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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 00:54

sark-ben-ali.jpgTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Après des décennies de pouvoir sans partage, le Président s’est donc envolé, renonçant à la toute-puissance et aux prérogatives que lui conféraient son poste, néanmoins embarquant la caisse, boursouflée de biffetons. On n’entendra plus parler de lui si ce n’est de loin en loin, et c’est rien de dire qu’il y a peu de chance qu’il vienne à nous manquer. C’est du président du FN dont il s’agit évidemment, du vieux Le Pen ayant, ce week end lors du congrès de Tours, refilé Sceptre et Main de Justice à sa fifille Marine. « De simple mouvement des éveilleurs, je veux faire du Front National celui des bâtisseurs », tonitrua la benjamine. S’il est question de bâtir prisons et camps de rétention, prière d’avertir la Marine que la clique Sarko a pris une furieuse avance.   

     Mais laissons-là ces chiffaillons de la France bleu-blanc-beurk, et revenons à l’essentiel : une fois n’est pas coutume, c’est clairement l’actualité internationale qui prend le pas sur les habituelles sotties hexagono-hexagonales. A moins de se passionner pour la question, certes cruciale, du calendrier relatif aux primaires du Ps — forme de perversion extrême, heureusement fort peu répandue —, à moins d’accorder on ne sait quelle attention malade aux sorties d’une Martine Aubry placée sous codéine intense :« nous avons la force, mais la force, comme vous le savez, peut être tranquille » a-t-elle bramé, ou encore, ceci : « les socialistes sont prêts, le changement est proche », hi hi hi,… à moins, donc, de se fourvoyer en de sempiternelles ritournelles sans queue ni tête ni alouette, l’honnête homme et femme et autruche ne saurait éviter de jeter un œil, même globuleux, au-delà des frontières. Vers la Tunisie bien sûr, vers le Niger également, vers Haïti enfin, Haïti dont notre monde de riches et renfrognés voleurs — en un mot : l’occident — a décidé de se ficher, définitivement. On reprend ?

     Tunisie : après quatre semaines d’émeutes, Ben Ali s’est donc taillé, emportant avec lui quelque tonne de métaux précieux, comme tout dictateur qui se respecte. Malgré la décapilotade de son pote, à l’heure où s’écrivent ces lignes Sarko n’a toujours pas prononcé le moindre mot au sujet de cette fâcheuse affaire, lui qui, en général, se montre comme on sait fort soucieux de réagir avec promptitude aux secousses agitant notre pauvre planète. Là, ça tarde, ça se tait, cela vaut mieux me direz-vous, plutôt que de commettre une bourdasse à la mode Baroin lequel, pas plus tard que la semaine dernière, jugeait la position de cette France qui ne pipait mot « équilibrée », et qui pensait qu’aller plus loin serait « faire preuve d’ingérence », ce dont il ne saurait être question puisque « la Tunisie est un ancien protectorat français. » Pas faux. Et donc ? Faut-il rappeler à Baroin-le-chafouin avec quelle belle énergie Sarko s’est ingéré dans les affaires de la Côte d’Ivoire, pourtant ancienne colonie ? Faut-il rappeler également qu’il y a quelques jours à peine MAM, ministre des affaires étrangères, s’exprimant devant les députés, n’excluait pas l’envoi de gendarmes français du côté de Tunis, car « le savoir-faire de nos forces de sécurité permet de régler des situations sécuritaires de ce type »? Elle a l’air finaude, tiens, maintenant, la gendarmette. Quoi qu’il en soit, et alors que ça ne fait même pas quatre jours que Ben Ali a ripé du trône, ces guignols se bousculent sur les plateaux téloches histoire de ne pas insulter l’avenir, et de prendre, sur lui, des gages. Delanoë, maire de Paris, assure ainsi n’avoir « pas croisé Ben Ali depuis beaucoup d’années ». Sic. Parions sans risque qu’ils ne manqueront pas, les politiques jurant, main sur le cœur, ne pas connaître ce monsieur, Ben comment vous dites ? Déjà, comme légèrement gêné aux entournures de son soutien indéfectible au dictateur durant vingt ans, le gouvernement français, par la voix de son ministre de la défense j’ai nommé Juppé-le-Moko, justifie son silence par de piteuses circonvolutions, « la plupart des pays occidentaux pensaient, comme nous, que la Tunisie était un pays stable. » Stable, dans la bouche de Juppé, signifiant verrouillé, tenu, parfaitement policier. «Nous avons sous-estimé l’exaspération de l’opinion publique tunisienne », ajoutait le pantin à la figuration funeste, dans la mesure où, tous, nous savons que la politique étrangère, à l’instar du prix de la baguette et de la demi-livre de beurre, se décide à l’Elysée. Reste à citer Guéant, conseiller spécial de Sarko, Claude Guéant selon lequel « personne ne pouvait prédire que les choses iraient si vite, et aussi loin, en Tunisie », pour ensuite en tirer une très limpide conclusion : nous sommes, en France, gouvernés, dirigés par une bande de types à ce point imbus de leur personne qu’ils n’imaginent même plus qu’un mouvement populaire puisse les faire décaniller. « Ce n’est pas la rue qui gouverne », tonitruent-ils en chœur et depuis des années. Là, ils découvrent, effarés, que la rue, le peuple, existe encore, que donc leur pouvoir est fragile, qu’ils peuvent être balayés en l’espace de quatre semaines. Forcément, le Sarkoland est incapable de prévoir, plus encore de concevoir cela, mais le message est clair : les révolutions ne sont pas toutes de ces moments désuets appartenant au passé, elles peuvent, si nous le décidons, se dérouler ici, demain. Un message que feraient bien de méditer également tous ceux et celles n’ayant pas cru, cet automne, aux chances de succès du premier grand mouvement anti-sarkozyste de masse, appelé, par commodité, « lutte contre la réforme des retraites ». Que ceux et celles retournés fissa à la niche dès que fut votée la loi funeste et alors même que nous avions, au bout de nos bâtons, la possibilité de bloquer ce pays de trous du cul, de le mettre à genoux, de renvoyer l’excité de l’Elysée et sa bande au néant qu’ils n’auraient jamais dû quitter, que celles et ceux-là tentent, au moins, de s’inspirer, la prochaine fois, de l’exemple tunisien. Afin de ne plus être mièvres et pleutres, comme aime à nous considérer les pourritures qui nous gouvernent, et qui savent que la peur nous tient, qu’elle nous fait reculer. Cet automne, à nouveau, nous leur avons donné raison.

     Le Maghreb et le monde arabe a peut-être encore quelques leçons d’insurrection à nous donner : au Yémen, en Egypte, au Maroc ça s’agite. En Algérie idem, où quoi qu’on en dise le feu couve, l’Algérie, sur laquelle le vieux Le Pen, l’autre matin, a une nouvelle (une dernière ?) fois craché, lorsqu’un auditeur de Radio-Paris lui demanda si, dans les circonstances actuelles, il avait quelque chose à dire aux Algériens: « je n’ai rien à dire aux Algériens, ils ont voulu l’indépendance ? Qu’ils prennent leurs responsabilités. » Point. Cela fleure mauvais son 1961 et sa Villa des Roses, n’est-ce pas ? Décidemment l’antique verrat aura tenu à rester infect jusqu’au dernier moment de sa crapouilleuse carrière. Au fait : comment appelle-t-on, déjà, la petite du verrat ?

     Au Niger, c’est autre chose : lorsque des Français sont enlevés désormais ça mitraille, ça hélicoptérise, ça lance de ces assauts commando ah non mais !, on se laissera plus faire !... Résultat, deux otages tués, on sait plus trop par qui. Pourtant, dans le même temps, on se laisse faire au Mali, où sont détenus cinq Français, on se laisse faire en Afghanistan. De mauvaises langues prétendent que la différence entre le Niger et, par exemple, le Mali, par exemple l’Afghanistan, c’est qu’au Niger y’a de l’uranium. Donc, de gros intérêts. Donc, des entreprises de chez nous. Grosses, les entreprises. Dans ces conditions pas question de laisser les dingos d’Allah mettre en péril le bizness. En Haïti, qu’y-a-t-il ? Depuis un an, des gravats, des tentes, des gens dessous les tentes. Il semblerait que ça n’émeuve désormais plus personne. Des milliards de dollars d’aide internationale sont bloqués dans les caisses du fait d’une ONU incapable d’en finir avec de sombres histoires de réglementation concernant la reconstruction. Qu’y-a-t-il, en Haïti ? Certainement pas d’uranium.


                                                                                                  Frédo Ladrisse.

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Published by Quand l'autruche eternue... - dans politique
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