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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 22:24

Tiru-2-copie.jpgTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Ils ont remanié, et après ? Sentiment partagé par nombre de quidam, que le tango des ministères laisse de pierre et sans voix. Poules confrontées au couteau du néopétainisme, nous voici démunis, en même temps qu’indifférents au jeu d’ombres chinoises censé nous ensuquer. Car enfin que nous chaut la reconduction de Fillon, celle de Mitterrand ou Mam, et les jetages d’un Borloo, d’une Yade, d’un Woerth ? Méfiance, cependant : au creux de ce remaniement-songe se planque un message, sournois, en forme de nouvelle claque adressée à nous autres. C’est qu’il se disait, comme en creux, que la nomination de Borloo au poste de premier ministre serait la réponse de Sarko aux millions de manifestants battant pavé rouge en octobre, en novembre, quatre semaines durant. Un virage social, quoi, à la sauce droitière soit, mais tout de même : un virage, un genre de pause dans la casse de nos droits. Eh bien, même pas ça. Ce n’était pourtant qu’une façon de minimum légal, très insuffisant, très futile — car enfin nous ne fîmes pas grève pour exiger que Borloo rejoigne Matignon. C’était rien, pratiquement de l’insignifiance : dans ce contexte, reconduire Fillon devient par contre très signifiant. Il n’y aura pas de pause, les bulldozers antisociaux ne laisseront pas, une seconde, reposer leurs moteurs. Non seulement les tenants du Sarkozystan-pour-mille-ans ne nous entendent pas, mais aussi, surtout, nous méprisent. Le seul et unique message de ce remaniement : Français, on vous emmerde, et on va continuer.       

      Pendant ce temps, en provenance du pays où, à ce qu’on nous rabâche, nul ne manifeste jamais chacun restant chez soi à gober les couleuvres néoconservatrices comme autant de fourchetées de panse de brebis farcie, monte un cri tout à fait de saison : « tous ensemble, tous ensemble, general strike ! », hurlaient, en français dans le texte s’il-vous-plaît, près de 50 000 étudiants dans les rues de Londres le 10 novembre, avant de s’affronter durement aux robocops locaux, puis de les déborder et de s’en aller ruiner le siège du parti au pouvoir. La raison de cette colère ? Rien, une broutille, le triplement des frais d’inscription à l’université, à hauteur de 10 000 euros. Pas de quoi s’énerver, n’est-ce pas, cependant ces soi-disant stoïques sujets britanniques semblent, cette fois et durablement, dégondés. « Le radicalisme est dans l’air, la rage est palpable », prévient ainsi Zoé Pilger dans The Indépendant. Ah, que Bakounine fasse que les outre-manchots prennent la relève de la colère !, puisqu’en France elle se calme, s’assoupit, se renfrogne sous le bonnet de nuit. Au pied de l’incinérateur d’ordures en la ville de Saint-Ouen, nous avons, par exemple, dans la matinée de samedi, plié gaules et calicots. Les cheminées réintoxiquent, et le vieux nazi faisant office d’agent de sécurité jubile sous son casque à la con, tout est rentré dans l’ordre patron, valsent les camions-poubelles sous les quolibets des grévistes. Pour autant, tout n’est pas perdu : on a surtout beaucoup gagné en dix jours sous les tentes à bloquer ces ordures, certaines humaines. Gagné du temps, de l’échange et du sens, de l’énergie, du partage, de la solide solidarité, de la bien concrète, de celle qu’on touche du doigt et qu’on sent dans la bouche. Certes on est retourné au taf sans que l’avorton du palais n’ait consenti à abroger cette loi inique et promulguée — tout un symbole — lors d’une nuit sans lune, mais, au-delà du fait qu’on l’attend au prochain tournant, lui et son gang mafioso, nous voilà requinqués comme jamais, les batteries à bloc, tout à fait prêts à en découdre. Si les autorités s’en moquent, à l’abri de la plèbe pensent-ils, protégés par une forêt de centaures oblitérés Police, les bureaucraties syndicales, de leur côté, s’inquiètent à juste titre de cette hargne soudaine, qu’elles savent incontrôlable. Ça flippe dans les permanences car un mouvement tel celui que nous venons de vivre, agit comme un révélateur des farces et attrapes que nous bradent à longueur de temps ces rabougris marchands d’opium et autres professionnels du syndicalisme de salon. Lorsqu’au bout de dix jours de blocage, nuit et jour sous pluie et vent, le délégué local — celui-là, qui accoure quand se pointent les caméras, et qu’autrement on ne voit jamais —, quand il n’ose plus pointer son museau en AG, moi je dis que c’est plutôt bon signe. S’ils ne sont plus ici c’est qu’on avance, vous ne trouvez pas ?

     Ce sentiment, je ne doute pas qu’il soit aujourd’hui partagé par certains producteurs de viande, totalement enfumés par leur propre syndicat, l’innommable FNSEA, lequel, après signature d’un accord sous les ors du ministère de l’agriculture, appelait ses militants à lever le blocage des abattoirs. Or les gars, aux abois, demandaient 60 centimes de plus sur le kilo de bidoche. Le syndicat a lâché, et signé avec les patrons pour 2 à 5 centimes. « C’est le premier pas de la marche en avant pour la hausse des prix et les 60 centimes », déclarait Pierre Chevalier, un de ces fourbes à la si prompte signature. Ce ne sont pas les branches hautes qui manquent, en nos riantes campagnes. Reste à trouver la corde.     

       Mais chut, tais-toi ô ma rancœur, l’essentiel est ailleurs. Il est, paraît-il, dans le projet du Parti Socialiste. Non je déconne. N’empêche, ils ne sont pas tristes ces pitres, à l’instar de François Hollande qui, se positionnant en vue de 2012, se campe en fin stratège : « j’ai laissé passé le coup d’avant pour être maintenant dans le coup du jour. » Bien vu mister Flamby, laisse passer les coups, laisse… Concernant le projet lui-même, l’ex-premier secrétaire estime que « le risque, c’est l’indifférence. » Le problème est de taille, dans la mesure où même de cette indifférence, finalement on s’en tape. Pour le métrosexuel Manuel Valls, « l’exigence de vérité et de crédibilité s’impose » en cette année, manière de dire sans le dire que, depuis Jaurès au moins, mensonge et grand n’importe quoi sont les deux faces d’une même (fausse) monnaie qui a pour nom Parti Socialiste. Valls tient cependant à mettre en garde ses camarades contre une « mélanchonisation des esprits. » La formule serait bien trouvée qu’elle resterait ardue à prononcer. Gageons que Ségolène Royal lui préférera quelque chose comme la mélanchonnitude.

 

                                                                                            Frédo Ladrisse.

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Published by Quand l'autruche eternue... - dans politique
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commentaires

Félix 16/11/2010 07:56


ça fait plaisir de voir des articles plus fréquents!
Eh oui, la période de grève est passée, le cinéma recommence de ses insignifiants échanges, dialogues, piques, relations politiques, projets pour être élu.
Tout ça pour ça!


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