Dimanche 1 novembre 2009

Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Râles autruchiens en masse glavieuses, montant des bronches engoudronnées, ça crache, ça tousse, ça éructe, je l’ai eu, oui, me voilà grippo-dépucelé ! C’était la semaine dernière, et, du haut de mes 40 degrés j’étais foutrement alité. Grippe A dites-vous ? Même pas certain. En réalité les toubibs ne se donnent plus la peine de faire passer le test, de sorte que jamais vous ne saurez ce que vous avez vraiment choppé. Pas pratique mais, finalement, je m’en cogne un chouia. Le modèle en dessous, moins cher, la banale grippe de base m’a suffit, croyez- moi. Assez méchante comme ça.


     Méchante, au point de me tenir à l’écart des actualités, c’est tout dire. Incapable que j’étais de me concentrer sur rien, à peine ai-je jeté un œil à la presse qui m’était livrée au pied de mon lit de douleur par ma chérie, c’est re-tout dire — livrée, la presse, jusqu’au jour où ladite chérie s’enfiévra à son tour, et que la chambre se transforme en sanatorium minimal, aux couleurs du toussent ensemble, toussent ensemble, eurk, eurk ! Cependant, étalés aux Unes, les titres claquaient comme autant de délicieux coups de grisou, et rassérénaient mon vieux cœur : Chirac, renvoyé en correctionnelle, 18 mois avec sursis requis contre Villepin, Pasqua Charles condamné à un an de prison ferme… Qu’est-ce qui s’était passé tandis que je délirais sous les assauts viraux ? Quoi, la justice se réveillait et faisait enfin son travail ? Las ! A y regarder de plus près, il ne s’agissait une fois encore que de rodomontades et gesticulations de prétoire, destinées à  donner le change, à encourager la croyance populaire et bonasse en une justice qui, on ne sait par quel miracle, aurait cessé d’être de classe. Nous verrons, d’ici quelques mois, ce qui restera de ces bravades. M’est avis qu’avant que Chirac ne goûte à la paille des cachots, les autruches auront des molaires.


     Tout ce foin aura eu comme vertu, certes mineure, de réveiller l’ogre Pasqua. Ce n’est pas tant qu’il nous manquait, c’est plutôt qu’on le pensait politiquement mort. Dont acte. L’affreux bouge encore. « Vous croyez que j’ai peur ? », brame Shrek. En vérité le bonhomme exhibe ses crocs burinés au Ricard on the rock mais il ne mord plus guère et : oui, tout laisse à penser qu’il a peur. Pourquoi, sinon, se répandre ainsi, tonner, menacer et gémir ? « Je m’emmerde un peu d’habitude, alors, quand on m’agresse ça me réveille », plaisante Fernand-des-Hauts-de-Seine. Au-delà de la galéjade, perce néanmoins, chez le parrain, une fébrilité certaine. « Vous savez comme moi que les gens sont méchants », geint-il. Méchants avec Fernand, oui, pour la simple et bonne raison que Fernand ne représente plus rien.   


     Et Chirac, me direz-vous ? Silence radio du grand Jacques, qu’on imagine cependant pour le moins accablé. La vieillesse a beau être le naufrage que l’on sait, certains de nos gâteux rechignent à sombrer corps et bien en les eaux saumâtres et cradingues de la corruption avérée. Chirac, est assurément de ceux-là. Son orgueil est comme son foie : passablement atteint. Mais, aux pasquaïennes pitreries, il préférera  toujours l’absence de réaction. Parce que ça vous campe un bonhomme, parce qu’il n’aime rien tant que faire un peu son De Gaulle, le Jacques. Une stratégie de défense qui risque malgré tout, dès la première convocation devant le premier tribunal, de faire, comment dit-on ? Ah oui… Pschiiiit.


     De Villepin, pour sa part, est content. Quasi condamné, mais content. Il pense même se présenter aux présidentielles de 2012, en tant qu’«alternative républicaine. » Hi hi. Quitte à ricaner de plus belle, conseillons-lui de faire un stage chez son pote Ben Ali, lequel s’y connait en matière de suffrage. Réélu pour un cinquième mandat avec le score brejnévien de 89,62 %, le patron de la Tunisie s’est vu « félicité pour sa victoire », et « assuré d’un total soutien » par Sarkozy himself. Un modèle, pas de doute, ce Ben. Reste à savoir pour qui. Mais en attendant de, peut-être, et pour la première fois de sa petite vie, se présenter aux élections, Galouzeau de Villepin s’occupe en pondant des bouquins. Puis, à l’instar de tout ceux qui comptent ou espèrent bien compter un jour, il s’est mis en tête, le petit homme, de sauver la planète. « L’écologie me préoccupe. D’ailleurs, ces derniers mois, j’ai écrit un livre qui raconte l’histoire d’un arbre. » Waow, vite, son titre ! Des racines et des glands ?


     Chut chut, ce n’est pas le moment de dire du mal du végétal ! Sarkozy, encore lui, a redécouvert ses vertus et, enfourchant son grand dada de pétainophile impénitent, s’en va défendre le Sol, valeur ultime s’il en est. « Le mot terre a une signification française, et il ne me fait pas peur. » Oui, et ? Envolée à ce point obscure qu’on en est réduit à se dire que Sarko, désormais, écrit lui-même ses discours. Qu’importe, au demeurant, la terre, l’essentiel dans cette sotie n’est-il pas de nous rappeler que supersarko même pas peur ? Peur de rien, sans reproches aucuns, quand bien même selon l’aboyeur royal j’ai nommé Frédéric Lefèbvre, « le monde médiatique cherche par tous les moyens à détruire le président de la république. » Rien de moins. Jean-François Copé, pour sa part, sifflotant le même refrain, a vu ces derniers temps se dérouler dans les médias « des campagnes d’une violence absolument inouïe. » Pourquoi soudain ce cœur de pleureuses, léchouilleuses de talonnettes ? Parce que fut blackboulé  prince Jean ? Vous verrez qu’un jour ces gens-là, pour peu que leur héraut perde les élections, viendrons dénoncer la violence absolument inouïe des électeurs ayant cherché à le détruire. Par tous les moyens, s’il vous plaît. 


     Pour rester dans le registre du martyrologue appliqué au cloaque sarkopétainiste, écoutons Eric Besson expliquer le succès de sa politique de puant : « si il y a un pays où les thèses de l’extrême-droite ne relèvent pas la tête, c’est bien en France. Demandons-nous pourquoi. » C’est ça, oui, demandons le nous. D’autant que se le demander, c’est déjà y répondre. Si le Front National, pour ne parler que de lui, peut sembler ces temps-ci comme mis sous le boisseau, c’est précisément car ses thèses constituent l’ossature politique et philosophique du sarkozystan au pouvoir. Quoi, qu’est-ce qu’il y a, Besson ? « Moi aussi, je suis de sang-mêlé ! », beugle le ministre à l’intention de l’un de ses contradicteurs, d’origine maghrébine. Sang-mêlé… Comme en termes élégants le racisme ordinaire, en cet instant, s’exprime…

                                                                                             
                                                                                      Frédo Ladrisse.

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Mercredi 21 octobre 2009

Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Cris et lamentations du côté de Poitiers, ville aux commerces « saccagés, au centre-ville  dévasté » par des hordes de Huns venus mener en la bourgade habituellement paisible « une véritable guérilla. »  Ça se déchaîne dans la presse, le téléphone rouge reliant les rédactions à la place Beauvau connait, les jours suivants, une surchauffe quasi historique. Tandis que France-Soir titre en Une sur « l’énigme anarchiste », cette, sic !, « mouvance floue très difficile à mesurer », pendant que Le Parisien se goberge de « violentes émeutes » à tout-va,  au ministère de l’Intérieur on se frotte les pognes et gamberge durement sur les bénéfices à tirer de cet inespéré raffut. C’est qu’on a, sous le coude, des dossiers à placer, et l’occasion est belle. Deux temps, quelques mouvements — dont celui d’Hortefeux-de-brousse accomplissant le pèlerinage sur le lieu du saccage —, la stratégie est arrêtée. Uno,  discours musclé, secundo mis aux fers immédiate et sans conditions de quelques glandus ramassés au petit bonheur la (mal) chance. Troisio, à la tribune, Hortefeux-de-paille claironnant que si les Arabes de la mouvance anarcho-autonomo-floue n’ont pas, comme nous y a habitué l’Histoire, été repoussés à Poitiers, c’est parce que la Police d’Etat a failli. Qu’elle n’a pas su prévenir l’invasion, par les fourbes, du bel hameau. Conclusion ? « Il faut qu’on progresse dans la recherche du renseignement. » Tu l’as dit bouffon. Conclusion de la conclusion : « Il y aura à l’avenir des bases de données plus précises. »


     Bases de données ! Le mot est lâché, les fous aussi. Ne dites plus « fichiers de police », dites « bases de données. » La novlangue, décidemment, tout comme la LQR si justement décrite par le compagnon Hazan (*), connaissent, en ces jours vert-de-gris, d’inattendus développements.  Quoi qu’il en soit, ni une ni deux : 8 jours après le saccage du centre-ville de Poitiers, paraît au Journal Officiel un décret instituant la création de deux nouvelles « bases de données. » C’était un dimanche matin, et dès potron-minet. C’était également le jour de la sainte Edwige.


     A celles et ceux qui y verraient comme un subtil rappel au soi-disant défunt fichier nommé Edvige l’an passé, à ces mal embouchés qui interpréteraient le choix de cette date  comme une nouvelle provocation, le ministère de l’Intérieur conseille d’aller se faire voir ailleurs. Vous vouliez pas d’Edvige ? La revoilà, mais en double. Elle a, c’est vrai, perdu en route quelques boulons tout à fait secondaires, tels que la mention des orientations sexuelles, mais elle y a gagné en efficacité et, pour tout dire, en profondeur. Ainsi, c’est maintenant dès 13 ans que les futurs Saccageurs et autres Allumeurs de Poubelles pourront être fichés, avant même d’avoir cessé de sucer l’oreille de leur doudou. Objectif : la « prévention des atteintes à la sécurité publique. »


      Prévenir, c’est punir un peu, aimait à répéter Goebbels. Aussi, nous ne ferons pas l’économie d’un rapprochement entre, d’une part, le fichage préventif des minots, d’autre part la volonté de les embastiller dès l’âge de 12 ans (projet de loi discuté au parlement cet hiver même.) On savait que la jeunesse apeurait les vieillards-rois de nos sociétés grabataires. On s’aperçoit qu’en plus elle fait trouillarder les gendarmes et autre petit caporal à maigres talonnettes.


     Et tandis que la France qui se lève tôt et qui se réveillera trop tard vomit la jeunesse, cette engeance, le petit commerce pictavien panse ses plaies et ses devantures, lesquelles ont résisté tout à fait glorieusement mais n’ont pu que tomber sous les assauts de la horde. Une horde, laquelle ? Quelques courageux journaleux osèrent alors s’aventurer dans Poitiers dévasté, véritable Grozny-en-Charente. Bah nan, qu’ils dirent, on a rien vu. Trois tags, une vitrine de banque, un abribus tout cassé. A part ça, rien, ici c’est calme. Vraiment pas de quoi se mettre Charles Martel en tête, ah ah ah. Dès lors, un doute nous étreint, qu’on osa à peine formuler. Qui étaient les « 200 casseurs » dont parlaient une flicaille incapable d’en choper un seul en flagrant délit, ce jour-là ? Qui a donné l’ordre d’investir, la nuit venue, le 23, lieu où devait se tenir un concert plus que pacifique, et d’y faire une razzia parmi les bénévoles, dont la plupart n’étaient même pas présents à la manif’ ? Qui a décidé d’imposer l’image de Poitiers, ville-martyre (je m’en gondole de rire), livrée aux autonomes ivres de violence et de vin ? Qui a laissé Alain Bauer expliquer sur Radio-Paris que « bien évidemment, il s’agissait de la même mouvance que celle représentée par le groupe de Tarnac, la mouvance qui lit « l’insurrection qui vient », le livre écrit par Coupat. » Alain Bauer, vous connaissez ? On y revient de suite. Auparavant, deux précisions : rien n’est jamais venu prouver que Julien Coupat soit l’auteur de « l’insurrection qui vient » —quand bien même il le serait… Par ailleurs, comment Bauer sait-il ce que lisent où ne lisent pas les petits agités de Poitiers ? Ce gars-là doit avoir ses propres fichiers, bien soignés…


     Ce gars-là, donc, Bauer : criminologue de haute volée, nommé par Sarkozy président de l’observatoire national de la délinquance, il l’a quitté en 2007 pour prendre la présidence de la commission nationale de la vidéosurveillance. Dans le tout petit monde de la criminologie, le garçon est connu pour ses statistiques douteuses, ses analyses contestables et diverses supercheries lui permettant de vendre sa camelote sécuritaire, en soufflant sur les braises. Il a par exemple publié un ouvrage traitant des banlieues, et joliment intitulé «la guerre ne fait que commencer. » Dans ce livre, il décrit les cités comme « des zones de non-droit  inaccessibles aux forces de l’ordre et grouillant d’armes de guerre »Bref, le Rambo qui dort en lui ne sommeille jamais que d’une oreille, et tout cela donne très envie d’être, par exemple, sa femme, son fils, sa concierge. N’empêche : au risque d’en surprendre quelques uns —mais sérieusement, ça m’étonnerait—, malgré cette accumulation de pathologies pathétiques ce gars-là, le Bauer, est très en odeur de sainteté auprès de sa Sérénissime bien que Talonnettante Altesse. On l’écoute fort, à l’Elysée. Et comme, là-bas, on est pas sourd, on s’est empressé de lui demander de mettre ses talents au service des nouvelles bases de données policières. « Il s’agit de fichiers de renseignements sur des personnes qui n’ont pas encore commis d’acte répréhensible, mais sont susceptibles de le faire », a expliqué Mad Bauer. A peine avais-je terminé de lui lire cette phrase hallucinée que la femme que j’aime s’exclamait : « Minority Report ! » Oui, c’est bien ça, en plein dedans même, qu’on y est. Ensuite, mon amoureuse se dégourdit légèrement le cortex en déclinant à pleins poumons différentes situations justifiant le fichage, exemple : j’entre dans le métro. Qui peut dire si je ne vais pas, dans un instant, frauder ? En un clic, l’affaire est réglé : en mai 1974, j’ai pris le bus à Pontoise sans avoir acheté de ticket, par ailleurs je suis syndicaliste et je reviens de Tizi Ouzou: embarquez-moi ça, vite !

  

     Moquez-vous, semble dire Bauer, rigolez, vous pouvez encore. N’empêche qu’on vous chie dans la bouche, on fait passer ce qu’on veut et le dimanche, encore ! Ça passera pas? Laissez-moi rire. Les Français sont des lâches, ils font tellement sous eux à propos de tout et de rien, de la crise, du chômage, du terrorisme de la main de ma sœur dans la culotte d’un cave qu’ils goberont tout, vous verrez. Bien sûr, que l’opinion est de notre côté ! « Personne ne comprendrait qu’on attende qu’un groupe extrémiste commette un attentat pour intervenir », dit Bauer. Et le pire est qu’il a raison. D’où l’urgente nécessité de ficher les mômes de 13 ans avant qu’ils ne dérobent une poignée de roudoudous.


                                                                                                Frédo Ladrisse.


(*) "LQR : la propagande du quotidien" Eric Hazan. Ed. La Fabrique 2006

     

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Dimanche 11 octobre 2009

Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Obama, acceptant le prix Nobel de la paix avec « une profonde humilité. » C’est bien le minimum, pour le chef d’un pays en guerre. Qu’est-ce qui a bien pu se passer dans la tête des membres de l’Académie, mystère. Ils ne manquent pas, tout de même, les éventuels lauréats méritant le Nobel au moins autant que Barack. Paraît qu’il s’agissait surtout de l’encourager. Un prétexte qui, à coups sûrs, ira droit au cœur des centaines de milliers de GI’s engagés en Afghanistan, en Irak et ailleurs, et plus encore de leurs victimes. Il n’y a guère que Sarkozy, américanophile jusqu’à la maladie, pour penser que « ce prix consacre le retour de l’Amérique dans le cœur de tous les peuples du monde. » Tous, vraiment ?  

      Sarkozy, justement, parlons-en, mais du fifils, Jean. A 23 ans, ça plane pour lui. Le voilà bombardé à la tête de l’Epad qui gère le quartier de la Défense, et ses 2000 sièges sociaux. Autant dire, une manne. « L’hyperprésident nous a refilé le superfiston », ironise — sous couvert d’anonymat —un élu local Ump. Plus drolatique, plus rationnel aussi, Christophe Grébert, conseiller municipal Modem de Puteaux, vient de lancer une pétition invitant le jeune Jean à « reprendre ses études de droit et à faire quelques stages en entreprise. » Douterait-il des capacités gestionnaires du bambin ? Qu’il se rassure, ce dernier sera bien entouré, et on ne lui demandera pas grand-chose si ce n’est, évidemment, de passer un coup de fil à papa quand ce sera nécessaire. Le népotisme, dans les Hauts-de-Seine, vient de franchir un nouveau cap.

     Et si Jean Sarkozy suivait un stage au ministère de la culture ? Il paraît que les jeunes garçons y sont fortement appréciés… Non, décidemment non, l’autruche ne parvient pas à plaisanter à ce sujet, et ne suivra pas la cohorte des flingueurs mitterrandophobes, non par charité, ni même respect pour le ministre, mais par dégoût pour l’escalade moraliste dans laquelle se sont engagés les mollahs hygiénistes, de droite comme de gauche, et qui vient de connaître là un nouvel épisode. Ces Verteux se sont lâchés en meute comme on sait, pas tant contre un ministre, mais surtout contre un écrivain. Lequel se montra pitoyable, et d’une incroyable mollesse lorsqu’il tenta de se justifier alors que, justement, s’agissant de littérature, il n’avait pas à le faire. « Les citations tronquées, ce n’est pas bien. C’est même vraiment très mal », nous apprit-il ainsi. Du livre incriminé, Frédéric Mitterrand précisa que, pour lui, « c’est un tract, c’est-à-dire une manière de raconter [sa] vie. » Ah. Une certaine confusion semble régner dans son esprit, car de tract, ici, il ne saurait s’agir. Et l’intéressé de conclure « je n’ai jamais fait de mal à personne, dans ma vie... »  Bref, on imagine aisément les gloussements grailleux de la grosse Le Pen à l’origine de l’hallali, devant la pauvreté des arguments de Mitterrand. Certes, l’exercice consistant à devoir défendre ce qui n’a pas à l’être, est difficile, voir périlleux. Mais de cet exercice, l’auteur s’en est si mal sorti qu’il s’exposa plus encore  aux critiques de tous bords. Contraint de se débattre à hauteur de caniveau, Frédéric Mitterrand ne pouvait pas ne pas y croiser l’imbitable Vanneste, de l’Ump, homophobe notoire. Au sujet de la pratique du tourisme sexuel, reprochée à Mitterrand : « je me demande si quelqu’un qui a ce genre de comportement peut encore être ministre. » Et donc, et quand bien même le fait était avéré, où serait la contradiction ? Vanneste, grand casseur de pédés devant l’éternel-son-dieu, est bien, lui, député ! Jacques Myard, autre député, de la même bande : « c’est vraiment très grave, et c’est au président de la République d’en tirer toutes les conséquences. » Sans s’étonner plus que ça que se payer un Mitterrand soit devenu un sport couru chez les politicards toutes obédiences confondues, qu’il nous soit permis de relever la collusion des opinions qui, de Marine Le Pen au parti socialiste, à partir de la lecture de quelques lignes d’un livre, entend que soit prononcée la mise au ban de son auteur. Toute l’époque est là, comme signée, le retour au règne de l’interdit et à l’ordre moral se porte bien, merci, l’excommunication des Gide, Sade et autres Breton est en cours de réalisation, en avant pour de grands, de beaux, de sensuels autodafés ! Tandis qu’on brûlera Proust, qui eut le malheur d’aimer se réfugier à l’ombre des jeunes filles en fleur, d’autres hygiénistes chevronnés mettront toute leur énergie au service de la vaccination des masses, sous prétexte de H1N1. D’autres, simples piétons mais braves petits soldats de l’ordre hitlérosanitaire, s’emploieront à convaincre le peuple de l’urgence dans laquelle il se trouve de consommer au moins cinq fruits et légumes par jour, tout en mettant un point d’honneur à insulter ce délinquant, vraie graine de terroriste, ayant l’audace de s’allumer une clope sur le trottoir — c’est du vécu d’autruche, ça. Aucun lien, dites-vous ? Bien au contraire, tout se tient, et chaque fil de la toile idéologique dans laquelle nous nous débattons sans espoir, est lié à son ensemble.

     Mais fi des idées, même noires ! Les bonnes nouvelles, en cette semaine, pleuvent comme bombes à fragmentation dans le ciel d’Afghanistan ! Au hasard, l’impayable Darcos, ci-devant ministre du travail : le gars a décidé de s’attaquer au fléau de la souffrance au travail et à une de ses causes ultimes, le suicide. Cependant, selon lui, « c’est très difficile d’établir une nomenclature claire à ce sujet. » Une quoi ? « Le suicide, poursuit-il, c’est beaucoup plus sophistiqué que ne l’étaient naguère les accidents du travail classiques. » Ah ça, dès que l’employé se met à faire dans la sophistication, tout de suite, c’est le bordel. Pouvaient pas continuer, les types, à se faire manger un bras par la presse à ferraille, comme dans le bon vieux temps ? Pensez-vous, les voilà maintenant qui se suicident ! Vraiment, tout pour emmerder le monde ! Reste, pour le gouvernement, à espérer que la démission-sacrifice de Wenes, numéro 2 de France Telecom, suffise à limiter la casse.

 

      Cependant, si les gens s’entêtent à continuer de vouloir se balancer par la fenêtre, il faudra y mettre des barreaux : surveiller, est le maître-mot. Détecter, encore et toujours. En la matière, on a pu voir ces temps derniers naître de bien beaux outils, tel Indect, programme informatique de « détection, d’observation et de collecte des informations sur le web, en vue de prévenir les menaces. » Ah, les menaces… Que ferions-nous sans elles ! Déjà, la Commission Européenne a investi dans le développement de ce nouveau mouchard une dizaine de millions d’euros. Le but avoué? « Surveiller de près les sites web, les serveurs de fichiers, les forums de discussion et les réseaux sociaux. » Les informations collectées seront traitées par des programmes capables de « comprendre les relations entre les individus et les organisations diverses auxquels ils semblent rattachés. » Véritable nouveauté, cerise sur le gâteau orwellien : la « constitution automatique de dossiers relatifs à ces individus. » Je fume, je bois, j’aime pas les légumes et un jour, j’ai même dit du bien de Frédéric Mitterrand… Je suis mal barré, je vous le dis !

 

                                                                                                                                           Frédo Ladrisse.
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