Lundi 30 novembre 2009 1 30 11 2009 00:12

Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Un certain Frédéric, sur Tf1, témoigne : « franchement, j’y croyais plus. » Nouveau gagnant du loto foot, le Frédéric ? Mieux : le gars a décroché un job ! En voix off, ça explique qu’ « il y a trois jours encore, Frédéric était au chômage. » Diantre. Qui rendit possible ce miracle par temps de criiiise mondiaaaale ? «Grâce au site de Tf1, il vient de trouver un emploi. » Nous voilà bien. C’est maintenant la téloche qui fait office de bureau de placement. Même Pole Emploi s’y met, qui sponsorise, sur France4, une émission daubante dont le titre apparaît comme pur foutage de tronche, « je commence demain. » Ce soir-là, on tire le portrait d’un type, un autre de ces Frédéric, lequel, donc, commence demain autrement dit le jour où, jadis, on rasait gratis. Son job : serveur, dans la restauration de masse. Payé au Smic, naturellement. Je sais, ça fait planer, mais on a pas tardé à rejoindre la terre ferme: le jour où l’autruche découvrait ces télévisuelles galéjades, tombaient également les chiffres du chômage. +25 % d’inscriptions, sur un an. Rien que pour le mois d’octobre, 52000 chômeurs de plus. Pas de quoi pavoiser, d’autant que, selon certains, les chiffres seraient tronqués (ah oui ?), qu’au lieu des 3,7 millions de demandeurs d’emploi officiels, on s’approcherait des 5 millions. Même Benoît Hamon, le très glabre et poli porte-parole du Ps, parle de « manipulations des statistiques » et va jusqu’à traiter de « canaille » le directeur de Pole Emploi. Canaille ? Euphémisme, quand tu nous tiens…


      Du point-de-vue d’un exécutif qui n’a jamais aussi bien mérité son nom, peu importe, au final, la bataille des chiffres et ce qu’elle dissimule de misère, de dégringolade sociale, de fins de droits et mises à la rue. Ce qui compte, les enfants, c’est notre com-pé-ti-ti-vi-té ! Sarkozy l’a rappelé, qui refuse de revenir sur le bouclier fiscal ou sur la baisse de la Tva dans la restauration, « parce que la compétitivité de la France ne le supporterait pas. » Par ailleurs Marcel, le patron du Gai Narvalo, ne le supporterait pas non plus, lui qui, de derrière son comptoir, n’en finit pas de vanter les mérites de not’président. Ça, en période électorale, en termes de soutien c’est proprement inestimable.

    
      C
ompétitivité, donc, qu’ils disent. On serait curieux d’entendre s’exprimer à ce sujet les quelques 6000 travailleurs sans-papiers et en grève depuis la mi-octobre. Mais voilà, c’est pas très souvent qu’on leur tend le micro. L’autre jour cependant, dans l’émission de Mermet, un de ces sacrés veinards ayant obtenu aux forceps une pauvre carte de séjour d’un an, expliquait qu’il allait pouvoir « passer de la lumière à l’ombre. » Comme la journaliste s’étonnait, prenait ça pour un contresens, une inversion des termes, le type a précisé. Il bosse sur les chantiers or, sur les chantiers, quand le soleil tape, les ouvriers sans-pap’ sont envoyés en pleine chaleur, et n’ont que rarement droit à l’ombre.


     Q
uoiqu’il en soit, grâce à Besson et à sa « circulaire sur l’intégration par le travail », quelques centaines d’entres ces grévistes seront peut-être régularisés. Encore les critères en sont-ils à ce point drastiques que ce n’est même pas sûr. Seuls ceux étant présents en France depuis plus de cinq ans, travaillant depuis plus d’un an dans la même entreprise et pouvant faire preuve de leur « capacités d’intégration », pourront y prétendre. Capacités d’intégration : une formule vague, floue à souhait, qui autorise le traitement subjectif de chaque cas. Quand le quota sera atteint, intégration ou pas, les candidats pourront toujours aller se faire voir au soleil.

 

      Au reste, le père Besson a d’autres chats à fouetter que ces pauvres hères de sans-pap’, lesquels votent même pas, c’est dire. Un flic, par contre, ça vote. Et un  raciste aussi.  Se mêlant de ce qui ne le regarde pas, Besson soigne la police, prend, cette semaine, sa défense. Répondant à Anyss Arbib, un citoyen pris à parti par une clique de Crs sur le mode « dégage, sale Arabe ! » — cet étudiant de Sciences-po eut ensuite l’audace d’aller le raconter aux médias —, le ministre des bessonades a rappelé  qu’ « on ne peut pas accuser la police sans preuve. » Certes. Et avec des preuves ? Pareil, on peut pas, et pourquoi ? Parce que c’est pas bien. D’ailleurs, on pourra de moins en moins : Hortefeux-à-volonté, ministre de la poulaille, annonce qu’il compte non plus seulement « muscler la nouvelle loi sur la sécurité intérieure, mais la bodybuilder. » Musclor est dans la place, à moins que ce ne soit Monsieur Propre ? Plus loin, il précise, d’un air entendu : « c’est comme ça que l’opinion et puis les personnes concernées comprennent ce qui peut se produire. » Ne nous y trompons pas : les personnes concernées, c’est toi, c’est moi, c’est nous.

    
     Tous concernés, pareillement, par le H1n1 et sa toute dernière mutation au doux nom de 222. Après avoir boudé les gymnases qui sentent la chaussette, le Français de base les prend d’assaut. Cela, c’était tellement prévisible que même l’autruche le voyait venir. Pareillement, comme de bien entendu, c’est le bordel intégral. Face à l’affluence impliquant une difficulté à se faire piquouzer devant certains centres ça éructe, ça se houspille, voir ça se bat à mains (pour l’instant) nues. Pas de panique, les gens ! Appelée en renfort, l’armée va, par la voie de son service de santé, venir prêter main forte au personnel médical. Se faire piquer par un gradé sentant la Gauloise et l’alcool? Pouah… Plutôt le virus que la variole !

 

     Une autre variole a, semble-t-il, envahi ce dimanche la riante Helvétie. Au référendum proposé par  l’extrême-droitiste UDC, et dont l’unique question était « êtes-vous opposés à la construction de nouveaux minarets sur le territoire de la Confédération ? », les Suisses ont voté massivement, et ont répondu oui, à plus de 57%. Nombre de minarets érigés à l’heure où nous parlons, en Suisse ? Quatre. Waou, ça fout la trouille ! On s’attend à ce qu’une prochaine consultation exige leur destruction. Par la même occasion, ces racistes de Suisses se prononceront pour l’expulsion de toutes celles et ceux qui ne savent pas yodler correct, ne s’appellent pas Heïdi ou Adolf, ne portent ni tresses, ni culottes en peau de cochon. En attendant, l’autruche songe à des amis d’outre-Alpes, qui doivent ce soir crouler sous le poids de la honte, hein, Doris, Bern, Bienne ? Mais aussi, s’associe pleinement à la vision de Didier Wampas, lequel, dans le pur morceau baptisé I hate Switzerland, voyait des renards traverser la bourgade de Lausanne. Les renards, ce soir, sont devenus des loups. Ils nous comptent, nous, piteux moutons.     

 

                                                                                                    Frédo Ladrisse. 
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Dimanche 22 novembre 2009 7 22 11 2009 23:07

Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Mariages gris, kézako ? Bessonnante expression que le ministre de la carte d’identité nationale utilise désormais pour évoquer ces « mariages de complaisance conclus lorsque l’un des deux époux est sincère, et est trompé par l’autre. »     S’agit-il d’adultère ? Nenni ! « L’escroquerie sentimentale » dénoncée par Besson consiste, pour l’escroc, à abuser l’autre dans sa « confiance amoureuse », au seul but d’obtenir la nationalité française. Quelle infamie! D’autant qu’ils seraient légions, ces mariages en demi-amour. Très nombreux, c’est-à-dire ? Vite, des chiffres, des statistiques ! Et le ministre de créer un groupe de travail, en vue de proposer, à terme, une nouvelle loi. Inutile de souligner qu’on nage là en plein délire xénophobonationaliste, mais un délire non-gratuit, en partie maîtrisé, s’intégrant à merveille dans l’actuelle stratégie de récupération/recyclage des thèses de l’extrême-droite, et par la-même de ses électeurs. Besson s’en va donc créer une machine à mesurer l’amour, une sorte d’échelle du sentiment aux critères douteux. Les couples mixtes ont intérêt à ne plus oublier de fêter la Saint-Valentin et, s’ils croisent les flics, à se rouler un gros patin.

     Pendant ce temps, c’est à Camus que Sarko roule des pelles. Cette semaine, il lui a déclaré sa flamme avec un bel entrain. Mais ce n’est pas dans son lit qu’il entend coucher l’écrivain, c’est au Panthéon, carrément,  entre Sadi Carnot et Jean Monnet, beuark ! « Ce serait un symbole extraordinaire de faire entrer Albert Camus au Panthéon », s’excite l’agité de l’Elysée. En terme de symbole, il est clair que ça se poserait là. Symbole de cette manie furieuse de la récup’ à tout va, symbole de l’ignominie consistant à instrumentaliser un mort, tout en niant honteusement ce qu’il fut de son vivant, ses engagements, ses choix, ses prises de position. Le chantre des « bienfaits de la colonisation » oserait donc panthéoniser l’homme de la Révolte ? L’affaire n’est pas entendue, car elle suppose l’accord des descendants de l’écrivain. Si Catherine Camus, sa fille, affirme ne pas avoir d’opinion tranchée sur la question, elle rappelle non sans humour que son père « était claustrophobe, et n’aimait pas les grands honneurs. » (Camus avait ainsi refusé la légion du même nom.) Quant à son fils, Jean Camus, il s’y oppose catégoriquement, puisqu’il s’agirait pour lui d’une « récupération », doublée d’un « contresens. » On ne saurait mieux dire. La Présidentielle Volonté d’agréger et dissoudre en son Sinistre Règne les mannes de ce qui fut naguère une gauche de combat, trouvera-t-elle ici ses limites ? Pour l’heure, rien n’est certain. Nom d’un Bakounine, quel suspense!


     Camus au Panthéon, qu’en pense le parti socialiste ? Rien, il n’en pense rien, il n’a pas le temps de penser, tout occupé qu’il est — comme on dit d’un pays en guerre — à se boxer la face. Peillon versus Royal, on ne compte plus les rounds, mais le combat n’est pas achevé. Dixit sainte Ségo : « ceux qui pensent pouvoir m’abîmer aux régionales en seront pour leurs frais. » Qu’on se le dise… Et Peillon de commenter, avec un tact emprunt de (relative) fraternitude : « on est en psychiatrie lourde, là. » Folle du Poitou, la Royal ? Pensez-vous ! « Les gens se ressoudent de façon inimaginable. Dimanche dernier, tous les élus étaient autour de moi. » Habillés de blouses blanches et armés de solides piquouzes ? Moquerie facile, je vous le concède, inutile de trop tirer sur l’ambulance, d’autant que les Urgences psy, ces temps-ci, sont bien débordées. Ainsi, Delanoë  envisage de retirer la plainte de la mairie de Paris à l’égard de Chirac. Et comment se justifie une si soudaine mansuétude ? Parce que Monsieur le Maire « n’en veut pas particulièrement à l’ancien président. » Ah bon, d’accord. Ça se passe comme ça, alors ? Oui.


     Un que les bastons socialos et autres buzz à deux balles arrange, c’est le gros Raoult, Eric. Du coup, on entend plus parler de son « devoir de réserve » appliqué aux artistes. Ça reviendra, soyez-en certains. Mais pour l’heure le Raoult d’égout se contente de se répandre en lamentations : « J’ai eu l’impression, la semaine dernière, que la peine de mort avait été rétablie pour moi. » Fallait l’oser, celle-là.  Plus loin, le bonhomme se révèle tel qu’en lui-même, et sans s’apercevoir de la censurante lourdeur de ses propos au français approximatif: « j’ai eu l’impression que tout le monde peut dire ce que l’on veut. » C’est ce qu’on appelle aussi liberté d’expression, autrement dit le cauchemar…


     La liberté, à l’étranger, ne se porte guère mieux. On vient d’apprendre qu’Obama avait une nouvelle fois repoussé la date de fermeture du bagne de Guantanamo. Prévue pour janvier prochain, elle n’aura finalement lieu qu’en… Bin on en sait rien, le prix Nobel de la paix s’étant bien gardé, cette fois, d’avancer un délai. Tout juste a-t-il indiqué que « cela dépendra de la coopération avec le congrès. » Nous voilà bien avancé. A deux encablures de Washington, du côté de Rio, la cour suprême du Brésil s’est prononcée en faveur de l’extradition de Cesare Battisti. A Lula, désormais, de donner son accord, ce qui, selon Ignazio La Russa, ministre italien de la défense, ne serait « qu’une simple formalité. »  On craint que, sur ce coup, le gars ne se trompe guère.  Que Battisti, en grève de la faim, ait d’emblée prévenu qu’il ne « retournera pas vivant dans son pays natal », risque peu d’influer sur la décision de Lula lequel, après quelques rodomontades de circonstances, se pliera, comme d’habitude, au diktat de la realpolitik.


     Retour aux Etats Unis, à New York plus exactement, où, à ce qu’il paraît, la liberté éclaire le monde. Alors il serait temps qu’elle change les piles de sa lampe torche, parce que le faisceau faiblit : dans les couloirs de l’Onu, il s’en trame de sévères, qu’on risque de devoir avaler même si ça ne pourra que nous rester en travers de la gorge. L’OCI, l’organisation de la conférence islamique, y mène un lobbying furieux afin que soit reconnue, par exemple sous la forme d’un traité international, l’accusation de blasphème, voir d’insulte envers les religions. Un document propose d’interdire ainsi « toute insulte à ce qui est tenu pour sacré par la religion » — comme on voit, l’éventail est large —, et l’OCI déclare juger que « l’attaque des croyances sacrées et la diffamation des religions, des symboles religieux, des personnalités et des dogmes, contrarie la jouissance des Droits de l’Homme des adeptes de ces religions. » Invoquer les droits de l’Homme pour s’en prendre au blasphème: ou comment combattre l’ennemi avec ses propres armes. On précisera, au passage, que la joyeuse bande de l’OCI compte pas moins de 56 pays, au premier rang desquels de riantes prairies telles que le Pakistan, l’Iran, les Emirats arabes unis, la Tunisie et autres défenseurs acharnés des droits de l’Homme.   Non contents d’appliquer, chez eux, la condamnation pour blasphème, ils tentent désormais de l’imposer à l’ensemble de la planète. C’était notre rubrique « moi, les croyants ne me gênent pas, du moment qu’ils m’emmerdent pas », et autres fadaises de concierge sur « la religion, sphère privée, et gnagnagna. » Le but des engoupillonnés et autres enturbannés a été, restera toujours, de nous contraindre et de nous soumettre. A l’image de leurs dieux, qu’ils aillent se faire foutre.

 

                                                                                          Frédo Ladrisse.

 

ps : comme, en compagnie de Besson, nous parlions tout à l’heure d’amour, l’autruche ne saurait trop vous conseiller la lecture du dernier petit livre d’Alain Badiou, fort à propos intitulé « éloge de l’amour » (Flammarion, 94 pages, 16 euros). On y apprend, par exemple, que l’amour peut être considéré comme « un communisme minimum. » Peu de chances, donc, que Besson le lise.             
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Lundi 16 novembre 2009 1 16 11 2009 22:09

Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Pas de doute, dans ce pays, la démocratie est en marche. J’en veux pour preuve que Patrick Sébastien lui-même, maître de cérémonie du Petit Bonhomme en Mousse et d’On Fait Tourner les Serviettes, va d’ici peu créer son propre parti politique. Plaisanterie, pensez-vous ? « Coluche avait commencé comme une farce [sic], puis s’est pris au sérieux. Moi, ce n’est pas une farce », prévient l’amuseur public. En terme de programme, le garçon dit tout haut ce qu’il pense avec force gueule, sur nos écrans depuis vingt ans : « mon côté clown, beauf, j’ai pas envie de les renier. Moi, j’ai les qualités et les défauts du peuple. » On relèvera, au passage, en quels termes le futur candidat à la présidentielle du plus grand cabaret du monde, nomme ce qu’il appelle « le peuple » sans, bien entendu, le connaître. Beauf et clown, le peuple ? Autant de propos qui méritent, dès que nous en aurons l’occasion, de botter les fesses du bouffon. Gare, cependant, car d’ici peu nous seront révélées ses visions : « je vais, dans les mois qui viennent, écrire un manifeste idéologique. » Sic de chez sic. N’y-a-t-il personne autour de lui pour signifier à Sébastien qu’un pareil manifeste implique d’avoir des idées, pas seulement une équipe de nègres ? Mais qu’importe, au final, ce que nous pondra ce faisan. Nous sommes rendu si bas, en terme de détestation de tout ce qui peut s’approcher de l’idée de culture, que le petit bonhomme, fusse-t-il ou non en mousse, peut correctement faire office de programme politique. Je serai Frédéric Mitterrand, je tremblerai pour mon poste. Patrick Sébastien ministre de la culture : une certaine logique serait, ici, respectée.

     Quittons le monde des bouffons pour celui des bretteurs de foire, à moins que ce ne soit l’inverse. Vincent Peillon l’aurait mauvaise, qui s’est vu, ce weekend à Dijon, gâté sa fêfête à Neuneu.  Ségolène Royal, pas invitée par son copain, a joué sa fée Carabosse. Elle s’est pointée, la bossue, et, pas avare de mauvais sorts, a promis le pire à ceux censés être encore ses camarades. Aussi a-t-elle menacé : « à tous ceux qui ont lancé une campagne sur ma solitude, qu’ils sachent bien que les seuls qui sont [re-re-sic] experts ès solitude, ce sont les militants et les électeurs. » Fichtre ! Plus loin, elle se lâche et tonne : « je n’ai pas fait vingt-cinq ans de vie politique pour me réfréner ! » Oui, on l’aura compris, la réfrénitude chez Ségo n’est pas à l’ordre du jour. Peillon, pour sa part, complètement dépassé, a lancé tout de go : « si nous avions été deux hommes, je crois qu’on en serait venu aux mains. » Fraternitude, camarade ! Il a ensuite précisé, comme si nous ne nous en doutions pas, que la présence de Ségolène « n’était pas désirée. » Ah, le désir… Pas partagé, visiblement, par la maîtresse-femme qui sommeille en Royal, et qui rétorqua : « c’est un avertissement. Vincent a commis une faute qui ne doit pas se reproduire. » Woua, elle plaisante pas, Cruella ! Plus tard, dans la journée, la Dame Blanche fit le choix de renouer avec ses habituelles tonalités messianiques, coups de fouet et, ensuite, distribution d’hosties, en vérité je vous le dis : « que tout le monde revienne dans le troupeau », lança la bergère socialo, avant de connement préciser « au sens positif du terme. » C’était un peu tard, et, en matière de rattrapage aux branches, totalement raté. D’autant que sainte Ségo  conclu sans faillir «chaque fois que j’estimerai ma présence nécessaire, je viendrai parmi les miens. » Amen. Et qu’il est grand le mystère de la Foi en le parti socialiste, hein. Au point que Pierre Bergé, pourtant mécène notoire de la tendance ségoléniste, a lâché devant le merdier samedi à Dijon : « elle est là, c’est bien, elle n’est pas là c’est pareil. » A un moment j’ai cru qu’il parlait de ma mère. « Je reviens travailler dans mon courant », a répondu Royal. Preuve que ce n’est pas ma mère, mais un genre de saumon pâle, malade, en quête de ses œufs anadromes.
   

     Cessons-là, voulez-vous ? Laissons les guignolos et autres guignolettes se trémousser sous les castelets, et préoccupons-nous des vrais personnes, voulez-vous ? Tiens, Toni Musolin, le héros de toute une nation n’aimant rien tant que les renards. Il vient de se rendre, apprends-je. Dommageable petit coup de mou chez le convoyeur de fonds ayant endormi onze millions ? Peut nous chaut, au demeurant, son sort, mais on lui saura grée d’avoir fourni l’occasion à Brice Hortefeux-de-Bengale, ci-devant ministre des keufs, d’une sortie mémorable : « cette arrestation prouve qu’en France, il n’y a pas de Robin des Bois. » Eh non, mais par contre, que de shérifs… Et d’ajouter, péremptoirement : « la preuve est faite qu’en France, pour gagner plus, la solution n’est pas de voler mais de travailler plus. » On a retrouvé le monsieur Plus des pubs de ma jeunesse ! Il dort désormais place Beauvau… Dans le registre des hommes les plus recherchés du royaume, il ne reste plus que Treiber, lequel court les bois depuis trois mois sans pourtant jouer les Robin. Hortefeux-à-volonté : « pareillement, j’ai la conviction qu’il sera arrêté dans les jours qui viennent. » Oui oui, les convictions, c’est comme l’espoir hein, ça fait vivre.

     Vivre, ou faire comme si : ennemi public number one ou petit shiteux de cité, c’est dans la même tôle qu’ils devront s’y essayer. Des tôles soumises au régime de la « gestion mixte », mi-publique mi-privée, laquelle fête ses vingt-et-un cette année. C’est dire si, de gauche comme de droite, tous les gouvernements ont laissé les Bouygues, Sodexo, Eiffage et autres méga boîtes investir dans le commerce de la geôle. Faut croire que ce bizness est assez lucratif. De nos jours, des entrepreneurs privés qui ont assuré le financement, la construction puis l’exploitation de la prison, touchent en retour, de la part de l’Etat, des loyers qui sont de l’ordre de soixante euros par jour et par détenu. Rentable, non ? Dès lors, point besoin de se demander qui a grand intérêt à bourrer les cellules. Mais comme on peut toujours faire mieux, Bouygues vient de se voir attribuer le marché relatif à trois nouvelle prisons, censées être livrées l’année prochaine, clefs en main si on ose dire. La nouveauté : l’entreprise gérera cette fois tous les « services à la  personne », autrement dit la restauration, le transport des détenus, l’accueil des familles, le travail pénitentiaire,… lequel, comme on sait, est un marché fort lucratif. Une bonne nouvelle, cependant, émerge du sordide galimatias de la privatisation des tôles : certaines, bâties par ces philanthropiques entreprises, se révèlent si mal foutues que même un Patrick Sébastien sous traitement morphinique finirait par s’en évader. A Corbas, dans le Rhône, la jolie prison toute neuve connait quelques dysfonctionnements : des grilles qui, par exemple, s’ouvrent de façon intempestives plusieurs fois par jour… Si, comme le prétend Hortefeux, « il n’y a pas de Robin des Bois en France », il nous reste, fort heureusement, quelques Géo Trouvetou aux neurones grillées. Pourvu que, d’ici peu, ceux-là conçoivent également  les plans des futurs commissariats.

 

                                                                                    Frédo Ladrisse.
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