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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 18:03

coco.jpegTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Quoi, de quoi, qu’est-ce que j’apprends donc ? Notre supersarko n’aurait passé que quatre heures, montre en main, en Haïti ? C’est un peu court, n’est-ce pas, pour une visite officielle. A se demander même si ce sera suffisant pour nous faire accroire, dans dix ans, que Nico-le-géant — celui qui, en son temps, brisa d’un coup de tête le mur de Berlin — a cette fois, de ses propres mains, extirpé des décombres quelques dizaines de rescapés. Cependant, selon l’Elysée, son passage éclair se justifie par « des raisons évidentes de logistique ». Pas de palace assez classieux sur l’île dévastée?  Le premier ministre canadien avait lui, peu avant, passé deux jours à Port-au-Prince.  M’est avis qu’on ne partage pas avec nos cousins canadiens la même vision de la logistique.


     Sur quelle logistique s’est appuyé Villepin lors de sa visite à la ferme ? On n’en sait foutre rien, pourtant les journaleux suivaient en masse le Galouzeau venu traîner ses mocassins dans la fange d’un élevage porcin. Et l’ex-premier ministre de nous narrer sa prime jeunesse : « il m’est arrivé d’être puni à la ferme, et de passer mon après-midi avec les cochons. » Diantre, morbleu, palsambleu, l’éducation à la duraille des jeunes nobliaux, y’a pas à dire, c’est pas du lard. Plus tard, tenant un porcelet dans les bras, le même nous informait qu’il avait « décidé d’aller à la rencontre des Français. » Personne n’est là pour lui rappeler que, malgré ses ressemblances avec l’électeur de base, le cochon n’a pas encore le droit de vote?


     Puisqu’on est chez les porcs restons-y un instant, en compagnie de la Parisot, présidente du Medef et gorette de première, qui n’en finit plus de grouiner au sujet de la réforme des retraites. « A force de faire l’autruche, nous avons crée dans le pays une forme d’anxiété et de découragement. » Pour commencer, Peggy, je te demanderai de laisser l’autruche en dehors de tout ça, ça fait longtemps qu’elle cotise plus. Ensuite, de découragement, d’anxiété, nous en connaissons de sévères, directement alimentés par le seul fait de travailler et de voir sans cesse s’éloigner la période bénie où nous n’aurons plus à le faire. Est-ce clair ? Pour finir, plutôt que de perdre ton temps à tenter de nous convaincre que le boulot, c’est la joie et la bonne humeur, tu ferais mieux de te pencher, puisque tu nous parles d’anxiété, sur le problème du stress au travail.


     Il est vrai que l’info, à ce sujet, n’est pas évidente à trouver. L’info sérieuse, la vérifiée, pas comme cette liste publiée jeudi dernier sur le site du ministère du travail. Il s’agissait, au départ, d’un classement des entreprises en fonction de l’état des négociations sur la question du stress. Liste orange et rouge pour les mauvais élèves, liste verte pour les boîtes ayant fait un effort. Sauf qu’au fil des heures, ces listes se trouvaient modifiées, allégées, en fonction des coups de téléphone passés par les tauliers au ministère concerné. Ainsi, Unilever, connue pour sa philanthropie, passait directement de la liste rouge à la liste verte, et certaines entreprises, telles les Galeries Lafayette (à l’origine sur la liste rouge) disparaissaient de tout classement. De tripatouillages en magouilles, cela finit par tourner à la pantalonnade, et dès le lendemain ne restait plus sur le site que la liste verte des « gentils ». Accompagnée de ce message : « nous nous employons à préparer une nouvelle photographie de la situation des entreprises. » Hum hum. On a hâte de voir ça. De son côté, le Medef ne tardait pas à dénoncer « une méthode plus que contestable », et prévenait que plusieurs sociétés préparaient des actions en justice, au titre du préjudice qu’elles auraient soi-disant subi.  Le message du patronat est on ne peut plus clair : pas touche aux négriers!


     Tandis que les entrepreneurs-de-France s’échinent, avec succès comme on voit, à mettre au pas ce gouvernement qui n’est jamais que leur créature, le personnel politique détourne l’attention et amuse la galerie à la faveur d’une élection tout en propos fumeux, comme on dit du purin. Le gros Le Pen, dont il parait que ce serait le dernier tour de piste, s’essaie à exister, non sans difficulté — en matière de xénophobie et d‘outrance sécuritaire, c’est rien de dire qu’en ce moment la concurrence est rude. Aussi doit-il en faire des tonnes, et par exemple proposer la création de 100 000 (oui cent mille !) nouvelles places de prison, puisque « 80 000 personnes condamnées ne peuvent pas y aller, parce qu’il n’y a pas de place. »  Comme dorment aujourd’hui en tôle environ 65000 prisonniers, Le Pen propose donc d’en quasiment tripler le nombre. Une paille. Concernant les récentes dégradations de tombes à coup de croix gammées et de slogans bombés, il n’y voit, comme d’habitude, que pure provocation : « vous n’avez pas de cimetière juif ? Vous n’avez pas de cimetière musulman ? Vous avez de la chance, car à chaque élection, les peintres sortent. » Certainement payés par le lobby sioniste-israélito-salafiste qui, comme chacun sait, dirige en sous-main et dans l’ombre la maison Ripolin ! Quand on lui demande ce qu’il pense de ce qui se déroule en Languedoc Roussillon, Le Pen y va alors de sa métaphore maritime : « choisir entre Georges Frêche et l’Ump revient à changer de cabine à bord du Titanic. » Ah ah. Quel comique, tout troupier qu’il soit.


     En attendant de voir sombrer dans le ridicule et dans l’oubli le borgne pathétique, penchons-nous justement, mais comme vite fait en passant, sur le cas Frêche, qui lui ne rigole plus. « Je tiens à répéter que le Languedoc Roussillon n’est pas un paillasson », s’est-il cru contraint de préciser, sans qu’on sache au juste pourquoi. Nous aurait-il appris que la région en question n’était pas un balai à chiottes, que ça aurait eu le même effet. Mais peut-être, prosaïquement, Frêche n’a-t-il que très moyennement digéré la récente sortie de Cohn-Bendit, pour qui « le fréchisme, c’est du Mussolini. » Les références, comme les coups, volent aussi bas qu’il est possible en ce pays de joute, et on y nage en plein trauma, dans des eaux qui de jour en jour se révèlent plus nauséeuses.


     Laissons donc s’y ébattre — avant de s’y noyer — la crasse politique française, et arrêtons-nous comme de juste sur le cas des cobayes. Je parle des appelés dont l’armée s’est servie comme tels, durant les essais nucléaires dans le désert algérien, au cours des années 60. Un rapport « secret » s’est retrouvé la semaine dernière dans les pages des quotidiens. Il y est dit qu’il s’agissait « d’expérimentations tactiques, visant à étudier les effet physiologiques et psychologiques produits sur l’homme par la bombe atomique. » Après avoir nié durant des décennies l’existence de ces expériences, désormais l’armée les reconnait. Bien obligée.  Entre autres joyeusetés, on apprend dans le rapport qu’afin de rendre, en zone contaminée, la communication entre soldats optimale, le port du masque à gaz y était prohibé, remplacé « par un masque antipoussière élémentaire. » A l’exception du commandant, qui lui garde son masque à gaz, et par ailleurs « ne doit pas pénétrer dans la zone contaminée. » Délicate attention à l’égard de l’élite, dont n’aura pas bénéficié la piétaille, pour laquelle « un court séjour, sans précaution spéciale » dans la zone de l’explosion « est également envisageable. » Feignant de découvrir ce rapport, Morin le ministre de la défense en minimise bien sûr l’impact : « les doses reçues lors de ces essais étaient très faibles », ose-t-il, tout éhonté. L’association des vétérans des essais nucléaires, créée sur le tard en 2001, compte 4800 membres, dont seulement 10% sont en bonne santé. 35% souffrent d’un cancer, et 55% d’une maladie grave. C’était notre rubrique « engage-toi, deviens toi-même.com »       


     Dans cette Algérie qui servit plusieurs fois de laboratoire, des essais nucléaires au maintien de l’ordre à coup de gégène, 125 députés viennent de déposer une proposition de loi visant à juger les criminels de guerre, même les Français, eh oui ! Quelle impudence, vraiment, et quel manque de reconnaissance vis-à-vis de l’ex nation-mère! De quoi défriser illico l’imbitable Besson, lequel nous apprend que ces crimes « ont été traités, pour beaucoup d’entre eux, juste après la guerre d’Algérie. Moi, je crois qu’il faut dépasser. » Goebbels n’aurait pas dit mieux, cependant, petit souci : jamais ces crimes ne furent traités. D’après Benjamin Stora, historien et spécialiste de la période, « dès l’indépendance de l’Algérie, une chaîne d’amnisties impose et construit l’oubli de la guerre. » C’est peut-être cela que Besson appelle « traités ». On le savait ministre de l’identité nationale et des expulsions réunies, on le découvre ministre de l’oubli.


     Dans le registre excrémentiel de ceux qui s’arrangent avec l’Histoire, on trouve aussi des profs : une élève de 3e vient d’être renvoyée trois jours pour avoir porté, en cours, un tee-shirt siglé « Palestine libre. » Le prof (d’Histoire !), connu pour ses sympathies pro-israéliennes, lui ordonne de cacher le vêtement, non sans avoir traité de « charlots » et de « charlatans » les défenseurs de la cause palestinienne. La jeune fille refuse, fond en larmes et quitte la pièce : le proviseur l’exclu trois jours pour « refus d’obéissance » et « acte de prosélytisme. » A quand le GIGN investissant une salle de cours au prétexte qu’un élève porte un A cerclé sur le maillot ?


     Allons, halte à la déprime, camarades, il n’y a pas que de mauvaises nouvelles. La preuve : contrairement à Robert Pandraud, nous sommes encore vivants.


                                                                                         Frédo Ladrisse.

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Published by Quand l'autruche eternue... - dans politique
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