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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 23:33

 

 

tribu-nounours-rougeTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Une Europe gémissant comme génisse mettant bas, de Propiano à Dortmund la populace a la tremblote et guette avec effroi le prochain coup de grisou. Ce qui s’offre à nos yeux en termes d’avenir non-radieux n’est plus même une vallée de larmes, mais un océan lacrymal à tendance glaireuse. Il n‘est pas jusqu’en Angleterre, patrie soi-disant triomphante d’un individualisme gore conceptualisé par Thatcher (ce qui ne nous rajeunit pas), où cela gronde et branle dans le manche, au point de mettre dans la rue deux millions de grévistes, lors du plus grand mouvement qu’ait connu le pays depuis les années 70. En cause, un passage, pour les fonctionnaires, de 60 à 66 ans de l’âge légal de départ en retraite, une hausse des cotisations et la suppression de rien moins que 300 000 postes. « C’est la goutte qui a fait déborder la vase », commentait l’autre matin en français approximatif mais, pour le coup, très approprié, un syndicaliste londonien. La vase, oui. Celle qui s’étend à l’échelle de tout un continent, celle qui pue, remugle la mort.

     Croque-vivants d’entre les pires, de ce côté-ci de la Manche le Guéant vert de rage écume, éructe, brûle à l’intérieur d’une flamme bleu-blanc-rouge aperçue sur certaines affiches, ou tracts. Ministre, directeur d’inconscience d’un Sarkozy à la remorque du Front — comme à chacune de ses campagnes—, Guéant foiré fait feu de tout bois, propose par exemple en loucedé l’abaissement de la majorité pénale à 12 ans. 12 ans, c’est petit bras. C’est minable. Quitte à réformer le code pénal, faisons en sorte que l’incarcération soit possible dès la formation de l’embryon. En deçà, ce sera difficile. Guéant-flure, dans le même mouvement, exhibe le projet de croisement entre, d’une part, le fichier des étrangers résidant en France, d’autre part ceux de la Sécu. Y-a-t-il plus limpide manière de pointer du doigt l’étranger, nécessairement fraudeur ? L’histoire ne dit pas si il est également prévu de croiser les fichiers de la sécurité sociale et ceux des tribunaux de commerce, où sont enregistrés les milliers de patrons escroquant journellement les caisses. Mais chut, laissons ces voleurs-là voler, sinon c’est fermeture délocalisation et tout le pataquès —au passage, j’attends toujours qu’on m’explique comment le patron d’une brasserie, d’un magasin de pompes funèbres ou encore le fleuriste de mon quartier s’y prendrait pour, comme ça, se délocaliser en Chine ou au Cachemire, mais bon…  Au Sarkozystan-pour-mille-ans, c’est une chose entendue : le fraudeur c’est l’étranger, et le Front National a raison. Reste à trouver le moyen, sûr, de prendre la main dans le sac ce salopiot venu d’ailleurs, et là, Dieu-des-Français-de-Souche soit loué !, nous avons à disposition ce fantastique outil, la vidéosurveillance ! Plantons partout des caméras, jusque dans le caleçon du Malien nettoyant nos merdes de chien, et on verra ce qu’on verra !

      Bien entendu, on ne verra rien. Vidéosurveillance de mes fesses. Un récent rapport, comme on dit, vient de conclure qu’en termes d’élucidation des affaires liées à la délinquance, cette technologie dite de pointe n’entre en compte que dans 1,5% des cas. Quand on sait qu’une caméra coûte en moyenne 20 000 euros, que pour être efficace dans le cadre d’une ville moyenne il en faut au moins quinze. Que ce chiffre de 20 000 euros doit être multiplié par trois dès lors qu’on tient compte de la maintenance et du salaire des flics et/ou vigiles payés pour rester devant les écrans, on obtient 20 000 X 3 X 15 = la modique somme de 900 000 euros. Ça fait cher l’arrestation du voleur de sucettes, non ?

     Cependant, en matière de surveillance et stigmatisation et mise à l’écart de celles et ceusses ne correspondant pas tout à fait à la norme, l’époque laisse à penser que l’imagination humaine est sans limite aucune. En la sale ville de Ruffec, quelque part en Charente, le maire a cru bon d’afficher à l’entrée de la cantine la liste des parents, classés par « nounours verts » (cantine payée à l’avance), nounours bleus (le compte est à zéro), nounours rouges (cantine non payée). « Jamais on a refusé un enfant à table, jamais ! », s’insurge Môssieur  le maire. Il n’empêche, trouduc, qu’on n’aurait pas aimé être juif et t’avoir comme voisin en 1943.

     Eva Joly, qu’est-ce qu’elle en dit, de la xénophobie élevée au rang de philosophie d’Etat, des coups de schlague à répétition que se prend le corps social, en pleine face, et de ces temps mauvais  qui courent ? Rien, nada, queue de cerise, peau de zobe. Pour ne plus risquer de dire quoi que ce soit qui déplaise au Ps, la voilà muette et roide tel un saumon d’élevage. La dernière fois qu’elle a causé, Eva Joly a dit : « j’ai peut-être parfois la langue un peu rugueuse. » Ah donc. Y’a pas des traitements pour ça ? A tout prendre, dans le registre des candidats à l’élection pestilentielle, on préférera Morin, pas Christian, l’autre, le pas connu. On le préférera parce que lui, quand il cause, au moins il est drôle : interrogé l’autre matin sur ses relations avec l’émir de Dubaï —les deux coquins furent en affaire—, Morin, tout en s’étouffant de colère, eut cette sortie, d’anthologie : « je vous dis que je n’ai jamais rencontré l’émir. Je lui ai serré la main une fois, c’est tout. » C’était à peine le lendemain de sa candidature, et déjà le bonhomme se carbonisait en direct. C’est peu dire que l’émir-obolant ne lui fut pas une martingale.

     Pendant ce temps, Poutine, lors du congrès de son parti au doux nom de Russie Unie, se faisait désigner futur candidat pour les présidentielles. A l’unanimité des délégués présents, lesquels, il est vrai, n’étaient que 11 000… 11 000 délégués, et pas un pour ne serait-ce que s’abstenir. On vous l’a dit, on vous le redit : la Russie est une belle, une grande démocratie.

     Pour finir, nouvelles d’outre-tombe : Eve Ruggieri, vous savez, la toccata branlante qu’on croyait canée de long temps… Eh bien, elle parle encore. Pour preuve, a la question de savoir si elle était pour ou contre le vote des étrangers aux élections municipales, la diva des services de gérontologie a répondu « je suis pour, à condition qu’ils travaillent. » Elle a raison la vieille, y’a déjà trop de pauvres qui votent, alors les étrangers…

 

                                                                                                  Frédo Ladrisse.

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Published by Quand l'autruche eternue... - dans politique
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