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1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 19:44

Sans-titre-1.jpgTirant tête hors du trou, qu’entends-je ? On ne dit pas un enfoiré, on dit une autre année de foutue, me révélait l’autre soir ma fille, du haut de ses douze ans et les yeux comme collés au papier Carambar dont elle avait, pleine, la bouche. Aussitôt dit, sitôt défait, partons de là me dis-je, livrons-nous, si vous le voulez bien, au traditionnel exercice du coup d’œil dans le rétro, et ne nous privons pas d’un nouveau pot ripoux, en cette fin d’année à la mord-moi le gnou.


     En janvier, Georges Frêche toujours vivant trouvait que Fabius avait « une tronche pas très catholique. » D’aucuns s’en offusquaient rue de Solferino, depuis, le vieux est crevé et le problème est donc réglé.  On défilait déjà, dans les rues, le 21 janvier, on était déjà 2 millions à battre le pavé pour rien. Tandis qu’on passait devant le théâtre Saint-Martin où se jouait « la cage aux folles », un drôle, bien que cégétiste, lança au mégaphone: « libérez nos camarades ! » On savait encore rigoler, en manif, en janvier. On ignorait qu’on allait se faire à se point balader.


     Février nous cueillit à froid, lorsque nous apprîmes qu’en huit ans les garde-à-vues avaient triplé, atteignant le chiffre hallucinant de 900 000 par an. La poulaille se donnait donc à fond, et laissait libre court à ses tendances paranoïaques : j’en étais là de mes réflexions lorsque que la camarade Isabelle crût bon de me rappeler que « la paranoïa n’est jamais que l’expression d’un altruisme déçu. » Sur le coup, j’en restais, quoi, comme vous, coi. Et tandis que l’autruche se fouillait le cerveau (qu’elle a moins gros que l’œil) Sarko survolait Haïti, ses décombres et ses camps, sans jamais quitter l’hélico et prendre le risque de souiller ses mocassins à glands. Selon son chef d’état-major, le non-déposage, sur le sol,  de La Présidentielle Personne, s’imposait « pour des raisons évidentes de logistique. » Plus un palace assez classieux pour sa crassieuse majesté ?

 

     Mars, dieu de la guerre des boutons, fut donc le mois des élections, régionales celles-ci, et l’occasion d’une titanesque, magistrale déculottée pour la droite aux affaires, laquelle ne conserva alors en son giron que l’Alsace : l’Alsace, ah ah, laissez-moi rire, l’Alsace, autrement dit, nada, peau de balle, ce territoire néo-naze où sévissent neige, glace et verglas, l’Alsace, dont nous savons tous qu’elle devrait avoir été rendue, voir bradée, de long temps, aux Allemands. N’empêche : Ségolène Royal profitait de ce succès pour, dépoitraillée à outrance, prendre la défense de son ami Bernard-Henri Lévy (philosophe, essayiste, homme d’affaires français), en prétendant que « le voudrait-il, il n’échappera pas au feu qui le brûle : il a déjà dans le regard, ce dandy, de la cendre. » Bigre. Diantre, et morbleu. Manque néanmoins le charbon pour démarrer cette chaudière-ci. Pendant ce temps, Le Pen dénonçait « les mosquées qui poussent comme des champignons », et se présentait en rempart de « cette France blanche et chrétienne, menacée de disparaître. » Une France que l’ami Ferrat, qui s’en étonnera ?,  décidait en mars de quitter, définitivement, et la vie par la même occase. La montagne, depuis, est moins belle.

 

     En avril, historique instant: le couple Sarkozy était reçu à dîner par le couple Obama, et les journaleux se désolaient de ne même pas avoir accès au déroulé du menu ! Peu de chance que ces tristes sires et néanmoins maîtres du monde aient, entre la poire et le cheeseburger, trouvé le temps d’aborder le sujet de Siné Hebdo, lequel mettait la clef sous la porte et revendait jusqu’au paillasson. « C’est pas la fin des haricots », rappelait Siné, qui en a vu d’autres. N’empêche : cela sonnait comme la victoire, par ko et au dernier round, de cette crevure de Philippe Val, Val, directeur de France Inter et de Charlie-hebdo associés, pour pas souvent le meilleur et pour, toujours sûr, le pire, Val, pseudonymé dans les couloirs de la maison ronde Philippe Laval, ou L’avale, selon l’orientation du vent. Val, ami intime de Carla B. et qui en plus s’en vante, Val qui n’allait pas tarder à virer Didier Porte et Stéphane Guillon de l’antenne, par pure complaisance caviardeuse envers l’agité de l’Elysée. En avril, il y avait cependant plus grave. Il y avait Baconschi, ministre roumain et fasciste déclarant devant Pierre Lellouche, envoyé là-bas par Sarko, qu’il y avait« des problèmes physiologiques, naturels, de criminalité parmi les groupes d’ethnies Rom. » Autant de propos préparant la vaste chasse aux bohémiens qui allait déferler sur la France, jusqu’à se dérouler sous nos fenêtres même.

 

     Mai vit François Baroin, tout frais ministre du budget pas encore émoulu, et son homologue Luc Chatel s’opposer fermement à l’idée, jugée saugrenue, d’une baisse du salaire des ministres, puisque « baisser celui-ci reviendrait, par ricochet, à baisser les salaires de tous les agents de la fonction publique. » A peine eut-on le temps de se souvenir que lors de l’auto-augmentation de Sarkozy en 2008 (près de 143%) le salaire desdits agents n’avait pas augmenté d’autant, que la nouvelle tombait, brûlante : « l’anarchie règne dans les rues de la capitale grecque, Athènes est à feu et à sang ! », titraient les papelards promus à la tâche, noble, de réservoir à épluchures les soirs de pommes de terre. Profitant de ce que cette pseudo-guerre civile menaçait jusqu’aux marches du Parthénon, Fillon enfonçait le clou et voyait dans « la crise grecque un révélateur, qui doit nous persuader que nous avons le dos au mur. » Aussi était-il, tout à coup, « urgent de geler les dépenses de l’Etat, de 2011 à 2013 », et de « poursuivre la politique de non remplacement dans la fonction publique. » C’est Sarko ou le chaos, quoi… Lequel Sarko, pendant ce temps, sucrait concrètement les fraises, rendant visite aux producteurs de Tagada, dans le Lot-et-Garonne, et en profitait pour livrer sa très personnelle vision : « il faut cesser de dire que vous êtes des agriculteurs, vous êtes des entrepreneurs, voilà. »  Une façon de penser le métier très moyennement partagée par les premiers concernés.

 

     Lorsqu’en Juin de nouvelles manifs contre la réforme des retraites rassemblaient, à nouveau, plusieurs millions de personnes, nous fûmes nombreux à nous demander ce que foutaient les Thibault, les Chérèque et autres Daltons des grosses centrales, ce qu’ils attendaient nom de dieu pour appeler, cette fois sans ambages ni circonvolutions, à la grève générale et reconductible, nom de dieu ! Le fait est que, l’appel, bin on l’attend encore. Sous couvert d’anonymat (c’est à cela qu’on reconnait le courage des bergers qui nous dirigent, tel un troupeau), un ministre affirmait tout de go que la réforme, quoi qu’il en coûte, se ferait, car « l’important c’est le jugement que portent les marchés sur notre gestion. » Dès lors, et en l’absence de réponse à hauteur de cette provocation, il était aisé de deviner que la messe était dite. Cependant, en ce mois pluviard, il n’y eut pas que de sales nouvelles : le général Bigeard cassait sa pipe comme un con, au fond d’un pieu tel un tocard, et l’équipe de France de fouteballe se ridiculisait en Afrique du Sud, montrant son réel visage, bande de gamins surgâtés, boudeurs, hâbleurs, insupportables, sales petits cons blindés de pognon et, qui, du ballon, ne voient que l’or qu’il peut leur rapporter. En juin, tandis que Porte et Guillon étaient donc remerciés par Philippe (La-)Val, Dieudonné, le comique pas drôle, lâchait que « l’Histoire, c’est pour les cons, c’est un nid à problèmes. » Les humoristes, c’est comme les gosses : on a ceux qu’on mérite.

 

     Le 6 Juillet fut expulsé le campement Rom du Hanul, à Saint-Denis. 150 hommes, femmes et enfants, jetés à la rue de bon matin, avant la destruction totale de leurs habitations. « Le 93 ne tolérera plus aucun campement Rom » prévenait, martial en diable, le préfet du département, ancien directeur du Raid. On ne se doutait pas encore que derrière la rodomontade se profilait un projet dépassant, de beaucoup, les frontières de la Seine-Saint-Denis, projet de rafles et démantèlements de campements de fortune qui bientôt seront, partout, détruits, et leurs habitants arrêtés, jetés dans des bus en partance pour Bucarest, la Bulgarie,... Au milieu de l’été, et profitant d’un fait divers s’étant par ailleurs conclu par la mort non d’un gendarme, mais celle d’un jeune issu de la « communauté du voyage » — comme on dit dans les préfectures —, profitant de quelques émeutes du côté de Grenoble et agglomérant le tout, le populisto-pétaino-caricaturo-excitiste siégeant à l’Elysée donnait le coup d’envoi d’une « guerre à la délinquance », dont la visée première était évidemment la reconquête, aléatoire, d’une popularité réduite à peau de couille. Ainsi Brigitte Julien, directrice de la sécurité publique à Grenoble, se laissait aller à expliquer que « la nuit, dans les quartiers, le premier objectif des policiers est de faire des prisonniers. » De là à bombarder les cités, il n’y a qu’un pas que nous ne sommes pas loin de les voir franchir. Pendant ce temps, Eric Woerth commençait à sentir les poils de son cul roussir, et trouvait que, vraiment, « ça commence à bien faire ! » Son copain de cambriolage, le gros Xavier Bertrand, prenait sa défense main au flingue, dénonçant, dans la presse, des « dérapages très graves », «une stratégie de l’abject » et « des méthodes fascistes », rien de moins. Toutes choses étant à rapprocher de la façon dont furent, au plein cœur de l’été, menées les opérations à l’encontre des Roms.

 

     En août, rafles, expulsions, destructions de campements se poursuivirent, sur un rythme soutenu, jusqu’à franchir le cap de l’intolérable pour quelques-unes des belles voix de la conscience nationale, promptes à entonner l’air du « y sont pas comme nous, mais tout de même y’a des limites. » Les journaux débordaient de cette sale conscience, qui, tout en condamnant les méthodes employées, faisaient assaut d’ignorance crasse et de condescendance concernant l’histoire, la situation, et l’avenir du peuple Rom. Dans la torpeur de vacances gâtées par ces nouvelles qui, de jour en jour, exprimaient assez la souffrance et la résignation de ces gens une fois de plus stigmatisés, bouquémissairisés par pure facilité, nous parvenaient la voix ordurière d’Eric Besson lequel, rencontrant ces homologues roumains, n’avait « pas entendu le quart d’un demi grief de leur part », celle, aussi, d’un Hortefeux-nec annonçant sans faillir « une hausse de 138 % de la délinquance roumaine, sur Paris. » Délinquance roumaine, kézako ? Aucun chiffre, à ce jour, ne nous est parvenu au sujet de la délinquance australienne, ou belge, sur Paris. A la fin des congés d’été, un mois à peine après « l’appel à la guerre » de Sarko, le ministre de l’intérieur annonçait, rouge de plaisir, avoir mené à terme l’expulsion de 300 campements Roms. Nul doute que ce type-là mérite la croix de fer.

 

     Au début de septembre c’est tout naturellement qu’on défilait encore, cette fois contre la politique sarkautoritaire du moment. « Manifestations hétéroclites », selon Hortefeux-à-volonté, « où se sont retrouvés une mosaïque de partis traditionnels mais aussi des groupuscules gauchistes et anarchistes. » Autrement dit, personne ? Cependant, ce rassemblement-ci en annonçait bien d’autres, tant furent liés, en cet automne, revendications politiques et exigences sociales. Et tandis que le PS, comme à l’accoutumée, peinait à s’opposer à une réforme des retraites avec laquelle ses ténors se trouvaient, fondamentalement, en accord, l’improbable Eric Woerth se félicitait, un soir de manif’, de constater qu’il y avait « moins de monde dans les rues. » Observait-il les cortèges des fenêtres de la Bettencourt ? Quoi qu’il en fut, l’encore ministre se trompait lourdement, enterrant un peu tôt un mouvement dont septembre ne fut jamais que la bande-annonce.

 

      Octobre commençait bien mal, puisque Finkielkraut ouvrait le bal d’une xénophobie élevée au rang de doctrine d’état, dénonçant à l’antenne de Radio-Paris-Inter « ce sentiment qui monte, en France, qui est une francophobie bien présente. » Bin voyons. Ce serait pas tant, voyez-vous, qu’on aimerait pas les étrangers, se serait que les étrangers ne nous apprécieraient guère. Si tel était le cas, inutile de préciser qu’on ne pourrait que leur donner raison. Mais tandis que se perpétuait la valse puante des charters en direction de Bucarest, la grève prenait (enfin !) corps, dans l’enthousiasme général. Ça débrayait ici ou là, ça bloquait des raffineries, des supermarchés, des lycées, ça manifestait tous les jours, tant et si bien que le pouvoir, fouettant grave des aisselles, faisait donner la troupe. Bastons à Paris, Lyon, Marseille, tirs de flashball à l’aveugle et autres joyeusetés, blessés, arrestations… Ça n’était pas encore le grand soir, mais les petits matins, entre AG et piquets de grève, fleuraient bon la contestation. Au final et avec le recul, nul n’est dupe : la réforme des retraites n’a jamais été qu’un prétexte à l’expression d’une colère, d’un désir de pourrir les terres du Sarkozystan, autrement plus large, plus profond, et dépassant de loin les maigres revendications des centrales syndicales. Le Sarkozystan a tenu bon ? Bien. Nous verrons la fois prochaine.

 

     Nous verrons, car pour l’heure, nous n’avons encore rien vu : novembre fut le mois de toutes les solidarités, des partages à tout rompre, des rencontres improbables et des expériences de luttes, concrètes, collectives, assumées. Ce que nous avons appris là, ce que nous avons vécu, la clique des Woerth et autres Besson ne saurait nous l’enlever. « Fury is palpable, radicalism is fashionable », titrait la presse britannique comme, pendant qu’on retournait au taf, la jeunesse, outre-manche, commençait à s’agiter grave. Oui, c’est bien de furie qu’il s’agit, et la mise en veilleuse, en France, du mouvement de revendication ne signifie en rien son arrêt. Et ce n’est un piteux remaniement ministériel qui peut être susceptible de calmer nos ardeurs.

 

     En décembre, ça remuait également en Grèce, en Italie, en Irlande, en Espagne... De la rage, oui, face au concassage absolu de tout ce qui s’apparente au modèle de protection sociale, aux services publiques, à la solidarité, à l’accueil, à l’ouverture à l’autre. Bousillage en règle des conquêtes et des droits acquis de haute lutte, bousillage à laquelle la fumeuse « crise mondiale» continue de servir d’alibi trop facile. Le radicalisme est dans l’air, oui, et la jeunesse, une fois encore, puisqu’elle n’a plus rien à perdre concocte, dans les caves, des bombes. Autre bombe : en cette fin d’année Wikileaks explosait à la face des petits barons de la diplomatie internationale, éclairait ses dessous, autrement plus sales que chics. Evidemment ça eut hurlé, ça eut éructé au scandale, durant les réceptions de Monsieur l’ambassadeur. « On ne parle pas aux enfants comme on parle aux grandes personnes », résumait Hubert Védrine, ex ministre des affaires étranges. Inutile de préciser qui sont, pour ce glabreux, les « enfants ». Lui et ses coreligionnaires semblent cependant ignorer que, si enfants nous sommes, il y a tout de même belle lurette que nous ne croyons plus au père noël, ni à ses cadeaux par milliers. Et tiens, puisqu’on en parle, cette année le foutu vieillard a encore oublié l’autruche : elle avait demandé à ce que ce soit déposé dans son petit soulier un Beretta modèle CO2. Et bin, nada. Peu importe, elle se vengera ! 2010, année Casanis ? En 2011 je coule un bronze !

                                                                                               Frédo Ladrisse.

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Published by Quand l'autruche eternue... - dans politique
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commentaires

radaze 02/01/2011 10:35


bien à toi bel animal, la triste énumération de toutes les crasses que nous avons du essuyer en 2010, me fait penser que 2011 ne sera pas une année pour les bonzes, dés minuit une sourde rage est
montée, et j'ai éructé au lieu d'une "bonne année" un "ça va charcler je peux te l'assurer", et puis j'ai vomi mon pastaga sur cette année 2010, et ses tristes protagonistes dont tu nous fais le
portrait aiguisé régulièrement.
bonne continuation dans la jungle française, et que vive la libre pensée!!


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