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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 23:02

images-copie-17.jpegTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Radin comme pas un, Alain Minc distillait l’autre soir ses conseils en matière d’économie. Il proposait, entre autres choses, que « les très vieux paient leurs frais de santé », ou qu’ils soient imputés à leur patrimoine, voir à celui de leurs ayants droit. « J’ai un père qui a 102 ans », expliquait le bouffon du prince, « il a été hospitalisé quinze jours : la collectivité a dépensé 100 000 euros pour soigner un homme de 102 ans. » Et alors ?, serait-on tenté de lui répondre. Minc aurait-il préféré qu’on laisse crever son paternel ? Par ailleurs, renseignements pris, ce chiffre n’est que pure fantaisie : même en admettant que Minc père ait été hospitalisé dans un service de pointe, les frais n’auraient pu dépasser les 25 000 euros. « J’ai délibérément pris un chiffre qui frappe », se justifiait alors celui qui nous prend pour des manches. Moralité : l’éminence grisâtre de Sarko, l’homme qui murmure à l’oreille du président et des marchés, peut balancer n’importe quel chiffre à propos de n’importe quoi, on continue de l’écouter, pire, de le prendre au sérieux. Pensiez-vous que la politique économique du pays se faisait à Bercy ? On sait maintenant qu’elle se décide dans l’arrière-cour bouseuse d’une baraque de foire.

 

     Plus loin, entre l’homme-tronc et la femme à barbe, le phénomène Baroin exhibe ses ergots et ses crocs de jeune chien fou. Le tout à fait frais ministre du budget se prononce contre une baisse du salaire des ministres, ah oui tout à fait. Ce serait, selon lui, une décision « purement démagogique. » Bin voyons, eh, n’oublions pas que c’est de l’épaisseur de son portefeuille dont il cause.  Quant à son collègue Luc Chatel, ci-devant porte-parole du gouvernement, il nous explique doctement que « baisser le salaire des ministres impliquerait, par ricochet, de baisser celui de tous les agents de la fonction publique. » On en était à se demander comment pouvait bien s’expliquer cette curieuse relation de cause à effet, quand la mémoire nous est revenu : façon de parler, car en fait on n’a pas souvenance que, lorsqu’en 2007 l’histrion de l’Elysée s’était auto-augmenté de près de 140 %, le salaire des fonctionnaires ait augmenté d’autant. Ce qui vaut dans un sens ne vaudrait donc pas dans l’autre ? Ce n’est pas une nouveauté.

 

     Pas une nouveauté non plus, le delirium tremens qui agite les « jeunes pop », mouvement de la jeunesse sarkozyenne où bleu marine et vert bouteille s’encanaillent en de furieux feux de camp et massacrent à la guitare les tubes d’Yves Duteil — Yves qui ? Passons. Dernièrement, ces jeunes gens pleins de sève ont rendu publiques leurs propositions concernant la réforme des retraites. Festival : il s’agirait d’abord de « mettre un terme à tous les régimes spéciaux qui demeurent », puis de « favoriser le développement des systèmes optionnels par capitalisation » (traduction : terminé la répartition, vive les riches et à mort les pauvres), développement qui bien sûr rendrait « indispensable d’aligner le public sur le privé. » On voit qu’ils se sont gravement fouillés les neurones, nos boy-scouts ! Du pur copié-collé échappé d’un antique programme thatchéro-reaganien de base, ah elle est jaunie, la joliesse !

 

     Tout aussi jauni le sieur Fillon n’en fini plus de distiller ses mauvaises nouvelles. La rigueur ? « Je m’en contrefous », s’énervait-il l’autre jour. Facile à dire, vu de Matignon, c’est pas ses fesses à lui qui se prennent les coups de latte. Mais c’est qu’il s’agit avant tout de « rassurer les marchés », lesquels ont des suées-et-ça-c’est-pas-bon-pour-l’euro. Autrement dit, chère Elodie, afin que les traders aux petits pieds cessent de se faire de bêtes frayeurs — ce que c’est poltron, tout de même —, va falloir que tu bosses jusqu’à 75 ans. Tel est le prix, les enfants, car le salut ne peut venir que des sacrifices consentis à votre auto-exploitation. Le salut, en tout cas, ne risque pas de venir du Parti Socialiste, lequel, par la voix de sa première secrétaire, défend « la retraite choisie », drôle d’idée, mais idée pas drôle. On aurait donc le choix ? A choisir, l’autruche préférerait la prendre tout de suite, sa retraite, tant que ça existe encore. Mais non. « Retraite choisie », pour Aubry, signifie qu’on pourra, sous le règne éclairé du Parti, décider de travailler plus longtemps si on veut. Arf. Bande de fielleux filous.

 

     Et tandis qu’opposition et majorité s’interrogent sur la meilleure façon de nous niquer la gueule, Sarkozy se promène au milieu des champs de fraises. Si si. L’histoire ne dit pas qui s’est chargé de les lui sucrer, mais notre national nabot s’est fendu d’un voyage dans le Lot-et-Garonne à la rencontre des producteurs de Tagada tsoin tsoin. Voyage éclair évidemment, lui laissant juste le temps de regretter qu’on ait souvent « traité l’agriculture d’une façon folklorique », et de s’empresser de préciser qu’il fallait « cesser de dire que vous êtes des agriculteurs, vous êtes des entrepreneurs, voilà. » Voilà ? A ce qu’il semble, les agriculteurs en question auraient moyennement apprécié.

 

     Puisqu’on parle de culture, faisons donc un petit détour par le ministre du même nom. Frédéric Mitterrand, que la rigueur et les fraises n’intéressent pas plus que ça, demeure concentré tout à fait sur le sort de son pote Roman Polanski. «Aujourd’hui, mon devoir est de ne rien dire », nous dit cependant Mitterrand. «  Silence, oui », ajoute le poète, « mais mon silence à moi. » Et comme décidemment ce grand silencieux ne peut s’empêcher d’ouvrir sa bouche à tort et surtout de travers, il s’achève, en cette saillie : « le silence peut être une parole très forte. » Ah oui ? Chiche !

 

     Ajoutez à cela le rocambolesque retour en sa patrie de Clotilde Reiss, James Bond girl franchouillarde aux airs de pieds nickelés et contre laquelle il fut vulgairement échangé quelques assassins iraniens, regardez la vieille garde des nostalgiques de l’Algérie Française défiler, à Cannes, pendant le festival, contre un film se permettant d’évoquer les massacres de Sétif (le premier dans son genre, et qui d’ailleurs, à Cannes, ne fut récompensé par rien), écoutez ces vieux cons remontant la croisette, drapeau bleu-blanc-beurk dressé, et critiquer un film qu’ils avouent ne pas avoir vu, bref, ouvrez un journal, et dès lors ne vous étonnez pas de voir éclore quelque chose comme les apéros géants, le besoin de se retrouver sous un prétexte quelconque, et de se souler la gueule histoire d’oublier, un instant, le merdier tout autour. Aussitôt les chiens de garde du Sarkozystan bien-pensant cherchent à encadrer, interdire, vider de leur sens ce qui ressemble à une menace. Mais là-dessus, nous reviendrons.

 

                                                                                               Frédo Ladrisse.

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Published by Quand l'autruche eternue... - dans politique
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