Dimanche 5 juillet 2009

 

Tirant tête hors du trou, qu'entends-je ? Ça a donc remanié plus sec que prévu, expuls'man nommé chef des flics, le chef des flics nommé chef des juges, et le reste à l'avenant. Arrêtons-nous un brin sur MAM : l'ex-tenancière des comicos, responsable du cirque dit de l'affaire Tarnac, la voilà désormais « en charge de la justice ET des libertés. » Ça fait peur, je vous l'accorde. Et Darcos, le maton des profs, devenu ministre du travail ? Brrr... Au revoir les enfants, bonjour les parents, et au boulot maintenant! Vous me direz, il n'y a pas que de mauvaises nouvelles, la preuve : Boutin dégage, retourne à son néant bovin. Elle prend Laporte en ses bagages, mis dehors lui aussi, qui ça ? Laporte, vous savez, le mi-demeuré misogyne, con comme un bœuf sous codéine. Un rugbyman, en somme. Autre bourrin de première, mais qui entre à l'étable plutôt que d'en sortir, Mitterrand, Frédéric. Ministre de la culture, oui mon neveu, on en chialerait pour moins que ça. Mais Darry Cowl n'était pas libre, et Michel Galabru finalement s'est désisté, alors Mitterrand, Frédéric. Rien que pour le symbole. Comme le relevait son collègue Eric Besson « un Mitterrand au gouvernement, c'est la cerise sur le gâteau. » C'est ça, ce n'est rien d'autre. La culture, pour ces gens, c'est ça. Une friandise. Une queue de cerise. Il faudrait ne jamais oublier que ces gens ont été capables de nommer François Léotard ministre de la culture, et même Jacques Toubon ! Ces gens-là sont capables de tout.

 

     C'est peu dire, dès lors, que la nomination de l'animateur de téloche n'étonnera que les fans de Pina Bausch (qu'elle repose en paix), ainsi que les ultra gauchistes pouilleux décadents dépassés terroristes en puissance s'obstinant à relire la princesse de Clèves. Pas crédible, F. Mitterrand ? Qu'on en juge plutôt : la première sortie du ministre fut à destination du public de M. Jackson : « c'est d'une effroyable tristesse », qu'il a dit, quand l'autre a canné. Voilà qui est original. « Tout le monde à un peu de Michael Jackson en lui », qu'il a cru bon de rajouter. Voilà qui a le don d'effrayer.

 

     Il y a pire, je vous l'accorde, dans le registre de l'horreur. Ainsi Sarkozy se coulant dans les habits de Thiers, Adolphe, menant son show depuis Versailles, un show, vraiment ? Une offensive, plutôt, et à ceux qui n'y ont vu qu'un aimable exercice de rhétorique appliquée, nous ne saurons trop conseiller de changer de binocles. Sarkozy devant le parlement, c'est Pétain demandant au même de lui voter les pleins pouvoirs. Dans un cas comme dans l'autre, l'opposition se contenta de ne pas applaudir le maréchal du moment. Bravoure, quand tu nous tiens... Et notre petit Thiers impayable de dérouler, tranquille, son train-train réformard à la va-comme-je-te-pousse du côté du fossé, toujours. Les retraites ? « en 2010, tout sera mis sur la table. » Vraiment, tout ? Y compris le bouclier fiscal (10 milliards de perdus), les exonérations de charges patronales (8 milliards d'envolés) ? Pensez bien que non, amis riches, patrons, banquiers, pas d'inquiétude à ce sujet. On n'y touchera pas et, mieux, pour financer les beaux cadeaux de ceux pour qui c'est Noël 365 fois par an, on va faire appel à l'emprunt. Le Français de base, doit bien lui rester une piécette de vingt dans la poche. On va se débrouiller pour venir la lui voler.

 

      Du gâteau, de la cerise, le Français de base ne sucera jamais que le noyau. Et encore. Fillon, dont la fonction consiste à inaugurer le salon des arts décoratifs (à Vierzon, fin juillet), n'en a pas moins prévenu qu' « il n'y a pas d'autres solutions, pour sauver  nos régimes de retraite, que de travailler plus longtemps. » Allégeance stylée au syndrome TINA, raccourci de l'antique thatchérienne formule There is not alternative, bref :  rien de nouveau en cuisine, c'est toujours dans les vieux fours qu'ont fait cuire les pires gâteaux, cerise sur le dessus ou pas. Frédéric Lefèbvre, pour sa part, en bouledogue appliqué léchant les bords de sa gamelle, insiste sur la nécessité qu'il y aurait, selon ses babines, à faire bosser les malades tant qu'ils ne sont pas tout à fait morts. « Ça va dans le sens de la modernité, on y reviendra », aboie le clebs à son pépère. Belle modernité que celle qui nous ramène à l'aube incertaine du terrible XIXe siècle ! Plus loin le voilà, le Lefèbvre, qui s'improvise thérapeute à la manière de Knock : « il y a beaucoup de Français qui ont besoin du travail pour guérir. » Je pensais moi, naïf, qu'il y en avait surtout beaucoup que le travail rendait malades.

     Malade, elle l'est certainement, qui ? Mais la philosophie ! (On appelle ça art de l'enchaînement, et c'est tout un métier). Malade, oui, si tant est qu'on la considère par exemple représentée par, je sais pas moi, Finkielkraut ? Mauvaise pioche, mauvais philosophe, salonard de première, rien que de l'évoquer grande est la tentation  de mettre un p là où trône un n. Défenseur de première ligne de cette salonerie de loi Hadopi, il dit, à propos de son retoquage temporaire : « la France s'est retournée contre les droits de l'homme. » Rien de moins. Confondre à ce point les droits de l'homme et les droits de la Fnac, n'effraie guère le Finkiel', pour qui cette décision est « d'une muflerie incroyable. » Sic de chez sic. Ainsi, pour lui, un avis du conseil constitutionnel pourrait revêtir les oripeaux d'une muflerie incroyable ? A mon avis c'est sa connerie, qui est assez incroyable. Au sujet de la burqa, en bon islamophobe soucieux de faire chauffer l'huile qu'on jettera après sur le feu, Finkielkraut se lâche : « depuis l'amour courtois, la France, c'est la présence des femmes, c'est la visibilité des femmes. » C'est regarder sous les jupes hein, c'est à ça qu'elle sert la femme, hein... M'est avis qu'il devrait arrêter de s'exciter comme ça, il va faire sous sa robe de bure, le philosophe branlophile. « La burqa est une forme d'exhibitionnisme, et en France, les exhibitionnistes sont condamnés », lâche-t-il comme un dernier jet. Où l'ont en revient au fantasme du sieur Finkielcroute, lequel veut condamner les exhibitionnistes mais ne manque pas une occasion de s'exhiber tout déhanché sur le premier plateau télé réclamant sa présence puisque, une fois de plus, Darry Cowl est trop occupé. Cerise sur le gâteau de sa haine de l'étranger, le salonard envoie ceci, en forme de grenade qu'il se plait à dégoupiller : « la burqa est peut-être minoritaire en France - c'est l'autruche qui souligne -, mais dans les cités les gens d'origine européenne ne se sentent plus chez eux. » Et de préciser, curieusement : « se sentir chez soi n'est pas un sentiment de droite, c'est un sentiment de gauche. » Ah ? Clochemerle votait communiste, et on nous a rien dit ? Peu importe, au demeurant, que ce sentiment soit de droite ou de gauche. Le « se sentir chez soi » pue, sur cette fétidité-là prospère les Marine Le Pen, les Brice Hortefeux-de-paille et autres pétaino-sarkozystes galopants. Misère de la philosophie, ou philosophie de la misère ? Les deux, mon petit caporal.

 

     Misère aussi que de trouver, sous la plume de Michel Onfray (philosophe s'il en est mais qui ne sait pas se taire assez dès qu'il s'agit de politique, sujet sur lequel il est faible), un article titré « abstention, piège à cons. »  C'est un vieux titre usé mille fois, notamment par Libération, entre les deux tours de l'élection présidentielle de 2002, ça nous rajeunit pas. Depuis, les mêmes qui hurlaient au loup et nous enjoignaient de voter contre le péril lepéniste - ce que mes amis et moi nous gardâmes bien de faire : on s'en félicitait hier, on s'en félicite aujourd'hui -, sont les mêmes qui laissent s'étendre, en tout  sens et en tout domaines, les tentacules du pétaino-populo-sarkozysme. Onfray est une belle personne. Il suffit de le lire et/ou de le rencontrer pour s'en persuader. Mais cette belle personne, par moment, se fourvoie. Dans ce texte elle vomit  les abstentionnistes, « tout aussi responsables, sinon coupables -mazette ! », que ceux qui ont voté pour Sarko lors des européennes. Coupables de quoi ? De « ne pas avoir voté contre lui. » Nous voilà voués aux gémonies mais dites, monsieur Michel, fallait faire quoi alors ? Voter NPA, qu'il nous dit... « Certes, les élections ne sont pas tout », prévient-il en début d'article. « Mais elles ne sont pas rien non plus. » Ah bon ? Misère de la philosophie, que d'entendre l'auteur de « politique du rebelle », livre essentiel s'il en est, ânonner le catéchisme trotskard, en sa version la plus puérile... Tristesse que de voir celui qui, avec l'air de ne pas y toucher, a réhabilité l'athéisme contemporain, s'abaisser pour le coup à compter les cerises en bocaux, pardon : les bulletins dans les urnes. Là-dessus l'autruche reviendra, comme le texte d'Onfray appelle une réponse, point par point, et qu'il serait étonnant que son goût du dialogue trouve ici sa limite.

 

      Je n'ai entendu ni Onfray, ni à fortiori Finkiel', réagir face aux agissements des nervis de la CGT qui, à la bourse du travail, à Paris, on jeté sur le trottoir et à coup de bâtons musclés plusieurs dizaines de sans-papiers. Y fallait libérer les salles, on doit y préparer la promenade d'octobre, pardon : la Grande Manifestation Intersyndicale de Mes Deux. Depuis, les familles campent dans la rue, devant ce qui était naguère la maison des travailleurs. Depuis, certains de mes amis, encartés à la CGT, se sont émus de leur situation, et ont protesté fermement quant aux agissements de leur syndicat, ou de ses représentants. Mais aucun n'a rendu sa carte. Misère du syndicat.

 

                                                                           Frédo Ladrisse                          

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Lundi 22 juin 2009

Tirant tête hors du trou, qu'entends-je ? Une pléthore canaille, patrons et gouvernants, qui dans un même mouvement opinent du chef derechef et salivent à l'idée de nous faire travailler plus, toujours plus, plus longtemps, plus vieux, plus malades. C'est Lefèbvre, l'arrogant roquet Ump, qui propose de mettre au boulot le tire-au-flanc en arrêt de travail (internet, télétravail, j'en passe et des bien pires.) C'est ensuite Hortefeux, qui se lâche au sujet de l'âge légal du départ en retraite. Fillon lui emboîte le pas : « cette question  n'est pas une question taboue. » Juppé colle au peloton, pour qui « donner la possibilité de travailler jusqu'à 63 ans, j'y vois moi un progrès humain. » Rien que ça. La pénicilline, à côté, c'est de la bouffe pour chat. On notera au passage le retour à l'antienne selon laquelle tout ça se ferait, comme il se doit, sur la base du volontariat, qu'il ne s'agirait jamais que de donner la possibilité. Et mes fesses, c'est du jambon ? On la connait la chanson hein ! Suffit d'écouter Parisot l'entonner, son air préféré : « il faut changer les paramètres. » « Il faut que chacun prenne conscience qu'on va dans le mur. » « Il faut aller plus loin dans tous les mécanismes d'épargne-retraite qui existent aujourd'hui. » Il faut, il faut, il faut... Vu l'état des forces en présence, comme disent les pisse-copies, vu l'apathie qui règne au sein d'un mouvement syndical qui n'a plus de mouvement que le nom, m'est avis que, sous peu, on va se faire croquer une nouvelle jambe. Aujourd'hui comme jamais, zéro plus zéro égal la tête à toto.

 

     Un toto qui, bossant jusqu'à ce que mort s'ensuive, a part ailleurs tout intérêt à mourir en bonne santé : la guerre aux congés-maladies, si elle ne date pas d'hier, connait ces temps derniers de furieux développements. Ainsi les compagnies privées dont la spécialité est la contre-visite, ignorent superbement la crise. Un patron de Pme : « on est pas des ogres, mais il faut montrer qu'on est là. » Montrer ses muscles, quoi. Montrer ses crocs. Des toubibs se prêtent - plutôt, se louent - au jeu, manière pour eux de beurrer la tartine à caviar. Résultat, 45 % de ces contre-visites ont pour conséquence de « casser » l'arrêt de travail en question. Joli résultat, non ? Il est vrai qu'il suffit de ne pas être chez soi en dehors des heures de sortie autorisées, pour ensuite subir les foudres de la Sécu. On citera simplement le cas de cette salariée qui, en profonde dépression et placée sous neuroleptiques, dormait, n'a pas entendu la sonnette. Cassée, la salariée, et son arrêt idem. Pas des ogres, les patrons, non. De pures hyènes, voyez plutôt : un autre représentant des forces vives de la nation, adepte lui aussi de la contre-visite, vante son effet dissuasif : « les salariés savent aujourd'hui à quoi s'en tenir. »... S'en tenir, à carreau, oui. Et tandis que le patronat montre ses muscles, remue le groin, retrouve assurance et faconde, la médecine du travail s'inquiète, crée l'étrange expression de « présentéisme abusif. » Autrement dit, on va bosser, même malade, même à crever. Joli résultat, non ? A noter également: ce marché de la contre-visite médicale s'inscrit naturellement dans le cadre, plus vaste et forcément philanthropique, de réduction-comblement du trou de la Sécu. Fumeux prétexte ! Selon l'assurance-maladie, les arrêts dits injustifiés représentent à peine 6% de la totalité des arrêts. C'était notre rubrique : les fabuleux progrès de la médecine de coercition.

 

      Moi, j'ai mis à profit mon dernier arrêt maladie - naturellement très justifié par une envie profonde de pas perdre mon temps à bosser - pour faire un peu de rangement dans la masse de papiers qui encombre mon burlingue. Je suis alors tombé sur cette Une du Parisien, daté du vendredi 5 juin, soit deux jours avant l'élection : « Sondage : Bayrou devance Cohn-Bendit. » En pages intérieures le même sondage donnait 14 % au béarniais  (soit 6 points de trop), et 11 % à Dany-le-vert, soit 5 points de moins que le résultat final. Nos oracles contemporains ont de ces faiblesses, parfois... Et Lalanne, me direz-vous ? Ah non, vous dites rien ?... Bon tant pis, je vous en parle quand même, du Francis, candidat dans le Sud-est, et qui quand même a fait 3,75%. Sur ses affiches on pouvait lire : « Lalanne, la révolte par le vote. » Faire ce score, honorable, en ayant adopté le slogan le plus imbécile de l'histoire des slogans imbéciles, moi je dis que c'est du costaud ! Bravo Francis ! Et à la présidentielle, j'espère, qu'on se marre encore un brin.

 

      Puisqu'on parle d'affiche, avez-vous vu celle, récente, qui lance la nouvelle campagne d'adhésion à l'Ump ? C'est photo de seigneur Sarko, comme il se doit, et c'est, dessous, cette phrase : « Il a besoin de vous. » Ça vous rappelle quelque chose ? Uncle Sam ? Oui oui. Mais Pétain aussi, oui oui oui. Et que Jack Lang vienne un peu m'accuser d'antisarkozysme primaire, ferait beau voir, tiens, que le grand frisé m'enquille le bec! Ferait mieux de se mettre sur les rangs, Jack, dans les starting-blocks 2012, puisqu'il se murmure que le Ps, depuis la dernière raclée, se cherche un chef digne de ce nom. A ce propos et comme en passant, Delanoë a précisé «je n'ai fais une croix sur rien. » Ah bah si le poste de secrétaire se joue comme d'habitude au morpion, va falloir t'y mettre, Bertrand ! La Royal ? Tapie dans l'ombre, elle guette sa proie. Sa grande potesse Delphine Bato explique que si Ségo a mis rien moins que dix jours avant de s'exprimer au sujet des européennes, c'est parce que « sinon, elle se serait diluée dans le flot des commentaires. » Diluer Ségolène : une idée qui n'est pas sans déplaire tout à fait.

 

     Un autre, qu'on croyait dilué, voir comme dissout sous l'effet conjugué du grand âge et de la suffisance, c'est Balladur, Edouard. Je vous parle d'un temps que les moins de 80 ans ne peuvent pas connaître, mais cet homme, sachez les enfants qu'il a bien failli devenir Président de la République ! (c'était il y a longtemps, au moyen-âge, pensez : on avait même pas de portables !) Depuis, il s'était comme tassé, engoncé sur lui-même, jusqu'à disparaître totalement. Mais, miracle du spectacle politico-politicien, le voilà revenu sur le devant de la scène. D'accord, il se serait bien passé de ce come-back qui l'oblige à réapparaître sous les traits du méchant, lequel, en 95, finança une partie de sa campagne par le biais de commissions occultes, en provenance du Pakistan. Cette obscure magouille eut pour principale conséquence l'explosion d'un bus et onze morts, des ingénieurs français. Longtemps, par pure commodité, cet attentat fut attribué à El Qaida. On apprend aujourd'hui qu'il s'agissait d'une vengeance de militaires pakistanais, furieux que cessent les bakchichs français. Directement visé par le juge en charge de l'enquête, Balladur, Edouard, ex- premier ministre de la France, fit ce commentaire : « aucune preuve n'a jamais été apportée, c'est tout ce que j'ai à dire. » Traduction : je vous emmerde, pas vu pas pris, hé hé, je suis le plus grand des voleurs et je suis même pas un gentleman. Ailleurs, en d'autres temps, une telle affaire occuperait, de façon quotidienne, la Une des journaux, provoquerait une série de mise en accusation et des démissions en cascade. Mais nous sommes en 2009, et le président de la République s'appelle Nicolas Sarkozy. Tiens, quelle coïncidence : c'est le même nom que celui du ministre du budget du gouvernement Balladur.

 

      Pour finir, je vous vois venir : tête dans le trou, l'autruche, penaude, se garde bien de parler de l'Iran. Heu, l'Iran certes, mais pour dire quoi ? Qu'une théocratie « modérée » vaudrait mieux qu'une plus radicale ? Qu'avec Moussavi la Charia serait plus light, sans sucre ajouté ? Il n'y a qu'un occidental aux œillères bien vissées dans le crâne pour envisager que ce qui se passe en Iran serait l'amorce d'une révolution, fut-elle de velours. En conséquence : chut, triple chut. Il ne se passe rien en Iran.

 

     Et l'actuel débat sur la burqa idem, silence, rien à dire. Ou plutôt si, ceci : j'aime pas qu'on interdise, j'aime pas qu'on stigmatise et j'aime pas qu'on flique le monde. J'aime pas qu'on me dise ce que je dois porter, qu'on me dicte la taille idéale de mon short, j'attends de voir ce que feront les condés des nanas arrêtées en pleine rue. Les conduiront au poste, passage obligé par le vestiaire et port obligatoire du t-shirt siglé Nike ? Bien sûr, j'aime pas ces linceuls de tissu portés par des vivants, comme j'aime pas non plus croiser des bonnes sœurs en habit (on en voit de plus en plus, à Paris et ailleurs.) Surtout, j'aime pas qu'on m'oblige à être tout noir ou tout blanc, à choisir mon camp camarade, j'aime pas les camps, quels qu'ils soient. J'aime pas les religions, c'est contre elles qu'on devrait lutter, pas contre leurs victimes. J'aime pas les religions parce que j'aime pas les gens qui pensent qu'on doit faire le bonheur des autres malgré eux, et ceux-là, on en trouve aussi du côté des athées. Et merde, la burqa, finalement j'en ai parlé.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              Frédo Ladrisse

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Lundi 15 juin 2009

Tirant tête hors du trou, qu'entends-je ? L'autruche, qui va râlant, puisque privée de connexion durant pas loin d'un mois, sous prétexte qu'elle a changé de nid. A ceux qui l'ignoreraient encore, on confirme que chez Free se condense comme un ramassis de voleurs, de malades, d'abêtis notoirement incompétents. Ramassis grâce auquel ce blog cessa, quelques semaines, d'être alimenté. Ce qui, au passage, me valut quelques bordées d'injures, au premier rang desquelles celle de « militant Ump ». Arg. Va comprendre, Armande.

 

     Tandis que je cramais mon forfait à tenter de joindre la hotline de l'hôpital psychiatrique où sont hébergés les Freeman, la vie, au-delà des hauts murs, poursuivait son bonhomme de chemin. Julien Coupat recouvrait la liberté, enfin, non sans avoir, de sa prison, balancé quelque missile via Le Monde, quotidien du soir qui tombe. « Il n'y a pas d'affaire Coupat » , écrit par exemple Coupat. A méditer, les gars.

 

     Plus tard, un avion s'abîmait, comme on dit lorsqu'il tombe en mer, et cela fut l'occasion sur Europe-numéro-1-Radio-Nationale-d'Etat d'un débat de haute tenue, dont le thème laisse songeur, « faites-vous encore confiance aux avions ? » Ah bah non, dame, pensez. En même temps moi je m'en fous, c'est vacances à Vierzon et autorail, alors pensez. L'avion sans ailes a donc splitté dans l'immensité atlantique sans même que Charlélie Couture ait le temps d'achever sa chanson. Ça tombait mal, c'est le cas de le dire, car c'était également le jour de l'anniversaire du massacre de la place Tienanmen - 20 ans déjà, comme disent les cons. Aussitôt la racaille journalistico-vautourienne s'empressa de se jeter sur les restes déchiquetés des 228 malheureux passagers, passant quasiment sous silence le massacre, par l'armée chinoise, de centaines d'étudiants. L'essentiel n'est-il pas de ne point trop fâcher Pékin, dont notre économie dépend de manière non négligeable ? Gageons que commémorations et émissions spéciales et débats à n'en plus finir, seront autrement plus nombreux lors de l'anniversaire de la chute du mur de Berlin, en novembre. Tienanmen : une péripétie. Berlin : la fin du communisme, et de l'histoire, par la même occase. 

 

     Autre divertissement censé retenir notre attention durant le mois de mai - joli mois de mai couilles, plaisante l'Agnès Bihl en sourdine , autre spectacle joué à guichets refermés, les élections européennes. Oh, le beau numéro de cirque ! Jusqu'à l'ultime minute, les artistes ont su nous combler de leurs palinodies, au premier rang desquelles celles de Martine Aubry furent parmi les plus excellentes : « nous, ce qu'on veut, c'est changer la vie des Français. » Hum... « Maintenant, il faut être efficace, il faut voter. » Celle-ci n'est pas mauvaise. Mais je lui préfère celle qui dit que « l'Europe éloigne les peuples d'elle-même quand elle s'éloigne des peuples. » La claire obscurité de la pensée Aubryenne éclate ici, convenons-en. « Je crois que nous ne sommes pas encore crédibles », confesse cependant Martine. Belle lucidité. A droite, malgré la victoire annoncée on ne fut pas en reste de bons mots. Barnier, de l'Ump : « nous avons appris à respecter les électeurs et les électrices. » Ah oui? Et c'est récent ? A droite toujours, si si, toujours à droite, Bayrou tenta de nous faire chialer avec une story telling rédigée à bas coût par quelque béarniaise de base : « la retraite de ma mère, c'est 638 euros par mois. » Dis donc, c'est deux fois moins que celle de la mienne ! Elle a pas dû beaucoup bosser, dans sa vie, la mère Bayrou. Puis ce fut, enfin, le grand soir, avec sa cohorte de chiffres dont on se cogne comme d'une guigne, la débâcle socialiste qui nous laissa de marbre tandis que la « vague verte » nous fit bailler d'ennui. Alors qu'Eva Joly, d'Europe Ecologie, prévenait « je ne suis pas draguable » (ce qui, soit dit en passant, n'est pas une info toute fraîche), Noël Mamère en profitait pour cracher sur son passé, affirmant que « la gauche plurielle, c'est une période qui s'est achevée de manière cataclysmique. » Cohn-Bendit, de son côté, campait le rôle du héraut d'un soir, sentençait à outrance : « je voudrais calmer tout le monde (sic !). Je ne suis pas candidat à la présidence de la république. » Ce qui tombe bien vu que, uno, les présidentielles c'est rien moins que dans trois ans, secundo personne ne lui avait rien demandé. Quant à l'inénarrable Bové, revenu d'entre les morts, il choisissait de filer la métaphore champêtre : « chaque fois que je me suis engagé, je l'ai fait pour changer la paille. Je l'ai fait, donc je serai au parlement européen à 100%. » Pendant que tu y es, José, oublie pas de charrier le purin.

 

     Au final et comme d'habitude, tout le petit personnel politico-médiatico-merdeux fut convoqué avec, ce soir-là, une unique et commune consigne : passer par perte et profit les 60 % d'abstention, qui fit du parti des non-votants les seuls véritables vainqueurs. La posture, noble, sincère, de celles et ceux qui refusent désormais les règles de leur jeu tronqué, ne cesse de gagner du terrain. Seule bonne nouvelle de cette soirée.

 

     Pendant que ces sales gosses se partageaient les sièges et donc le gâteau strasbourgeois, paraissaient les chiffres du chômage : 600 000 sans emplois de plus, depuis janvier. Commentaire de Christine Lagarde : « c'est brutal, et ça va perdurer. » « Perdurer » : du latin perdurare, emploi devenu rare, ou alors qu'on a perdu. Cependant, selon la ministre, il serait encore trop tôt pour commencer de désespérer, car en matière de chômage « la France est dans la moyenne européenne. » Faut-il lui écrire que ça nous en fait une belle, de jambe ? On a soudain comme une crampe, d'estomac et de circonstance, à lire dans le même temps que Julien Dray, par exemple, fut surpris à se payer, en Suisse, une Rolex à 7000 euros, lesquels euros provenaient de son comité de soutien. « J'achète ce que je veux », a aboyé l'horlogeophile. Je serai curieux de savoir ce qu'en pense la mère Bayrou.

 

     Curieux ? A peine, de toute façon il va falloir penser à accélérer, les amis, on a pas vingt lignes devant nous et Nathan je l'entend d'ici qui susurre, soucieux censeur suranné, « merci de faire court, camarade. » Ce à quoi je regrette de ne pas avoir osé lui répondre que si sa mère avait fait court, il serait pas là, à la tribune, à nous emmerder, non mais oh !

 

     Et tandis qu'on faisait « court » dans ce congrès groupusculesque burlesque, très court, idéologiquement parlant, la mairie de Cannes produisait, dès le festival bouclé, un tract distribué en ville : « n'encouragez pas la mendicité, donnez directement aux associations. » Ah oui, lesquelles ? Aux orphelins de la police ? L'opération, on l'a compris, vise à débarrasser la ville de toute présence Sdf. L'été approche, c'est vrai, avec ces cohortes touristiques qu'il serait malvenu et contreproductif de soumettre au spectacle de la misère. Interrogé à ce sujet, le maire-adjoint de cette ville de pignoufs a tranché dans le vif : « la mendicité isole la personne dans la drogue et l'alcool. » Alors que, comme chacun sait, la laisser crever de faim la rapproche de ces contemporains, au grand parking des allongés.

 

    Diego y dort désormais, dans le cimetière des oubliés. Il venait d'avoir sept ans. Il est mort dans l'incendie qui a ravagé le campement Rom, à Bobigny (93), le 23 mai dernier. Dans le journal municipal, on apprend qu'il aimait aller à l'école.

 

                                                                                                     Frédo Ladrisse
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La plupart de ces textes ont été publié dans le monde libertaire, d'avril 2001 à mai 2008, à l'exception de "la marche du crabe", qui fut refusé par le jounal.

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