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5 mai 2014 1 05 /05 /mai /2014 20:01

images-copie-27.jpgTirant tête hors du trou et revenant de la traditionnelle manif’ libertaire du 1er mai, manif’ bon enfant d’habitude, permettant de sortir les mômes et de retrouver de vieux copains pas vus depuis des mois, de chanter gueuler avec eux, bringzinguant sans encombre de Belleville à Bastille. Cette année, l’ambiance fut tout autre. Au piteux prétexte d’une vitre de Monoprix brisée (la rumeur courant son train il fut de suite question d’un magasin « dévalisé » : je suis passé devant : les rayons allaient bien, merci) une armée de gendarmes mobiles et pas fairplay : mobiles, ont joué la présence de masse, le gazage à outrance et le matraquage à l’aveugle. Quelle bande de trous du cul, pensais-je à part moi, livrant à qui voulait l’entendre mon analyse de l’évènement : en France, dès qu’un ancien ministre de l’intérieur devient prems’ ou pire, président, les bouledogues se lâchent et se croient tout permis. Valls, Sarko, même combat : primauté de la force sur le droit (une des définitions du fascisme). 

     On me murmure dans l’oreillette que la véritable raison de l’agacement policier agrémenté de bombes au poivre serait le passage à tabac d’un membre de la BAC, de cette néo-naze Brigade Anti Civils écumant à l’accoutumée, et nocturnement, les quartiers. Ce n’est pour l’heure qu’une autre de ces rumeurs de fin de manif’. Cependant, si celle-ci devait se révéler exacte, au moins éprouverai-je la satisfaction de ne m’être pas fait gazé pour rien.

     Laissons-là ces péripéties à la petite semaine et revenons à l’essentiel, à notre commune religion notre très-sainte mère à tous : l’économie. Quand il n’est pas à Rome en train de baiser les Très Saintes Chausses de François 1er, Valls concocte sur un post-It un « plan d’économies » dont l’équation est simplissime : où trouver 50 milliards ? La réponse s’abat telle une lame sur nos cous, nous les trouverons, dit-il, dans la poche des petits vieux (retraites), dans celles des fonctionnaires (gel des salaires depuis quatre ans et pour trois années de plus), dans celle des malades (Sécu). « Ce plan est calibré, bien réparti, et juste », estime le premier sinistre. Calibré, kézako ? Bien réparti entre les pauvres, cela à coups-sûrs. Juste ? Pfff…. La xyloglossie (langue de bois), même elle, connait ses limites. Une question rarement voir jamais abordée par les pisseurs de copies et autres journaleux aux ordres est : 50 milliards, pour quoi faire ? S’il n’était pas totalement dépourvu de sincérité, les malfaisants serrant les cordons de toutes les bourses hors les leurs seraient alors contraints de répondre qu’après avoir promis un cadeau de 35 milliards au patronat français, c’est sous nos pauvres matelas qu’ils espèrent bien les dénicher. Voleurs, bandits, brigands, crapules, en un mot : socialistes !

     Pensiez-vous que les maîtres des forges, l’association des exploiteurs ayant pour nom Medef se contenterait de ce cadeau-ci ? Ils l’ont applaudi, clap clap clap, fait péter la thune, Valls ! Le lendemain, ils se sont remis au travail, à cette lugubre tâche consistant à trouver de nouveaux moyens d’augmenter les profits de leurs confrérie au détriment de celui de la masse miséreuse qui, sous régime libéral, n’a qu’à bien se tenir et fermer sa grande gueule sinon c’est la porte le chômage la rue le suicide, et basta. Comme ce ne sont pas des génies, comme ils ne sont pas même ingénieux mais, au mieux, ingénieurs, ils eurent l’idée de recycler une antédiluvienne idée : le « Smic jeune », sous-salaire pour maxi-profits, appelé CIP sous Balladur (la rue l’a dégagé direct), puis CPE sous Dominique Galouzeau de Villepin (même destin). « En France, le salaire minimum est trop élevé », osa Pierre Gattaz, président du Medef. Une phrase à mettre selon moi en regard de celle, répétée à l’envi par Sarko président, affirmant que « lorsqu’on perd son travail, on perd toute dignité ». Dès lors, l’évidence s’impose : rompons une fois pour toutes avec cette idée « ringarde » de salaire, et redonnons leur dignité à ces millions de chômeurs, grâce au travail gratuit. Une idée simple, qui coule sous le sens, et promise à un bel avenir. A condition, bien entendu, que ce travail gratuit soit également obligatoire, car autrement le chômeur, connu pour sa fainéantise et son manque de patriotisme, risquerait de refuser tout retour vers la « dignité ».

     Bon, ça n’a pas marché. En pleine période de cadeaux tous azimuts aux entreprises (ou plutôt aux chefs d’entreprises), cette demande d’autorisation d’exploitation à peine masquée d’une jeunesse en plein désarroi passa pour, disons, une faute de goût. Erreur de timing, sans doute… Pas grave, on attendra, dit le Medef en chœur. En attendant, Gattaz, qui décidemment ferait passer cette raclure de Parisot pour une gauchiste de base, enchaîna sur une demande de « modération salariale » : traduite en langage commun, l’expression signifie le gel des salaires, de tous les salaires, et ceci durant des années. « C’est la condition sine qua non pour que le pacte de responsabilité ait des effets bénéfiques », menace Gattaz. Nouvelle traduction : merci pour les 35 milliards, bon ok on s’est engagé à créer des emplois mais finalement non, on le fera que si on peut encore moins payer la plèbe. Autrement ? Allez vous faire foutre, et merci pour le chèque. 

     30 ans que ça dure, que le « monde de l’entreprise » nous chie dans la bouche sans jamais provoquer la moindre réaction d’un pouvoir politique aux ordres du porte-monnaie mondial. Le « travail coûte trop cher » (alors qu’en réalité il n’a jamais tant rapporté), ce sont les entreprises (les « chefs d’entreprise ») qui créent l’emploi et donc, c’est eux qu’il faut aider, soutenir, au détriment des salariés… Calembredaines, billevesées…  Depuis l’ère mitterrandienne jamais aucun plan destiné à engraisser le patronat via la baisse des charges, les exonérations d’impôts, les chèques de 35 milliards, n’ont fait reculer le chômage en France. Jeu de dupes, foutaises. Car en réalité le patronat n’a aucun intérêt à lutter contre le chômage : c’est son meilleur allié. En permettant de maintenir une « modération salariale » laquelle, n’en déplaise au Medef, est devenu la règle depuis deux décennies, en permettant de maintenir la pression sur des salariés lesquels préfèrent gagner peu que ne rien gagner du tout ; en jouant constamment sur les menaces de fermeture, de dépôt de bilan, de délocalisations comme d’armes de destruction massives d’un bassin local, d’une ville, le chômage et le prétendu «coût du travail» nourrissent un chantage permanent auquel le personnel politique, de gauche comme de droite, cède moins par lâcheté que par goût pour le dogme libéral.

     Autre rengaine entendue cent fois, et qui en ce moment entame un retour comme en douce : non content d’être trop payé, le salarié français ne travaillerait pas assez. D’où la nécessité, pour quelque chose comme « maintenir notre compétitivité » (autre tarte à la crème que cette « compétitivité »), de revenir aux 39 heures naturellement payées 35. Le patronat, qui a assez mouillé la chemise, comme on a vu, sur d’autres sujets, laisse cette fois la droite labourer le terrain. Ainsi a-t-on pu entendre Eric Woerth, de sinistre mémoire, affirmer que « cette fois, je crois que les Français sont prêts. » Après s’être fait travaillé par de la mauvaise vaseline durant de longue années, nous serions aptes à tendre le cul ? L’énormité de la chose est que Woerth au nom de rot n’a peut-être pas tout à fait tort.

     Partage des richesses : les 67 personnes les plus riches du monde possèdent à elles seules autant que la moitié de l’humanité. Voilà des gens « compétitifs ». Adn : la totalité de la gente masculine d’un lycée de La Rochelle a vu son Adn prélevé, dans le cadre d’une enquête pour viol. Un seul des élèves a refusé « une forte tête » selon le proviseur, « un anarchiste. » Bien entendu le voici dans le collimateur de la police qu’on dit scientifique, malgré l’oxymoron. Dernière bonne nouvelle, pour la route : Finkielkraut le patriotard, l’islamophobe notoire ultraconservateur fanatique de la Marseillaise, entre à l’académie française. Soral et Dieudonné n’étaient pas disponibles ?

 

                                                                                                 Frédo Ladrisse.

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Published by Quand l'autruche eternue... - dans politique
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