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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 17:30

Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Il y était, bien sûr. Avec ses petites pognes, il a fait tomber le mur de Berlin. De même, le premier homme sur la lune, c’était lui. Et qui a découvert l’Amérique, Christophe Colomb, dites-vous ? Que nenni ! Nous savons désormais que SuperSarko tenait la barre. Sur sa page Facebook —initiée, selon les mauvaises langues, par sa compagne du moment —, rien n’est dit cependant de sa présence à Austerlitz ou sur le site d’Alesia, aux côtés de Vercingétorix. Ça viendra. Pour l’heure, on y apprend seulement que, le 9 novembre 89, Sarkozy était à Berlin, « en train de donner quelques coups de pioche dans le mur. » On imagine que ces coups furent assez vigoureux pour être fatals au Bloc de l’Est et, pendant qu’on y est, au communisme mondial. Pourtant, dans la semaine, les grognons de l’internet —lesquels, décidemment, ne manquent jamais une occasion de gâter la fête à chouchou— eurent l’audace de remettre en question la Présidentielle Présence, à Berlin, ce jour-là. Non, y était pas, dirent certains. Immédiatement les petits soldats du Sarkozystan réuni montèrent en première ligne, et on ne comptait plus les membres du défunt Rpr jurant, main sur le cœur, avoir croisé leur maître au pied du mur, ce fameux 9 novembre. Puis, le fantasme élyséen s’effilochant de jour en jour, certains furent contraints de mettre un peu d’eau dans leur schnaps. Juppé, censé avoir fait le voyage avec Sarko il y a vingt ans, précisait, si on peu dire : «j’étais à Berlin le 9 au soir —ou quelques jours plus tard, ma mémoire est imprécise sur la date exacte. » Quand l’Alzheimer précoce sert de faux-fuyant… Alors, quoi, y était-il, Sarko? En réalité, on s’en tape. On relèvera juste en passant cette tentation assumée de réécriture de l’Histoire, fut-elle toute autobiographique, tentation qui souligne et signe, si besoin en était, le caractère psychopathologiquopétainiste du petit Nicolas.

     De l’anniversaire de la chute du mur, l’autruche regrette qu’il ne renvoie pas à la chute de cet autre mur, le capitalisme, dont il faudra attendre encore avant que de la célébrer. Aussi conserve-t-elle le souvenir de cette Une de La grosse Bertha, substitut eighties du pas encore ressuscité Charlie Hebdo : on y voyait Giscard, Chirac, Le Pen, danser bras dessus-bras dessous sur une statue de Lénine, mise à bas. Légende : « ces têtes de cons nous gâchent notre joie. » C’était signé Cabu, et ça résumait parfaitement mon sentiment d’alors. Depuis, Cabu a faibli. Au point qu’il n’est pas exagéré de dire que cette Une était son dernier grand dessin.


     Une tendance, que dis-je : une ligne philosophique, se dessine donc de jour en jour, accréditant l’idée d’une accélération en matière de néopétainisme. Cette tendance, Eric Raoult l’illustra parfaitement, en début de semaine. Député de la Seine-Saint-Denis, il goûta moyennement la remise du prix Goncourt à l’écrivaine Marie NDiaye qui, malgré ce que pourrait laisser entendre son patronyme, est née à Pithiviers. C’est dire si elle est Française, comme vous et moi, enfin… surtout comme vous. Mais pour Eric Raoult, il ne suffit pas d’être Français, il faut également faire preuve de respect, c’est-à-dire plier l’échine. Aussi dénonça-t-il, de la part de la lauréate, « des propos d’une rare violence, peu respectueux, voire insultants. » Diantre, qu’avait-elle  osé dire ? Qu’elle trouvait « monstrueuse » la France de Sarkozy, qu’elle ne supportait plus cette « atmosphère de flicage et de vulgarité. » C’est de l’ordre du constat, ça, c’est objectif, non ? On appréciera par ailleurs, de la part de Marie NDiaye, cette qualité devenue rare et qui consiste à joindre le geste à la parole : en 2007, après l’élection de Sarko, elle a déménagé, quitté la France, et s’est installée à… Berlin. N’empêche, pour Raoult, « une personnalité qui défend les couleurs littéraires de la France se doit de faire preuve d’un certain respect à l’égard de nos institutions. » Voilà donc lancé le concept aberrant de devoir de réserve, à l’égard des créateurs. Mais où a-t-il vu, Raoult, que le lauréat d’un prix était tenu de défendre les couleurs de la France ? Celles de son éditeur, certes, et les siennes propres, évidemment, mais au-delà ? Que l’on sache, le prix Goncourt a pour principal objectif de vendre du papier, pas de planter des cocardes au sommet des piles de bouquins ! Peu importe, Raoult en rajoute une couche: « le message délivré par les lauréats se doit de respecter l’image de notre pays. » Si c’est pas du joli Maréchal nous voilà, ça… « Je demande à Marie NDiaye d’être moins militante », ose-t-il, pour finir. On conseillera au député de créer, de sa propre initiative, un prix littéraire spécifique, répondant par exemple au doux nom de Prix Robert Brasillach pour la Défense de la Littérature Nationalisto-Franchouillarde. Ça vous aurait une de ces gueules…

 

     Autre exemple du fougueux glissement vers un nationalisme bêlant ? Le débat sur l’identité nationale, bien sûr, cette espèce de bidule initié par Eric Besson. Des débats, un site web, le tout bâti à la hâte. Mais pourquoi jouer la carte de la précipitation, sur cette question jugée centrale par nos apparatchiks de droite ? Pour éviter, justement, que le débat n’ait réellement lieu, pour parer à toute tentative d’approfondissement du problème. Si tel était le cas, on devinerait bien vite que, de problème, il n’y a pas, que peu d’entre nous se soucient de savoir ce que signifie être Français aujourd’hui, tant la dimension nationale de notre identité est totalement dépassée, renvoyée aux poubelles de l’Histoire. On en organisera pas moins, un peu partout dans le pays, des débats, des causeries, autant de défilés de SuperDupont de canton, de Marcels et de bérets basques. Déjà, le Front National s’engouffre dans la brèche, ouvre un site web parallèle, à destination, certainement, des Derniers Vrais Français. Déjà, Claude Greff, député Ump, promet d’organiser dans sa circonscription des réunions avec « les parents d’élèves, les jeunes, et les anciens combattants. » Y’a pas à dire, ça promet. Mais pendant qu’on y est, pourquoi ne pas imaginer que ces rencontres aient lieu dans la cour de la gendarmerie la plus proche de votre domicile, avec, en préambule,  entonnement obligatoire des 12 couplets de La Marseillaise ? Bref, on surnage comme on peut en plein délire nationaliste, frôlant par moment l’ubuesque: la bibliographie mise en ligne sur le site officiel voit par exemple se côtoyer Victor Hugo et Luc Ferry… De même, les questionnaires auxquels les internautes sont invités à répondre, sentent le rance et la racaille milicienne en puissance. Exemples : « pourquoi la question de l’identité nationale génère-t-elle un malaise chez certains intellectuels ? » Aussi : « pourquoi accueillir des ressortissants étrangers ? » Là, nous est carrément proposée une série de réponses, allant de l’apport culturel aux emplois non pourvus…  Plus loin, cette perle de bêtise crasse : « est-il désormais impossible ou inutile de parler de nation, de patrie ? » On devine aisément comment, sur de telles questions, viendront se soulager tout ce que la France compte de xénophobes adipeux et autres graisseux lepénistes. Mais c’est un peu le but, non ? Si Besson, cornaqué par son seigneur et maître, entend mener tambour battant son national débat, n’est-ce pas un peu pour replacer le curseur politique à la droite de la droite ? C’est que les Régionales approchent. Et il ne s’agit pas que les électeurs frontistes, qui ont assuré le succès de Sarkozy en 2007, manquent cette fois à l’appel. Lamentable, dites-vous ?

 

                                                                                                 Frédo Ladrisse.

 

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Published by Quand l'autruche eternue... - dans politique
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Pangloss 15/11/2009 08:06


Quand on a tout fait pour détruire le sentiment d'appartenance à une communauté, on s'aperçoit trop tard que le peuple qui ne se reconnaît plus ne reconnaît plus ses chefs. Et ça, c'est grave!
(pour les chefs, bien sûr!). Ceux qui ne se ressemblent plus, on essaie de les rassembler. De force, en tentant d'inventer de nouveaux mensonges.


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