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15 juillet 2009 3 15 /07 /juillet /2009 19:15

Tirant tête hors du trou, qu'entends-je ? Que lis-je plutôt, que parcoure-je, la paupière lourde et comme soumise à l'avalanche des entretiens de salon, certains pour le moins étonnants, telles ces huit pages, pas moins, offertes à Sarkozy dans le Nouvel Observateur. Etonnant ? En réalité ne s'étonneront que ceux qui s'imaginent encore qu'entre l'hebdo de Jean Daniel et la pensée élyséenne subsisterait une autre épaisseur que celle d'une feuille à cigarette, comme disait l'autre. Ici, on mime les désaccords, au demeurant mineurs, mais c'est pour mieux servir la soupe et, de fait, ce qui s'étale dans ces pages-là n'est jamais que le nouveau plan com' du président, sous le label « j'ai changé. » A noter : les directeurs du Nouvel obs' ont pris soin d'effectuer seuls une interview gardée secrète jusqu'au dernier moment, allant jusqu'à n'en pas prévenir les journalistes politiques de l'hebdomadaire, lesquels ont - mollement - protestés. Que craignaient donc les directeurs ? Leurs plumitifs ne risquaient guère d'entrer en rébellion hein, le chômage sévit dru, parmi les rédactions. Alors quoi ? Une fuite, qui gâterait le scoop ? Peut-être.

Encore eusse-t-il fallu, pour que ça fuite, qu'il y ait scoop. Or, dans cet entretien, on n'apprend rien, vraiment. Ni annonce, ni même le début d'une amorce d'information valant la peine d'être rapportée. Un Nouvel obs' façon people. C'est encore ce qu'ils savent faire le mieux. « J'écoute, j'apprends, je progresse », lâche l'azimuté de l'Elysée. Et tout est à l'avenant, sonnez hauts-bois résonnez carpettes, le nouveau Sarko est arrivé ! « L'ouverture, confie-t-il, ce doit être une disposition d'esprit. » Oyé ! En voilà une idée qu'elle est fraîche et nouvelle ! Ouvert, il l'est bien sûr, c'est à ça qu'il veut en venir : « le devoir d'un président est d'écouter, de s'ouvrir. » Puisqu'on vous dit qu'il a changé ! Certes, c'est tout récent, ça date du 8 juillet, vers 14h32, mais c'est un vrai bouleversement intérieur, sincère. « Avec l'âge, je suis devenu plus tolérant », lâche l'homme du « casse-toi, pov' con. » Avant d'en remettre une couche : « plus ouvert, plus serein aussi. » Ah, l'ouverture, le maître-mot que ce mot-là ! Dans ces huit pages elle est partout, avec cependant, de-ci de-là, un bémol - on ne se refait pas : « si je n'écoute personne, on me dit : « quel est ce dictateur ? » Si j'écoute, on me dit : « il a reculé. » Et comme tous les dictateurs, il a horreur de reculer... Par moment, ce souci, plutôt, cette obsession qu'il a de sa nouvelle image - les mauvais esprits se demanderont qu'est-ce que ça cache encore, comme coup fourré à venir -, confine au ridicule : « j'ai compris que mon rôle était de défendre la création et les artistes. Je n'y faillirai point. » Olé !que nos amis intermittents ravalent leur enthousiasme, c'est pas d'eux dont parle Sarko. Quand Sarko parle de création, il parle de... télévision - où, soit dit en passant, bossent bon nombre d'intermittents, mais bref... Par « défendre les artistes », Sarko entend : nommer lui-même les présidents des chaînes publiques. Basta. Mais comme plus c'est gros plus ça passe, voici Sarko campant en défenseur des arts et lettres. On aura tout vu, croyez-vous ? Attendez : on a pas tout vu.

 

      C'est ce que semble penser Badiou, l'écrivain philosophe qui, cette fois dans les pages de Politis, nous explique pourquoi, selon lui, le sarkozysme est un pétainisme. Son principal pilier : la politique sécuritaire. « On n'a pas fini d'en voir de ce côté-là », prévient-il, sûr que l'UMP, tirant les conclusions des dernières européennes, va pousser « le cheval sécuritaire, puisqu'il n'y a rien de mieux, électoralement. » D'autant que le consensus, aussi mou puisse-t-il nous sembler, règne sur ces questions. « Sarkozy existe d'abord parce qu'il a siphonné les voix du Front National. Il a réunifié la droite et l'extrême-droite. » Et cela, ce n'est pas tant que nos tendres intellos-bobos dits de gauche l'ont oublié, c'est qu'ils ont décidé de le passer sous silence. Pas politiquement correct, trop « décalé » vis-à-vis de l'opinion publique, que ne semble guère émouvoir le retour de « thématiques archiréactionnaires et sécuritaires : contre les malades mentaux, la jeunesse des banlieues, les étrangers, les ouvriers sans papiers, avec l'idée qu'on va tous leur mener la vie dure. » Là se trouve, selon Badiou, « le noyau dur du sarkozysme. » Ne pas vouloir s'y attaquer, se concentrer sur des sujets annexes telle que la politique économique de Sarkozy - domaine dans lequel la marge de manœuvre est tellement étriquée dans le cadre libéral qu'on a peine à imaginer ce qu'aurait fait de différent, par exemple, une Ségolène Royal -, refuser de voir le changement de civilisation que représente ce glissement sécuritaire, revient tout simplement à renforcer l'emprise du sarkopétainisme. Le consensus, peu à peu, se fait acquiescement, pour ne pas dire allégeance. « On va essayer de traverser la période le plus tranquillement possible », se dit monsieur Dupont, du haut de ses pantoufles. Et Badiou de rappeler que c'est aussi ce que Pétain avait promis. Autre point de rencontre, Sarkozy, comme Pétain, est un fana du gouvernement par la loi : « quelles que soient les choses qui se passent, il fait des lois : c'est aussi une tradition réactionnaire. » L'avantage de la loi c'est que, contrairement aux hommes, elle reste. A voir comment la gauche institutionnelle est paralysée dès qu'on aborde le domaine sécuritaire, on comprend qu'elle n'aura pas le courage de revenir sur l'arsenal légal mis en place par Sarko. Si toutefois il lui en prenait l'envie, ce dont on peut douter... Dernière analogie, qu'on aurait tort de sous-estimer : « une sourde mais tenace hostilité aux intellectuels. » Et aux artistes, serait-on tenté d'ajouter. « Je sens ce point-là comme une donnée permanente chez lui », insiste Badiou. Encore un qui n'a pas compris que le président a changé...

     Cependant, selon Michel Onfray, le problème n'est pas là. Le véritable problème, c'est notre refus de voter, à nous, abstentionnistes, ou, plus précisément, de voter NPA. Dans sa chronique de Siné Hebdo daté du 24 juin dernier et joliment titré « abstention, piège à cons » (on a déjà pointé ici ce qu'il y avait de pitoyable à reprendre ce titre rance, digne de la pire presse social-libérale), le libertaire Onfray nous explique que si la droite lepénosarkozyste est encore au pouvoir, c'est à cause de nous. Pas à cause des gens qui ont voté pour elle, non non, pas à cause des anciens électeurs lepénistes, ralliés à Sarkozy : eux, il faut les laisser tranquille, pauvres parmi les pauvres, non non, les  coupables c'est nous. « Ne pas jouer contre le jeu libéral en manifestant une force antilibérale, c'est faire le jeu libéral », nous explique Onfray doctement, bien que de manière assez obscure. On lui reconnaîtra, au passage, l'intelligence de ne voir en tout ceci qu'un jeu. Un point, au moins, sur lequel nous sommes en accord. C'est bien le seul. Car à trop jouer, risquer sa mise, Onfray semble avoir perdu de vue cette règle qui veut que si les élections ne sont pas (encore) interdites, c'est la preuve qu'elles ne servent à rien. Que d'énergie perdue en jeu, Michel ! C'est-à-dire en pure perte. Je t'entends d'ici rétorquer que voter n'empêche pas de se battre sur d'autres terrains. Le souci, cependant, est que la réalité militante contredit le beau conte de fée. Badiou : « quand on est dans un parti électoral, on finit presque inéluctablement par faire de cette activité le centre des choses. Cela absorbe nécessairement une partie considérable de l'énergie militante. » Eh oui. Combien sont-ils, à ne se réveiller que lors des grandes échéances ? Combien sont-ils, à ne s'exciter que lors des résultats ? 3,65%, ouiiiiii... C'est 0,12 de mieux que l'année dernière, on a gagné !... Pour ce qui est des candidats, le leurre fonctionne à plein. Badiou, encore : « ceux qui participent à ce jeu politique, après avoir dit au début qu'ils s'en servaient à des fins autres, finissent en réalité par le servir, au titre éventuellement d'oppositions folkloriques. » Le mot est lâché : folklorique. Loin de moi l'idée de critiquer les membres des associations se battant pour la sauvegarde de la coiffe bigouden, simplement, je ne vois guère ce qui les éloigne des militants du NPA.  Besancenot, de façon criante, est éminemment folklorique. Mélenchon l'est aussi, Cohn-Bendit ? Un jour viendra, Michel, ou tu nous en voudras de ne pas avoir voté Bayrou, car seul lui était en mesure de battre Sarkozy. C'est le jeu. Et c'est en le jouant que certains libertaires perdus se sont retrouvés, un soir d'avril, à glisser dans l'urne un bulletin au nom de Jacques Chirac. Avec le résultat qu'on sait. Il est dès lors plus difficile de se moquer, comme tu le fais, de « ceux qui ont le bulletin de vote pur, parce qu'ils n'en ont pas. » C'est par goût de la provocation que tu les confonds, j'espère, avec « les adorateurs contemporains des momies anarchistes du panthéon pieusement nettoyé par eux à l'eau bénite » - comme si voter était le summum de la modernité, comme si accepter le rôle de figurant au cœur de la farce électorale mille fois répétées était une panacée ! Face à ce que Badiou nomme « l'artillerie antipopulaire archiréactionnaire, anti-étrangers, anti-jeunes », tu proposes quoi, Michel ? De voter, c'est déjà énorme. Mais encore, de voter Besancenot.

 

      Las ! Que les abstentionnistes soit pour toi autant de « cervelles étroites », de « grand soir pour demain, sinon après demain » (ah ah, mais où va-t-il chercher tout ça ?), que tu aies choisi, finalement, la voie du réformisme planplan fusse-t-il de gôche dite extrême - cependant inscrit comme tous les autres dans le registre poisseux et fatalement inefficace de la victoire par les urnes, genre mai 81 n'est-ce-pas -, que tu te fourvoies tout en cherchant à occuper ta place dans le jeu, ne gâte en rien la qualité de ce que tu offres comme outils, j'allais dire comme armes, en matière de pensée. S'il m'arrive souvent de regretter que certains amis se contentent de te juger sur la foi d'un article, d'un passage malvenu à la télévision, ce billet, dans Siné Hebdo, renforce une vieille conviction : il faut lire Michel Onfray, mais ne surtout pas l'écouter.

 

     Las ! Dessus, je vous laisse, je me casse en vacances, comme dirait l'autre con. Bonne tête dans le sable à tous et toutes, on se relit dans trois semaines ?

 

                                                                                                 Frédo Ladrisse.

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Published by Quand l'autruche eternue... - dans politique
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Bibo 24/07/2009 11:32

Brillant ce billet ! ... et franchement dommage de ne pas trouver ta prose dans le Monde Libertaire ...
Bonnes vacances l'autruche !

Le Huron 16/07/2009 09:18

C'est vrai qu'il y a dans ce régime des traits qui rappellent l'idéologie "révolution nationale". Y compris le côté factice de la chose. Je veux dire par là le paraître, le spectaculaire, le symbolique au détriment de la réalité. On s'attaque à grand bruit à de petits problèmes à coup de commissions et de lois mais on oublie que le système est malade et que la société se délite. Et chacun joue (tu as raison, c'est le mot) le jeu électoral où gagnants et perdants ne gagnent et ne perdent qu'à la marge. Quant aux citoyens, ils perdent leur bulletin de vote dans une urne sans fond comme les spectateurs des reality-shows perdent "le coût d'un SMS" pour que "gagnent".ou "perdent" ceux qui s'agitent sur l'écran et qui -de toutes façons- ont déjà gagné.
bonnes vacances

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