Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Un certain Frédéric, sur Tf1, témoigne : « franchement, j’y croyais
plus. » Nouveau gagnant du loto foot, le Frédéric ? Mieux : le gars a décroché un job ! En voix off, ça explique qu’ « il y a trois jours encore, Frédéric était au chômage. » Diantre. Qui rendit possible ce miracle par temps de criiiise mondiaaaale ?
«Grâce au site de Tf1, il vient de trouver un emploi. » Nous voilà bien. C’est maintenant la téloche qui fait office de bureau de
placement. Même Pole Emploi s’y met, qui sponsorise, sur France4, une émission daubante dont le titre apparaît comme pur foutage de tronche, « je
commence demain. » Ce soir-là, on tire le portrait d’un type, un autre de ces Frédéric, lequel, donc, commence demain — autrement dit le jour où, jadis, on
rasait gratis. Son job : serveur, dans la restauration de masse. Payé au Smic, naturellement. Je sais, ça fait planer, mais on a pas tardé à rejoindre la terre ferme: le jour où l’autruche
découvrait ces télévisuelles galéjades, tombaient également les chiffres du chômage. +25 % d’inscriptions, sur un an. Rien que pour le mois d’octobre, 52000 chômeurs de plus. Pas de quoi
pavoiser, d’autant que, selon certains, les chiffres seraient tronqués (ah oui ?), qu’au lieu des 3,7 millions de demandeurs d’emploi officiels, on s’approcherait des 5 millions. Même Benoît
Hamon, le très glabre et poli porte-parole du Ps, parle de « manipulations des statistiques » et va jusqu’à traiter de
« canaille » le directeur de Pole Emploi. Canaille ? Euphémisme, quand tu nous tiens…
Du point-de-vue d’un exécutif qui n’a jamais aussi bien mérité son nom, peu importe, au final, la bataille des chiffres et ce qu’elle
dissimule de misère, de dégringolade sociale, de fins de droits et mises à la rue. Ce qui compte, les enfants, c’est notre com-pé-ti-ti-vi-té ! Sarkozy l’a rappelé, qui refuse de revenir sur
le bouclier fiscal ou sur la baisse de la Tva dans la restauration, « parce que la compétitivité de la France ne le supporterait
pas. » Par ailleurs Marcel, le patron du Gai Narvalo, ne le supporterait pas non plus, lui qui, de derrière son comptoir, n’en finit pas de vanter les mérites de
not’président. Ça, en période électorale, en termes de soutien c’est proprement inestimable.
Compétitivité, donc, qu’ils disent. On serait curieux d’entendre s’exprimer à ce sujet les quelques 6000 travailleurs sans-papiers et en grève depuis la
mi-octobre. Mais voilà, c’est pas très souvent qu’on leur tend le micro. L’autre jour cependant, dans l’émission de Mermet, un de ces sacrés veinards ayant obtenu aux forceps une pauvre carte de
séjour d’un an, expliquait qu’il allait pouvoir « passer de la lumière à l’ombre. » Comme la journaliste s’étonnait, prenait ça pour
un contresens, une inversion des termes, le type a précisé. Il bosse sur les chantiers or, sur les chantiers, quand le soleil tape, les ouvriers sans-pap’ sont envoyés en pleine chaleur, et n’ont
que rarement droit à l’ombre.
Quoiqu’il en soit, grâce à Besson et à sa « circulaire sur l’intégration par le travail »,
quelques centaines d’entres ces grévistes seront peut-être régularisés. Encore les critères en sont-ils à ce point drastiques que ce n’est même pas sûr. Seuls ceux étant présents en France depuis
plus de cinq ans, travaillant depuis plus d’un an dans la même entreprise et pouvant faire preuve de leur « capacités
d’intégration », pourront y prétendre. Capacités d’intégration : une formule vague, floue à souhait, qui autorise le traitement subjectif de chaque cas. Quand le quota
sera atteint, intégration ou pas, les candidats pourront toujours aller se faire voir au soleil.
Au reste, le père Besson a d’autres chats à fouetter que ces pauvres hères de sans-pap’, lesquels votent même pas, c’est dire. Un flic, par contre, ça vote. Et un raciste aussi. Se mêlant de ce qui ne le regarde pas, Besson soigne la police, prend, cette semaine, sa défense. Répondant à Anyss Arbib, un citoyen pris à parti par une clique de Crs sur le mode « dégage, sale Arabe ! » — cet étudiant de Sciences-po eut ensuite l’audace d’aller le raconter aux médias —, le ministre des bessonades a rappelé qu’ « on ne peut pas accuser la police sans preuve. » Certes. Et avec des preuves ? Pareil, on peut pas, et pourquoi ? Parce que c’est pas bien. D’ailleurs, on pourra de moins en moins : Hortefeux-à-volonté, ministre de la poulaille, annonce qu’il compte non plus seulement « muscler la nouvelle loi sur la sécurité intérieure, mais la bodybuilder. » Musclor est dans la place, à moins que ce ne soit Monsieur Propre ? Plus loin, il précise, d’un air entendu : « c’est comme ça que l’opinion et puis les personnes concernées comprennent ce qui peut se produire. » Ne nous y trompons pas : les personnes concernées, c’est toi, c’est moi, c’est nous.
Tous concernés, pareillement, par le H1n1 et sa toute dernière mutation au doux nom de 222. Après avoir boudé les gymnases qui sentent la chaussette, le
Français de base les prend d’assaut. Cela, c’était tellement prévisible que même l’autruche le voyait venir. Pareillement, comme de bien entendu, c’est le bordel intégral. Face à l’affluence
impliquant une difficulté à se faire piquouzer devant certains centres ça éructe, ça se houspille, voir ça se bat à mains (pour l’instant) nues. Pas de panique, les gens ! Appelée en
renfort, l’armée va, par la voie de son service de santé, venir prêter main forte au personnel médical. Se faire piquer par un gradé sentant la Gauloise et l’alcool? Pouah… Plutôt le virus
que la variole !
Une autre variole a, semble-t-il, envahi ce dimanche la riante Helvétie. Au référendum proposé par l’extrême-droitiste UDC, et dont l’unique question était « êtes-vous opposés à la construction de nouveaux minarets sur le territoire de la Confédération ? », les Suisses ont voté massivement, et ont répondu oui, à plus de 57%. Nombre de minarets érigés à l’heure où nous parlons, en Suisse ? Quatre. Waou, ça fout la trouille ! On s’attend à ce qu’une prochaine consultation exige leur destruction. Par la même occasion, ces racistes de Suisses se prononceront pour l’expulsion de toutes celles et ceux qui ne savent pas yodler correct, ne s’appellent pas Heïdi ou Adolf, ne portent ni tresses, ni culottes en peau de cochon. En attendant, l’autruche songe à des amis d’outre-Alpes, qui doivent ce soir crouler sous le poids de la honte, hein, Doris, Bern, Bienne ? Mais aussi, s’associe pleinement à la vision de Didier Wampas, lequel, dans le pur morceau baptisé I hate Switzerland, voyait des renards traverser la bourgade de Lausanne. Les renards, ce soir, sont devenus des loups. Ils nous comptent, nous, piteux moutons.
Frédo Ladrisse.
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Tirant
tête hors du trou, qu’entends-je ? Mariages gris, kézako ? Bessonnante expression que le ministre de la carte d’identité nationale utilise désormais pour évoquer ces
Tirant tête hors du trou, qu’entends-je ? Pas de doute, dans ce pays, la démocratie est en marche. J’en veux pour preuve que Patrick Sébastien lui-même, maître de cérémonie du
Petit Bonhomme en Mousse et d’On Fait Tourner les Serviettes, va d’ici peu créer son propre parti politique. Plaisanterie, pensez-vous ?








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