir se mettre en place. A croire que l’espoir a vécu… Séquence guimauvesque, à vomir.

 

     « l’apprentissage de la règle, le respect de l’autorité et le goût de l’effort » : tel sera le socle sur lequel viendra s’appuyer les « établissements de réinsertion scolaire », nouveaux internats à la dure que Sarko-la-schlague veut mettre en place. Ils seront « réservés aux élèves perturbateurs. » Qu’est-ce qu’un élève perturbateur, selon l’élyséen kapo ? Un élève qui aura été « exclu au moins une fois. » Le moins qu’on puisse dire c’est que ça risque de faire du monde, autant réhabiliter tout de suite les casernes laissées vides, par dizaines, sur le territoire, et les transformer en collèges ! Parallèlement sera votée une loi suspendant les allocations familiales en cas d’absentéisme (autre mesure purement démago qui, appliquée en Angleterre depuis les années 90, a été finalement abandonnée là-bas, car les gamins, du coup, on ne les revoyaient plus en cours), enfin, pour saupoudrer le tout d’une bonne dose de libéralisme, Sarko a annoncé « une nouvelle gestion des ressources humaines dans une centaine d’établissements », situés en zones sensibles. Traduction : « le chef d’établissement aura le droit de recruter sur profil des enseignants. » Il ne s’agit, pour l’heure, que d’une expérimentation. Mais « si elle est réussie, nous l’étendrons à la rentrée 2011. » Ça a l’air de rien dit comme ça, mais c’est tout simplement la mort annoncée du statut de prof, la mise en concurrence des enseignants, des établissements, des élèves, la privatisation, à terme, de l’éducation nationale. Si vous en doutez, amis profs, continuez à ne plus faire grève parce que ça vous coûte de l’argent, et on en reparle en 2011, quand vous serez contraints de courir d’un entretien d’embauche à l’autre.

 

     Sinon : l’enfant handicapé expulsé cette semaine par les services d’Eric Besson se porte toujours aussi mal, merci. La trentaine de flics et de gendarmes dépêchés à son Institut d’Education Motrice afin de le sortir de sa chambre et le flanquer dans l’avion se sont bien occupés de lui, « avec cœur et humanité. » Après avoir passé une bonne nuit de sommeil dans un centre de rétention et pris un solide petit déj’, il a embarqué direction son Kosovo natal. Gravement malade, âgé de 15 ans, polyhandicapé.

 

Sinon : le « mur des expulsés », fresque peinte sur les murs de Billère, commune des Pyrénées-Atlantiques, et qui rappelait justement le souvenir des enfants expulsés ces dernières années, à été recouverte, hier, le 8 mai comme par hasard. Le maire de Billère faisait l’objet d’attaques violentes, par le biais d’internet, de la part de groupes d’extrême-droite, notamment le Bloc Identitaire. Le tribunal administratif avait finalement demandé à la mairie d’effacer la fresque en question, au prétexte qu’elles ne « respectait pas la neutralité des édifices publics. » La bonne blague… Le maire ayant refusé, c’est le Bloc Identitaire qui s’est chargé de l’effacement, en ajoutant cette phrase : « c’est fait, Monsieur le préfet. » Ce que les nazillons peuvent se montrer obséquieux, à l’égard des représentants de l’Etat, dès lors qu’ils partagent leurs idées…

 

                                                                                            Frédo Ladrisse.

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2 mai 2010 7 02 /05 /mai /2010 23:24

Zurich-1er-Mai pics 809Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Soupirs de désolation, peine et consternation tellement nous étions peu nombreux lors de ce sinistre premier mai. Cortège étriqué à outrance dans les rues de Paris, 60 000 gueux au mieux sous la grisaille et la mitraille des flashs touristiques : il faut croire que nous continuons d’apparaître so french, et finalement si pittoresques.  Ça traînait des pieds et des gueules, dans la tranchée funeste du boulevard Saint-Martin, armée défaite avant d’avoir véritablement combattu. Ce n’était pourtant pas faute d’avoir été prévenus : la réforme des retraites  — euphémisme sirupeux qu’on serait bien inspiré de traduire par « nouvelle offensive dans la guerre de destruction massive que mène le capitalisme contre le genre humain », merde faut appeler un rat un rat ! —, la réforme des retraites, donc, on va se la manger grave et en pleine trombine, à la rentrée prochaine. L’inénarrable Raymond Soubie, conseiller écouté du maître du Château, l’a clairement claironné dès le premier mai au soir : ladite réforme « ne sera pas un chemin de roses », a indiqué celui qui, en matière de casse sociale, fait office de grand vizir. Et d’enchaîner comme il se doit sur « des chiffres en net retrait par rapport aux manifestations précédentes », preuve selon lui qu’ « une large partie des Français considèrent qu’une réforme est inéluctable. » Vu comme ça, c’est évident... Cependant, à force de n’écouter, selon la formule de Villepin, que les gens qui ne défilent pas, on fini par devenir sourd. Le risque est alors, pour l’Iznogoud, de ne rien entendre venir et de se retrouver un jour quelque peu étonné par une populace qui n’a que faire de ses brioches. Pour l’heure, rien qu’à l‘idée du bon sommeil qu’a procuré aux Sarkozy, aux Fillon et autres Soubie ce premier mai raté dans les grandes largeurs, l’autruche en perdrait (presque) le sien. Elle le perd définitivement lorsque Thibault de la cégète parle, lui, de « participation honorable. » Ce que le déni de réalité peut parfois vous pousser à dire… Et son pote Chérèque de renchérir : « il ne faut jamais faire du premier mai un test social. » Ah bon. Ah oui ? Nul doute, dans ce cas, que l’autruche ne prendra pas la peine de s’extirper de son douillet nid, le premier mai prochain.

 

     Et tandis que de ce côté de la Méditerranée on avale couleuvres et boas destructors comme autant d’orvets d’élevage, la Grèce, elle, a un train d’avance, jetée sans ménagement dans la fosse à serpents. En signant un accord avec le Fmi c’est sa perte qu’elle signe, bien sûr. Mise en coupe réglée comme, fut un temps, l’Argentine — mais ce n’est jamais qu’un exemple —, elle vient de s’offrir la pelle avec laquelle il faudra bien qu’elle creuse sa propre tombe. Une fois de plus est démontré, s’il en était besoin, que l’histoire du racket mondial a beau se répéter cela ne sert à rien puisque les Etats, quels qu’ils soient, sont définitivement dépourvus de mémoire. Fort heureusement, les peuples en ont. Aussi n’est-il pas certains que les Grecs acceptent sans broncher les « sacrifices durs, mais nécessaires, les mesures douloureuses » ainsi que la « grande épreuve » que leur promet Papandréou, le premier ministre socialiste. Gel des salaires et des pensions, baisse des revenus des fonctionnaires, relèvement (tiens tiens) de l’âge légal de départ en retraite, hausse de la TVA, l’impôt le plus injuste qui soit ; réduction à peau de chagrin des investissements publics, j’en passe et des sévères, dont la hausse, quel scandale !, des taxes sur l’alcool et le tabac, à hauteur de 10% !... Nul doute que la Grèce se prépare des heures lourdes. D’autant que, dans le même temps, aucun effort particulier n’est demandé au patronat, ni même aux banques qui sont pourtant à l’origine de la faillite. Ajoutons que le naufrage grec n’est jamais que le premier d’une longue série en Europe — devraient suivre, dans les mois à venir, le Portugal et l’Espagne —, et on en conclura en un mot comme en mille que pour les instances type Fmi ou banque européenne, la crise n’est jamais que l’occasion inespérée de mettre à bas ce qui reste de droits, de protection sociale et de services publics dans les pays de la vieille Europe. De leur imposer, à tous, la dérégulation sauvage telle qu’elle fut programmée par ces mêmes instances, il y a plus de trente ans. Maintenant le coin est dans la bûche. Il ne peut que s’y enfoncer.

 

     Changeons de focale, tiens, passons de l’infiniment dégueu au tout petit gerbant : Charles Pasqua, une fois de plus, échappe aux plumes et au goudron. Jugé pour moults malversations et autres magouilles bien de chez lui, finalement le mafieux évitera la tôle. On y a cru, un temps, lorsque l’avocat général a requis contre lui quatre ans de prison, dont deux fermes. Jugement, au final : un an avec sursis, ah ah, mais quel matou ce Pasqua ! « Les accusations de corruption ont disparu », pérorait-il au sortir du tribunal, « comment peut-on imaginer que je me sois laissé corrompre ? » Au risque de l’attrister, on l’imagine très aisément. Puis, tel le malfrat de base habitué à ce genre de péripéties, Pasqua, toujours bonhomme, concluait en se marrant « ce n’est qu’une condamnation de plus. » La justice de classe a donc, une nouvelle fois, prouvé son efficacité en protégeant un de ses pairs et en me privant, accessoirement, de la joie de voir l’affreux Charlot tâter du cachot, quelques semaines, ne serait-ce qu’en mémoire d’un certain Malik Oussekine, dont nous sommes plus nombreux qu’on ne croit à nous souvenir encore.

 

     Un autre, qu’on avait par contre et volontairement oublié, c’est le gars Besancenot. Empêtré dans un Npa qui ne décolle pas et se boyscoutise à outrance (faut coller des affiches, les gars !), naviguant à vue, sans projet autre que celui de recruter (faut, les gars, ronéotyper de furieuses affichettes!), le voilà qui se vend, telle une marchandise faisandée, aux socialistes sur lesquels il crachait, avec abondance, il y a quelques semaines encore. « Martine Aubry est la bienvenue à nos côtés », explique celui qui avait fait de l’accord avec le Ps la ligne rouge à ne pas franchir. Depuis, le Npa s’est ramassé gravement lors des élections régionales. Ceci expliquant cela, le voilà donc qui tend ses fesses aux infréquentables d’hier. Belle leçon de realpolitik, qui montre si besoin en était que le Npa n’est jamais qu’un parti comme un autre, ce dont doutaient peut-être les militants de base, ceux qui ronéotypent et collent quoi ? Les affichettes, les gars.

 

     Lui ne s’encombre pas les doigts d’encre, il se répand dans Le Monde, c’est autrement plus classe : Georges Collomb, ci-devant maire de Lyon, n’a pas que des défauts. Par exemple, membre du Ps, il n’aime pas Ségolène Royal : « elle a un côté Madone, Eva Peron ou télévangéliste qui n’est pas trop mon trip. » Son trip, à mon Collomb, ce serait plutôt en toute chose une modération lasse, une manière de Raymonbarrisme tout à fait dormitif : « je suis issu de la classe ouvrière, et je peux vous dire que son rêve n’a jamais été le grand soir », affirme-t-il sans sourciller. « Son rêve, poursuit l’édile, c’est simplement de progresser. » Elle est bien bonne, celle-là, de la pure lyonnaise. Enfin, et comme pour nous achever, Collomb livre sa vision, totalement tripante, de son boulot : « le but ultime de la politique, c’est que les gens voient ce qui a changé dans leur vie à la fin du mandat qu’ils vous ont confié. » Mouais. Et si ce qui a changé c’est : rien ? Alors le but ultime n’a pas été atteint, et on remettra ça pour six ans.

 

     Délaissons pour un temps le guignol lyonnais, et, une fois n’est pas coutume, allons jeter un œil dans les commissariats. Cette semaine à Juvisy (département de l’Essonne), on pouvait y croiser un enfant de trois ans, placé en garde-à-vue en compagnie de son père puis, au bout de vingt minutes, carrément séparé de lui. La presse de caniveau — de celle qu’on trouve dans le métro entre deux affichettes ronéotypées/collées/lues — se contente d’une brève à ce sujet, précise juste que l’enfant était « terrorisé », et que « contacté par l’Afp, le commissariat de Juvisy n’a pas été en mesure de commenter cette information. » Que le commissariat de Juvisy se rassure : elle se passe de tout commentaire.

 

                                                                                                 Fredo Ladrisse.  

(la photo en début de l'article a été prise à Zurich, le 1er mai dernier)

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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 19:58

article_fesses.jpgTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Pas bezef à vrai dire, car privé de journaux plusieurs jours d’affilés la semaine dernière, par la seule volonté des crypto-staliniens alcoolo-dépendants du syndicat du livre !... Même la presse people n’a pas pu s’étaler jeudi aux devantures, c’est dire comme l’heure est grave. Sous le coup de cette grève « d’un autre âge » (comme disent les médéfiens qui pourtant rêvent d’un âge autrement plus ancien, de cette époque bénie ou grève n’était jamais que le nom d’une place), sevré un temps de feuilles de chou l’autruche s’est sentie, subitement, comme prise en otage, tel l’usager moyen du TER Vesoul-Bourbonne. Insupportable !


     Supportable, tout de même, car il est des malins qui, même en l’absence de journaux, arrivent à faire parler de leur petite personne. Dans cette catégorie not’président excelle, et peut donner des cours, c’est le mot. En déplacement en Seine-Saint-Denis il n’a ainsi pas hésité à nourrir le moulin de l’insécurité, stigmatisant comme à chaque fois un département qui pourtant demande juste qu’on le laisse tranquille. Désormais, selon nabot 1er, dans le 93 « la police pourra intervenir sans restrictions dans les halls d’immeubles », et sera « frappée au cœur l’économie parallèle qui gangrène nos quartiers. » Une économie qui, est-il utile de le rappeler, permet à ces quartiers justement de tenir, évite qu’ils ne s’enflamment trop sous le coup d’une pauvreté radicalement invivable, et demeure, pour ces raisons, largement tolérée par les habitants comme par les pouvoirs publics. Par ailleurs, on serait curieux de savoir comment nommer une économie qui ne serait pas parallèle. L’économie perpendiculaire ?

 

     Sans restrictions aucunes dans ces déplacements, Sarkoléon se rendait ensuite à Chambéry-city, fêter le 150e anniversaire de la prise de la Savoie. Comme à son habitude il a gâché la fête, en laissant s’exprimer ses nerfs. «Fais pas l’malin, toi, fais pas l’malin ! », a-t-il lancé à un môme qui, venant de lui serrer la pogne, l’essuyait ostensiblement. Etrange, comme ce bonhomme — dont le pouvoir s’étend tout de même jusqu’à la possibilité d’appuyer sur le gros bouton rouge — ne sait pas se maîtriser. Quoi qu’il en soit le bêtisier de la présidence la plus bouffonne depuis celle de Paul Deschanel, vient de s’enrichir d’un épisode moyennement glorieux.


     Stigmatisation, disions-nous, en parlant du 93 : elle s’étend bien au-delà, vise de plus en plus clairement une population donnée. Sans restrictions, les flics pourront jouer les cow-boys de hall d’immeuble — là où traîne assez peu les Angélique-Sophie et autres Aurélien-Jules —, et sans se soucier plus que ça de l’avis du conseil d’Etat on ressort, par la même occase, la burqa de l’armoire où elle sommeillait. En résumé : on court, que dis-je, on cavalcade, toute haleine perdue, derrière l’électeur frontiste, l’objectif étant de faire revenir dans le giron de la droite nationale les nationalistes de droite, sans lesquels Sarko n’a aucune chance d’être réélu.


     Ça faisait longtemps, en France, que l’alliance naturelle entre les libéraux et les nazillons de comptoir ne s’était aussi bien portée. On appelle ça une tendance. Le Pen, le père, par exemple, estime que l’Hortefeux-follet « est un homme de bonne volonté » même si à son goût il ne va pas assez loin. Par la faute de la suppression (toute formelle) de la double peine, selon Le Pen « nous sommes contraints de garder chez nous la racaille qu’on a fait condamner devant nos tribunaux. » Comment dès lors se débarrasser « de ces milliers, de ces dizaines de milliers de gens qui profitent indument de nos législations », et « pillent nos caisses sociales » ? Au risque de le chagriner, on rappellera à l’hideux que les étrangers ne sont pas quelques dizaines de milliers, mais près de six milliards. De quoi biler sérieusement le chafouin xénophobe.


     Le Pen et ses affidés doivent également porter en ce moment dans leur cœur Michelle Alliot-Marie, ci-devant garde des sceaux. Suite à l’exposition, dans une Fnac de Nice, d’une photo montrant un gars s’essuyant le cul avec le drapeau bleu-blanc-rouge — et, après coup, un peu marron—, la MAM a demandé que « des poursuites pénales soient engagées sans plus tarder. » Sur le même sujet, Hortefeux-de-Bengale toujours lui, estimait que le drapeau avait subi « un outrage inacceptable », et faisait part, « au nom du président de la République et du gouvernement, de la très vive émotion de nos compatriotes. » Lesquels, bien entendu, n’en ont pas grand-chose à carrer. Au final, on doit bien avouer que, dans cette histoire banale, la seule question qui vaille est de savoir si le nylon, surtout celui produit en Chine, n’irrite pas un peu l’anus. L’autruche, pour le moment, l’ignore. En revanche elle confirme que la carte d’électeur, même si c’est pas l’idéal, on peut se torcher avec.


     Mais tandis qu’on devise au sujet des pq tricolores flottant devant les commissariats, les écoles, les mairies — sans oublier les préfectures —, les graisseux de la Sarkozerie s’apprêtent à nous bouffer tout cru, sangliers en mal de glands. Haro sur les retraites, phacochères ! Dès qu’on fait appel aux verrats, Raffarin n’est pas loin : « il y a de plus en plus de retraités et de moins en moins de cotisants », gémit l’homme, en redécouvrant le fil à couper le beurre. Aussi, pour éviter « un scénario à la grecque » — il y a un an Raffy aurait dit à l’américaine —, il est grand temps chers pauvres gens de vous rendre à l’évidence : « il nous faut 70 milliards, la seule solution c’est de pouvoir financer par le travail en travaillant plus. » Alchimie  du discours politico-alzheimeresque ? Le « gagner plus » qui, en d’autres temps, accompagnait le mantra magique, a curieusement disparu. On rappellera, pour mémoire et en guise de comparaison, que le plan d’aide aux banques consenti par l’Etat a coûté la modique manne de 360 milliards. Mais là-aussi, n’est-ce pas, c’était « la seule solution ».


     Fort heureusement on peut compter sur nos syndicats de combat pour s’opposer, et farouchement !, à ce nouvel assaut concernant les retraites. Ecoutons Chérèque, le gauchiste, à propos de l’âge légal : « on peut garder les 60 ans, mais avec une grande souplesse de choix individuel. » Waou. Donc on pourra partir plus tôt ? Que nenni, bel ami : on aura la grande souplesse d’accepter de partir plus tard, de l’accepter bon gré mal gré, en résumé d’y être contraint, vu que nos seigneurs et maîtres comptent bien, dans le même mouvement, passer les pensions au rabot. Bon, si les grandes centrales syndicales dites d’accompagnement (comme on dit d’un clébard qu’il est de compagnie) ne font pas le boulot minimal, on pourra au moins s’en remettre à l’opposition, au Ps ? Mais tu rêves, ma pauvre Geneviève, n’as-tu point entendu Hollande, François, dit Flamby, affirmer que « chaque fois que l’espérance de vie s’allonge, il est normal que la durée de cotisation suive » ? Vivre plus longtemps pour travailler plus longtemps, quoi. Vivre plus pour vivre moins, quoi.


     Le Ps, néanmoins, on ne peut guère lui en vouloir : il a, en ce moment, d’autres priorités que la défense du régime des retraites, ce truc palot, ringard, pas glamour et pas fun du tout. Non, le Ps, pour l’heure, travaille à rien moins que l’émergence d’« une nouvelle civilisation. » Mazette ! « Nous vivons la fin d’une époque », explique, bille en tête, leur document de travail. Et Pierre Moscovici, le député cancoillotomane, de préciser qu’il s’agit « de conduire, avec les Français, une nouvelle offensive de civilisation. » Fichtre, diantre ! Mais c’est que le troupeau pachyderme rêverait presque de révolution !


      Ne rêvons pas, justement. Face à ce qui prépare, à cette nouvelle offensive de la conservatrice sarkozerie nous ne pourrons, comme à chaque fois, compter que sur nous-mêmes. Au fait, ça commence quel jour, le mois de mai ?

 

                                                                                                 Frédo Ladrisse.


*(d’après une chanson d’Agnès Bihl, chanteuse archi-vulgaire et au talent sévère, qui ne m’en voudra pas, je sais, de la pomper avec allégresse)

 

 


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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 17:31

images-copie-15.jpegTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Les grondements souterrains du Eyjallajokull, excentrique volcan islandais crachant ses volutes et formant une manière de Barbapapa, tout de cendre et charbon, dans le ciel de l’Europe du Nord. Pour le coup, rien ne vole, et l’élite mondiale  se retrouve clouée au sol. Privée d’ailes et de funérailles, le gotha gratiné n’aura finalement pas pu se rendre à Varsovie ce week-end, histoire de s’enfiler Zub sur Zub en mémoire d’un président mort mais dont ils ont, de toute façon, oublié jusqu’au nom. Bien fait pour eux, bien fait pour lui.


     Les caprices du volcan nous auront donc privés d’une nouvelle flopée d’images glamoramesques  à souhait, Obama, Sarko, la Carla, Merkell et le prince consort et sa sœur et sa main dans la culotte de va savoir qui. Nan. Sont restés à la maison, mais que le peuple polonais, privé de ces glaireux clichés, ne s’en afflige pas pour autant : qu’il profite du temps gagné pour examiner, par exemple, les positions de cette Eglise à laquelle il semble tenir comme à la ficelle de son missel. Qu’il relise, par exemple, les déclarations de Il Monsignore Bertone, sorte de numéro deux dans l’équipe du Vatican, lequel affirmait il y a peu que si « nombre de psychologues, psychiatres, ont démontré qu’il n’y a pas de relation entre pédophilie et célibat des prêtres, beaucoup d’autres ont démontré, et m’ont dit récemment qu’il y avait une relation entre homosexualité et pédophilie. » Et de conclure, benoîtement : « c’est la vérité, c’est le problème. »  Le problème, en vérité, c’est bien évidemment qu’une fois encore confronté à une vague de pédophilie parmi son clergé décadent, mais ne pouvant décemment, cette fois, s’en prendre aux Juifs ou aux sorcières, Il Vaticano se verrait bien cramer quelques pédés, pour rire.


     D’aucuns y verront certainement une relation de cause à effet, quand bien même elle serait pour le moins capillotractée (1) : n’empêche qu’en Grèce, face à la criiiise, vient d’être votée une loi visant à faire cracher l’Eglise. Sa fortune foncière est, là-bas, de l’ordre de l’insulte. Elle douillera donc, comme douilleront les plus riches, également visés par la loi. « Un premier pas pour faire sortir le pays de la crise », selon Papandréou, chef du gouvernement. Qu’est-ce qu’on attend alors, en France, pour le franchir ce premier pas ?

 

     En France, on n’attend rien des riches, encore moins de l’Eglise, pour qui la solidarité s’arrête à la porte des écoles destinées aux petits garçons. En France, on se félicite de la fin de la grève à la Sncf (super, on va enfin pouvoir retourner bosser), grève que Bussereau, secrétaire d’Etat aux transports, jugeait dès l’origine « incompréhensible et affligeante», sans pourtant oser, comme son seigneur et maître, dire qu’elle était  invisible. Affligeante également furent les déclarations de son pote Woerth au nom de glaviot, ci-devant ministre du travail, pour qui « l’attitude de la direction de la Sncf a été impeccable », et qui approuvait « parfaitement la stratégie de fermeté de Guillaume Pepy », président de l’entreprise. Fermeté, stratégie : que celles et ceux qui s’apprêtent à livrer le baroud face à l’offensive sur les retraites retiennent bien ces mots, d’un gouvernemental langage.


     Les retraites, bin tiens parlons-en. Alain Minc, conseiller du prince, Minc, dont personne ne dit jamais qu’il aura passé sa vie à se tromper, Minc, reçu sur Radio-Paris l’autre matin et pour la septième fois en l’espace d’un an, s’est laissé aller à dire que « la réforme des retraites, dans l’inconscient collectif, est une nécessité. » Minc, qui reluque jour et nuit le contenu de nos portefeuilles, lit désormais dans les recoins reptiliens de notre cerveau. Nul doute que le grand prix de la fumisterie freudienne lui reviendra de droit ! A moins, pure hypothèse, que le COR, Conseil d’Orientation des Retraites, ne le lui dispute au final : selon ce troupeau grabataire appointé par l’Etat et selon ses « abaques » (graphiques de calcul), il faudrait, pour maintenir en 2030 le niveau actuel des pensions, « travailler environ 7 ans et demi de plus. » Travailler davantage, et gagner moins, en somme : plumes d’autruche pour eux, et goudron en forte abondance.


     N’empêche qu’il va bien falloir, un de ces jours, aller chercher le pognon dans la poche de ceux qui en ont trop. Qu’en pense François Baroin, ministre tout frais du budget et amateur de rivière à truites ? Pour ce chiraquien de base (oui, il en restait un : c’est lui), il est urgent de ne rien faire et surtout de ne point toucher aux cadeaux distribués par Sarko à ses potes, d’ailleurs dans le débat actuel, faut le dire monsieur, « le bouclier fiscal, d’une certaine manière, il est pris en otage. » Pardon ? Pris en quoi ? Ah ah, quel gagman que notre bouffon à fausse mèche ! Si on le pousse, en fin de banquet, il peut encore faire mieux : « on est quand même dans un pays où la répartition des richesses est très importante, et quand on dit que les riches ne paient pas : c’est faux. » Puis de se questionner : « d’abord, qu’est-ce qu’être riche aujourd’hui ? »


     On se le demande, c’est sûr, et pas seulement en se rasant. On n’a pas la réponse, par contre on sait assez ce que c’est que d’être pauvre. Et si jamais il nous venait l’envie de l’oublier, Pôle emploi se ferait une joie de nous le rappeler, Pôle emploi qui, il y a peu, à une copine qui demandait du boulot pour bosser parce que y faut de l’argent parce que y faut bouffer, a proposé tout de go et pour qu’elle disparaisse  un temps, un stage de danse country. Si si, c’est du vécu, d’ailleurs le stage elle l’a suivi. Elle a pas plus de taf, la cowgirl, mais depuis elle est partage sa vie entre une chemise à franges et une paire de boots, trop classe. Merci qui ?


     Un stage du même tonneau, on aimerait en proposer un au petit directeur de la Banque Postale qui, cette semaine, a commis ce mail : «la chasse aux mauvais vendeurs est ouverte, on va tous les exterminer ! » Mail professionnel, rendu publique par Sud, ce qui a coûté son poste à l’exterminateur. Son nom ne s’invente pas : Rémi Karcher, s’appelle le gars. On l’accueillera avec plaisir dans notre stage « tir de balle dans le genou », en qualité de cible.


     Lui aussi tire, mais à blanc : Mélenchon, autrement appelé l’opposant-ki-en-a. Avec la virulence qui le caractérise, notre Che de l’Essonne s’épanchait ces jours-ci dans le brûlot révolutionnaire qu’est le journal Voici. Florilège :   « je salue l’attitude de Mme Sarkozy, que je trouve très digne », ose-t-il en parlant de la Carla, cette... chanteuse. Plus loin, à propos de La ferme Célébrités : « je trouve cette ferveur populaire plutôt émouvante. » Puis, ultime idiotie, le Mélenchon salue en la personne de Zemmour « un intellectuel brillant. » Faut-il rappeler qui est Zemmour ? Non, décidemment non, je ne peux vous imposer ça, ni surtout me l’imposer à moi.


     Tandis que Mélenchon-le-virulent posait pour les mag’ people, un nouveau camp Rom brûlait, à Gagny, en Seine-Saint-Denis. Un mort, une fois encore. Une fois encore, un enfant. Mais ces gens-là, que voulez-vous : on les prive d’électricité, ils allument des bougies, alors faut pas s’étonner que.


     Faut pas plus s’étonner quand, dans le Sud Algérien, des femmes seules venues là pour trouver du boulot (l’accueillante bourgade de Hassi Messaoud étant la principale ville pétrolière du pays) sont, selon Libération, « systématiquement attaquées, battues, dépouillées de leurs maigres biens et quelques fois violées par des bandes d’hommes, armés. » Ils agissent à découvert, en toute impunité, malgré qu’ils commettent des actes d’une intenable barbarie : mutilations, tortures, meurtres…Le tout, bien évidemment, au su et au vu d’une police qui se contente de conseiller aux victimes d’ «aller voir ailleurs ». Qu’elles y aillent, oui, de toute urgence.

 

                                                                                                 Frédo Ladrisse.    

 

(1) Capillotractée : tirée par les cheveux

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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 17:25

images-copie-12Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? La Pologne, qui pleure son président, homophobe notoire et opposant féroce à l’avortement. Sans souhaiter la mort de quiconque, quitte à ce que les avions tombent, autant que ce soit avec, à bord, ce genre de personnage. Ce « grand ami de la France » (dixit Sarkoléon) n’aura donc pu mener à terme sa « révolution morale », à base d’ultra-catholicisme et de défense acharnée des « valeurs familiales ». Une grande perte, comme on voit.

 

     Eric Besson aussi prend quelquefois l’avion, mais jusqu’à aujourd’hui il ne s’est pas mangé le plus petit platane. Ce qui lui donne le temps de ressortir son fumeux débat sur l’identité nationale, comme en catimini, en l’alcôve d’un petit séminaire privé, auquel étaient conviés des intellectuels à la pointe, dont Frédéric Mitterrand, c’est vous dire le niveau. On voit que le Besson, mis sous le boisseau durant toute la séquence électorale, ne lâche pas pour autant le morceau. Son débat, il y tient, comme à la prunelle de ses yeux dont tout le monde sait désormais qu’ils ressemblent à ceux d’une pauvre fouine. « Ne reprochez pas à une flèche d’être acérée », dit-il, à propos de lui-même. Besson-la-flèche. Nouveau surnom, qui lui va bien.

 

     Quel surnom les mômes des quartiers trouveront-ils à Christian Lambert ? On peut, sur ce point, faire confiance à leur imagination. Ce Lambert vient d’être nommé préfet de la Seine-Saint-Denis. Or, ce Lambert est également l’ancien patron du RAID. A ceux qui y verraient un symbole funeste pour le 93, on ne pourra que donner raison. C’est que la Seine-Saint-Denis est « un département sensible », comme on dit dans les comicos. Pas sûr cependant que, par sensibilité, les flics entendent la même chose que nous.

 

     Sensibles, également, les bandes ? On ne sait, mais, pour la première fois, la loi censée lutter contre les violences commises en bande a été appliquée le 28 mars dernier, lors d’un rassemblement devant la prison de la Santé. Bilan : 110 interpellations. Pas mal, pour un essai ! Le souci est qu’aucune de ces personnes n’a été arrêtée pour avoir commis des violences, mais pour être soupçonnée d’avoir l’intention de le faire. De l’arrestation préventive, quoi, qui pose tout de même quelques soucis car sans délit la garde-à-vue ne se justifie guère. D’où l’embarras de la préfecture, pour qui « la police est intervenue afin d’éviter la destruction et la dégradation de biens. » Joli principe. Avant toute chose il s’agissait d’une évidente opération d’intimidation à l’encontre des militants anti-carcéraux, intervention qui permettait, par ailleurs, de les ficher. A noter : cette manif’, déposée à la préfecture, était autorisée. Ça leur fait une belle jambe, aux copains qui se sont retrouvés parqués dans des parkings, faute de places suffisantes dans les commissariats. C’était notre rubrique : Les formidables avancées de la liberté de manifester au gai pays de Sarkozy.

 

     Cette loi contre les bandes sera-t-elle un jour appliquée aux syndicalistes et grévistes ? On est en droit de le penser. Pour l’heure, et au 5e jour de grève à la Sncf, c’est le retour des grandes litanies, des plaintes, des « ras-le-bol ! », des « on nous prend en otage », des « c’est scandaleux, ces privilégiés de fonctionnaires qui, … », etc. L’habituelle magouille médiatique consistant à ne donner la parole qu’aux mécontents, oublie naturellement la cause première du conflit : le refus, par la direction de l’entreprise, d’ouvrir de réelles négociations. Pourquoi le voyageur lambda ne s’en prend-t-il pas à elle ? Par ignorance, peut-être. Mais quand bien-même il le ferait qu’on ne l’entendrait pas, tant l’axiome grève=prise d’otages, règne en maître dans les médias.

 

     Encore faut-il que lesdits médias trouvent le temps de nous entretenir de ces fadaises relatives au mouvement social, car l’essentiel est ailleurs, l’actualité première, celle qui, aussi, fait vendre. Je parle des potins bien sûr, de ces fumeuses rumeurs dont le public serait friand, qui donc se trouvent élevés par les plus sérieux journaleux au rang d’information de la plus haute importance. Les coucheries éventuelles de Carla B. occupent ainsi le haut de la page, et Charon, conseiller de l’Elysée, dénonçant ce qu’il juge comme des médisances, prévient que «  la peur doit changer de camp », et que « maintenant, on va voir s’il n’y a pas une espèce de complot organisé, avec des mouvements financiers, pourquoi pas. » Bigre ! Le sexe et l’argent, mêlés, la Patrie serait-elle en danger ? En tous les cas la dame elle-même, toute première qu’elle est, monte au front, défend son honneur sur une radio amie. Après avoir usé jusqu’à la corde de son mantra « mon mari et moi» gnagnagna, elle lance : « j’en ai assez de parler de moi. » Bin qu’elle la ferme alors, ça nous gênera pas.

 

     Pendant que ces gogos s’amusent à se faire peur avec de pâles histoires de lit, Juppé, lui, travaille à notre bonheur et à notre prospérité. On en parlait la semaine dernière, et voilà qu’il remet ça. Toujours sur la ligne gauchisante qui, parie-t-il, finira par le transformer en possible présidentiable, il lâche tout de go : « ce que je ne digère pas, c’est le triomphe de la cupidité. » Et quand c’est l’hôpital qui se moque de la charité, il a des crampes à l’estomac ? « C’est indécent de voir les bonus, toutes ces rémunérations extravagantes qui se chiffrent par millions d’euros et que rien ne justifie, alors qu’on explique par ailleurs qu’il n’est pas possible d’augmenter les bas salaires de 20 euros. » Du Besancenot dans le texte ! On a beau avoir bonne mémoire, on ne se souvient pourtant pas que, durant ses deux années passées à l’hôtel Matignon, Juppé ait fait quoi que ce soit à l’encontre de ces rémunérations-là. Mais peut-être a-t-il changé ? Mort de rire, ma chère Elvire…

 

     Des qui ne varient guère, ce sont les thuriféraires de l’Eglise catholique apostolique romaine, amen. Me baladant un brin sur la toile cette semaine, je suis tombé sur Bruno Roger-Petit. Catho pur jus qui ne s’en cache pas (c’est tout à son honneur), Petit-Roger ne supporte plus qu’on attaque SON église, et le clame haut et fort sur LePost.fr. « Systématiquement consterné de voir que l’Eglise catholique se voit en permanence contrainte de subir les leçons, les admonestations de bien des personnes ayant depuis longtemps  déserté les lieux de culte », il en conclue que « l’Eglise, ce sont ceux qui n’y vont jamais qui en parlent le plus. » Etonnant argument, selon lequel, au hasard, seuls les pédophiles seraient autorisés à aborder le sujet de la pédophilie, et qui, à propos de la capote, verrait le pape fermer définitivement sa grande gueule, puisque non-concerné. Mais Roger-le-Petit n’en est  pas à une contradiction près et, livrant sa vision de la laïcité, il plonge dans des abîmes de stupidité assumée : selon lui la laïcité, qui n’est qu’un « point-de-vue », se réduirait à rappeler que « les catholiques sont libres de pratiquer leur religion comme ils l’entendent », tandis que « ceux qui estiment que l’Eglise de Rome est réac’, ringarde, nulle, sont libres de vivre hors d’elle. » Ah oui ? Ah, ouf ! Enfin une bonne nouvelle.

 

                                                                                      Frédo Ladrisse.              

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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 20:04

images-copie-11.jpegTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Encore une sale nouvelle pour la liberté d’expression et pour la liberté tout court, Siné Hebdo ferme boutique. « C’est pas la fin des haricots », balance son créateur. N’empêche, les haricots, l’autruche les préfère rouges  et noirs, et ceux-là c’est rien de dire qu’on en trouve plus des masses en kiosque. Quoi qu’il en soit Philippe Val a dû faire sous lui de plaisir, en apprenant que Siné, finalement, jetait l’éponge. Le patron de Radio Paris doit en baver de bonheur à la seule idée de, peut-être, récupérer quelques lecteurs pour son Charlie merdeux. Ça sera sans moi, en tous les cas : c’est pas dans son torchon démocrassocialiste qu’on lirait, par exemple, l’article publié dans Siné le 17 mars dernier, à propos de « la politique tsigane », appliquée par la France. On y apprend, entre autres joyeusetés, et de la bouche de Baconschi, ministre roumain recevant l’Umpéesque  Lellouche, que la Roumanie aurait « des problèmes physiologiques, naturels, de criminalité, en particulier parmi les groupes d’ethnie rom. » Une déclaration bien puante, qui n’a pas dérangé Lellouche, lequel, ça tombait bien, avait fait le déplacement exprès pour expliquer pourquoi le Sarkozystan s’échinait à expulser en masse les Rroms, victimes de lois d’exceptions, lesquelles ne semblent guère gêner le parlement européen. Pourtant les Rroms, citoyens européens, se retrouvent ainsi expulsés d’un pays européen, en l’occurrence la France, renvoyés vers la Roumanie, autre pays européen. Comme si on décidait de débarrasser le Sud Ouest des cohortes d’Anglais qui s’y installent en nombre — comparaison n’est pas raison : les angliches, eux, ont du pognon. Dans le cas précis des Rroms, la pratique se justifierait par le souci qu’aurait la France de les protéger  des mafieux censés les envoyer faire la manche dans le métro, étant bien entendu que cette activité, comme on sait, génère chaque année des excédents grandioses. « Avec humanité », on les renvoie donc crever dans leur Roumanie d’origine, où ils ne sont pas plus les bienvenus qu’à Barbès-Rochechouart. Mais là, c’est pour leur bien. Le cynisme d’Etat, décidemment, ne connait aucune limite.

 

     Aucune limite non plus, pour Hortefeux-à-volonté, qui prévient que « ce ne sont pas les petites crapules qui feront la loi dans les quartiers », sans qu’on sache au juste s’il cause des dealers de shit ou de ses potes élus Ump, siégeant dans les mairies. Hortefeux-d’artifice, par ailleurs défend une vision très personnelle de la prévention en matière de délinquance, puisque selon lui « la meilleure des préventions, c’est la certitude de la sanction. » L’axiome, vieux comme le bâton de flic, a eu beau être invalidé sous toutes les latitudes, dans toutes les civilisations, il n’en demeure pas moins la base de la pensée conservatrice. Ce que semblent avoir oublié les antiques barbons du Conseil d’Etat, qui rappellent, les impudents, qu’en démocratie « la liberté est la règle, et l’interdiction l’exception. » Voudraient-ils gâter le week-end pascal du ministre de l’Intérieur, qu’ils ne s’y prendraient pas autrement.

 

     Ce qui par contre ne risque guère de l’empêcher de dormir, c’est l’enquête de l’Insee, qui révèle qu’en 2007, c'est-à-dire avant même la crise, 8 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté. Soit 13,4% de la population. A l’autre bout du spectre, on apprend que les riches sont de plus en plus riches, que les très riches sont de plus en plus très riches. Ainsi, de 2003 à 2007, les revenus du patrimoine ont bondit de 46%, dans le même temps ceux du travail ne progressaient que de 11. Si les caisses sont vides, on sait par contre où est le pognon.

 

      Pas dans la poche des immigrés qui, selon l’Observatoire des Inégalités, touchent les salaires les plus faibles, et sont davantage exposés aux risques de la pauvreté. Rien de nouveau sous le soleil du Sarkozystan éternel…

 

     Même Juppé, c’est dire, ça le chafouine ces chiffres. Aussi plaide-t-il pour un « aménagement » du bouclier fiscal, et déclare « ça ne me choquerait pas qu’on demande aux plus riches de faire un effort vis-à-vis des plus pauvres ». Gauchiste, va ! Il devrait commencer par exiger de Joyandet, son copain secrétaire d’Etat, qu’il rende les 116 500 euros d’argent public claqué pour un voyage en jet privé, comme ça, juste histoire d’être à l’heure. « Ce sont les exigences du calendrier, et je devais faire mon devoir », pérore le petit secrétaire, par ailleurs maire de Vesoul et sarkozyste de choc. Le calendrier, exigeant, l’a donc contraint à un aller Vesoul/Fort-de-France, et retour. C’est pénible parfois, le métier de secrétaire d’Etat.

 

     Pendant que l’improbable Joyandet frimait en mini-jet, on privait Rachida Dati de voiture, de gardes du corps et pire : de téléphone portable ! Autant de petits avantages que continuait de lui accorder son seigneur et maître du Château, bien que la Rachida ait quitté le gouvernement il y a maintenant des mois. Eh bien, c’est terminé ! Sa faute : avoir froissé le maître, en osant affirmer sur un plateau téloche au soir du premier tour que la droite devait opérer « un retour aux fondamentaux. » « Mais qu’est-ce qu’elle fait là, celle-là », a explosé Sarko devant son home cinéma. Hop, un petit coup de fil, et plus de bagnole, hé hé. Vous avez dit mesquin ?

 

     Re-hop, et voilà le Sarko reçu à dîner par Obama, dans-ses-appartements-privés — on n’a cessé de nous le répéter, de ce côté-ci de l’Atlantique : grosse faveur faite aux Sarko que cette histoire de salle à manger, alors même qu’aux States tout le monde, finalement, se foutait de ce non-évènement.  « J’écoute Nicolas tout le temps, je n’arrête pas de l’écouter » glissa, un brin moqueur, B. Obama durant leur conférence de presse commune. Plus tard, on apprit que c’était maintenant à Sarko d’écouter le Barack, et que la grosse faveur aurait un prix, exorbitant.  Dans le New York Times on lit comme ça que « maintenant Sarkozy doit renvoyer l’ascenseur [sic !], en accroissant de façon significative la puissance de combat française en Afghanistan. » La visite de l’appart’ et la crânerie des Sarkozy se payeront donc par l’envoi de nouveaux troufions, là-bas. Ça fait cher le dessert.

 

     A moins bien sûr que, d’ici-là, la gauche sorte de son sommeil et s’oppose, pour le moins, aux pulsions guerrières de nos petits Mc Arthur de salon. Vœux pieux, je ne l’ignore pas, la gauche, elle regarde ailleurs, quand elle ne partage pas tout simplement la même vision. Elle regarde du côté de son nombril, protubérant, et ne veut livrer que des batailles qu’elle sait gagnées à l’avance. François Hollande par exemple, candidat déclaré à la candidature pour les futures présidentielles, s’attaque, mais un peu tard, au bouclier fiscal. « La cocotte est devenue trop chaude », s’essaie-t-il, en poète. Que Bakounine l’entende ! Pour Aubry cependant, il convient de se hâter lentement, car 2012 c’est loin, et « avant 2012, il y a 2010, et 2011. » Toujours  bon à savoir, ça.

 

     Bon à savoir également : il ne suffit pas d’avoir la droite la plus bête du monde au pouvoir depuis des années pour qu’automatiquement la gauche, voire le centre-gauche l’emporte. J’en veux pour preuve que La Berlu, aussi curieux que ça puisse paraître, vient de remporter les élections de l’autre côté des Alpes. Il Cavaliere en était tellement ému qu’il s’est laissé aller à déclarer sa flamme à ses compatriotes : « une fois de plus, l’amour l’a emporté sur la jalousie et la haine », a-t-il lancé, en un sanglot. De mauvaises langues, plus pragmatiques, prétendent qu’il ne doit sa victoire qu’à un fort taux d’abstention et à l’absence, totale, de projet alternatif. C’est bien mal connaître l’amour qui lie Berlusconi et le peuple italien, l’amour, et surtout la fortune. Pour finir, on retiendra de cette élection le nouvel accord passé entre Forza Italia et la Ligue lombarde, de sinistre mémoire, ligue dont le slogan était d’une poésie rare, « la Ligue, elle l’a dure. » Il s’agissait, bien sûr, de la dent.

 

     On ignore s’il l’a dure, le petit François Baroin, recruté au gouvernement en tant que ministre du budget. On sait par contre que ce pur produit du chiraquisme de comptoir a dû se faire violence pour accepter le poste. Il l’explique, assez longuement, ce n’est pas aussi simple de plonger ainsi dans le grand bain des responsabilités nationales, et d’autant moins quand, comme lui, on est plus que sensible à, je cite, « l’appel de la rivière à truites. » Je vous laisse, tout bucolique, je vais acheter des asticots.

 

                                                                                                Frédo Ladrisse.

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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 21:02

phpThumb generated thumbnailjpgTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Suite à sa régionale branlée, le message de la droite est clair : on ne change rien, on continue et même, on accélère. « Il n’y a pas de nouveau contrat avec le peuple », claironne Fillon-le-fielleux, pour qui ce contrat fut paraphé, une fois pour toutes et pour mille ans, lors des dernières présidentielles. Ah bah pourquoi alors qu’y nous font encore voter, râle Robert-du-bistrot ? Telle est bien la question, Robert. Pour Fillon, « les popularités ou les humeurs, c’est quelque chose de changeant. » Spéciale dédicace à celles et ceusses qui ont, dans l’urne, glissé l’autre jour leur humeur. Quoi qu’il en soit on garde le cap, on poursuit les réformes, taïau taïau, car « rien n’existe que cela. » Après le fumeux TINA inventé par Thatcher (« There Is No Alternative »), on découvre, trente ans plus tard, sous la forme de ce REQC, une french version n’ayant rien à envier à sa grande sœur angliche, en termes de déni et de mythomanie.


     Pour autant, d’aucuns, au sein même de la majorité, frisent la crise de nerfs en ce moment. Chantal Jouanno, au hasard, se dit « désespérée » par  l’abandon de la taxe carbone, avant de se faire remettre en place par le maître du château himself : « les ministres n’ont pas à être désespérés, ils ont à faire leur travail », tacle-t-il, tout raide. La Jouanno, pour le coup, a « promis de rester plus discrète à l’avenir. » De se sparadraper la bouche, quoi. C’est que la place est bonne. Ceci dit la donzelle avait poussé le bouchon loin, affirmant que « c’est le Medef qui a planté la taxe carbone. » Pas écolo, le patronat ? Allons, ça se saurait… On rappellera au passage que pour Sarkoléon, au sortir du Grenelle de l’environnement, la taxe carbone représentait « une réforme aussi importante que l’abolition de la peine de mort. » Si ce type avait été élu en 1981, la guillotine aurait depuis moissonné quelques cous.


     Désespérés pareillement : les communistes français. Des départs massifs seraient à prévoir au Pcf, élus et militants mêlés. « Ce qui est sûr c’est que moi, je pars », marmonne Braouzec. Pour l’ancien maire de Saint-Denis, le Pcf a atteint « une forme dépassée et morte. » S’il prévoit d’embaumer d’ici quelques temps Marie-George, faudrait penser à le prévenir que c’est fait depuis longtemps.


     Dans le registre des dépressifs, nous trouvons aussi la Lepage. Ancienne ministre de Juppé (ce qui ne nous rajeunit pas), ce membre fondateur de Génération Ecologie, puis de Cap21, avait fini par se présenter sur la liste Udf du bouffon Santini. Vous en voulez encore ? Signataire de l’appel à l’origine de la création de Ni Putes Ni Soumises, elle déclarait, en 2006, se situer politiquement « entre le centre-droit et le centre-gauche. » Ce qui, dans son esprit malade, n’avait rien d’une boutade. Bref, déboussolée à l’extrême, elle rejoignait, l’année suivante, le Modem de Bayrou. Chagrinée par son résultat aux dernières régionales, Corinne Lepage quittait le Modem la semaine dernière, avec perte et fracas. «Le Modem a été sacrifié à l’obsession présidentielle de François Bayrou », se lamente alors celle qui fut victime de cette même obsession en 2002 (1,88% des voix) et y renonça en 2007, s’étant rendue compte juste à temps que, dans le domaine politique, le ridicule tue toujours. Une « carriériste sans foi ni loi », selon un de ces anciens coreligionnaires du Modem. Mais c’est encore euphémiser, tant les crocs de la Lepage défoncent les parquets. On la retrouvera, à coups-sûrs, d’ici un ou deux mois chez les écolos de Cohn-Bendit.


     Vous me direz : on s’en tape, et ça va être difficile sur ce point de vous donner tort. Car l’essentiel, aujourd’hui, n’est-il pas cette France socialiste, toute de rose vêtue, jouvencelle empucelée ? Oui, Mesdames et Messieurs (et Damoiselles pareillement), le miracle a eu lieu, le parti socialiste est ressuscité d’entre les morts ! Cependant, pour Aubry, « l’heure n’est pas au repos, ni à l’autosatisfaction. » Celle-là, pour prendre son pied et lâcher ses dossiers il lui faut quoi ? Le retour de Jospin ? Mais, comme pour en rajouter dans le registre du sinistre, la Première Secrétaire avoue « nous accueillons cette victoire avec gravité. » Graves, travailleurs et tristes : tels sont les socialistes français. On y croit comme du beurre en branche, en l’attente du prochain crêpage entre Aubry et Ségo. Lequel ne saurait tarder.


     L’espoir d’une alternance — pour ceux à qui ce mot parle encore —, davantage que par le Ps se trouve aujourd’hui incarné par cet autre revenant qu’est Dominique de Villepin. C’est dire où on en est. Candidat à rien depuis toujours, Galouzeau se rêve calife à la place du calife. S’apprêtant à lancer son propre mouvement il canarde Sarko et son idée de rupture, dans laquelle il voit « un contresens que de penser qu’on pouvait rompre avec la France. »  Tout de même, il nous met en garde : « je n’ai pas de solution miracle, et je ne suis pas là pour défendre une ambition personnelle. » C’est fou, tout de même, ce manque d’ambition personnelle, partagée par l’ensemble du petit personnel politique.


     Mais fi des idioties, parlons, tiens, de mardi dernier. On était tout de même 50 000 à défier le pouvoir dans les rues de Paris-la-Rebelle ! Okay, c’est dix fois moins qu’il y a un an à la même date, mais selon Thibault de la cégète la mobilisation a été « plutôt bonne. »  Dirait-on d’une grève générale reconductible expropriatrice qu’elle serait plutôt bonne ? Certainement non. La cégète et les fonctionnaires des syndicats félons la considéreraient comme une grève illégale, digne de répression. Raison de plus pour l’entamer, sur le tas et sans plus tarder.


     Ce fut un beau mardi tout de même, comme l’autruche les aime, mardi chômé, mardi de rires, mardi de rêves partagés, mardi gras de complicités et de rock’n’roll, en les basses . Mardi-moi tout, en somme. Mardi à presque en oublier que le lendemain, c’est mercredi.


     Et voilà-t-y pas que mercredi mon Robert-du-bistrot passe me voir les fouilles chargées de stickers « No Sarkozy Day. » Robert, je l’aime, depuis 45 ans et en secret, alors il me donne ses machins moi, comme un idiot, je les colle. Un peu plus tard j’apprends que le violet qui dégouline des autocollants, des t-shirts, des affiches, « symbolise la neutralité politique et syndicale. » Arf. Je me suis fait niquer, une fois encore, trop con. Moi qui suis rien moins que neutre, moi qui abhorre la neutralité, je ne fus ensuite pas mécontent d’apprendre que leur « no sarko day »à la mord-moi le gland, que leur manif à base de violet à la noix, avait finalement fait un bide. La morale de cette morale pourrait être celle-ci : Guy Bedos ou sa sœur, Noël Godin ou sa mère, Siné-hebdo ou pas, à force de prendre les lecteurs pour des demeurés mémorables on finit par se retrouver un peu seul sur le pavé. Que ça vous serve de leçon, la prochaine fois pas plus de violet que de neutralité, les enfants !


     En Belgique, on ne saurait être neutre. En Belgique la police vient la nuit dans certain camping, et marque les caravanes habitées par les Roms d’une croix jaune, haute et bien visible. Sans prévenir, sans même frapper à la porte. Dans quel but ? Intimidation. Pour forcer les départs, parce qu’il est temps qu’ils s’en aillent. Pour les Roms, quel que soit le pays, le lieu, c’est toujours temps de s’en aller : les gens du voyage, ça voyage, alors ça ne reste pas ici. Les croix jaunes, c’est à Binche, en Wallonie. Ailleurs c’est moins doux, comme dans l’Italie actuelle des pogroms anti-Roms ou dans le Sarkozystan qui ne s’embarrasse guère de croix avant d’envoyer les gendarmes nettoyer les campements. A Binche, en Wallonie, les habitants trouvent choquante l’attitude de leur police : « on est tout de même pas chez les juifs », s’insurge une dame, bien mise en plis. Je vous laisse le soin de décoder cette phrase, si vous en avez le courage.


                                                                                                  Frédo Ladrisse.

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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 19:44

images-copie-9.jpegTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Après une semaine où fut tiré à boulets bleus, à boulets blancs à boulets rouges, sur cette monstruosité qu’est, n’en doutons pas, l’abstention, c’est non sans gourmandise qu’on l’a vu battre de nouveaux records. Gourmandise modérée par le peu d’attrait qu’a l’autruche pour le jeu électoral, auxquels, qu’ils le veuillent ou non, participent l’abstention et son taux — un chiffre de plus, quoi. Finalement, l’intérêt premier de ladite abstention réside dans les réactions qu’elle suscite par endroit de la part de la crasse politique et chez les bien-votants. Ainsi, dans Le Monde de lundi dernier,  un universitaire du nom d’Alain Borot, expliquait son ampleur par « l’influence croissante d’écrits comme « l’insurrection qui vient », ou la popularité de Zizek dans certains milieux », lesquelles seraient « autant d’indices qu’un activisme à coloration anarchiste a pris le relai de la stratégie de communication électorale dans les nébuleuses de l’action radicale. » Diable, diantre et morbleu, les 23 millions de non-votants seraient donc « à coloration anarchiste » ? Il faudrait dès lors prendre garde, d’autant que, selon le monsieur de l’université, « la dissolution de la logorrhée trotskyste dans l’éructation démagogue du NPA, et la baisse dudit NPA dans les urnes, ont sans doute privé la gesticulation gauchiste de toute crédibilité auprès des troupes les plus résolues de la mouvance révolutionnaire» — là, reprenez votre respiration —,car fatalement « si le gauchisme n’est plus soluble dans la salive ni dans les urnes, c’est le retour à l’action anarchiste du XIXe siècle », aux « actions irresponsables contre les services publics » qui, re-fatalement, devinez quoi ?, « ouvrira la voie au fascisme. » La boucle est là bouclée, en une démonstration qui, bien que capillotractée (1), s’achève sur l’équation abstention=fascisme. De la à en conclure que tous les abstentionnistes sont, en puissance, des nazillons, il y a un pas qu’Alain Borot est à deux orteils de franchir. S’il s’en abstient —ah ah—, c’est peut-être en raison d’une petite lueur de conscience qui, au milieu de son délire, lui rappelle que si les urnes était un solide rempart contre le fascisme, Hitler n’aurait jamais quitté son bac à sable vert-de-gris.


Plutôt que de hurler au loup et d’agiter le chiffon noir d’une insurrection qui ne vient pas, le monsieur de l’université, à l’instar de tous les défenseurs du guignol de foire agricole qu’est la démocratie dite représentative, ferait mieux de se concentrer sur les actions concrètes susceptibles de lutter contre l’abstention. Qu’ils prennent donc en exemple cet association de Lille qui organisait  dimanche un gala de boxe éducative —il faut croire que ça existe—, et proposait d’offrir un sandwich à toute personne se présentant avec sa carte d’électeur, dûment tamponnée. Vous allez me dire : faut aimer la boxe. Oui, et faut aimer les sandwichs. Le plus simple serait peut-être, comme dans les centres de don du sang, d’offrir dans les bureaux de vote casse-dalle et coup de rouge ? Paraît qu’on y songe, en haut-lieu.


Tout là-haut, sur les cimes, on songe également à la baffe qu’on vient de se manger, assez monumentale. On y songe et puis, comme Dutronc, on oublie : une chose est de pousser aux urnes, en jouant sur la peur, ces mécréants d’abstentionnistes, une autre est de tenir compte de leurs votes éventuels. Avant même que soit connue l’ampleur de la défaite, l’Elysée, par le truchement de Claude Guéant, prévenait : même si « de petits aménagements méritent d’être faits », le maître du château n’ira pas au-delà d’un « remaniement qui sera modeste et technique, quel que soit le cas de figure. » Alain Jouyandet, maire de Vesoul, par ailleurs secrétaire d’Etat à la francophonie sera-t-il remercié, tandis  que Michel Mercier, ministre de l’espace rural (alors qu’on le pensait Angélique), prendra la place d’Henri de Raincourt ? Intenable suspense. Mais «il peut y avoir du sens politique dans le technique », s’insurge le Guéant qui, on le sait, n’en est plus à un foutage de gueule près.


Quoi qu’il en soit, la semaine durant, c’est moins derrière l’abstentionniste que derrière l’électeur frontiste qu’a cavalé la droite. Le nazillon est volatile, qui assura l’élection de Sarkozy en 2007. Cependant, pour le convaincre de tourner casaque, 6 jours ce fut un peu court, même si la mort d’un flic, buté par l’ETA, fut mise à contribution dans le registre du tout-sécuritaire, et on en entendit de bonnes, crachées par Fillon et Sarko. « Quand on insulte un policier, un jour, on le frappera. Alors, ce n’est pas étonnant si, un jour, on le tue. » Raccourci, qui relève du sophisme plutôt que de l’étude de mœurs, raccourci qui permet cependant au seigneur du château d’en rajouter dans la menace : « le ministère public portera plainte au moindre manquement de respect d’un fonctionnaire de police. » C’est assez présager de ce que l’autruche, par exemple, risque de laisser sur le carreau en terme de plumes et croupion, si elle s’entête à, par exemple, continuer d’affirmer que les flics sont des ânes, des baltringues congénitaux, des crétins des deux-Alpes, des trous du cul, des cons.


L’autruche en était là de ses considérations policières, quand elle apprît, quelle surprise, qu’une fois de plus les golios de la place Beauvau avait gravement merdés. En lieu et place des photos censées représenter le commando ETA ayant dézingué le brigadier, ces bovidés ont diffusé celle d’une brave escouade de pompiers catalans, venus faire un stage en France. A la télé, dans les journaux, les pauvres ont découverts leurs binettes, sur l’avis de recherche. Cependant, selon Péchenard, directeur général de la Police Française, la procédure fut respectée, appliquée dans les règles de l’art, et tout va pour le mieux dans le monde merveilleux du commissaire Bisou : « non seulement nous n’avons pas fait trop vite, mais nous avons fait exactement comme il le fallait. » Bravo, donc, et que chaque citoyen s’apprête à découvrir sa tronche en Une des quotidiens, avec la mention « terroriste ». Le comble de la mauvaise foi revenait, dans cette affaire, au porte-parole du parquet, laquelle affirmait sans frémir que « la diffusion de ces images permet de refermer cette piste. » Mais QUELLE PISTE ??, ont hurlé en choeur les pompiers catalans, claquemurés dans leur hôtel, de peur de se faire dessouder par un flic zélé si ils mettaient le nez dehors. Ensuite, à ce qu’on nous dit, ils auraient bouclé vite fait leur valise et quitté, au pas de charge, ce pays de dingo-paranos.     


Ils n’auront donc pas eu le loisir de visiter le plus grand centre de rétention de France, qui ouvrira ses portes d’ici à quelques jours, à proximité de l’aéroport de Roissy. La législation limitant à 120 le nombre de places dans un centre de rétention, on en a donc construit deux, reliés par une passerelle. Ce qui nous fait 240 places, derrière les hauts grillages, barbelés et chemins de ronde. La Cimade, qui l’a visité, parle ni plus ni moins d’un « camp d’internement pour étrangers », d’un « espace sécuritaire, totalement déshumanisé. »  A l’intérieur se multiplient les caméras de surveillance et les détecteurs de mouvements, les portes et les grilles, actionnées à distance. Vive le progrès, donc, au service des ambitions d’un Eric Besson qui, bien que se faisant discret pour cause d’élections et à la demande de son maître, ne s’en apprête pas moins à présenter un « projet de loi visant à simplifier le retour forcé d’étrangers en situation irrégulière ». Encore faut-il les « retenir » avant de les embarquer, d’où la construction de nouveaux centres, à un jet de pavé des grands aéroports, et faisant usage à foison des technologies de pointe en matière de contrôle des corps mais aussi des esprits. Il y a quelques jours une amie, laquelle vit une belle quoique forcément chahutée histoire d’amour avec un garçon sans-papiers, me confiait que son homme, après avoir goûté aux deux, trouvait que le centre de rétention c’était pire que la prison. Etonnant, non ? Même pas.


Autres prisons, bien qu’à ciel ouvert : les territoires palestiniens. On s’y dirige sûrement et pas forcément lentement vers une troisième intifada, suite aux provocations de l’Etat israélien, qui accélère ses programmes de construction de logements et de judaïsation de Jérusalem-Est, la partie Arabe de la ville. Netanyahu l’a dit : « Jérusalem et Tel-Aviv, c’est pareil. On construit là-bas comme ici. » Et de multiplier, dans ces mêmes quartiers, la destruction de maisons palestiniennes « illégales », sur les ruines desquelles on érigera des immeubles, destinés aux israéliens non-arabes. Pour Israël, aucun problème, tant que l’ami américain ne hausse pas la voix. Or, c’est pas pour demain : il suffit, pour s’en convaincre, d’écouter Joe Biden, vice-président américain, pour qui «la pierre angulaire de la relation entre les Etats-Unis et Israël est notre engagement absolu, total et sans réserve en faveur de la sécurité d’Israël. » Sans réserve, n’est-ce pas. Tout est dit. 


Peuvent donc crever les jeunes Palestiniens, au nom de la sécurité de l’Etat israélien. Quitte à crever ils y vont donc, autant que ce soit en se battant plutôt qu’en se lamentant en l’attente d’une aide internationale qui ne vient pas, car bloquée aux check-points. Comme tous ceux qui n’ont plus aucune sorte d’espoir, il leur reste les pierres. Pendant ce temps, en Israël, on fait chauffer le moteur du char et de l’avion de chasse. Reste-t-il quelque chose à détruire à Gaza ? Oui, un peu de population.


Pendant ce temps, le pape a honte. Non pas de laisser agoniser les palestiniens sans broncher, non pas de proposer la canonisation de son prédécesseur Pie XII — grand collaborateur devant l’éternel et chéri par Adolf en son temps—, mais parce qu’il semblerait que le clergé irlandais soit le plus grand rassemblement de pédophiles actifs que l’Histoire ait jamais connu. « Je sais que rien ne peut effacer le mal », confie Benoit-le-bêta. Et d’appeler les victimes des prêtres « à la réconciliation, à la guérison intérieure et à la paix. » Amen. Pour le pape, il est grand le mystère de la bite fourrée dans la bouche des enfants, aussi sa Sainteté semble, sur le sujet, totalement larguée : « vous avez terriblement souffert, et j’en suis vraiment désolé », pleurniche le souverain poncif. « Votre confiance a été trahie, et votre dignité violée. » Ah. « Dignité », c’est comme ça que dans l’Eglise on appelle l’anus des petits chanteurs à la croix de bois ? Fort heureusement, désormais, le progrès —toujours lui— autorisera les soutanes insanes et violeuses à se faire pardonner en toute impunité et sans même bouger leur gros cul : un service téléphonique permet maintenant de se confesser, je vous donne le numéro dans le cas, peu probable, où vous auriez quelques petites choses à vous faire pardonner : 0892 46 DIEU (0,34 euros/minute). Le Fil du Seigneur, ça s’appelle. En revanche on ne nous explique pas quel numéro appeler si on souhaite pécher, tranquille, au téléphone. Une idée marketing, à fouiller si le cœur vous en dit.            


                                                                                                   Frédo
Ladrisse.

 

(1) Capillotractée : tirée par les cheveux
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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 21:30

images-copie-8.jpegTirant tête hors du trou, qu’entends-je ?  J’entends des résultats jusqu’à saturation, des chiffres à filer la nausée, bref, soirée électorale. Bayrou s’effondre Frêche flambe, le Front National est tout requinqué  — merci qui ? merci m’sieur Besson —, tout est dit non ? Ecoutons donc, plutôt, ce que l’on n’entend pas. En ce jour de premier tour de piste fut déclarée cause nationale la lutte contre l’abstention, cet hydre, cette monstruosité laquelle ne manquera pas, un jour, de devenir un délit. Des véritables raisons qui détournèrent du cirque plus d’un électeur sur deux, on ne nous dit pourtant pas grand chose. Tout au plus sentence-t-on, moralise-t-on à outrance, « s’abstenir, c’est déserter », nous averti ainsi le site « citoyen » Agora vox, avant d’enfiler les poncifs autant que les contrevérités. « Abstention : une absence de sens », c’est le titre de l’article en question. « Ne pas voter, c’est minimiser l’acte de tous ceux qui sont allés exprimer leur suffrage » — et quand bien même ? —,  alors que voter, nous explique-t-on,  « c’est être présent, bien présent, c’est affirmer que mon choix compte. » Pour finir, bien évidemment, on n’évitera pas de nous rappeler que s’abstenir c’est, systématiquement et sans qu’on sache au juste pourquoi, faire le jeu de la droite et, même, horreur, du lepénisme. Mais pourquoi donc s’acharner à tenter de culpabiliser cet abstentionniste qui ne serait, toujours selon Agora vox, qu’un « étourdi qui ne sait pas que, dimanche, on vote. » Autrement dit, un abruti ?


     Laissons ces excités de l’urne et de l’isoloir prendre leur pied et se sentir exister durant le court instant où seront énoncées, à voix haute, leurs identités nationales, concentrons-nous plutôt sur l’information capitale de la semaine : selon une étude britannique de la plus haute importance, l’infidélité rendrait con. Plus exactement : « les analyses empiriques montrent que plus les hommes sont intelligents plus ils respectent la monogamie et l’exclusivité sexuelle. » Loin de moi l’idée de critiquer l’idée de fidélité (je suis moi-même très intelligent), mais enfin… Le docteur Kanazawa, auteur de ladite étude, prend-t-il Bill Clinton, Dominique Strauss-Kahn, le prince Charles et Berlusconi pour d’irrécupérables idiots ? On voit que la démonstration du brave docteur ne tient pas…


      On ne sait si Benoist Apparu, secrétaire d’Etat au logement, est fidèle en amour, mais il l’est, à coups-sûrs, en matière de défense de la propriété privée. La trêve hivernale achevée, les expulsions vont reprendre, et comme plusieurs associations demandent un moratoire — c’est la crise, oui ou merde ? —, Apparu leur a répondu que ce n’était pas la solution : « les propriétaires vont se dire : « je ne loge plus de foyers modestes, car si derrière il y a un pépin pour payer le loyer, je ne pourrais plus récupérer mon logement. » L’essentiel serait donc de ne pas effrayer le proprio, et que les bougres sans toit claquent sur les trottoirs (320 sdf sont morts en France, en 2009), cela, n’est-ce pas, reste anecdotique. Pour autant, ne croyez pas que monsieur le secrétaire d’Etat serait sec sur le plan des idées. Il faudrait, selon lui, permettre « dès le deuxième mois d’impayés, d’avoir un travailleur social qui va intervenir pour régulariser la situation. » Travailleur social : c’est comme ça maintenant qu’on appelle les huissiers ?


     Avec un peu de chance, les nouveaux expulsés se verront offrir, par la police, une nuit au chaud, au gnouf. On sait qu’en 2009, le nombre de gardes à vue a littéralement explosé, jusqu’à atteindre le chiffre délirantissime de 900.000. Selon Hortefeux-nouille — spécial dédicace à Hélène, qui farte grave à Gap et à qui nous devons la nouille —, selon Hortefeux, donc, ce chiffre est « dû à une plus grande activité des services. » On s’en serait douté, merci, tant il est vrai que plus y’a de flics, plus y’a d’arrestations. Par ailleurs, sur le fond, cette grande activité ne saurait poser de problèmes, puisque d’après Hortefeux-lement, « nos concitoyens savent que la police a pour seule ambition de protéger et d’assurer la sécurité de chacun », et qu’il se déclare « convaincu que l’immense majorité des Français soutient les forces de sécurité. » L’habituelle distorsion entre, d’une part,  les ministérielles convictions nourries au pus sécuritaire, d’autre part la réalité du toujours très vivant sentiment anti-flic, atteint ici son point nodal. Ils nous chient sur le crâne à longueur de temps, mais ils s’étonnent encore de n’être point aimés. Des ânes, rien que des ânes.   


     E
xpulsé, pour l’éternité, Ferrat a donc taillé la route. Du coup la montagne est moins belle. Il reste qui, sur le sentier, à creuser la branche de noisetier, y bricoler des flèches ? Reste Leprest, et puis c’est tout. Et ce n’était pas rien d’apprendre, dans la même semaine, le départ de Ferrat et celui de Kelly, la plus Girlschool des girls hors school. Encore la place nous manque-t-elle pour saluer comme il se devrait l’immense Patrick Topaloff et Gicquel le rabougri, pareillement claqués. Mais assez déconné : Kelly est morte, Ferrat est mort, et moi-même je ne me sens pas au mieux de ma forme. Fuck la mort, hein Leprest ?

 

                                                                                                    Frédo Ladrisse.
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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 22:15

images-copie-7.jpegTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Ça râle, ça grommelle, sur le front social, mieux, ça commence à montrer les crocs, ça s’aiguise les incisives. Bientôt les flashes radio ne seront plus que litanie énumérant grèves, piquets, revendications, séquestrations ! Quoi, on peut rêver, non ? Si le printemps c’est pas demain c’est quand même pour dans pas longtemps ! Pour l’heure, ça bourgeonne, un peu mollement certes, mais ça pousse. Un exemple, dans le flot : les gars Renault de Douai l’autre matin. Hop, dès potron-minet, grève surprise, et que je te la bloque moi l’usine, et que je te le pousse mon coup de tronche. Guy Pottiez, de la cégète : « nous demandons à la direction d’ouvrir la boîte à pognon. » Il a pas tort, le Guy, si ce n’est qu’il demande, au lieu de prendre. Quoi qu’il en soit la direction elle ouvre rien du tout, même pas son habituelle grande gueule. Elle rappelle juste, comme en un souffle, que, m’enfin, c’est la crise ! Sauriez-vous un jour, pauvres gueux, vous l’enfoncer dans le crâne ?


     Chez les grecs, c’est fait. Blocage des salaires, diminution drastique des retraites, licenciements massifs et autres plans d’austérité en-veux-tu-en-voilà, soyez certains qu’ils ont compris ce que signifie le mot crise. Heureusement, d’autres pays de la glorieuse Europe ne manquent pas d’idées pour sauver de la faillite le berceau gnagnagna de notre civilisation, à l’image de l’Allemagne, qui, par la voix de son député Frank Schäffler, estime que « l’Etat grec doit vendre des propriétés foncières, comme par exemple des îles. » Solution radicale peut-être, mais solution finale. Et si l’Allemand de base n’a pas le pognon pour s’offrir un bout de Skopelos, il peut choisir d’attendre que la crise envahisse la France par une financière blitzkrieg : il pourra alors se payer, je sais pas moi, Vesoul ? 


     Trêve de galéjades. Notre bien- aimé Sarkoland n’en est pas encore rendu à ce genre d’extrémité, et conservera ses bourgades — même Vesoul, c’est dire. La crise, pour l’heure, ne fait jamais que nous effleurer, j’en veux pour preuve que certains commerces à la vitalité criante se permettent de pratiquer des promotions sur des produits qui, par ailleurs, ont fait la preuve de leur inutilité. Ainsi, un commerçant de Bordeaux proposait il y a peu une remise de 5% à tout client qui s’engageait à voter pour les Régionales, quel que soit le candidat choisi. « Voter peut rapporter », c’était le slogan de la semaine, affiché sur la porte de la riante supérette. Comme le résume si bien la femme avec qui  je partage mes endives au jambon : pour qui n’a rien à vendre, il faut croire que tout s’achète.


     J’avoue ne pas avoir tout à fait saisi le sens de cette dernière phrase, mais bon : son auteure étant une pierredaco-desprogienne de haute volée, j’ai préféré rire sans comprendre. C’est toujours mieux que le contraire.


     Trêve de galéjades, disais-je, et fi des considérations sur les endives, sur le jambon, revenons à nos moutons, autrement dit aux électeurs. Dimanche c’est le grand cirque, savez-vous, la piste aux étoiles mornées. Alors ça se montre, ça se frotte au peuple, ça le renifle sur les marchés et jusque dans le métro, ça s’engraille les pognes à serrer la main des bouchers, tout est bon dans le mouton, à partir du moment où il a sa carte d’électeur. Ça s’empeigne aussi, bing et beignes, à Montpellier Frêche bouge encore, qui bave, à propos de Martine Aubry : « elle va tenter un coup fourré, mais je vais me charger de sa réputation après les régionales. » Et de conclure, son gros cul posé sur le rebord du pinacle : « en m’attaquant, elle m’a transformé en icône. » En toute simplicité… Encore, pour se faire une idée du niveau de ces cancrelats, fallait-il voir Le Pen sur scène, dans les Bouches-du-Rhône, défendre « cette France blanche et chrétienne, menacée de disparaître », dénoncer « les mosquées qui poussent comme des champignons », assurer que « si demain la burqa est autorisée [à noter: on ne savait pas qu’elle était d’hors-et-déjà interdite], elle sera obligatoire dans certaines parties du territoire. » Cessons là. Laissons-le sombrer, corps et mal. Félicitons-nous simplement de voir Marine, la fifille en quête perpétuelle de respectabilité, s’arracher de pleines touffes de cheveux à chaque delirium de son grabataire de père.


     Et pendant que Jean-Marie compte les minarets, petit Sarko bat la campagne. Pour voyager, ça, ça voyage ! Toujours le même scénario, vider une ville de ses occupants, la remplir de flics et de militants Ump, un discours et petit tour vite fait puis retour au château et en hélico, s’il-vous-plaît, y’a Carla qui fait des gnocchis. Le Sarko-tour, cependant, si il est bien rôdé, ne peut éviter que parfois ça se mette à tanguer voir à partir en vrille. Ainsi, tout récemment, en déplacement en Charente not’président lui-même a annoncé le déblocage d’une aide exceptionnelle et déclaré dans cette région où, une fois la tempête passée, on avait repêché une cinquantaine de noyés, que ça allait permettre aux sinistrés de, sic, « sortir la tête de l’eau. » On voit qu’Yves Jégo n’a pas tort qui, en matière de discours, lui déconseille toute improvisation.


      Au collège, au lycée, toute improvisation sera pareillement proscrite, car soumise aux sunlights des caméras de surveillance. Après avoir supprimé des milliers de postes dans les bahuts, le ministre Bertrand s’emballe : « nous proposons très clairement que dans chaque lycée de chacune des régions, il y ait de la vidéosurveillance pour mieux protéger les Français. » Pour mieux, et de mieux en mieux, et toujours mieux les protéger, je propose au ministre et à ses affidés la « méthode Carrefour », laquelle  est d’une simplicité à faire pâlir de jalousie tous les Goebbels de province.  Prenez quatre vigiles, s’acharnant sur un pauvre bougre qui, crime horrible s’il en est, a tenté  de soustraire sans envisager de la payer une canette de bière. Bien entendu, la bande des quatre s’acharne un tantinet sur lui, au point que le type, flûte, il meurt. Ballot. Deux de ces tristes sires sont alors placés en préventive, pour le principe, et demandent immédiatement à être remis en liberté, arguant des « railleries » dont ils seraient victimes en prison, les pov’ choux. La société Carrefour, qui demeure leur employeur, déclare de son côté que si jamais ils sont libérés elle compte bien les réintégrer. « Mais pas au même poste », précise un avocat. Pourquoi, pas au même poste ? Il me semble  qu’ils ont fait leurs preuves.

 

                                                                                           Frédo Ladrisse.
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