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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 23:07

Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Mariages gris, kézako ? Bessonnante expression que le ministre de la carte d’identité nationale utilise désormais pour évoquer ces « mariages de complaisance conclus lorsque l’un des deux époux est sincère, et est trompé par l’autre. »     S’agit-il d’adultère ? Nenni ! « L’escroquerie sentimentale » dénoncée par Besson consiste, pour l’escroc, à abuser l’autre dans sa « confiance amoureuse », au seul but d’obtenir la nationalité française. Quelle infamie! D’autant qu’ils seraient légions, ces mariages en demi-amour. Très nombreux, c’est-à-dire ? Vite, des chiffres, des statistiques ! Et le ministre de créer un groupe de travail, en vue de proposer, à terme, une nouvelle loi. Inutile de souligner qu’on nage là en plein délire xénophobonationaliste, mais un délire non-gratuit, en partie maîtrisé, s’intégrant à merveille dans l’actuelle stratégie de récupération/recyclage des thèses de l’extrême-droite, et par la-même de ses électeurs. Besson s’en va donc créer une machine à mesurer l’amour, une sorte d’échelle du sentiment aux critères douteux. Les couples mixtes ont intérêt à ne plus oublier de fêter la Saint-Valentin et, s’ils croisent les flics, à se rouler un gros patin.

     Pendant ce temps, c’est à Camus que Sarko roule des pelles. Cette semaine, il lui a déclaré sa flamme avec un bel entrain. Mais ce n’est pas dans son lit qu’il entend coucher l’écrivain, c’est au Panthéon, carrément,  entre Sadi Carnot et Jean Monnet, beuark ! « Ce serait un symbole extraordinaire de faire entrer Albert Camus au Panthéon », s’excite l’agité de l’Elysée. En terme de symbole, il est clair que ça se poserait là. Symbole de cette manie furieuse de la récup’ à tout va, symbole de l’ignominie consistant à instrumentaliser un mort, tout en niant honteusement ce qu’il fut de son vivant, ses engagements, ses choix, ses prises de position. Le chantre des « bienfaits de la colonisation » oserait donc panthéoniser l’homme de la Révolte ? L’affaire n’est pas entendue, car elle suppose l’accord des descendants de l’écrivain. Si Catherine Camus, sa fille, affirme ne pas avoir d’opinion tranchée sur la question, elle rappelle non sans humour que son père « était claustrophobe, et n’aimait pas les grands honneurs. » (Camus avait ainsi refusé la légion du même nom.) Quant à son fils, Jean Camus, il s’y oppose catégoriquement, puisqu’il s’agirait pour lui d’une « récupération », doublée d’un « contresens. » On ne saurait mieux dire. La Présidentielle Volonté d’agréger et dissoudre en son Sinistre Règne les mannes de ce qui fut naguère une gauche de combat, trouvera-t-elle ici ses limites ? Pour l’heure, rien n’est certain. Nom d’un Bakounine, quel suspense!


     Camus au Panthéon, qu’en pense le parti socialiste ? Rien, il n’en pense rien, il n’a pas le temps de penser, tout occupé qu’il est — comme on dit d’un pays en guerre — à se boxer la face. Peillon versus Royal, on ne compte plus les rounds, mais le combat n’est pas achevé. Dixit sainte Ségo : « ceux qui pensent pouvoir m’abîmer aux régionales en seront pour leurs frais. » Qu’on se le dise… Et Peillon de commenter, avec un tact emprunt de (relative) fraternitude : « on est en psychiatrie lourde, là. » Folle du Poitou, la Royal ? Pensez-vous ! « Les gens se ressoudent de façon inimaginable. Dimanche dernier, tous les élus étaient autour de moi. » Habillés de blouses blanches et armés de solides piquouzes ? Moquerie facile, je vous le concède, inutile de trop tirer sur l’ambulance, d’autant que les Urgences psy, ces temps-ci, sont bien débordées. Ainsi, Delanoë  envisage de retirer la plainte de la mairie de Paris à l’égard de Chirac. Et comment se justifie une si soudaine mansuétude ? Parce que Monsieur le Maire « n’en veut pas particulièrement à l’ancien président. » Ah bon, d’accord. Ça se passe comme ça, alors ? Oui.


     Un que les bastons socialos et autres buzz à deux balles arrange, c’est le gros Raoult, Eric. Du coup, on entend plus parler de son « devoir de réserve » appliqué aux artistes. Ça reviendra, soyez-en certains. Mais pour l’heure le Raoult d’égout se contente de se répandre en lamentations : « J’ai eu l’impression, la semaine dernière, que la peine de mort avait été rétablie pour moi. » Fallait l’oser, celle-là.  Plus loin, le bonhomme se révèle tel qu’en lui-même, et sans s’apercevoir de la censurante lourdeur de ses propos au français approximatif: « j’ai eu l’impression que tout le monde peut dire ce que l’on veut. » C’est ce qu’on appelle aussi liberté d’expression, autrement dit le cauchemar…


     La liberté, à l’étranger, ne se porte guère mieux. On vient d’apprendre qu’Obama avait une nouvelle fois repoussé la date de fermeture du bagne de Guantanamo. Prévue pour janvier prochain, elle n’aura finalement lieu qu’en… Bin on en sait rien, le prix Nobel de la paix s’étant bien gardé, cette fois, d’avancer un délai. Tout juste a-t-il indiqué que « cela dépendra de la coopération avec le congrès. » Nous voilà bien avancé. A deux encablures de Washington, du côté de Rio, la cour suprême du Brésil s’est prononcée en faveur de l’extradition de Cesare Battisti. A Lula, désormais, de donner son accord, ce qui, selon Ignazio La Russa, ministre italien de la défense, ne serait « qu’une simple formalité. »  On craint que, sur ce coup, le gars ne se trompe guère.  Que Battisti, en grève de la faim, ait d’emblée prévenu qu’il ne « retournera pas vivant dans son pays natal », risque peu d’influer sur la décision de Lula lequel, après quelques rodomontades de circonstances, se pliera, comme d’habitude, au diktat de la realpolitik.


     Retour aux Etats Unis, à New York plus exactement, où, à ce qu’il paraît, la liberté éclaire le monde. Alors il serait temps qu’elle change les piles de sa lampe torche, parce que le faisceau faiblit : dans les couloirs de l’Onu, il s’en trame de sévères, qu’on risque de devoir avaler même si ça ne pourra que nous rester en travers de la gorge. L’OCI, l’organisation de la conférence islamique, y mène un lobbying furieux afin que soit reconnue, par exemple sous la forme d’un traité international, l’accusation de blasphème, voir d’insulte envers les religions. Un document propose d’interdire ainsi « toute insulte à ce qui est tenu pour sacré par la religion » — comme on voit, l’éventail est large —, et l’OCI déclare juger que « l’attaque des croyances sacrées et la diffamation des religions, des symboles religieux, des personnalités et des dogmes, contrarie la jouissance des Droits de l’Homme des adeptes de ces religions. » Invoquer les droits de l’Homme pour s’en prendre au blasphème: ou comment combattre l’ennemi avec ses propres armes. On précisera, au passage, que la joyeuse bande de l’OCI compte pas moins de 56 pays, au premier rang desquels de riantes prairies telles que le Pakistan, l’Iran, les Emirats arabes unis, la Tunisie et autres défenseurs acharnés des droits de l’Homme.   Non contents d’appliquer, chez eux, la condamnation pour blasphème, ils tentent désormais de l’imposer à l’ensemble de la planète. C’était notre rubrique « moi, les croyants ne me gênent pas, du moment qu’ils m’emmerdent pas », et autres fadaises de concierge sur « la religion, sphère privée, et gnagnagna. » Le but des engoupillonnés et autres enturbannés a été, restera toujours, de nous contraindre et de nous soumettre. A l’image de leurs dieux, qu’ils aillent se faire foutre.

 

                                                                                          Frédo Ladrisse.

 

ps : comme, en compagnie de Besson, nous parlions tout à l’heure d’amour, l’autruche ne saurait trop vous conseiller la lecture du dernier petit livre d’Alain Badiou, fort à propos intitulé « éloge de l’amour » (Flammarion, 94 pages, 16 euros). On y apprend, par exemple, que l’amour peut être considéré comme « un communisme minimum. » Peu de chances, donc, que Besson le lise.             

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Published by Quand l'autruche eternue... - dans politique
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commentaires

Boris Bordinero 26/11/2009 15:01


Euuuh... Si tuer les gens avec une arme à feu est moins grave que de le faire avec des bombes, à ce moment-là battons-nous pour Battisti. Personnellement, j'ai un peu de mal à faire la
différence... En effet, il a été jugé par contumace, donc sans défense de sa part, mais pourquoi ? Parce qu'il était en fuite. Donc, difficile de le faire passer pour une victime d'un système
judiciaire arbitraire.

Bien à vous mon cher,

Boris


Quand l'autruche eternue... 27/11/2009 12:32


Je suis d'accord avec toi  sur le côté "victime" de Battisti, qui m'agace également, mais quand même: je pense que si il avait l'assurance d'un nouveau procès en Italie, il accepterait d'être
extradé. Or, là, il n'a aucune chance de se défendre (lui maintient qu'il n'est pas le tueur, point sur lequel je préfère ne pas me prononcer). Par ailleurs: viser quelqu'un avec une arme ou placer
une bombe qui fera des victimes au hasard, cela fait, à mon sens, une grosse différence, oui. Même si l'idéal, évidemment, est de ne tuer personne: défendre Battisti aujourd'hui ne revient pas
à défendre la "lutte armée" telle que pratiquée en Italie durant les années de plomb. Ni en Italie, ni ailleurs.

au plaisir de te lire,
Ladrisse   


bunny le chti 25/11/2009 10:54


salut
pas mal ton texte sur le blasphème
Pour moi la religion est une vaste secte qui permet à certains de jouir de la liberté qu'ils suppriment aux autres par des croyances inventées
Fais ce que je dis mais ne fait pas ce que je fais est un proverbe qui est à la mode en politique et surtout chez les financiers
bonne soirée


Boris Bordinero 23/11/2009 01:21


Vos propos viennent d'être transmis à la Comission Internationale de Lutte contre le Blasphème, qui décidera des éventuelles poursuites pénales à votre encontre, avec l'accord de la justice de
votre pays (République Française).
Meilleurs sentiments

Comissaire adjoint B. Bordinero

PS : Sur l'extradition de Battisti, il ne me paraît pas choquant de juger un mec ayant fait péter des bombes, quelle que soit la cause qu'il pensait servir.


Quand l'autruche eternue... 23/11/2009 14:12



Cher commissaire adjoint (toujours pas de promo malgré votre zèle?... ;-),

je tremble à donf' devant les décisions que pourraient prendre à mon égard la commission contre le blasphème ("commission" avec deux "m" s'il-vous-plaît, comme dans Médiocres Merdeux). Si tôt
fait, je vais à confesse!


En ce qui concerne Battisti: il a déjà été jugé en Italie (et condamné par contumace, c'est-à-dire en son absence, donc sans possibilité de se défendre.) Condamné à la prison à perpétuité, donc à
la mort en tôle, il ne peut espérer aucun nouveau procès. Par ailleurs, il n'a jamais fait "péter de bombes", ce n'est pas pour ça qu'il a été jugé, mais pour des meurtres par arme à feu.


Si tous les commissaires, avec deux "m" aussi, sont aussi bien informés que vous, on ne s'étonnera pas que se multiplient les bavures.


bien à vous, à bientôt


Ladrisse


 



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