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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 21:51

images-copie-54Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Cette petite voix qui questionne, Toulouse, Montauban, Merah, en parler ou pas? Mouais. Tout a déjà été dit, non ? Non, justement, pas tout. Il n’a pas été dit à  quel point la prison occupe, en cette affaire, en la formation ou plutôt la déformation de ce voyou à la petite semaine devenu tueur psychobarré dans les grandes largeurs, à quel point la prison occupe, disions-nous, un rôle, sans jeu de mot, central. Puisqu’il est désormais acquis que c’est de derrière les barreaux que Merah opéra son radical virage, pourquoi ne pas interroger la fonction carcérale, en pointer les dangers ? Pas un de nos glorieux Tintin-le-petit-reporter, micro au poing suivant le Raid, n’a semble-t-il trouvé le temps de soulever la question. Il faut admettre qu’elle pèse son poids : dans ce pays, ce n’est pas rien de vouloir ne serait-ce que relever les dérives de l’institution pénitentiaire, quatrième pilier de la République autoritaire (je vous laisse le soin de nommer les trois premiers). L’heure de sa remise en question n’a, bien entendu, pas sonné, aussi les tôles continuerons, pendant encore de longues années, à produire à la chaîne fadas, fêlés, dérangés et flingueurs. En revanche, en cette même heure, tintinnabulent et à outrance les glas nous intimant l’ordre d’honorer les forces de l’ordre, gloire à eux et aux 300 balles, 300 !, tirées sur le « terroriste » Merah, planqué dans sa salle de bain. Qu’on ne se méprenne pas : l’autruche ne pleure pas cette ordure, d’ailleurs l’autruche n’a plus de larmes. Elle refuse cependant de se joindre au troupeau crachant sur sa dépouille, psalmodiant l’ode au Raid et menaçant, furieux, quiconque rechigne à se réjouir de la mort d’un homme quel qu’il soit. Quant aux empêcheurs de jouir en rond autour d’un cadavre criblé, quant à celles et ceux qui questionnent, qui doutent et remettent en question le bien fondé de l’Action Glorieuse de Notre Police Nationale, ceux-là sont voués aux gémonies avant que d’être cloués au pilori de l’Anti-France. C’est bien le minimum.

     Car l’affaire, son issue, ne saurait souffrir aucune sorte d’interrogation. Si les medias s’épanchent sur le parcours de ce « gamin des banlieues de Toulouse », c’est pour mieux taire ensuite ce qui, dans ce parcours, signe la faillite implicite de nos institutions. Durant sa courte vie, Merah a été confronté à : la pénitentiaire, mais également la judiciaire, la policière, la scolaire, et jusqu’à l’armée qu’il tenta, vainement, d’intégrer. Pur produit de notre société, Merah se révèle alors, en sa qualité de « terroriste », comme un cas peu « pratique ». On lui préférera sûrement le type débarqué du Sud Soudan et se faisant exploser dans une rame de métro : il pose, lui, peu de problèmes. Le cas Merah est plus compliqué.  

     Au-delà des interrogations s’imposant à tout esprit un peu ouvert et qui regarderait son parcours, son errance, sa quête d’on ne sait quel absolu ou reconnaissance, qui s’attarderait sur cette somme de rendez-vous ratés avec ce qui aurait pu bâtir une existence bien différente, au-delà de ce qui, peut-être, restera sans réponse, se pose, comme un essentiel, la question de son humanité. Plus exactement: cette question se pose à certains. Lorsque, à deux reprises, le président-plus-pour-longtemps de cette république qualifie Merah de « monstre », il parait évident que pour lui le tueur de Toulouse s’est exclu de la sphère de l’humain. Procédé classique, et pratique, de mise à distance du Mal, de son incarnation. On ne perdra pas de temps à pointer ce qui, dans ce montage, ne tient pas : Hannah Arendt et quelques autres s’y sont employés et avec le succès qu’on sait. On soulignera cependant, dans l’affaire qui nous occupe, une curiosité, qui vit les medias osciller entre deux pôles opposés.

     C’est en effet à un bien curieux mélange des genres que nous assistâmes, ces derniers jours : tandis que commentateurs de plateau et autres « envoyés spéciaux » rivalisaient de superlatifs censés rappeler le caractère extra-humanitaire du « monstre », tournait en boucle, sur toutes les chaînes, la même bande vidéo montrant Merah jeune et souriant, flambeur au volant de sa BM, beau gosse rigolard agité, « gueule d’ange », même, selon certains. Un petit branleur de quartier, quoi, mais pas plus méchant que ça, ressemblant au fiston du voisin ou au pote de classe de votre fille. Et les images, toujours les mêmes, de repasser dix fois, vingt fois, allant jusqu’à servir de générique, d’introduction, sur une chaîne d’info permanente. L’effet recherché était simple : qui aurait pu imaginer que ce gamin deviendrait, quelques années plus tard, ce redoutable tueur d’enfants juifs ? Personne, assurément. Mais pourquoi ainsi ressasser, pourquoi nous imposer, ainsi, les images  banales d’une banale humanité ? L’ambigüité est là, entière. D’une part on appuie lourdement sur l’aspect monstrueux des actes commis par Merah, d’autre part on vous montre que « le monstre » n’en est pas un, que c’est un homme parmi les hommes.

     Rien de pédagogique, dans cette démarche de faux cul. Aucune vertu basée sur la notion d’altérité ne peut s’épanouir sur ce fumier. Car le message essentiel que cherche à véhiculer cette enfumeuse mise en boucle, ces images revues vingt fois, c’est l’antédiluvienne sentence selon laquelle il convient de ne pas se fier aux apparences, sentence populaire augmentée de rajouts bien contemporains : méfiez-vous des jeunes maghrébins, gueules d’ange ou pas ce sont autant de terroristes en puissance. Ce message, délivré des jours durant, pas un journaliste, pas une rédaction ne l’a remis en question, ni même tenté de le nuancer. Au contraire, ils en ont rajouté une couche, sur le mode classique du témoignage de voisin qui « le croisait tous les jours et jamais ne se serait douté que… »  Au final, personne ne s’est interrogé sur les dégâts que ne manquera pas d’occasionner dans les banlieues, entre communautés, cette manière de faire, de présenter l’information. Et le message, d’obédience clairement lepéniste (« toute personne de type arabe représente, en soi, un danger »), les medias publics comme privés l’ont relayé, à outrance, jusqu’à l’écœurement.

     Avez-vous vu, jeudi, les sourires de contentement et l’extrême (c’est le cas de le dire) plaisir avec lequel Marine Le Pen s’est faite le relais de cette islamophobie rampante ? Pour elle, pour son score aux présidentielles, ces images d’un Merah de banlieue, frimeur, hâbleur, provocant et en même temps tellement proche, tellement semblable aux minots d’en bas de l’immeuble, vaut mille fois plus que tous les abattoirs hallal. Humain, Merah ? Assurément. Quand ça arrange le FN.

 

                                                                                              Frédo Ladrisse.

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Published by Quand l'autruche eternue... - dans politique
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