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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 22:24

Tiru-2-copie.jpgTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Ils ont remanié, et après ? Sentiment partagé par nombre de quidam, que le tango des ministères laisse de pierre et sans voix. Poules confrontées au couteau du néopétainisme, nous voici démunis, en même temps qu’indifférents au jeu d’ombres chinoises censé nous ensuquer. Car enfin que nous chaut la reconduction de Fillon, celle de Mitterrand ou Mam, et les jetages d’un Borloo, d’une Yade, d’un Woerth ? Méfiance, cependant : au creux de ce remaniement-songe se planque un message, sournois, en forme de nouvelle claque adressée à nous autres. C’est qu’il se disait, comme en creux, que la nomination de Borloo au poste de premier ministre serait la réponse de Sarko aux millions de manifestants battant pavé rouge en octobre, en novembre, quatre semaines durant. Un virage social, quoi, à la sauce droitière soit, mais tout de même : un virage, un genre de pause dans la casse de nos droits. Eh bien, même pas ça. Ce n’était pourtant qu’une façon de minimum légal, très insuffisant, très futile — car enfin nous ne fîmes pas grève pour exiger que Borloo rejoigne Matignon. C’était rien, pratiquement de l’insignifiance : dans ce contexte, reconduire Fillon devient par contre très signifiant. Il n’y aura pas de pause, les bulldozers antisociaux ne laisseront pas, une seconde, reposer leurs moteurs. Non seulement les tenants du Sarkozystan-pour-mille-ans ne nous entendent pas, mais aussi, surtout, nous méprisent. Le seul et unique message de ce remaniement : Français, on vous emmerde, et on va continuer.       

      Pendant ce temps, en provenance du pays où, à ce qu’on nous rabâche, nul ne manifeste jamais chacun restant chez soi à gober les couleuvres néoconservatrices comme autant de fourchetées de panse de brebis farcie, monte un cri tout à fait de saison : « tous ensemble, tous ensemble, general strike ! », hurlaient, en français dans le texte s’il-vous-plaît, près de 50 000 étudiants dans les rues de Londres le 10 novembre, avant de s’affronter durement aux robocops locaux, puis de les déborder et de s’en aller ruiner le siège du parti au pouvoir. La raison de cette colère ? Rien, une broutille, le triplement des frais d’inscription à l’université, à hauteur de 10 000 euros. Pas de quoi s’énerver, n’est-ce pas, cependant ces soi-disant stoïques sujets britanniques semblent, cette fois et durablement, dégondés. « Le radicalisme est dans l’air, la rage est palpable », prévient ainsi Zoé Pilger dans The Indépendant. Ah, que Bakounine fasse que les outre-manchots prennent la relève de la colère !, puisqu’en France elle se calme, s’assoupit, se renfrogne sous le bonnet de nuit. Au pied de l’incinérateur d’ordures en la ville de Saint-Ouen, nous avons, par exemple, dans la matinée de samedi, plié gaules et calicots. Les cheminées réintoxiquent, et le vieux nazi faisant office d’agent de sécurité jubile sous son casque à la con, tout est rentré dans l’ordre patron, valsent les camions-poubelles sous les quolibets des grévistes. Pour autant, tout n’est pas perdu : on a surtout beaucoup gagné en dix jours sous les tentes à bloquer ces ordures, certaines humaines. Gagné du temps, de l’échange et du sens, de l’énergie, du partage, de la solide solidarité, de la bien concrète, de celle qu’on touche du doigt et qu’on sent dans la bouche. Certes on est retourné au taf sans que l’avorton du palais n’ait consenti à abroger cette loi inique et promulguée — tout un symbole — lors d’une nuit sans lune, mais, au-delà du fait qu’on l’attend au prochain tournant, lui et son gang mafioso, nous voilà requinqués comme jamais, les batteries à bloc, tout à fait prêts à en découdre. Si les autorités s’en moquent, à l’abri de la plèbe pensent-ils, protégés par une forêt de centaures oblitérés Police, les bureaucraties syndicales, de leur côté, s’inquiètent à juste titre de cette hargne soudaine, qu’elles savent incontrôlable. Ça flippe dans les permanences car un mouvement tel celui que nous venons de vivre, agit comme un révélateur des farces et attrapes que nous bradent à longueur de temps ces rabougris marchands d’opium et autres professionnels du syndicalisme de salon. Lorsqu’au bout de dix jours de blocage, nuit et jour sous pluie et vent, le délégué local — celui-là, qui accoure quand se pointent les caméras, et qu’autrement on ne voit jamais —, quand il n’ose plus pointer son museau en AG, moi je dis que c’est plutôt bon signe. S’ils ne sont plus ici c’est qu’on avance, vous ne trouvez pas ?

     Ce sentiment, je ne doute pas qu’il soit aujourd’hui partagé par certains producteurs de viande, totalement enfumés par leur propre syndicat, l’innommable FNSEA, lequel, après signature d’un accord sous les ors du ministère de l’agriculture, appelait ses militants à lever le blocage des abattoirs. Or les gars, aux abois, demandaient 60 centimes de plus sur le kilo de bidoche. Le syndicat a lâché, et signé avec les patrons pour 2 à 5 centimes. « C’est le premier pas de la marche en avant pour la hausse des prix et les 60 centimes », déclarait Pierre Chevalier, un de ces fourbes à la si prompte signature. Ce ne sont pas les branches hautes qui manquent, en nos riantes campagnes. Reste à trouver la corde.     

       Mais chut, tais-toi ô ma rancœur, l’essentiel est ailleurs. Il est, paraît-il, dans le projet du Parti Socialiste. Non je déconne. N’empêche, ils ne sont pas tristes ces pitres, à l’instar de François Hollande qui, se positionnant en vue de 2012, se campe en fin stratège : « j’ai laissé passé le coup d’avant pour être maintenant dans le coup du jour. » Bien vu mister Flamby, laisse passer les coups, laisse… Concernant le projet lui-même, l’ex-premier secrétaire estime que « le risque, c’est l’indifférence. » Le problème est de taille, dans la mesure où même de cette indifférence, finalement on s’en tape. Pour le métrosexuel Manuel Valls, « l’exigence de vérité et de crédibilité s’impose » en cette année, manière de dire sans le dire que, depuis Jaurès au moins, mensonge et grand n’importe quoi sont les deux faces d’une même (fausse) monnaie qui a pour nom Parti Socialiste. Valls tient cependant à mettre en garde ses camarades contre une « mélanchonisation des esprits. » La formule serait bien trouvée qu’elle resterait ardue à prononcer. Gageons que Ségolène Royal lui préférera quelque chose comme la mélanchonnitude.

 

                                                                                            Frédo Ladrisse.

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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 16:39

101104-SO-Tiru-DM--39-.JPG Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Devisant l’autre soir avec l’ami Maunoury —  foisonnant barbu délicat livrant parfois, sur ce blog même, ses photographies telle celle illustrant cet article —, on se disait comme ça qu’Obama, on s’en tape. C’est qu’en cette nuit de novembre à la douceur étrange nous nous trouvions au pied de l’incinérateur d’ordures, sise en la bonne ville de Saint-Ouen, 93400. Incinérateur bloqué par d’irréductibles farouches pour qui, décidemment, le combat ce n’est pas tant qu’il continue, c’est qu’il ne s’arrête jamais. La cheminée crachait encore, mais plus pour très longtemps, ses volutes de dioxine, et la presse venait de nous être livrée, à domicile s’il-vous-plaît: les copains de la plateforme NMPP, toute proche, passaient, de tournée en tournée, refiler aux bloqueurs de la nuit du papier encore chaud, à l’encre mal séchée. Pour tenir sans dormir je vous assure, les amis, que ça vaut les croissants. Or donc, à la Une, Obama. « Nous avons pris une dérouillée », glapissait le maître du monde. Oui je sais: aucun intérêt. Le Parisien titrait lui sur « le troc sexuel », en gavait ses pages 2 et 3, c’est dire si le sujet est hautement gravissime. Plus tard et vainement, nous avons cherché dans Libé trace de la continuation du mouvement actuel : un entrefilet et à peine, faisait écho aux deux pleines pages consacrées à la grève qui agite… la BBC. Interview à l’appui, et tout. Tu vois pourquoi je lis pas Libé, me lança alors l’ami. Bin t’es en train de le lire, lui répondis-je, goguenardant.

      Dans la presse du jour ou plutôt, de cette nuit, il était également question en long et en traviole, du remaniement à venir, soporifique feuilleton servi aux laborieux, histoire qu’ils pensent à autre chose qu’à venir, par exemple, soutenir les piquets. Raffarin, à ce sujet, raffarinait à qui mieux-mieux : « ce qu’il faut à notre pays, c’est une rupture dans la rupture. » Maunoury, pour le coup, ça l’a rendu tout chose, perplexe quoi, limite embarqué dans un genre de vortex à haute teneur philométaprotosophique. De mon côté —solidarité volatile oblige—, j’étais plongé dans Le Canard, déchainé. Alors comme ça il paraîtrait que les journalistes bossant sur des dossiers sensibles sont fliqués à outrance, pistés, écoutés, visités ? Quelle nouvelle, belle Hélène ! On le savait depuis Clovis, cependant ces pratiques ne seraient plus d’actualité : c’est ce qu’en dit Squarcini, chef de la patrouille des barbouzes : « la DCRI n’a rien à voir avec ces carabistouilles. » N’ayant pas apporté sur le piquet mon dictionnaire, je décidai sur-le-champ de ranger l’expression dans la section patois ancien du Nord-Vesoul, et passai à autre chose. Tiens, Dsk est au régime, m’informa Maunoury, tout en se fendant d’un bâillement. De mon côté j’apprenais, parcourant Les Echos, si si, que Martine Aubry avait offert à Michel Rocard, pour ses 80 ans, une édition originale de l’œuvre de Proudhon. « Un cadeau en forme de clin d’œil », précisait le journaleux. Devant ce genre de révélation, pour ce qui était de cligner moi j’y allais des deux yeux. Soudain, un cri : autour du brasero la chorale des filles des cantines, en grève depuis quatre semaines, hurlaient du Renaud en se bougeant pour se réchauffer un brin: cinq heures du mat’ j’ai des frissons, c’est vrai que c’est déjà l’automne. François Copé, lui, ne tremble pas, qui déclare dans Le Figaro vouloir créer à l’assemblée un groupe de travail aux visées antigrèves : « bloquer les ports et les dépôts de carburant, c’est toucher aux fonctions vitales du pays, et ça ce n’est pas supportable. Il y a des choses qu’on ne peut pas laisser faire », menace-t-il, avant de reprocher au corps syndical d’utiliser « des méthodes d’un autre temps. » Hum hum, a lâché  Maunoury. Il a levé les yeux au ciel avant de rajouter: j’ai l’impression qu’il va pleuvoir.

 

                                                                                                 Frédo Ladrisse.

 

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 21:57

index-copie-4.jpegTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Alors comme ça il paraîtrait que les anarchistes grecs auraient tenté de faire imploser notre Sarkoléon ? Le porte-parole de la police d’Athènes a benoîtement déclaré « ignorer les mobiles de cette attaque. » Pas nécessairement au fait de l’état de délabrement, de délitement, de dégoût et colère dans lequel Sarko a plongé le pays, le chef de la police d’Athènes peut compter sur notre aide : on peut sans peine lui fournir une liste de « mobiles » et d’excellentes raisons d’éprouver le désir de voir enfin disparaître cette présidentielle engeance. Pour autant, serait-il confettisé par la grâce du TNT que ne seraient pas, on sait bien, résolus nos problèmes énormes. Le sarkozysme survivrait bien évidemment à son chef, comme n’importe quelle idéologie de mort. Ce n’est pas à l’homme qu’il convient donc de s’attaquer, mais aux idées qu’il véhicule et met en acte. On sait tous cela. Mais c’est plus difficile, n’est-ce pas ?

      La tâche est d’autant plus ardue que tous, depuis quelques années, tous, citoyens, militants ou non, nous avons fait un pas de côté, autrement dit un pas à droite. Tous, nous nous sommes droitisés, la petite musique de la contre-révolution néoconservatrice s’étant insinuée, l’air de rien, dans les cerveaux, en quantité, et ceux des anars y compris : il y a quelques années Le Monde Libertaire m’avait refusé un article, intitulé La marche du crabe (en archive sur ce blog), et qui défendait cette thèse. Au motif que certains faits qui y étaient rapportés étaient, parait-il inexacts, il n’avait pas été publié. Au-delà de la tentation, toujours bien présente chez certains camarades, de réécrire l’Histoire dans le bon sens, j’avais vu dans ce refus une condamnation, confuse. C’est que j’avais dépassé les bornes : une chose est de relever que la Cfdt n’a plus grand-chose à voir avec la Cfdt historique, ou de rappeler la tentation, de plus en plus évidente, qu’éprouve la droite traditionnelle pour le nationalisme pur jus. Une autre est de noter que, dans certains cortèges libertaires les services d’ordre s’opposent aux prétendus casseurs, voir les livrent aux flics. Pareillement, c’était blasphème de relever l’ambigüité des camarades lors des émeutes de 2005, quelques uns se permettant de les condamner sans les comprendre, sur le mode « on ne brûle pas une école ! » Blasphème encore que de rappeler que certaines organisations à visées révolutionnaires ont appelé à voter Chirac en 2002, ou Besancenot en 2007. Mais ça chut, faut pas le dire, ce n’est pas libertairement correct… . Un pas à droite donc, pour tout le monde, et sans distinction d’étiquette. Or, dans le même Monde Libertaire, dans l’éditorial de cette semaine, on peut lire ceci : « plutôt que de lancer un appel incantatoire entre toutes les luttes, j’aurais l’audace, certes naïve, d’appeler ces flics, ces patrons, ces hommes politiques (tous ne puent pas, tous ne sont pas des pourritures, tous ne sont pas des ordures), à tout lâcher et à nous rejoindre. » Sic. Re-sic. Et étranglement. Traditionnellement, l’éditorial de ce journal n’est pas signé. On ne saura donc sans doute jamais qui est ce « je », à « l’audace certes naïve ». Cependant, un souci : si l’édito n’est pas signé c’est qu’il est censé exprimer le point-de-vue, collectif, de la Fédération anarchiste, dont Le Monde libertaire est l’organe. Conclusion : la Fédération anarchiste appelle désormais policiers, patrons, hommes politiques, à nous rejoindre dans les cortèges. On n’est plus, ce faisant, dans la simple naïveté, laquelle sur ce coup a bon dos. On est, tout simplement, dans la bêtise du type « des flics, y’en a des biens » (voir la vidéo de Didier Super ci-dessous ), pire, dans la collaboration de classe, et au-delà encore concernant cet hallucinant appel à la poulaille. Défiler avec les condés ??... Si c’est pas, de la part des anars, faire là un gros pas à droite, si c’est pas renier l’air de rien quelques fondamentaux, que les plumes et le bec, alouette, m’en tombent illico !         

 

 

      Les journalistes, les baveux — tous ne puent pas, tous ne sont pas des ordures ? —, les chieurs de copie y en aurait des bien aussi ? Si tel était le cas, improbable, il est certain que ne serait pas rangée dans cette catégorie Marie Drucker, incalculable présentatrice du journal de La 2 qui, jeudi 28 octobre, jour de manifestation, n’y allait pas, c’est le moins qu’on puisse dire, avec le dos de la cuiller en bois: « malgré quelques irréductibles qui pensent encore pouvoir faire reculer le gouvernement, l’esprit des manifestants étaient à l’amertume. » Tiens donc, et rien que ça ! Les « irréductibles », par millions, ne semblaient pourtant guère se sentir isolés et d’amertume, pas un chouia. De la colère c’est clair, de l’inquiétude assurément, mais de l’amertume, nenni. Pensent-ils nous impressionner, ces porte-paroles de la Sarcloserie-des-Lilas, à comme ça reprendre les mots d’ordre d’un Woerth par exemple, pour qui « ça ne sert à rien de faire grève aujourd’hui contre la réforme des retraites », pour qui « dans une démocratie, on doit respecter les institutions, on doit respecter la loi de la majorité, la majorité issue des urnes. » Fermez le ban et l’arrière-ban, et rendez-vous en 2012 ! La belle fable que voilà, étayée, s’il en était besoin, par un certain Marc-Philippe Daubresse (retenez bien ce nom, car vous n’en entendrez plus jamais parler). Ce Daubresse, donc, ci-devant ministre de la jeunesse, tançait l’autre jour en direct des représentants de syndicats lycéens et étudiants : « on maintiendra cette réforme, y’a un président de la république, il s’appelle Nicolas Sarkozy, que ça plaise ou pas, c’est comme ça ! » Et plus tard de justifier la réforme en question par, je cite, « la météorite de la crise. » Contrairement à ce qui se dit, on peut voir que les dinosaures n’ont pas tous disparu : bien vivant est le daubressorus, dont la tonalité de ses adresses à la jeunesse fait très 1970. Mais tandis que ces monstres à tête plate dévorent goulument nos espoirs d’une société égalitaire et solidaire, le pachydermique Ps propose lui, eh bien, euh… Rendez-vous en 2012 ! En attendant, comme pour tuer le temps, les voilà qui s’amusent à réécrire l’Histoire, tel l’histrion Cambadelis, pour qui « en 2003, une majorité de syndicats a signé l’accord Fillon. » Se rendant compte de sa bévue, le gars s’empressa d’ajouter « enfin, sauf la Cgt, Fo et Sud. » Ce qui, en matière d’ «irréductibles », fait un peu de monde, non ? Les socialos les gagneront-ils, au moins, ces foutues élections pour lesquelles ils vendraient père, mère et belle-sœur ? Ce n’est même pas certain, d’autant que, depuis la mort de Paul-le-Poulpe, dernier grand analyste de la vie politique (juste devant Lalanne il est vrai), on a plus aucune certitude. Les Molex, pour leur part, en ont une : celle d’avoir tout perdu, de s’être fait dézinguer dans les grandes largeurs, abuser (euphémisme), voler, arnaquer, enfumer,… par les mafiosi de la finance pour lesquels si, à cinquante ans, t’as pas fermé d’usine Molex c’est que tu as raté ta vie. Ces crâneurs croiseront-ils un jour le chemin de nous autres, « irréductibles » ? Ce serait intéressant…

 

                                                                                                  Frédo Ladrisse


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25 octobre 2010 1 25 /10 /octobre /2010 20:55

1421611_3_c144_un-homme-expulse-d-un-camp-de-roms-pres.jpgTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? En raison d’un mouvement de grève impliquant une certaine catégorie de volatiles dont l’autruche, cette rubrique sera consacrée en totalité à… la grève (nous prions nos lecteurs de bien vouloir éviter de nous en excuser.) Ah, la grève… Au Sénat, la semaine dernière,  régnait un suspense intenable avant qu’y soit votée la loi portant réforme du système des retraites, comme ils disent. L’enculade générale en somme, comme nous disons, nous. En même temps, on s’en tamponne, de leur vote, mais à fond. On s’en bat l’occiput, mais grave : que nous chaut l’avis de la chambre dite haute, en vérité gérontostère, anté-mouroir aux relents de triques viagrées et de boules à la naphtaline? Qu’une poignée de sénilologues vantent le courage des croulants ne change rien à l’affaire : le vote du sénat n’a, au sens strict, aucune espèce d’importance. Sans importance aucune non plus, les propos de Fillon, qui, dimanche dernier, prévenait : « je ne laisserai pas bloquer le pays, je ne laisserai pas étouffer l’économie de la France. » Par économie, entendez : Total, Lagardère, Pinault Dassault et leurs amis. Les salariés, par contre, peuvent bien étouffer tant qu’ils veulent, c’est une chose, n’est-ce pas, dont les médéfiens ont appris à ne pas tenir compte.

     Pareillement sans conséquences, les dits d’un certain Vial, Olivier, président d’un certain collectif Stop La Grève — lequel n’est jamais qu’une ramification, je te le donne en mille Lucille, de l’UNI, syndicat étudiant issu de la plus rance France. « Nous voulons faire entendre la voix  de la majorité silencieuse, des opprimés victimes d’une prise en otage par les grévistes », assure le garçon qui, dans le même temps, juge que les sondages donnant une majorité de Français favorables à la poursuite du mouvement, eh bien ces sondages « ne sont pas justes. » Si tu le dis« Je peux vous promettre que, quand on se rend sur le terrain, on voit bien que… » Bon ça suffit, ferme ta bouche, petit bourgeois sans peine, sans chagrin et sans joie : c’est quoi pour toi, le terrain ? Le marché des Sablons à Neuilly-sur-Seine, le dimanche matin?  Néanmoins et comme il se doit, ce Collectif bénéficie du soutien des grands prêtres officiant, chaque jour, dans les officiels medias, amen. Curés d’entre les curés, l’increvable brailleur mais toujours dans le sens du vent Gérard Carreyrou, déclarait la semaine dernière qu’ « on a le droit de faire grève, on a le droit de manifester, on a aussi le droit de circuler : c’est une liberté fondamentale. » Reste à inscrire le droit de faire le plein de SP98 dans la Constitution. Pour ce baveux, de toutes façons, « c’est fini, c’est terminé, Nicolas Sarkozy a gagné la bataille. » En voilà, de la belle analyse journalistique, objective, non-influencée ! Au même moment Copé jouait, comme à son habitude, sur le registre La grève, c’est ringard. « Je comprend que certains soient grognons », osait-il au plus fort des manifestations, au moment même où Hortefeux envoyait sa flicaille aux trousses de la jeunesse et des ouvriers, tous pareillement révoltés, « mais bloquer des dépôts, c’est d’un autre temps ! » N’écoutant que son courage, front en sueur et micro tremblant, le journaleux qui lui faisait face osa tout de même lui demander à quels temps Copé faisait ainsi référence. « Au temps où on bloquait les usines, c’est-à-dire il y a plusieurs siècles ! » Les personnels de Filtrauto, de Nutrea, de Jacob Delafon j’en passe et des dizaines, apprécieront.

      Apprécieront également les 400 dockers venus, ce lundi à Marseille, prêter main forte aux camarades bloquant le dépôt de Fos-sur-Mer. « A l’aide de pelleteuses, les manifestants ont notamment déversé de la terre devant les camions des compagnies républicaines de sécurité », rapporte le Figaro. Que croyez-vous qu’elles firent, les compagnies fameuses ? Elles ont fermé leur claque-merde, et les ont laissé faire. C’est une chose que de flashballer quelques gamins devant un lycée, c’en est une autre, hein les Rambos, que d’affronter 400 dockers venus avec leurs pelleteuses…

      A propos des lycéens, tiens : une élève de Lyon a écopé, la semaine dernière, de cinq mois de prison ferme, oui j’ai bien écrit : ferme, pour avoir incendié une benne à ordures. Camille, toujours à Lyon, fera elle trois mois fermes encore, pour la dégradation d’un panneau JC Decaux, et refus de se soumettre au prélèvement d’ADN. Son avocate : « ce n’est pas une fille d’Action Directe, ce n’est pas une anarcho-libertaire ! » Ah. Elle aurait mangé quoi, sinon, perpète? Lou, Villeurbannais de 18 ans, contrairement à ses camarades croupissant en dépôt, comparaissait libre : accusé d’outrage et de violence à agent, il a reconnu avoir adressé quelques doigts d’honneur aux flics, mais, contrairement à leur version, nie leur avoir jeté un sac plastique rempli de feuilles mortes. Sic. On croit rêver ? Non. Verdict : il ramasse à la pelle deux mois de prison avec sursis et 700 euros d’amende.

     Dockers marseillais, marin-pêcheurs bretons, viticulteurs du sud-ouest et autres chauds bouillants devant lesquels gendarmes mobiles, position de la tortue ou pas, tremblotent et flippent des dents pire que les romains d’Astérix ; viticulteurs, marins, dockers,  ne pouvant malheureusement pas être de toutes nos manifs, c’est à nous de trouver les moyens d’impressionner les robocops, de figer leurs rires gras et faire taire leur blagues à deux balles (il faut voir, au moins une fois, le mépris que ces fonctionnaires de police affichent et sans vergogne envers, par exemple, un cortège de lycéens), à nous de les faire pisser de trouille dans leurs coquilles protège-coucouilles. Comment s’y prendre, dites-vous ? Parole d’autruche, en manif, enfouir la tête dans le sable n’est pas une bonne stratégie. Vive le feu, dites-vous ? J’attends donc vos propositions.

 

     Et Cependant que la justice embastillait à tour d’écrou la jeunesse de ce pays, le seigneur du Château, lui, réfléchissait tranquillou au futur remaniement, tout en croquant dans sa brioche. Borloo, pas Borloo ? Hum… Nous verrons si le gueux, au final, lui sied. Sa Royale Suffisance, absorbée tout entier par ses soucis de périnée — lequel, le fourbe, se relâche dès qu’il a le dos tourné —, n’a pas fait preuve, ces temps-ci, d’un exemplaire courage. En pleine crise impromptue tout au plus a-t-il, en passant, « ordonné le déblocage de tous les dépôts de carburants », ce qui eut pour effet de renforcer encore la détermination des camarades, sur les piquets. Il a prévenu, aussi, que « certaines limites ne doivent pas être franchies. » On n’en saura pas plus, mais comme en matière de franchissement c’est un connaisseur qui parle, on suppose que Sarko se comprend. Lâchant sa brioche pour une moule, il s’est tout de même offert une ballade à Deauville, en compagnie de Merkell — précision d’importance : ce n’est pas le nom de son labrador, mais celui de la chancelière allemande. Merkell la fidèle, Merkell au museau propre et à l’indéfectible soutien : « en Allemagne comme en France, la population ne pourra pas éviter de regarder la vérité en face, et la vérité c’est que les gens vivent plus vieux. »  Merci, chère Angela, de cet éclairage précieux. D’autant que les gens, avant, ils naissaient plus jeunes.

                                                                                               Frédo Ladrisse.

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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 23:25

manif-23-septembre-2010-031.jpg

(photo : notre ami Simplet Frappant à la Porte de la Révolution)

Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Ah mais qu’elle fut jolie, à défaut d’être sanglante, la semaine passée ! Ah mais, jours de grève après jours de grève, de défilés en tractages, de cortèges lycéens en euphoriques assemblées, ce fut pur bonheur pour le volatile lequel, par ailleurs, n’a pas vu son bureau ni son chef ni une agrafeuse depuis maintenant huit jours : comme tout gréviste qui se respecte, l’autruche apprécie ce qui n’est pas qu’un temps de colère, mais aussi un vrai temps de pause, un temps où on s’arrête et où on réfléchit et, comme disait l’autre, c’est pas triste. Certes, dans les mois à venir, on bouffera des nouilles et encore, sans même un brin de beurre salé, et sans même être certain de s’être pas battu pour rien : à l’heure où nous mettons sous presse, comme on dit chez France-Dimanche, impossible de savoir quelle sera, demain mardi, le niveau des mobilisations, si elles iront s’amplifiant où au contraire retombant tel un pitoyable soufflé à la cancoillotte éventée. Impossible de savoir non plus si tout s’arrêtera, mercredi ou jeudi, si nous renoncerons ou forcerons la marche, vers plus de radicalité. Mais routiers, étudiants, sont entrés dans la danse, douze raffineries sur douze sont désormais bloquées, et Superdupont  a ressorti les jerrycans remisés depuis 1968. Lagarde, ministre des finances, a beau assurer qu’ « il n’y a pas pénurie, mais un sentiment de pénurie » — la bonne blague ! Sur le même modèle, il n’y aurait pas de chômage, mais un sentiment de chômage, pas d’inégalités, mais un sentiment de… ?  —, il n’empêche que les queues automobiles n’en finissent pas de s’allonger devant les rares stations-services  qui ne sont pas encore à sec, et malgré les rodomontades de la sentimentale Lagarde Sarkozy himself a, ce matin, activé un genre de machin nommé Centre Interministériel de Crise, lequel est piloté par devinez qui ? Notre ami Hortefeux-nouille ! C’est assez dire comment ça panique sous les lambris, au point de refiler la direction du Centre de Crise à rien moins que monsieur le flicaillon-en-chef, comment ça décide, dans le même temps, de se raidir façon chouette empaillée : « je ne laisserai pas bloquer le pays, je ne laisserai pas étouffer l’économie de la France », s’ulcère Fillon-le-Maudit, qui préfère nous voir crever tels pauvres poissons hors de l’eau plutôt que ne s’étouffent  ses sponsors, les patrons, comment ça se pose en matador envoyant ses chiens de gardes uniformés aux jeunes, en même temps que ça fait sous soi, merdassant l’habit de lumière d’un pouvoir qui aboie, mais qu’on entend moins que jamais. Sarko a beau prier en l’église Sainte-Pétronille, Fillon a beau jouer de ses méchants sourcils, d’essence il n’y a plus, nous serons bientôt tous à vélo : quel bel automne, vraiment !

     Pendant ce temps, combien de lycéens seront tombées sous les balles de la mobile gendarmerie lesquelles, bien que caoutchoutées, sont à même de blesser gravement, comme à Montreuil, les enfants ? On ne plaisante plus : ce matin encore, à Nanterre, à Lyon, dans d’autres villes, ça a frité devant les lycées. Depuis plusieurs jours la police y est présente, chaque matin, multipliant les provocations, à croire que les consignes sont d’alimenter les violences, à seule fin de disqualifier, pour cette fois et pour longtemps, toute mobilisation émanant de la jeunesse. Or, Luc Châtel a beau, allant, ânonner à l’adresse des jeunes qu’il « est dangereux de manifester sur la voie publique », l’opération « rentre chez toi ou on te casse les doigts» semble devoir faire un flop auprès des lycéens.

     Fonctionnera-t-elle davantage auprès de leurs parents ? On peut se poser la question, notamment quand on voit la CFDTraîtres, comme à son habitude, entamer une de ces danse-du-recul dont elle a le secret. Dès aujourd’hui et sans nul doute, pour Chérèque c’est plié, l’essentiel étant désormais de trouver, comme ils disent, une « porte de sortie honorable. » Honorable, mes fesses, l’honneur n’a rien à voir là-dedans et comme disait maître Zou-Bi, une porte doit être fermée, ou ouverte. Sarko tente, pour sa part, de la verrouiller à double tour : « dans une économie mondiale qui bouge, nous ne pouvons pas rester immobiles. » De là à reculer, il y a un, deux, trois quatre pas que l’azimuté de l’Elysée ne rechigne pas à exécuter. Plus loin, le prophète au Karcher prévient : « nous ne pouvons pas mettre la poussière sous le tapis. » Ménagère métaphore, dont on se demandera longtemps ce qu’elle vient faire dans un discours concernant les retraites. Mais, en fin connaisseur de l’enfilage de perles, Sarkoléon poursuit, sans se préoccuper le moins du monde du ridicule qui, paraît-il, ne tue plus : « la réforme des retraites est un objectif de justice sociale : songez au sort des petites retraites, et des petits retraités. » A coup sûr et sur le coup, Timide, Atchoum, Grincheux ont reconnu en lui un frère.  N’empêche, et puisque nous parlons de nains : le numéro des Thibault-Chérèque, les Grosso et Modo de l’embrouille à la mode « on arrête tout », lasse. Si, une fois de plus, une fois de trop, et alors même que les conditions d’un mouvement social de grande ampleur semblent enfin réunies, si, une fois encore, ces comiques s’arrangent pour le faire avorter, il est clair que c’en est fini, pour un sacré bout de temps,  de leur crédibilité, voir de leur légitimité. Alors, cul dans le rocking-chair et pieds dans la bassine d’eau tiède (met du sel, camarade, ça soulage les oignons), le brave populo attendra tranquillou le printemps 2012 et le saint-sacrement des urnes. « Le rapport du FMI dit qu’il faut augmenter la durée de cotisation : c’est exactement ce que nous, socialistes, nous disons », avouait l’autre soir Martine Aubry. C’est assez dire quel petit soir nous attend, en ce printemps maudit.

     Les socialistes, puisqu’on en parle, étaient encore présents, dans le cortège parisien, samedi. Présents, c’est vite dit : selon une habitude désormais bien ancrée dans leurs têtes d’ampoule, ils s’incrustent en milieu de manif’, font un petit tour et puis s’en vont. Au journal télévisé du soir, à chaque fois c’est gros plan sur le big ballon du Ps. Il s’agit, à tout prix, de caler le troupeau, autrement dit les électeurs, dans les rails de l’alternance. Sauvegarder l’essentiel, en somme, en laissant penser qu’un Strauss-Kahn, une fois à l’Elysée, pourrait, je sais pas moi, par exemple changer la vie ? Je vous entends rigoler d’ici, mécréants que vous êtes ! Vivement le grand soir qu’on se couche ? On ne saurait vous donner tort, si ce n’est que demain, debout, car demain c’est manif’ !

 

                                                                                                    Frédo Ladrisse.

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11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 00:28

cruchot.jpegTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Veillée d’armes, mes camarades, à quelques heures de ce que Loulou, ma fillotte de douze ans d’âge, appelle La Grande Grève. Que Bakounine l’entende, et fasse de ce mardi 12 octobre quelque chose comme le Pallier de l’Escalier menant à la Révolution, à tout le moins à l’escabeau d’une grève enfin reconduite, et généralisée, et expropriatrice ! Ai-je fumé le fenouil ? Nenni. C’est juste à les voir s’agiter, faire donner le ban et l’arrière ban et tâter le cul de la crémière, qui me laisse à penser que là-haut, tout au sommet, ça serre les miches, ça fouette, et pas que la Babette. Tout est bon, qui serait susceptible de briser l’enthousiasme, pourtant très mesuré, des foules s’apprêtant à battre le pavé : 61 % des personnes interrogées ont beau se déclarer pour un mouvement durable, le jeune Wauquiez, secrétaire d’état à l’emploi, n’en continue pas moins de penser que « au fond d’eux-mêmes, les Français savent que cette réforme est indispensable. » C’est cela, camarade, la démocratie tant vantée : tu crois savoir ce que tu penses, mais, au fond, tu l’ignores, eux seuls le savent et donc, il est temps de cesser de penser. Le même Wauquiez, dont le culot décidemment n’a d’égal que la non importance, se pique de réécrire l’histoire et affirme que « l’attitude du gouvernement a été d’être constamment à l’écoute des préoccupations légitimes des Français. » Et aujourd’hui, n’est-ce pas, aujourd’hui oui, plus que jamais, avec plus de 4 personnes sur 5 opposées au projet de réforme des retraites, ils sont à l’écoute, les jean-foutres ! Pardonne ma colère, camarade, ou plutôt : rejoins-là. Car c’est assez, à quelques heures de la grève ça canarde plus que de raison, et s’expriment sur le service public de la télévision des Pujadas lécheurs patentés de toutes couilles en or, pour qui demain serait le « baroud d’honneur » de la contestation. On en reparlera, fiston…  Ailleurs, sur d’autres ondes, voilà que ça cire l’escarpin à cette sombre carabosse nommée Laurence Parisot, pour qui cette nouvelle journée de grève « remet en question toute la fiabilité de la France. Le nombre de réunions qui vont être annulées parce que le partenaire français de la réunion européenne ne pourra pas être présent, c’est incalculable », couine-t-elle, le mouchoir au groin. « J’ai l’impression que beaucoup ne mesurent pas que tout ceci participe à une dégradation très préjudiciable de notre réputation », ajoute alors la carabosse, laquelle ne mesure pas à quel point on s’en cogne, mais grave, de sa réputation et de ses réunions, toutes européennes qu’elles soient. Croit-elle pouvoir le jouer longtemps l’air de flutiaux qui dit que ce qui est mauvais pour le patron est mauvais pour le salarié? Camarade, le patron a besoin de toi, tu n’as pas besoin du patron. C’est une chose entendue.

     S’il fallait une preuve de plus que là-haut, en les sommets immaculés du Sarkozystan éternel, on commence à lâcher dans le froc une chiasse leste et marronnasse, il suffirait alors de les écouter, les jean-foutres, de voir comme ils parlent aux jeunes dont ils redoutent, plus que tout, qu’ils rejoignent le mouvement —ce qui, entre nous, est déjà fait. Luc Chatel, ministre de l’éducation et également porte-parole du gouvernement froussardeux, prévient ainsi les lycéens que « manifester sur la voie publique est dangereux. » Encore quelques déclarations bien paternalistes dans ce genre, et, vexée, c’est toute la jeunesse du pays qu’on verra envahir ladite voie publique.

     Enfin, et pour en terminer avec les multiples tentatives de désamorçage d’un mouvement qui n’est même pas encore lancé (ça, on le saura mercredi 13), citons l’increvable néo-lecanuetiste Colombani, journaliste de son état, qui explique, simplissimement, pourquoi défiler demain c’est faire le jeu de Sarkozy : « radicaliser le mouvement, notamment à travers des secteurs d’activités qui sont moins concernés par la réforme des retraites,  c’est, à coup sûr, offrir à Nicolas Sarkozy le point de retournement dans l’opinion qu’il attendait, celui à partir duquel il peut espérer ressouder autour de lui et retrouver la position de fédérateur des droites. » Diantre, et même: morbleu ! Tout comme moi, camarade, tu n’avais pas compris qu’en manifestant demain tu apportais ton soutien à l’affolé de l’Elysée ! Maintenant que tu le sais, un seul mot d’ordre : restons au pieu !... Bien sûr non, trois fois non, il y a bien longtemps que les architectures dialectiques baroques des laquais genre Colombani ne nous impressionnent plus, et ne nous font pas plus reculer que la pluie (météo nationale, météo du capital !) ou les robocops surarmés de la gendarmerie mobile — à ce propos : où trouvent-ils leurs si belles coquilles protège-couilles ? Ma mère m’en a demandé une paire.                           

     Cela dit, et pendant que les supergendarmes affectés à la surveillance de la supermanif de demain couvrent leur pseudo-virilité d’un ridicule bout de plastique, certains de leurs collègues, plus modestes, œuvrent dans l’ombre  au fichage des populations : il paraîtrait que, de long temps, les Roms sont par exemple fichés par le maréchal des logis-chef Ludovic Cruchot, et ses potes à chaussures à clous. Fichage en loucedé nous dit-on, à l’insu du plein gré de leurs supérieurs, qu’on nous dit. Les nudistes ayant levé le camp (comme les temps sont au rhabillage et aux corps cachés), les gendarmes et képis pas que de Saint-Tropez mènent désormais la chasse aux Roms. MENS, n’est pas le nom d’un  nouveau parfum pour Monsieur, mais celui du fichier en question : MENS, pour Minorités Ethniques Non-Sédentarisées. Ce registre officieux aux connotations racialistes, la place Beauvau, évidemment, « n’en a pas connaissance. » On s’en serait douté. De là à pousser le bouchon de vinasse jusqu’à jurer ne jamais l’avoir utilisé, il y a un pas de l’oie que les galonnés refusent, bien entendu, d’exécuter. Or, le hasard a voulu qu’à quelques jours de distance étaient révélées l’existence et de ce fichier MENS, et du manuscrit de la loi portant statut des Juifs, manuscrit annoté de la main même de Pétain. Avec ses petits mots écrits au crayon dans les marges, langue tirée et s’appliquant bien sur les déliés et les pleins, Pétain a, euphémisme, durcit à outrance cette loi : « pas de juifs dans l’éducation », « pas de juifs dans la justice »,… Quel rapport, dites-vous ? Quand les chefs se montrent à ce point zélés, il n’y a pas à s’étonner de voir leurs subalternes l’être autant, parfois plus encore. Ainsi le discours de Grenoble, associé à certaine circulaire relative aux Roms, a activé la haine de tous les petits maréchal des-logis-chef, lesquels sont, en France, pléthore.

     A leur tête : Charles Pasqua, qu’on croyait mort, mais qui s’illustre cette semaine avec cette sortie : « expulser quelques Roms, c’est notre droit : ils sont en situation irrégulière. » Les milliers de Roms expulsés apprécieront sans doute le « quelques » prononcé par le vieux barbon.  

     Mais  attention, pauvre Marion: les troupes de la gendarmesque ne servent pas qu’à appliquer, à la botte près, les lois du sarkohinterland : d’aucuns d’entre ces militaires campent également depuis peu devant les galeries, les musées, et autres lieux de perdition. Puisque que l’époque, disions-nous, est aux corps cachés, on place désormais des flics à l’entrée d’une exposition interdite aux moins de dix-huit ans, et on interdit aux ados de voir les photographies dont ils sont pourtant le sujet. Certes, le travail de Larry Clark n’est pas exempt de quelques culs, quelques bites, seringues et flingues. Et alors? Alors la mairie de Paris, une fois de plus très en pointe en matière de libre expression, a préféré ne pas prendre de risques « face aux possibilités de voir arriver des plaintes ou des réactions de catholiques intégristes. » Ainsi s’exprime Christophe Girard, chargé de la culture près le sinistre Delanoë et partisan indéfectible des très académiques Nuits Blanches. Les artistes devraient donc maintenant craindre les intégristes ? Ce n’est bien sûr qu’un piteux prétexte, la vérité étant qu’autocensure, quand tu nous tiens, c’est souvent par les couilles.

     Cependant, le manque de courage ne saurait être l’apanage de la seule mairie de Paris : rue de Solferino, cette faiblesse est la chose la mieux partagée. En pleine bataille sur les retraites (l’autruche y revient, l’autruche lâche rien), on peut ainsi entendre Martine Aubry souffler « Monsieur Fillon, c’est injuste ce que vous faites. » Quelle hargne, vraiment, quelle ténacité ! Sûr que Fillon en a pleuré. Surtout, Aubry précise : « l’exaspération qui monte dans ce pays, ce n’est pas sain. » Sic, et mordicus les gens si vous restez bien sages on reviendra sur la réforme, dès que je serai élue à la magistrature suprême. En attendant rentrez chez vous, l’agitation ça n’est pas « sain ». Oui mais Strauss-Kahn, dans tout ça, Strauss-Kahn qui déclarait en mai que « si on vit jusqu’à cent ans, on ne va pas continuer à avoir la retraite à soixante ans », (et pourquoi pas, au fait ?), et puis les autres guignolos, rose à la main mais pour la forme, poing oublié au fond de la poche à pognon, on leur fait quoi, confiance? Le plus étonnant, finalement, n’est pas tant de voir les socialos une fois de plus tenter de calmer la colère qui monte, le plus étonnant reste que pas plus de gens que ça ne saisisse l’occasion qui nous est donné de poser et creuser la seule question qui vaille : c’est quoi ce travail, oh !, c’est pas bientôt fini?

 

                                                                                               Frédo Ladrisse.

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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 18:54

index-copie-1.jpegTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Un matin comme ça on est bien, on se lève un peu tard, le café infuse tranquille, mais: on allume la radio. Geste fatal, brisant net toute velléité de tartine, puisqu’à  l’autre bout des ondes cause l’indicible Finkielkraut. Philosophe, écrivain, courtisan à bretelles du sarkozystan-pour-mille-ans, ce gars a des idées sur tout, et surtout...  Il vient là vendre son dernier livre, mais il prévient d’emblée avoir « hésité à le publier :  j’avais peur d’ajouter du bruit au bruit. » L’auteur, donc, hésita, mais juste ce qu’il faut : son opuscule est en vente libre, dans toutes les mauvaises librairies. Le sujet de la chose ? « En France, il y a un sentiment qui monte. » Bigre. « En France, il y a un sentiment qui monte, qui est une francophobie très présente. Il faut faire face à cela. » Nous voilà renseigné. Charles Maurras est dans la place, qui  agite ses mains en tous sens, semble parcouru de frissons, tremble des pieds à la crinière à la manière d’un pantin tout à fait déglingué. Quand, passage obligé, il se met à parler des Roms, on peut le voir qui bave, un peu : « tracer une analogie entre le renvoi chez eux, avec indemnité [c’est l’autruche qui souligne], d’un certain nombre de citoyens et la déportation dans les camps de la mort, c’est abolir l’existence même des camps de la mort. »  Putain d’envoi n’est-ce pas, uno ladite indemnité changerait la donne et rachèterait, c’est le mot, l’acte odieux qu’est toute expulsion, pour ainsi dire, l’humaniserait ? Or, si l’argent n’a pas d’odeur, c’est rien de dire qu’il y contribue. Deusio, le fait de s’insurger contre les rafles anti-roms ferait de nous autant de pourritures négationnistes ? L’argument est usé jusqu’à la corde et raboté telle une poutre ayant soutenu des générations de pendus. Une rafle est une rafle, quelle qu’en soient les victimes, et ce qui fut nommé épuration ethnique par exemple lors des guerres de Yougoslavie, s’applique à la France de 2010. L’Europe, par la voix de Viviane Reding, l’a clairement rappelé. Cependant, pour Finkiel’ « il n’y a rien de plus humiliant pour la France aujourd’hui que de comparaître devant cette maîtresse d’école allumée. » Rien de plus humiliant, vraiment ?

 

     Le café est passé, il est désormais dans la tasse, mais sur les ondes l’ultra ne se calme pas pour autant. Le voici endossant le costume du petit juge: « je pense qu’il n’est pas moins grave d’assassiner un policier, un gendarme, que de commettre un acte terroriste. » D’un côté des dizaines de victimes innocentes, de l’autre un personnage ayant, lorsqu’il endossa l’uniforme, accepté les risques inhérents à ce métier bizarre: poulet. Pour le philosophe, cependant, aucune différence notable. En guise de conclusion ce courtisan à la petite semaine estime devoir préciser que « le problème aujourd’hui en France, ce n’est pas Nicolas Sarkozy , le problème c’est cette violence-là, qui ne cesse de monter, ces agressions quasi quotidiennes contre les détenteurs de l’autorité publique. » Nul doute qu’avec une langue à talonnette si bien pendue, Finkielkraut a toutes les chances de finir sous-préfet du canton de Sigmaringen.

 

     Dans le pré carré nazillardon des ultimes impénitents nourris de sarkopétainisme, Finkiel’ côtoiera certainement Hortefeux-à-volonté, lequel, la semaine dernière, s’est illustré en soutenant le flic tueur de gitan, celui de Saint-Aignan. « Je tiens à manifester publiquement mon soutien moral et matériel à ce militaire aujourd’hui dans l’épreuve », susurra le bougnat, comme si c’était le gendarme qui s’était fait descendre et le « gitan » lui, bien vivant. Puis le ministre de préciser que « l’agent bénéficiera de la protection juridique de l’Etat. » Ce qui est tout dire, et tout avouer, en matière de justice.  Il y a deux semaines, un de ces cow-boys sortait comme ça libre de son procès, après avoir tiré à sept reprises, sept !, sur un de ces gitans, lui pourtant menotté et entravé à la cheville. En ce moment, les « gens du voyage », comme disent les préfets, les flics et les gadjés, ont tout intérêt à voyager rapidement, à se déplacer vite, à courir entre les arbustes, histoire d’éviter les balles.

     Connaîtrons-nous un jour un homicide gendarmesque pour cause de facebookisme outrancier? Rien n’est plus certain, depuis qu’un jeune breton a été condamné à trois mois fermes, oui trois mois, et oui fermes, et trois mois de réelle prison pour avoir, dans le monde virtuel, insulté ces connards pas virtuels eux, du tout. Il paraît qu’il aurait aussi incité ses amis à baiser les femmes des poulets — ce qui, entre nous soit dit, revient à leur rendre service. Mais voilà, c’est toujours pareil : à trop se montrer généreux avec les représentants de la faiblesse publique, on finit en cabane ! C’est à vous dégoûter des Brigitte, tiens, femmes de flics.

 

     D’autres n’eurent pas, ce week-end, à introduire leur pénis dans le vagin d’une madame Cruchot pour finir malgré tout en tôle. A Bruxelles, lors d’une manif syndicale tout à fait bon enfant, la Brigade des Clowns fut embarquée préventivement, puis des militants bastonnés, traînés à terre et arrêtés, en plein cœur des cortèges (voir la vidéo, plus bas). Celles et ceux ayant croisé la Brigade des Clowns connaissent leur dangerosité : déclenchant le rire des passants au détriment des forces de l’ordre, ils ridiculisent l’uniforme ce qui, bien entendu, ne saurait être toléré, et mérite la cabane, au moins. Dans l’eurosarkoland d’aujourd’hui et surtout d’après-demain, se foutre de la gueule de ces trous du cul de flicaillons vaut outrage, très insupportable, par conséquence peine de prison. Une question, dès lors, se pose, dont nous connaissons la réponse : où glisse une société protégée par une bande de cocus dont le principal du métier est de mettre aux arrêts les clowns ?        

 

                                                                                                 Frédo Ladrisse.

 

 Bruxelles, la manif :  

 

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28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 22:12

images-copie-24.jpegTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Est-ce sous l’effet de l’air vicié qui, selon une récente et toute sérieuse étude, empuantirait grandement les bureaux de certains élus (s’il faut être tout de même relativement pervers pour perdre son temps à mesurer la qualité de l’atmosphère en les alcôves du Pouvoir, reconnaissons que cet air pollué expliquerait bien des choses qui, sans lui, nous demeurent incompréhensibles) ? Le fait est que c’est coup sur coup, couche sur couche, en ce moment, et que les gouvernementales saloperies pleuvent, comme bruine à Carnac.

 

     Exemple, daté du jour : le nouveau projet de loi relatif à l’immigration, qui voit revenir au premier plan des têtes à chamboultout l’inqualifiable Eric Besson. « Si mon ministère peut être une machine à fabriquer de bons Français, j’en serais très heureux », assène-t-il, tout à sa joie. Et comment compte s’y prendre Monsieur le Fabricant de braves petits patriotes ? « Bannissement » obligatoire pour tout ressortissant étranger n’ayant pas quitté le territoire alors que ça lui a été demandé, lutte contre les fumeux « mariages gris », passibles de sept ans de prison, durcissement de l’obtention de titres de séjour pour les étrangers malades (amendement défendu par l’archéo-pétainiste Mariani, pour lequel « nous n’avons pas les moyens de prendre en charge tous les malades de la planète ! »), élargissement des motifs de déchéance nationale (ce qui, on l’admettra, est loin d’être l’amendement le plus grave), simplification des procédures d’expulsion et mise sur la touche du juge des libertés et de la détention, n’en jetez plus, la bassine à vomi est pleine… N’en jetez plus ? Mais c’est qu’on ne saurait, les mauvais bougres, les arrêter en si « bonne » route ! Aussi, tandis que d’aucuns se chargeaient de renforcer l’arsenal xénophobo-nationaliste, d’autres occupaient leurs tristes nuits à pondre une batterie de mesures inégalitaires proprement, si j’ose dire, destinées à nous rendre l’existence plus ardue encore. En ligne de mire : la Sécu. Il était écrit qu’une fois quasiment plié le dossier des retraites (ce qui n’est pas encore fait : lire plus bas), les mêmes s’attaqueraient à la branche maladie, plutôt : s’attaqueraient aux malades. « Moindres remboursements », comme on dit dans ces salons-là, hausse du ticket modérateur, fin de la prise en charge à 100% pour les affections longue durée, mesure qui permettra d’économiser 75 millions d’euros. Traduit en monnaie Bettencourt, ça nous fait deux petits mois de revenus (déclarés).

 

      Mais qu’importe cette comparaison, que les Woerth et consorts jugerait parfaitement absurde et totalement inacceptable. Qu’importe ces fadaises!... Il reste une pièce de vingt centimes dans la poche du pauvre, l’essentiel est alors de trouver les moyens de la lui faire cracher. Au bassinet, pareillement : les locataires de HLM, qui se mangeront dès l’an prochain une taxe empochée directos par l’Etat, à hauteur, tout de même, de 80 euros par an. Une broutille, en somme, une paille. Mais une paille plus une paille, plus une…, il reste à espérer qu’au final cela fasse un joli feu de joie.           

 

     Pour l’heure, on est encore loin des Saint-Jean, au pied des barricades. Pour l’heure, ça piétine. Ça eut défilé, ça défile et ça défilera encore, nous pouvons en être certains, contre la réforme coup de cutter en pleine aorte du salariat et au-delà, bien au-delà, contre la traite et re-traite des bêtes que nous sommes aux yeux des maquignons du sarkoland et du Medef réunis, inséparables de long temps. Est-ce trop s’avancer d’affirmer que malgré tout cela sent le souffre? Possible. Mais justement, tout est possible. « Il y a moins de monde dans les rues », se félicitait Woerth au soir du 23 septembre, tentant ainsi de faire accroire que, dans les rues, il y avait pointé ne serait-ce qu’un bout de museau.  Et Fillon de s’époumoner dans son sifflet à la manière d’un pion vulgaire, cheveux gras et mains moites, tentant de nous faire mettre en rang : « gouverner la France, c’est parfois savoir dire non, et non, nous ne retirerons pas ce projet de réforme. » Lui, pour se sentir droit dedans, il ne lui manque plus que les bottes, celles par exemple portées par Juppé en 95. Cependant, et comme pour ne pas lui donner tort, sitôt les calicots remisés les syndicats de tradition ont enfilé leurs bleus de non-chauffe, hurlant certes au « mépris du gouvernement » mais oubliant, comme au passage, celui dans lequel ils tiennent, c’est le mot juste, la base. Des centaines de milliers de manifestants, prêts à poursuivre le mouvement et pas dans cent ans mais tout de suite, furent contraints de plier les gaules sous l’effet de l’apathie des Thibault Chérèque et Mailly. C’est rien de dire, pourtant, qu’on en serait bien pas restés là, plantés tels des cons sur le parterre, piétinant direction les bus ramenant le troupeau à domicile, devant la machine à concasser du temps de cerveau disponible. Chouette manif ? Affaire de point-de-vue. A Paris, par exemple, on s’est subitement retrouvé avec le Ps aux fesses, ce qui, entre nous soit dit, rime. Rime pauvre je vous le concède, pauvre comme le cortège de ces Strauss-Khanniens apparu on ne sait pour qui pourquoi ni d’où (ils n’étaient pas au départ de la manifestation, et ils disparurent bien avant l’arrivée), piteuse mise en scène de drapeaux et sono beuglant du Téléphone et autres paléorocks, comme si nous évoluions encore sous le règne de Mitterrand —pas Frédéric : François. Les quolibets fusèrent un brin : il suffit de lui demander  des nouvelles de DSK pour voir l’adhérent du PS se fermer plus sûrement qu’une huître gangrenée. Le pauvre prend ça pour une agression. En fait, il a raison. Si vous voulez, le pauvre, l’achever, présentez-vous à lui comme un crypto-mélanchonniste partageant néanmoins certaines idées avec, je sais pas, au hasard : Benoît Hamon. Ainsi, pendant que le bougre ne pourra s’empêcher d’entamer la récitation, ô combien dormitive, de son catéchisme fabiusien, vous en profiterez pour lui tirer son larfeuille, son blouson et son mégaphone : au même titre que rire de tout, la révolution, oui d’accord, mais pas avec n’importe qui.

 

 

                                                                                            Frédo Ladrisse.

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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 22:48

 

romanes-copie-1.jpegTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Ça toussote, du côté de Bruxelles, relativement aux rafles de Roms, et même ça dit pis que pendre. « Ça suffit, c’est une honte ! » s’énerve Viviane Reding, commissaire aux droits des citoyens. Plus tard, elle osa comparer la France d’aujourd’hui à l’Europe de l’hiver 1941, ce dont elle finit par s’excuser, et tout à fait platement, sous les hourras xénophobiques de tout ce que l’Europe compte désormais de néo-nazes, Suédois y compris. Tout ça à cause d’une bêtise, une idiotie de circulaire visant expressément  les Roms et datant du mois d’août, et malencontreusement rendue publique, la circulaire. Au sommet de Bruxelles, il paraît que ça chia un chouille entre Sarko et Barroso, lors d’échanges que d’aucuns qualifièrent de « mâles et viriles. » On ignore qui comptait les points (poings ?), mais selon Sarko himself il n’y eut « aucun éclat de voix, vous savez, ce n’est pas mon genre. » On sait, oui… Pendant ce temps, restés en France, les chiens fous du Sarkoreichland étaient lâchés aux fesses de tout ceux s’apparentant, de près ou de loin, au droit-de-l’hommisme, ennemi déclaré et néologique de surcroît. Frédéric Lefèbvre : « j’ai lu comme vous des extraits de cette circulaire, et j’ai constaté que les Roms n’y sont en aucun cas ciblés. » Sur le même sujet, et avec la même mauvaise foi, le ministre de l’immigration et de l’identité gnagnagna  s’agaçait plus que de raison et balançait aux journalistes : « je ne vais pas passer ma journée à répondre à des questions (sic !), je vous suggère de passer à autre chose parce que sinon je peux vous donner une leçon de catenaccio vraiment impressionnante. »  Woa, ça fout la trouille… Délaissant, pour sa part, la métaphore footballistique, l’emblématique Pierre Lellouche nous en remettait une : « nous ne sommes pas à l’école et je n’ai pas l’intention, au nom de la France (?), d’être traité comme un petit garçon. » Et tandis que, de son côté, Sarko suggérait à Reding d’ «accueillir les Roms dans son pays, au Luxembourg » (la grande classe, vraiment, dans le registre «si tu les aimes tant que ça prend-les chez toi, ah ah »), l’imbitable Alain Minc tenait à préciser qu’ « on peut discuter de ce que l’on veut sur l’affaire des Roms, mais pas avec une commissaire européen luxembourgeoise : dois-je rappeler que les Luxembourgeois ont été incapables de stopper l’avancée des Allemands dans les Ardennes ? » Houla, et honte à nous, on avait oublié cette page mémorable de l’Histoire Mondiale…   Bref, chacun y allait de son coup de boule dans la tronche à Bruxelles, en même temps que de son coup de langue au présidentiel postérieur, l’oscar de la lèche revenant à l’incommensurable député Mariani, lequel expliquait doctement et sans s’énerver le moins du monde qu’ « en Europe, nous avons la liberté de circulation, mais pas la liberté d’installation. » De cette pensée profonde comme une tombe — pour ne pas dire une fosse commune —, naquit subitement la vision de millions de gens, errant sans pause ni repos, circulant circulairement selon les circulaires circonstanciées citées par les cintrés du grand cirque. Sont-ils au moins tristes, ces sires ? Rien n’est moins sûr.

 

     Quoi qu’il en soit faudrait que messires finissent par se décider. Je m’explique : début août Fillon, pour appuyer les rafles, déclarait que « le mode de vie nomade est de moins en adapté à la vie d’une société moderne. » Admettons. Qu’on cesse alors de nous vendre une société basée sur la mobilité, le mouv’ perpétuel, nourri par les nouvelles technologies de la communication, le développement des transports et la philosophie de l’adaptabilité à outrance. Appliquée, dites-vous, aux seuls employés, et au seul bénéfice des patrons et autres actionnaires ? N‘empêche, faudrait savoir : société de la mobilité, ou société figée ? En réalité le nomade n’a jamais cessé de faire peur, car moins facile à contrôler, à cerner que le sédentaire. Pour que la caméra de vidéosurveillance puisse faire de vous un plan bien net, il faut que vous cessiez de bouger. Au final, le nomadisme dénoncé par Fillon se montre, subitement, tout à fait acceptable, dès lors qu’il permet aux maîtres de se bourrer les poches. Toute autre forme de « mobilité », autrement moins rentable, paraît par nature dangereuse.      

 

     Nullement dangereuses et à jamais, les mannes de Zyed et Bouna, petits morts de Clichy-sous-Bois, n’en remuent pas moins la terre sous laquelle elles reposent depuis cinq ans. Si elles s’agitent c’est qu’un non-lieu vient d’être requis à l’égard de leurs assassins, poulaille aux semelles de vent mauvais lancée à la poursuite d’adolescents dont la malchance fut de croiser, ce triste soir, ces sales figures uniformées. Dame Moisson, néanmoins, procureure de Bobigny, estime qu’il « ne résulte pas de charges suffisantes contre les deux policiers. » On connait tous assez les enregistrements radio-police, ô combien funestes, pour se souvenir parfaitement de comment la flicaille laissa griller les deux enfants dans le transformateur. Malgré le barbecue, non-lieu. Permis de tuer, autrement dit. Un permis délivré de la même façon à l’adjudant Monchal, lequel comparaissait devant les assises la semaine dernière, pour avoir tiré à sept reprises, sept !, sur un fuyard, et l’achevant alors même qu’il était menotté, entravé aux chevilles. « Je ne peux pas demander pardon, je ne regrette rien, j’ai fait mon travail », a déclaré Mon Adjudant. N’est-ce pas, ses paroles, de la pure, de la lourde ordure ? Mais son avocat en rajoute : « je vois mal comment la justice va pouvoir condamner un de ses collaborateurs. » Tirer sur les gardés-à-vues revient donc à collaborer avec la justice ? Dont acte. Le jury ne s’y est pas trompé, qui acquitta l’adjudant. Ah, j’allais oublier : la victime était un tzigane. Ceci expliquerait cela ?

 

     Quoi qu’il en soit, malgré leur extrême dangerosité, on a commencé d’installer, et à demeure, des flics armés dans les écoles. Des « référents », ils appellent ça. Qui ne sont « censés intervenir qu’en cas de violence », disent les textes. Nul doute que la présence de ces fins psychologues ne peut que calmer les gamins, notamment ceux pour qui l’école était le dernier havre où ils étaient certains de n’être pas contrôlés, harcelés, insultés par la Nationale Police.

 

     Et tandis qu’on glisse, l’air de rien, vers l’Etat Policier à la mode chilienne, tandis que Brice Hortefeux-de-croisements, ministre de l’Intérieur, se substitue aux instances censées rénover la justice, tandis que ce malade propose, entre autres, que soient élus les juges de liberté des peines (je propose pour ma part que soient également élus les pilotes d’avions et, pourquoi pas, les directeurs de centrales nucléaires), pendant ce temps maudit où tout part vers un genre de grand n’importe quoi général, que fait le parti socialiste ? Il se félicite, en même temps qu’il se tâte. Pour lui, 2012 est le Grand Rendez-Vous, c’est plié, cette fois c’est son tour. Voir. Comme le dit joliment Ségolène Royal, à nouveau en pleine crise de foi, « dans la vie politique il y a des péripéties, mais il y a un chemin. » Même que parfois il est long, long,… Il se tâte, disions-nous, ne sachant encore qui va ouvrir le bal des vampires, qui, d’entre les douze ou treize candidats à la candidature, dégainera le premier ses crocs. M’est avis que d’ici peu ceux-là vont se dévorer grave, que le paravent de l’unité va s’écrouler de lui-même. Unité ? Ah ah ah. Ecoutons Aubry, dans ses œuvres : « je respecte Ségolène Royal pour ce qu’elle a été. » Gentillesse, n’est-ce pas, que ce passé (dé)composé. Sérieusement, est-ce à ces guignols que vous comptez laisser les clefs ? Si tel est le cas, je vous souhaite bien du découragement.

 

                                                                                             Frédo Ladrisse.

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12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 22:55

chabrol2.jpegTirant tête hors du trou, qu'entends-je? Claude Chabrol, pipe cassée, qu’il n’allumait plus que rarement. Sale septembre pour le cinéma, qui vit aussi caner Corneau. Série noire, la cérémonie est à revoir, en espérant que le beau Serge accompagné de Violette Nozière ne s’y précipite pas comme poussé par je ne sais quelle ivresse du pouvoir. Merde, Chabrol. T’es lourd à claquer. Qui désormais viendra filmer sous les jupes de la bourgeoisie de province, et scruter ses pustules? Betty, comme les biches, font taire leur cheval d’orgueil et endossent le noir du deuil. Merci tout de même, Chabrol, et pas que pour le chocolat.

Paraît qu’il préparait un film au sujet de l’affaire Woerth-Bettencourt. Je fantasme, quoi que : à voir ce qu’il avait fait, pour le cinéma, du scandale Elf et comment il avait campé Le Floch-Prigent et ses compères dans « l’ivresse du pouvoir », on imagine sans peine qu’il devait porter une oreille attentive aux boires et déboires de Liliane la vieille et de l’escroc rendu ministre. Entre deux andouillettes, Chabrol, qui connaissait bien ces coquins et qui aimait en rire, devait se taper sur la panse à écouter Woerth se plaindre, « il faut arrêter de me taper dessus, comme ça tout le temps ! » Snif. Un peu plus tôt le même, s’égarant en terrain miné, se plaignait d’être « la victime d’une lapidation  médiatique.» On lui jette quoi à la gueule, des récepteurs radios, des écrans plats, des Blackberry ? Et Copé, sur lequel on reviendra, Copé, Reichsmarshall Ump de Meaux, de renchérir en dénonçant « une véritable chasse à l’homme », concernant le ministre Woerth. Dans le contexte actuel de chasse aux Roms sur le territoire de cette république à deux roupies de sansonnet, c’est osé, pour le moins. Parce qu’elles persistent, les expulsions : ce n’est pas parce qu’on en parle moins —sur ordre de l’Elysée— qu’elles ont pour autant cessé. Lellouche, député Ump au nom prédestiné, les justifient ainsi : « c’est facile de venir s’installer au bout du monde, et aux frais de la princesse ! » Dans le même registre à vomir, Hortefeux-à-volonté affirmait, fin juillet, que « la France n’est pas un terrain vague. » On ne sait qui écrit les discours du bougnat, mais le nègre en question a d’étranges lectures : « la France n’est pas un terrain vague, nous ne sommes pas des bohémiens nés au bord du chemin », écrivait Charles Maurras, en son temps de dégueulasse. Maurras inspire le ministère de l’intérieur-tous-à-l’extérieur ? La lignée racialiste est ainsi assurée, de l’Action Française au Sarkozysme.

 

Un peu de légèreté, après le boudin-choucroute servi quotidiennement par les néo-pétainistes ? Soit, les gens, essayons. Léger : c'est enfin la rentrée, les mômes! La vraie, la seule rentrée qui vaille, non celle des bahuts et mièvres cours d'écoles aux préaux glauquissimes, non, mais la rentrée littéraire! Lecteur compulsif-boulimique, dévoreur assumé de pavés sitôt imprimés que mangés par les yeux, tu seras, cette année, servi comme jamais: 701 romans et pas moins de 300 essais t'attendent à l'étal des charcuteries-librairies. C'est beaucoup? Certes, c’est énorme et ridicule, étant bien entendu qu'une poignée de stars totalisent l'essentiel des ventes, condamnant de fait de pauvres opus à ne jamais trouver leur public. Ainsi la  graphomane Nothomb squattera-t-elle les devantures, entre les tranches de lard et ce mauvais cochon d'islamophobo-bof Houellebecq. Alain Minc, à l'essai, nous gratifie lui d'une « histoire politique des intellectuels », dont on s’accordera le droit de penser, sans l'avoir lu, le plus grand mal —pensez-vous sérieusement que les tresseurs de lauriers ont pris, eux, le temps de l’ouvrir ? Ecoutons son auteur: «il faut absolument préserver le modèle de l'intellectuel français, parce que c'est douillet. » Plus tard, et comme subitement frappé d’un éclair d'objectivité, Minc avoue en un souffle: « je suis un intellectuel de pacotille, un intellectuel à temps plein. » A tremplin? Cela va sans dire. Puis, c‘est au tour de Philippe Manière, le journaleux qui ce matin-là lui servait la bonne soupe, de commettre cette sortie-déroute: « je suis intimement persuadé que nous sommes tous des intellectuels, sauf bien évidemment ceux qui sont complètement idiots. » Y’a pas à dire: ça vole haut. 

 

Autre rentrée, la syndicale. Battre le pavé plutôt que de le desceller, voilà l’erreur, recommencée. Le Pouvoir ne s’y trompe pas, qui nous enfle au fur et à mesure, baudruches défilant au rythme des slogans gnangnans. Mardi dernier un amendement voté en commission et en catimini (pléonasme) prévoyait par exemple une refonte de la médecine du travail : « les missions définies seront exercées par les médecins, sous l’autorité de l’employeur. » Autorité ? Employeur ? On imagine sans peine, à terme, le résultat. Voilà comment, profitant d’une fenêtre de tir ouverte à tous les mauvais vents, les azimutés du sarkozystan-pour-mille-ans s’empressent de dézinguer à tout-va. Mais c’est qu’ « il s’agit de l’intérêt supérieur du pays », s’étrangle en un sanglot Copé. « On est en train de changer d’époque », s’emballe-t-il, « la Réforme, c’est un rendez-vous pour la nation. » C’est ballot parce que moi, je l’attendais à La Bastille. Et tandis que je glandais à l’abri du Génie, une petite vieille est passée, en murmurant à sa copine « dans les manifs, on voit toujours les mêmes. C’est comme aux enterrements. » De seconde, là, l’enterrement.

 

                                                                                      Frédo Ladrisse.

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