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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 22:35

index-copie-6.jpegTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? L’ont-ils bien fêté, la galette, les poulagas de Montpellier ? Tout porte à croire que oui, qu’elle fut grandement arrosée la policière frangipane, la fève revenant sans nul doute à celui d’entre ces guignolos qui lança, l’autre jour, un avis de recherche relatif à un homicide, avis décrivant « une personne jeune, de petite taille, mince et habillée d’une capuche. » Sic, car désormais, savez-vous ? Une capuche vous habille. Dès lors, quand bien même une personne sur trois pouvait se sentir concernée par l’avis en question, la parano n’a pas gagné le chef-lieu de l’Hérault, mais le fou rire, forcément.  Par ailleurs, on me glisse dans l’oreillette qu’à l’heure où s’écrivent ces lignes, Tom Pouce court toujours.

     Elle court pareillement, quoi qu’encore plus vite, la jeunesse de Tunisie, confrontée lors de larges émeutes aux tirs à balles réelles. On parle de dizaines de morts. On parle de centaines d’arrestations, et d’une situation, en pratique, insurrectionnelle. C’est assez inquiétant pour qu’Obama himself s’en émeuve et convoque l’ambassadeur tunisien, à Washington. Paris, lui, ne pipe mot. Ben Ali est un pote, ami de qualité qui, paraît-il, sait recevoir. Les socialos eux-mêmes en demeurent, depuis des semaines, bouche bée. Idem les medias, qui auront attendu de ne plus pouvoir faire autrement pour enfin évoquer, comme du bout des lèvres, ces émeutes. C’est que pour l’ami Ben Ali ces événements furent « l’œuvre de bandes masquées qui ont attaqué la nuit des édifices publics » en se rendant ainsi « coupables d’un acte terroriste. » Le gros mot est lâché, tout est dit, rompez les rangs fermez vos bouches, puisqu’on vous dit, m’enfin, qu’il s’agit de terrorisme !... Bandes masquées, hum,  et agissant la nuit, re-hum… D’où viennent alors ces images, rares, de manifestations diurnes, sans capuches ni foulards, de « bandes » réunissant plusieurs milliers de personnes et s’affrontant durement à des forces de l’ordre, qui tirent ? De la Hongrie à la Côte d’Ivoire, en passant par la Tunisie, le Pouvoir a loupé une marche, qui musèle les journaux, cogne les journalistes, pendant que pléthore de lycéens, téléphones portables à la main, filment, courent, rentrent à la maison et balancent sur la toile autant d’images interdites. Parfois, s’ils ont le malheur de croiser la police ou les chiens de l’armée, ils en meurent, tout simplement. Mais l’information passe, grâce au courage de quelques-uns nous avons accès au réel. Et ça les fait bien chier, les chiens.             

      Ils ne sont pas les derniers, les chiens, à célébrer la, parait-il, seule vraie bonne nouvelle de ce début d’année. Elle viendrait de l’édition, de la vente, par plusieurs centaines de mille, du livret de Stéphane Hessel, intitulé « indignez-vous !». Mouais. Bonne nouvelle, vraiment ? Non seulement, à la lecture, la mollassonne brochurette vous glisse des mains pire qu’une motte, mais aussi il s’avère assez désagréable de comme ça recevoir une leçon d’indignation de la part d’un garçon dont l’activité principale consista, durant quarante ans, à traîner ses guêtres en peau de bouc sur les parquets cirés des ambassades de haut vol, non sans complimenter Madame pour la qualité du service et ses parures de choix. Figure de l’indignation, ça ? « Cherchez et vous trouverez », commande l’auteur, par trop biblique. Il lui aurait pourtant suffit de lever les bouts de peau flasque qui lui servent de paupières — j’allais écrire : d’œillères — pour apercevoir, partout, l’insanité d’un monde au sein duquel les motifs d’une indignation véritable ne sont plus à chercher puisque, justement, tout trouvés. Au final, chaque époque ayant les apôtres qu’elle mérite, Hessel le dispute à Nicolas Hulot ou à Bernard-Henri Bidule dans le registre de la révolte de salon, de la colère posée là, telle une ultime décoration, acte de bravoure à deux francs soixante-douze centimes.

     S’indigner ? Sous prétexte de fraude, les parlementaires durcissent l’accès des sans-papiers à l’aide médical d’état (AME). Selon le rapport de l’Inspection des Affaires sociales, ces mesures seront à coup-sûr contre-productives, « financièrement inadaptées, administrativement complexes et porteuses de risques sanitaires. » Mais l’idéologie lepénosarkozyste commande, une nouvelle fois, de pointer d’un doigt brun de bouse les étrangers venus manger le Doliprane des Français. Contre toute logique, fut-elle essentiellement comptable, est privilégiée la lutte contre « un certain tourisme médical », lequel n’existe pas, ou reste extrêmement marginal. L’essentiel, ici comme ailleurs, ne saurait être le réel. L’essentiel est de ramener en le sarkozyste giron les voix des xénoparanos lesquels, à ce qu’il semblerait, s’apprêteraient à voter pour la très nationale Marine. S’indigner, quoi encore ? On ne remerciera jamais assez Manuel Valls, amuseur public, d’avoir à sa manière ramené sur le tapis et comme de derrière les fagots l’antédiluvienne question des héroïques 35 heures, qui d’ailleurs sont enterrées, mortes, tombées au champ d’honneur de la guerre des classes, il y a des années déjà. Merci Valls, vraiment, d’empêtrer comme ça le PS, lequel prouve si besoin était qu’il est, plus que jamais et définitivement et jusqu’à la caricature, un putain de parti de droite. Merci également de contraindre l’UMP et le patronat à pousser plus loin le bouchon, à avancer, à découvert, en entonnant l’antienne de la suppression, pure et simple, de la durée légale du temps de travail. « Au profit d’accords négociés, branche par branche », précise Novelli, qui nous prend vraiment pour des cons. Soit des poules. Soit un renard : enfermez-les ensemble, ensuite laissez-les négocier. Indignés ? L’êtes-vous davantage que le brave Thibault qui, au nom de la CGT et vu l’année qu’on vient de passer, décida, carrément !, de boycotter les vœux de notre sublissime président — lequel, n’en doutons pas, en pleure encore de tristesse et de honte, toute bue ? Cependant, Bernard Thibault, en hurlant sur les toits son refus de se rendre à l’Elysée, avouait du même coup y avoir été invité. Indignation peut-être, indignité assurément? Me revient en mémoire la sortie d’Erik Satie à propos de la légion d’honneur: « la refuser, c’est bien. Mais le mieux eut été de ne pas  la mériter. »  

 

                                                                                                Frédo Ladrisse.

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Published by Quand l'autruche eternue... - dans politique
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Bibo 13/01/2011 10:24


L'autruche est en forme : merci de dézinguer l'autre "indigné". J'en pouvais plus ! Ouais, la vieillesse est un naufrage ...


Jean-Jacques 10/01/2011 23:45


Tiens donc, c'est bien ce qu'il me semblait que cela devait être (oui) que ce livret signé Hessel. De la gentillesse dégoulinante, vaguement moralisatrice, naïve en tout cas, si il reflète le
personnage. Un jour, quand je tomberai sur un exemplaire oublié, je le lirai jusqu'au bout, si le coeur m'en dit.
Enfin, facile de parler quand on ne lit rien, mais niveau littérature ça bat de l'aile pour ce qui est du business. Entre Hessel et Houellebec, la com' ne donne guère envie...


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