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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 19:44

images-copie-9.jpegTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Après une semaine où fut tiré à boulets bleus, à boulets blancs à boulets rouges, sur cette monstruosité qu’est, n’en doutons pas, l’abstention, c’est non sans gourmandise qu’on l’a vu battre de nouveaux records. Gourmandise modérée par le peu d’attrait qu’a l’autruche pour le jeu électoral, auxquels, qu’ils le veuillent ou non, participent l’abstention et son taux — un chiffre de plus, quoi. Finalement, l’intérêt premier de ladite abstention réside dans les réactions qu’elle suscite par endroit de la part de la crasse politique et chez les bien-votants. Ainsi, dans Le Monde de lundi dernier,  un universitaire du nom d’Alain Borot, expliquait son ampleur par « l’influence croissante d’écrits comme « l’insurrection qui vient », ou la popularité de Zizek dans certains milieux », lesquelles seraient « autant d’indices qu’un activisme à coloration anarchiste a pris le relai de la stratégie de communication électorale dans les nébuleuses de l’action radicale. » Diable, diantre et morbleu, les 23 millions de non-votants seraient donc « à coloration anarchiste » ? Il faudrait dès lors prendre garde, d’autant que, selon le monsieur de l’université, « la dissolution de la logorrhée trotskyste dans l’éructation démagogue du NPA, et la baisse dudit NPA dans les urnes, ont sans doute privé la gesticulation gauchiste de toute crédibilité auprès des troupes les plus résolues de la mouvance révolutionnaire» — là, reprenez votre respiration —,car fatalement « si le gauchisme n’est plus soluble dans la salive ni dans les urnes, c’est le retour à l’action anarchiste du XIXe siècle », aux « actions irresponsables contre les services publics » qui, re-fatalement, devinez quoi ?, « ouvrira la voie au fascisme. » La boucle est là bouclée, en une démonstration qui, bien que capillotractée (1), s’achève sur l’équation abstention=fascisme. De la à en conclure que tous les abstentionnistes sont, en puissance, des nazillons, il y a un pas qu’Alain Borot est à deux orteils de franchir. S’il s’en abstient —ah ah—, c’est peut-être en raison d’une petite lueur de conscience qui, au milieu de son délire, lui rappelle que si les urnes était un solide rempart contre le fascisme, Hitler n’aurait jamais quitté son bac à sable vert-de-gris.


Plutôt que de hurler au loup et d’agiter le chiffon noir d’une insurrection qui ne vient pas, le monsieur de l’université, à l’instar de tous les défenseurs du guignol de foire agricole qu’est la démocratie dite représentative, ferait mieux de se concentrer sur les actions concrètes susceptibles de lutter contre l’abstention. Qu’ils prennent donc en exemple cet association de Lille qui organisait  dimanche un gala de boxe éducative —il faut croire que ça existe—, et proposait d’offrir un sandwich à toute personne se présentant avec sa carte d’électeur, dûment tamponnée. Vous allez me dire : faut aimer la boxe. Oui, et faut aimer les sandwichs. Le plus simple serait peut-être, comme dans les centres de don du sang, d’offrir dans les bureaux de vote casse-dalle et coup de rouge ? Paraît qu’on y songe, en haut-lieu.


Tout là-haut, sur les cimes, on songe également à la baffe qu’on vient de se manger, assez monumentale. On y songe et puis, comme Dutronc, on oublie : une chose est de pousser aux urnes, en jouant sur la peur, ces mécréants d’abstentionnistes, une autre est de tenir compte de leurs votes éventuels. Avant même que soit connue l’ampleur de la défaite, l’Elysée, par le truchement de Claude Guéant, prévenait : même si « de petits aménagements méritent d’être faits », le maître du château n’ira pas au-delà d’un « remaniement qui sera modeste et technique, quel que soit le cas de figure. » Alain Jouyandet, maire de Vesoul, par ailleurs secrétaire d’Etat à la francophonie sera-t-il remercié, tandis  que Michel Mercier, ministre de l’espace rural (alors qu’on le pensait Angélique), prendra la place d’Henri de Raincourt ? Intenable suspense. Mais «il peut y avoir du sens politique dans le technique », s’insurge le Guéant qui, on le sait, n’en est plus à un foutage de gueule près.


Quoi qu’il en soit, la semaine durant, c’est moins derrière l’abstentionniste que derrière l’électeur frontiste qu’a cavalé la droite. Le nazillon est volatile, qui assura l’élection de Sarkozy en 2007. Cependant, pour le convaincre de tourner casaque, 6 jours ce fut un peu court, même si la mort d’un flic, buté par l’ETA, fut mise à contribution dans le registre du tout-sécuritaire, et on en entendit de bonnes, crachées par Fillon et Sarko. « Quand on insulte un policier, un jour, on le frappera. Alors, ce n’est pas étonnant si, un jour, on le tue. » Raccourci, qui relève du sophisme plutôt que de l’étude de mœurs, raccourci qui permet cependant au seigneur du château d’en rajouter dans la menace : « le ministère public portera plainte au moindre manquement de respect d’un fonctionnaire de police. » C’est assez présager de ce que l’autruche, par exemple, risque de laisser sur le carreau en terme de plumes et croupion, si elle s’entête à, par exemple, continuer d’affirmer que les flics sont des ânes, des baltringues congénitaux, des crétins des deux-Alpes, des trous du cul, des cons.


L’autruche en était là de ses considérations policières, quand elle apprît, quelle surprise, qu’une fois de plus les golios de la place Beauvau avait gravement merdés. En lieu et place des photos censées représenter le commando ETA ayant dézingué le brigadier, ces bovidés ont diffusé celle d’une brave escouade de pompiers catalans, venus faire un stage en France. A la télé, dans les journaux, les pauvres ont découverts leurs binettes, sur l’avis de recherche. Cependant, selon Péchenard, directeur général de la Police Française, la procédure fut respectée, appliquée dans les règles de l’art, et tout va pour le mieux dans le monde merveilleux du commissaire Bisou : « non seulement nous n’avons pas fait trop vite, mais nous avons fait exactement comme il le fallait. » Bravo, donc, et que chaque citoyen s’apprête à découvrir sa tronche en Une des quotidiens, avec la mention « terroriste ». Le comble de la mauvaise foi revenait, dans cette affaire, au porte-parole du parquet, laquelle affirmait sans frémir que « la diffusion de ces images permet de refermer cette piste. » Mais QUELLE PISTE ??, ont hurlé en choeur les pompiers catalans, claquemurés dans leur hôtel, de peur de se faire dessouder par un flic zélé si ils mettaient le nez dehors. Ensuite, à ce qu’on nous dit, ils auraient bouclé vite fait leur valise et quitté, au pas de charge, ce pays de dingo-paranos.     


Ils n’auront donc pas eu le loisir de visiter le plus grand centre de rétention de France, qui ouvrira ses portes d’ici à quelques jours, à proximité de l’aéroport de Roissy. La législation limitant à 120 le nombre de places dans un centre de rétention, on en a donc construit deux, reliés par une passerelle. Ce qui nous fait 240 places, derrière les hauts grillages, barbelés et chemins de ronde. La Cimade, qui l’a visité, parle ni plus ni moins d’un « camp d’internement pour étrangers », d’un « espace sécuritaire, totalement déshumanisé. »  A l’intérieur se multiplient les caméras de surveillance et les détecteurs de mouvements, les portes et les grilles, actionnées à distance. Vive le progrès, donc, au service des ambitions d’un Eric Besson qui, bien que se faisant discret pour cause d’élections et à la demande de son maître, ne s’en apprête pas moins à présenter un « projet de loi visant à simplifier le retour forcé d’étrangers en situation irrégulière ». Encore faut-il les « retenir » avant de les embarquer, d’où la construction de nouveaux centres, à un jet de pavé des grands aéroports, et faisant usage à foison des technologies de pointe en matière de contrôle des corps mais aussi des esprits. Il y a quelques jours une amie, laquelle vit une belle quoique forcément chahutée histoire d’amour avec un garçon sans-papiers, me confiait que son homme, après avoir goûté aux deux, trouvait que le centre de rétention c’était pire que la prison. Etonnant, non ? Même pas.


Autres prisons, bien qu’à ciel ouvert : les territoires palestiniens. On s’y dirige sûrement et pas forcément lentement vers une troisième intifada, suite aux provocations de l’Etat israélien, qui accélère ses programmes de construction de logements et de judaïsation de Jérusalem-Est, la partie Arabe de la ville. Netanyahu l’a dit : « Jérusalem et Tel-Aviv, c’est pareil. On construit là-bas comme ici. » Et de multiplier, dans ces mêmes quartiers, la destruction de maisons palestiniennes « illégales », sur les ruines desquelles on érigera des immeubles, destinés aux israéliens non-arabes. Pour Israël, aucun problème, tant que l’ami américain ne hausse pas la voix. Or, c’est pas pour demain : il suffit, pour s’en convaincre, d’écouter Joe Biden, vice-président américain, pour qui «la pierre angulaire de la relation entre les Etats-Unis et Israël est notre engagement absolu, total et sans réserve en faveur de la sécurité d’Israël. » Sans réserve, n’est-ce pas. Tout est dit. 


Peuvent donc crever les jeunes Palestiniens, au nom de la sécurité de l’Etat israélien. Quitte à crever ils y vont donc, autant que ce soit en se battant plutôt qu’en se lamentant en l’attente d’une aide internationale qui ne vient pas, car bloquée aux check-points. Comme tous ceux qui n’ont plus aucune sorte d’espoir, il leur reste les pierres. Pendant ce temps, en Israël, on fait chauffer le moteur du char et de l’avion de chasse. Reste-t-il quelque chose à détruire à Gaza ? Oui, un peu de population.


Pendant ce temps, le pape a honte. Non pas de laisser agoniser les palestiniens sans broncher, non pas de proposer la canonisation de son prédécesseur Pie XII — grand collaborateur devant l’éternel et chéri par Adolf en son temps—, mais parce qu’il semblerait que le clergé irlandais soit le plus grand rassemblement de pédophiles actifs que l’Histoire ait jamais connu. « Je sais que rien ne peut effacer le mal », confie Benoit-le-bêta. Et d’appeler les victimes des prêtres « à la réconciliation, à la guérison intérieure et à la paix. » Amen. Pour le pape, il est grand le mystère de la bite fourrée dans la bouche des enfants, aussi sa Sainteté semble, sur le sujet, totalement larguée : « vous avez terriblement souffert, et j’en suis vraiment désolé », pleurniche le souverain poncif. « Votre confiance a été trahie, et votre dignité violée. » Ah. « Dignité », c’est comme ça que dans l’Eglise on appelle l’anus des petits chanteurs à la croix de bois ? Fort heureusement, désormais, le progrès —toujours lui— autorisera les soutanes insanes et violeuses à se faire pardonner en toute impunité et sans même bouger leur gros cul : un service téléphonique permet maintenant de se confesser, je vous donne le numéro dans le cas, peu probable, où vous auriez quelques petites choses à vous faire pardonner : 0892 46 DIEU (0,34 euros/minute). Le Fil du Seigneur, ça s’appelle. En revanche on ne nous explique pas quel numéro appeler si on souhaite pécher, tranquille, au téléphone. Une idée marketing, à fouiller si le cœur vous en dit.            


                                                                                                   Frédo
Ladrisse.

 

(1) Capillotractée : tirée par les cheveux

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Published by Quand l'autruche eternue... - dans politique
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commentaires

AcidKronik 08/04/2010 15:53


Salut à toi le volatile !
Ah quelle bonheur de lire tes mots, ta prose qui prends par les couilles (même si je n'ai pas la chance d'en posséder), la parole sans fioritures à l'état brut...
Bonne continuation ;)


Quand l'autruche eternue... 12/04/2010 13:06



Merci Acid, des comm' comme ça j'en redemande!!... Tu sais avoir des couilles n'est pas toujours une chance, c'est que les flics visent en premier :-)


bonne journée, à plus tard,


L'autruche  



Pangloss 27/03/2010 09:23


Vulgarité! Eh ben merde alors! C'est comme dire que pour éviter de voir la fièvre faire exploser le thermomètre, il suffisait de boucher le trou du cul!


Quand l'autruche eternue... 29/03/2010 22:36


Merci Pangloss de rétablir enfin la vérité, à propos de ce fichu thermomètre, non mais! Comme dit le proverbe africain, qui gobe une noix de coco fait confiance à son anus, hein, et qui croque
un cactus...
Moralité: garez vos fions.


Spartacus 26/03/2010 11:59


Salut à toi, l'Autruche. En passant par chez toi, je suis tombé dans ton trou (sans aucun rapport avec la dignité du pape), je me suis posé, et encore une fois me suis bien marré ou énervé à lire
ces fragments de société vomis de ton bec. Ca percute fort !


Quand l'autruche eternue... 26/03/2010 23:18


Merci à toi Sparty, jamais l'autruche, de tes encouragements, ne se lasse !
à bientôt,
Ladrisse 


Boris 23/03/2010 21:29


Est-il besoin d'autant de vulgarité facile pour faire passer une analyse ?


Quand l'autruche eternue... 24/03/2010 19:29


oui, et inversement.


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